Un grand merci pour vos avis qui m'encouragent ainsi que pour vos mises en favori. Je ne pensais pas donner très cher pour cette fanfic, apparemment j'avais tord. Sinon, j'espère que ce chapitre vous plaira tout autant.

Ciao ciao,

IACB.


[Blaise]

.

« I feel like everybody said I would feel

It's over now

So kill the lights. »

.

Le reste de la journée fut interminable.

J'eus l'impression qu'en entendant la sonnerie de fin de cours, à 16h, je venais tout juste de fêter mes trente ans. Je m'ennuyais, mais ferme. Je dormais limite. Sans vouloir me jeter des fleurs, je comprenais presque tout à leur charabia et c'était comme si les profs n'avaient même plus rien à m'apprendre de nouveau. Mais comme il fallait faire bonne impression devant le corps enseignant et l'école toute entière qui avaient leurs yeux braqués sur moi, je fis semblant de ne pas vouloir rattraper ma nuit de sommeil ou m'enfuir à toutes jambes.

Bon point ? Je n'eus plus aucun cours avec la sorcière hypnotiseuse durant tout le restant de la journée, cette-dernière étant en ES et moi en S. Chaque fois que j'entrais dans une nouvelle salle, je regardais tout autour de moi avec l'appréhension de la voir. Mais non. Il n'y avait apparemment que les maths que nous avions en commun.

Et TANT MIEUX, bon sang. Cette fille n'était pas nette. Expliquez-moi comment est-ce que de simples yeux pouvaient vous capter à ce point sans que la personne en soi vous attire un tant soi peu ? ! Non, cette fille n'était vraiment pas nette du tout.

Mais maintenant que l'alarme de fin de cours avait retentit, je m'en fichais comme d'une guigne car j'allais enfin pouvoir rentrer chez moi. Enfin, « chez moi ». Quelque part à moi, quoi. Quelque part hors de ce lycée où j'allais pouvoir bouffer, me laver, lire et dormir. Maman avait trouvé un petit F3 assez coquet situé à cheval entre le Bristol populaire et le Bristol bourge. Les chambres étaient en mezzanine tandis que la cuisine et le salon se trouvaient au rez de chaussée. Le sol de la salle de bain était comme recouvert de faïence ou de morceaux de mosaïque multicolore et la baignoire à pieds était d'époque, avec des moulures sur les rebords ainsi que sur le robinet qui grinçait chaque fois qu'on l'actionnait. C'était ce qui avait fait craquer ma mère – bien son genre, ça, de craquer sur un appartement juste à cause d'une seule petite baignoire écaillée.

Sortant tout juste de la salle, j'avais déjà commencé à dérouler hâtivement mes écouteurs pour m'installer confortablement dans ma petite bulle musicale lorsque j'entendis quelqu'un m'interpeller dans mon dos :

« Blaise Zabini ? »

C'était une voix masculine. Je me retournais au ralenti, me demandant intérieurement quand est-ce que j'allais enfin pouvoir mettre un seul fichu pied dehors. C'était un grand blond. Le type de mec à qui aucune fille ne résistait. Sourire dévastateur, mèche rebelle, démarche nonchalante et sûre de lui. Le type de mec qui pouvait mettre « Je mange » en statut Facebook et avoir plus de vingt 'j'aime' en moins de cinq minutes. Le type de mec qui me sortait par les yeux. Il m'adressa un grand sourire comme si nous étions les meilleurs potes de la terre et me tendit la main avec assurance.

« Draco Malfoy, capitaine de l'équipe de basket de POUDLARD. Ravi de te rencontrer. »

Je considérais sa main avec scepticisme puis relevais la tête vers lui. Je vis que mon attitude ne l'avait pas décontenancé du tout, au contraire. Son sourire était toujours là mais ses yeux bleus pétillaient d'une lueur d'amusement. Eh ! C'est moi qui te fait rire Blondie ? Tu veux que je te raconte ce qui leur est arrivé à ceux qui ont osés rire de Zabini dans le passé ?

« Moi de même. » fis-je en serrant prudemment sa main tendue.

« On y va ? » dit-il en indiquant d'un signe de tête la direction opposée à la sortie comme s'il était évident que je connaissais la destination de ce « On y va ».

Je haussais les sourcils, surpris.

« Où ? »

« Sur le terrain. » répondit-il, sur le ton de l'Évidence Absolue. « Je ne vais tout de même pas te laisser adhérer l'équipe sans connaître ton niveau d'abord, ce serait insensé. » fit-il en haussant des épaules, son sourire toujours aux lèvres, ses yeux riant toujours de moi.

Je haussais des épaules en rangeant mon iPod dans ma poche de jean.

« On y va, alors ? » redemanda-t-il en pointant le couloir du doigt, une note d'impatience dans la voix.

« Ok. »

Et je me mis à sa suite.

POUDLARD était un foutu labyrinthe. Rejoindre le terrain de basket me parut être la même distance que Bristol-Londres. Draco marchait devant moi, une main dans sa poche, l'autre faisant tourner son portable – dernier cri – négligemment entre ses doigts. Il était clair qu'il avait la côte ici. C'était assez drôle de voir presque toutes les filles se pâmer, lui faire les yeux doux ou se mettre à éclater de rire sans aucune raison lorsqu'il passait à côté d'elles. Certaines chanceuses avaient droit à un regard, d'autres à un sourire, quelques fois, il s'arrêtait même brièvement pour faire la bise à l'une d'elle et faire la conversation, oubliant que je le suivais, bon sang, et que je n'avais pas que ça à faire de l'attendre draguer. Pour les garçons, c'était un check rapide de la main ou un signe de la tête. A croire qu'il était la star locale du lycée tout entier.

« Alors t'es nouveau ici à POUDLARD, c'est ça ? » me demanda-t-il au bout d'un moment en réglant son pas sur le miens.

Je fus tenté de répondre non, que j'étais là depuis trois ans tant la question me paraissait idiote – presque tout le lycée avait capté que j'étais une tête nouvelle dans leur train-train écolier quotidien. Sans doute voulait-il simplement faire la conversation. Lui aussi, il faudrait que je le mette au parfum à ce sujet un de ces jours.

« Ouais. »

« T'es en quoi ? Terminale ? »

« Seconde. »

Draco s'arrêta et me dévisagea, éberlué.

« Nooon ? En Seconde ? ! Tu te fous de moi j'espère ! »

« Ouais. »

Draco me dévisagea encore en clignant des yeux, un peu déstabilisé. Puis un lent sourire naquit au fur et à mesure sur ses lèvres et il secoua la tête en bougeant sa main, son index levé.

« On va bien s'entendre tout les deux, je le sens. »

Pas moi, non.

Une pensée totalement hors sujet m'effleura alors l'esprit : étant donné que j'étais condamné à rester une heure de plus ici pour montrer ce que je valais, il fallait que je prévienne ma mère. La connaissant, si elle rentrait plus tôt et que je n'étais pas là, étant donné que je ne l'avais prévenu de rien, elle allait sûrement faire une crise de panique avec hyperventilation, hypertension, malaise, convulsions et tout le toutim.

Je déconnais, bien sûr. Elle sera tout simplement inquiète.

Sortant mon portable – un vieux Motorola à clapet ayant assisté à la création du monde – je cherchais donc ma mère dans mes contacts pour lui envoyer un texto. Draco se pencha pour lire par-dessus mon épaule et eut ensuite un petit rire narquois en voyant la personne que j'avais sélectionné.

« On téléphone à sa môman ? » fit-il de la même voix totalement attardée qu'avait pris Mme McGonagall ce matin.

Je levais lentement la tête vers lui et lui adressais un regard polaire suffisamment féroce pour le prévenir qu'il ne valait plutôt pas s'aventurer sur ce terrain là s'il voulait « bien s'entendre » avec moi. Son sourire amusé vacilla légèrement jusqu'à disparaître sans qu'il ne perde pour autant de sa contenance ni de sa confiance en lui puis il haussa tout simplement des épaules et reprit son avance sur moi en me précédant.

« Voilà. » fit-il tandis que nous arrivions devant deux portes battantes bleues donnant sur le gymnase de POUDLARD.

Mon texto envoyé, je rangeais mon portable dans ma poche. Pas rancunier pour un sou, Draco me tînt la porte tandis que nous pénétrions dans l'antre toute orange et blanche tapissée de gradins et gratifiées de deux grands paniers de baskets des deux extrémités du terrain ainsi que d'un grand tableau électronique censé indiquer les scores lors des matchs.

« T'occupe pas des pom-pom girls. Elles s'entraînent toujours lorsqu'on a entraînement. Au début ça déconcentre puis à la fin, tu finis par t'habituer. » me dit-il en désignant un groupe de filles qui agitaient des pompons doré à l'autre coin du gymnase. « On commence maintenant ? »

« Ok. » fis-je en enlevant mon sac à bandoulière pour le poser sur le sol. « Par quoi ? »

« Disons par ce qu'il y a de plus basique. Essaies de mettre au moins sept paniers d'affilée puis après on corsera. C'est pour voir ton niveau. Si tu mérite cette place ou pas. » ajouta-t-il avec un demi-sourire avant de frapper dans ses mains. « Bon, attends moi là, je vais chercher les ballons et puis je reviens. »

Alors je l'attendis là chercher les ballons jusqu'à ce qu'il revienne.

Le gymnase était grand. Voir même énorme. De l'autre côté, les pom-pom girls avaient mis de la musique, un truc ahurissant de techno qui me parvenait en sourdine, et dansaient en rythme dessus. Puis une fille, petite de taille mais apparemment très énervée, sortit du groupe et vint furieusement éteindre le lecteur CD puis commença à brailler en faisant de grands gestes. Ensuite, elle montra les mouvements que venait de faire le groupe d'une façon qui devait être sans doute meilleure à son goût. Sa jupe remontait, laissant entrevoir la quasi-totalité de son boxer, et tandis qu'elle gesticulait, ses longs cheveux châtain bouclés tirés en queue de cheval bougeaient dans tout les sens. Elle posa enfin ses mains sur ses hanches en soupirant.

« Compris ? » fit la voix d'Hermione Granger avec tant de force qu'elle parvint jusqu'à moi.


[Hermione]

.

« Now if she does it like this, will you do it like that ?
Now if she touches like this, will you touch her right back ?
Now if she moves like this, will you move it like that ?
»

.

A peine la porte de sa chambre fermée d'un coup de pied précipité, Draco m'empoigna puissamment par les hanches et me fit assoir sur une de ses nombreuses commodes avec tant de force que j'en eus mal aux fesses à l'atterrissage. Je nouais mes jambes derrière son dos tandis que ses lèvres reprenaient d'assaut les miennes avec ardeur, ses mains se baladant à présent en dessous de mon t-shirt. Il fallut tout de même se dévisser l'un de l'autre lorsque Draco passa précipitamment le vêtement par dessus ma tête pour l'enlever. L'ennui, lorsqu'on avait une masse capillaire aussi importante que la mienne, c'était que la tâche lors de ces moments là s'avéraient plutôt compliquées car il y avaient toujours quelques mèches pour bloquer à l'encolure. Ce qui fit que je me retrouvais presque à suffoquer, les bras en l'air, tandis que mon voisin se bornait à tirer de toute ses forces sur le sweat avec impatience.

« Eh oh ! » fis-je alors, la tête toujours coincée. « C'est un Max Azria ce haut et il m'a coûté bonbon alors je te serais grée de mettre un peu de douceur dans tes mouvements, s'il te plaît. »

Je l'entrevis, à travers les fibres bleues électriques en coton du t-shirt, secouer sa tête de blondinet avec agacement mais il obtempéra finalement et le sweat finit enfin par céder. Enfin libérée, je soupirais, me retrouvant maintenant en soutien-gorge.

« Je ne sais pas pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu sois aussi sauvage. »

« Sauvage... » répéta Draco en levant les yeux au ciel. « Ce n'est pas non plus comme si je t'avais décapité. »

« Laisse-moi te dire que tu étais à deux doigts. »

Draco soupira puis se massa le front en fermant les yeux.

« T'es chiante quand même, j'ai plus envie maintenant. »

« Parce que ça va être de ma faute en plus ? ! » m'exclamais-je en déliant mes jambes de derrière lui. « C'est toi qui vient de manquer de m'arracher la tête, je te signale. Et de me craquer mon haut, au passage. »

« Mais est-ce que c'est de ma faute si tu as autant de...de serpents sur la tête ? ! »

Je le fixais, la bouche entrouverte, les paupières plissées, offusquée.

« Je t'interdis de parler comme ça de mes cheveux. » sifflais-je, prête à descendre du meuble et à le descendre, lui.

« Ah, parce que tu appelles ça des « cheveux » ? ! Première nouvelle. J'appellerais plutôt ça un parc naturel. Un zoo. Une jungle. Une forêt tropicale. »

« Je t'emmerde ! » lui criais-je en récupérant précipitamment mon t-shirt pour le remettre.

Draco eut un petit rire puis secoua la tête en consultant sa montre.

« Ok, alors on s'est remis ensemble il y a moins de vingt-quatre heures et ça capote déjà ? » ricana-t-il.

Je tournais ma tête vers lui pour lui lancer le regard le plus noir que j'avais en stock mais lorsque je croisais ses yeux bleus moqueurs, ce fut plus fort que moi. J'éclatais de rire à la seconde, rapidement imité par Draco. Il était vrai qu'au fur et à mesure de nos ruptures, le temps de notre remise en couple jusqu'à la prochaine dispute était de plus en plus court chaque fois. Mais là, c'était le record. L'inatteignable. Autant, la dernière fois, nous avions réussis à tenir quatorze jours avant que tout ne fiche le camps comme d'habitude mais là, ce n'était même pas l'équivalent d'une journée. Et y penser me fit, pour une raison autodérisoire sans doute, hoqueter de rire jusqu'à m'en tirer les larmes.

Je finis par reprendre mon souffle tant bien que mal, essuyant mes larmes du dos de la main, et faillit replonger lorsque mon regard croisa celui humide de Draco.

« On est très forts quand même. » remarquais-je, essoufflée. « Punaise, ça faisait longtemps que je n'avais pas autant rit ! »

Il hocha la tête en se mordant la lèvre fortement pour ne pas rire à nouveau. Je prenais une grande inspiration en appuyant ma tête contre le mur, un sourire hagard aux lèvres puis, lorsque ma respiration redevint enfin normale, je lui proposais :

« Bon. On remet ça ? »

.

.

« When I met you,
I didn't know what to do

I was tired, I was hungry,
I cried.
»

« Dray ? »

« Mmh ? »

« Je suis grosse un peu, non ? » demandais-je en me mirant dans l'énorme glace de sa salle de bain.

J'attendis que son reflet crache le dentifrice dans le bidet, se rince la bouche deux fois bruyamment puis se tourne enfin vers mois après avoir recracher l'eau sale dans le lavabo. Il m'observa de bas en haut en fronçant des sourcils puis fit une moue désinvolte en haussant des épaules tout en rangeant sa brosse à dents.

« Bah... » commença-t-il et je le fusillais déjà du regard, attendant ce qui viendrait après ce début de phrase assez peu prometteur. « ...disons que tu es... »

Mon regard se fit très menaçant tandis que j'attendais toujours la fin de sa phrase.

« Oui ? Je suis..? »

« ...bien portante. » conclu-t-il avec ce fameux sourire ça-passe-crème qui m'horripilait.

J'attrapais la serviette en éponge avec laquelle je venais de m'essuyer et la lui lançait de toutes mes forces en le traitant de tout les noms tandis qu'il rigolait. Évidemment, avec mon sens de visée très médiocre, celle-ci échoua sur le rebord en marbre de la baignoire sans même avoir touché un seul des cheveux péroxydés de Draco.

« Attends, je ne fais qu'être honnête Granger, c'est tout. » s'exclama-t-il en attrapant le bocal de crème de jour pour homme La Mer parmi la multitude de cosmétiques alignés devant le grand miroir rectangulaire incrusté au mur face aux lavabos.

« Ouais bah je m'en serais passée de ton honnêteté. Et dire que tu m'avais juré que je n'avais pas un seul défaut physique lorsque l'on commençait à sortir ensemble... » soufflais-je en continuant de m'examiner sur la glace à pied.

Draco roula des yeux, l'air de dire « Oui mais bon, tu sais, les premiers mois de relation hein... ».

Je tirais la langue à mon reflet avant de faire la moue. Si seulement j'avais été grande de ne serait-ce que cinq petits centimètres...! Tout aurait été alors si idéalement proportionné. Je n'aurais pas eu ce derrière aussi proéminent, ces cuisses aussi grassouillettes, cette poitrine aussi encombrante et, surtout, ces pieds aussi minuscules. 35,5. Non mais, sérieusement, qui, sur cette Terre, sur ce globe terrestre, portait une pointure de 35,5 à dix-sept ans pour l'amour du Ciel ? ! QUI ? !

Eh bien moi, Hermione Granger, Terminale ES. Enchantée.

« En même temps, c'est ce qui fait ton charme. » rajouta Draco qui se tartinait de la crème sur la figure.

J'eus un rire jaune. S'il disait ça pour se rattraper, c'était plutôt mal parti.

« Tu peux me dire ce qu'il y a de charmant à être grosse, petite et laide ? »

Draco se retourna vers moi en levant son index en l'air.

« Alors je t'arrête tout de suite : tu n'es ni grosse, ni laide. Petite, ok, à la limite, même s'il y a pire que toi, franchement. »

« Pire que moi. » répétais-je sur un ton moqueur. « Voilà qui est encourageant. »

« Et est-ce que Sa Majesté la Princesse Granger peut-elle, accessoirement, me laisser terminer ma phrase avant de tout prendre comme une insulte à son égard ? »

Je roulais des yeux en me détachant de la contemplation du tas de graisse sur pattes que me renvoyait mon reflet pour m'assoir en bordure de baignoire.

« Permission accordée. »

« Bon. »

Draco se passa la main dans les cheveux et ouvrit la bouche puis la referma en fronçant des sourcils, comme perdu.

« Du coup, je ne sais même plus ce que je voulais dire. »

« Tu voulais m'expliquer en quoi le fait d'être bien portante faisant mon charme. » lui rappelais-je en insistant sur le dernier mot avec une ironie à peine dissimulée.

« Ah oui » hocha-t-il la tête avant de joindre solennellement ses mains, les sourcils froncés, l'air d'être sur le point de débuter un discours sur la future politique d'urbanisation du Guatemala à l'aide des fonds capitaux économiques et fonciers du pays. « Bien. Tu vois Scarlett Johanson ? »

Je haussais des sourcils, surprise de l'exemple, mais hochais tout de même la tête en signe d'affirmation.

« Elle, elle a des formes. Fesses, hanches, cuisses, tout ça, elle l'a. On va dire que t'es elle, ok ? »

Je hochais à nouveau la tête en croisant des bras, un sourire amusé aux lèvres, attendant impatiemment de savoir où est-ce qu'il voulait en venir.

« Ok. »

Soudain, il se mit à me scruter en plissant des yeux et quelque chose s'illumina sur son visage, comme s'il venait de découvrir le secret du sourire de Mona Lisa.

« Purée mais c'était l'exemple à prendre ! Tu lui ressemble comme deux gouttes d'eau ! » s'écria-t-il, effaré.

Là, n'y tenant plus, j'éclatais de rire.

« Non non mais je te jure Hermione ! » continuait-il. « T'enlèves les cheveux, la couleur des yeux et sans doute la forme du nez – puis son piercing à l'oreille là – tu gardes sa bouche, son corps, sa taille, ses courbes et je te jures que vous êtes sœurs jumelles. »

« Draco si tu dis ça pour te faire pardonner... »

« Hermione, je te jure que je ne te baratine pas ! » s'exclama-t-il en ayant l'air si sûr de lui que ma méfiance se mit à flancher.

Je me fixais à nouveau dans le miroir, sceptique. Il était vrai que Scarlett était petite comme moi. Elle avait presque les mêmes mensurations que les miennes et je n'irais pas jusqu'à proclamer que nos bouches étaient identiques mais mes lèvres étaient très fournies, ce qui m'avait d'ailleurs valu beaucoup de surnoms salaces au collège. La plupart venant bien sûr de ce cher Marcus Flint. Je croisais alors des jambes à la manière d'une Ditta Von Teese et bombait du torse en tournant la tête de côté, d'un air hautain mais gracieux.

« C'est vrai que maintenant que tu le dis... » minaudais-je en adressant un regard de braise à Draco avant de passer la langue sur mes lèvres avec séduction.

Draco entrouvrit lentement la bouche et se déplaça lentement de côté, adoptant une démarche d'un James Bond qui tenterait de draguer sa James Bond girl bien qu'il soit écrit noir sur blanc dans le script que les deux étaient condamnés à coucher ensemble en milieu de film.

« Mmmh, Scarlett, votre bouche m'attire inexorablement. » chuchota-t-il en faisant lentement les cent pas en face de moi, tel un félin rodant précautionneusement autour de sa proie, se rapprochant au fur et à mesure de moi. « Et votre corps... »

Draco mima un frisson qui ressemblait plus à un choc électrique. Je me mordis la lèvre et il ferma alors les yeux en faisant « Ouuh ! » et en serrant des dents comme si je l'avais mordu lui. Puis, levant ma main, je lui fit signe d'approcher de l'index en plissant des yeux.

« A genoux. » lui ordonnais-je en indiquant le carrelage.

« A vos ordre, ma Reine. » fit-il en s'exécutant à la seconde.

Je manquais d'éclater de rire en le voyant avancer vers moi, à quatre pattes, en montrant des crocs et mimant des rugissements. Lorsqu'il arriva à ma hauteur, il baissa la tête puis lécha suavement ma jambe droite depuis la cheville jusqu'au milieu du tibia avant que je ne l'arrête d'une petite tape sur la tête.

« Vous êtes bien trop impatient à mon goût ! » m'exclamais-je en prenant un ton courroucé.

« Que Mlle Johanson m'excuse...je n'ai pu résister à l'appel de cette peau si satinée... »

Je gloussais en portant ma main à mes lèvres, papillonnant des cils.

« Quel beau flatteur, celui-ci alors. »

« ...à ces jambes si joliment dessinées et sculptées... » continuait-il en laissant traîner son doigt sur mon genoux vers une direction qui avoisinait mon entrejambe. « ...à ce... »

Et l'on ne sut pas ce qui fascina encore Draco car la porte de la salle de bain s'ouvrit à la volée sur – alors, imaginez la scène : moi, en soutien-gorge et string, assise devant un Draco Malfoy en boxer à quatre patte devant moi et en train de me caresser la cuisse – Mme Malfoy en personne. Elle garda sa froideur habituelle mais ses yeux devinrent si globuleux, si écarquillés que je craignis qu'ils ne sortent de leurs orbites et ne roulent sur le sol – ce qui aurait été un travail supplémentaire pour la femme de ménage. Elle portait une chemise Ralph Lauren avec une jupe cintrée gris clair et des escarpins compensés fermés noirs en écaille. Son regard alla de son fils à moi puis de moi à son fils tandis que sa main triturait son rang de perles attaché à son cou. Au bout d'une longue minute embarrassante pour nous tous, elle ouvrit ses lèvres peintes en rouge carmin et prononça d'une voix cassante :

« Je m'inquiétais de ne pas te voir encore au petit-déjeuner alors qu'il est déjà 8h. Mais je vois que... »

Elle balaya la scène du regard, comme si cela était censé compléter la fin de sa phrase, puis tourna des talons en claquant la porte de la salle de bain puis, quelques secondes plus tard, celle de la chambre. Je me mordis la lèvre pour de vrai cette fois-ci et croisais le regard de Draco qui affichait une expression réellement ennuyée.

La seconde d'après, nous nous roulions par terre de rire.

« Bonjour bonjour ! » fit-il avec entrain lorsque, cinq minutes plus tard, nous descendîmes habillés dans la cuisine construite dans une architecture française du Manoir. « Qu'y-a-t-il de bon à manger, ce matin ? »

Narcissa Malfoy leva un regard extrêmement polaire vers nous – moi en particulier – tandis que Lucius Malfoy haussait des sourcils en guise de salutation, sa tasse de café vissée aux lèvres, un Times plié dans sa main.

« Georgia t'as préparé tes œufs brouillés, je te les aient réchauffés. » l'informa Narcissa en désignant du menton l'assiette princière posée sur le plan de travail en marbre beige. « Je t'ai également chauffé ton chocolat étant donné qu'il était froid. »

Inutile de préciser que son ton dégoulinait d'insinuation.

« Merci m'man ! » fit Draco en lui embrassant le front avant de se ruer sur son petit-déjeuner.

Sur ce, elle porta sa tasse à ses lèvres et me gratifia d'un nouveau regard glacial. Ok, le message était clair : il n'y avait rien pour moi. Je m'assis tout de même à l'un des tabourets de bars autour de la table en lui adressant un grand sourire.

« Moi aussi, je voudrais bien un peu de chocolat si ça ne vous dérange pas. »

Si le regard qu'elle m'avait lancé précédemment était glacial, je ne trouverais pas de qualificatif assez exact, assez juste pour définir la nature de celui qu'elle me lança après cette provocation ouverte. Elle posa avec fracas sa tasse sur le plan de travail en prenant une grande inspiration.

« Dans ce cas, vous n'avez qu'à vous en faire vous même. » siffla-t-elle avant de quitter la pièce.

Je la regardais sortir en trombe de la cuisine en secouant la tête.

Pour une raison que j'ignorais, Mme Malfoy m'avait toujours pris pour la dernière des salopes. J'avais beau me montrer la plus aimable possible, faire quelques fois la conversation avec elle, proposer mon aide lorsqu'elle en avait besoin, m'habiller comme la plus chaste des filles de toute l'Angleterre en allant chez elle, faire tout les efforts possibles et imaginables en espérant qu'elle change cette idée de moi, rien à faire. Tout ce que j'avais en retour, ce n'était que des bouts de phrases froids, des sous-entendus cassants, des plissements de nez dégoûtés dès que je me trouvais à proximité d'elle. Draco m'avait prévenu, pourtant, que lorsque sa mère se mettait en tête de détester quelqu'un, elle le faisait jusqu'au bout. J'avais tout de même voulu tenter l'impossible.

Et j'en ai eu tellement marre qu'au bout d'un moment, je me suis tout simplement dit ; et merde. Pourquoi se casser à la tête à se faire aimer par une espèce de psycho-rigide sans cœur tellement botoxée qu'elle n'arrivait même plus à sourire ? A quoi bon, sincèrement ? Alors depuis ce jour là, je ne fis plus aucun effort. Mais alors aucun. Lorsque je débarquais au Manoir, c'était en jupe, en jean déchiré, en Converse, en vernis flash, en bas résilles troués, en rouge à lèvres, en haut à bretelles, en mastiquant du chewing-gum, en talons hauts. En Hermione Granger. Et depuis ce jour-là, je dus faire face aux avances de Mr Malfoy qui, lorsque sa femme n'était pas dans les parages, se montrait aussi irrécupérable que sa progéniture.

« Qu'est-ce qu'elle a ? » demanda justement Mr Malfoy Père en suivant la silhouette de Narcissa traverser la cuisine en martelant ses talons contre le parquet avec fureur.

« Disons qu'il faudrait qu'elle comprenne que s'il y a des poignées aux portes, ce n'est pas pour faire joli. » répondis-je en haussant des épaules.

L'air surpris de Lucius se teinta alors d'une expression très perverse, très Marcus Flint. Il adressa un clin d'œil à son fils puis me gratifia d'une œillade appuyée.

« Je vois... » fit-il et quelque chose se mit à courir sur ma cuisse.

Au même instant, Draco consulta sa montre et manqua de s'étouffer avec ses œufs brouillés.

« Putain 'Mione, il est quinze, faut qu'on y aille ! » cria-t-il presque en se levant d'un bond avant de disparaître de la cuisine en trois enjambées.

« Peut-être cherchiez-vous le sucre Mr Malfoy ? » demandais-je d'une voix innocente mais froide en lui plantant le sucrier devant lui puis en allant chercher sa main pour la remettre sur sa cuisse, à lui. « Bonne journée à vous. » fis-je avant de sortir de la cuisine le plus vite possible.

.

.

« There's something in her eyes

That's making me scared

It's clinging to my skirt now

Like static in her hair»

.

« Tiens ! J'allais m'étonner de vous voir arriver à l'heure, pour une fois. » siffla Rogue lorsqu'il m'eut autorisé à rentrer dix minutes en retard à son cours.

Je lui tendis mon billet de retard – c'était presque le vingtième depuis le début de l'année – qu'il examina avec la plus grande attention. Pour le broyer ensuite bestialement dans sa paume de main et le jeter dans la poubelle.

« Assis. » m'ordonna-t-il sèchement.

Je fermais la porte derrière moi et jetais un coup d'œil à ma place attitrée. Premier rang, dernière table avant le mur, tout à droite. Idéal car, Rogue ayant toujours tendance à croire que les élèves placés dans le fond de la classe méditait un complot contre lui, il ne faisait généralement pas attention à ceux de la première ligne qui étaient, au contraire, les plus redoutables. Au milieu de la myriade d'yeux braqués sur moi, je croisais le regard interloqué de Parvati qui me fit signe, en dépliant son pouce et son auriculaire, de consulter mes messages.

En effet.

Ma stratégie de culpabilisation du lendemain de la soirée passée dans ce trou perdu de l'arrière Bristol où elles m'avaient abandonné portait apparemment bien ses fruits car je n'avais reçu pas moins de dix messages, venant toutes d'elles. Un de Padma, deux de Lavender, trois de Parvati et quatre d'Angelina. Mon portable, coincé entre mes jambes, vibra dès que je me fus assise et je dus me racler la gorge en tentant d'étouffer le bruit tandis que Rogue expliquait je ne sais quelle formule algébrique au tableau qui me faisait déjà mal au crane. « Ou t'était paC ? On t'as appelé 1000x hier ! Tu fouT quoi ? » m'harcellais déjà Parvati, tôt le matin, depuis le fond de la classe. Tout en jetant un coup d'œil prudent au tableau pour vérifier que Rogue ne se tournait pas de mon côté, je pianotais à toute vitesse une réponse en cinq lettres qui suffirait à la calmer net. « Draco. ». Envoyé.

« Un problème, Mlle Patil ? » s'interrompit Rogue tandis que Parvati était prise d'une quinte de toux soudaine.

L'hindou hocha la tête en signe de négation puis, lorsque le prof s'en fut retourné à son tableau, ses yeux brillants vrillèrent sur moi, totalement larguée. Les questions qu'elles me posaient télépathiquement, je pouvais les entendre d'ici. Comment ça, « Draco. » ? Vous n'étiez pas censés avoir cassé ? Vous vous êtes encore remis ensemble ? Quand ça ? ! Comment est-ce que ça se fait ? ! Et comment ça s'est passé ? C'est pour ça que tu ne répondais pas hier ? Vous avez fait quoi ? Je lui fis signe que je lui expliquerais tout plus tard, sachant pertinemment que ça la tuerait d'attendre que ces deux heures de maths se finissent pour connaître le fin mot de l'histoire, puis me retournais, un sourire satisfait aux lèvres. Bien fait. Vous y réfléchirez à cinq fois, la prochaine fois qu'il vous prendra une envie soudaine de me laisser en plan au beau milieu de nulle part.

S'il y avait quelque chose que je trouvais extraordinaire avec Rogue, c'était le don qu'il avait à dégoûter à vie ses élèves des mathématiques. Autant, les années précédentes, j'arrivais à peu près à me sortir la tête de l'eau en me maintenant dans les 10,5-11 de moyenne dans cette matière – sinon, je ne serais jamais passée en ES – autant, depuis que j'avais Rogue, je me sentais assez satisfaite, voir même très fière de mon 6,02 de moyenne. Ironie. J'avais envie de tuer ce mec dès que je le voyais. De le planter à chaque fois qu'il me tendais une copie où ma note ne dépassait pas les 5/20. Il fallait dire que je l'avais déjà eu en Cinquième et que, pour une raison que j'ignorais aussi, il avait fait de moi sa bête noire et avait faillit me faire redoubler si je ne m'étais pas maintenue dans la plupart des autres matières. Alors maintenant qu'il était et prof de mathématique, et prof principal, il pensait sans doute avoir les pleins pouvoirs, établir sa Monarchie Absolue sur la classe de Terminale ES/S.

Alors j'adoptais une l'attitude passive spéciale 'cours de maths'. D'où mon choix de place très stratégique. Je me calais contre le mur ou bien m'affalais tout simplement sur ma table et regardais le cours passer, m'endormant quelques fois, observant mes pointes de cheveux d'autres fois, textotant avec Parvati, Angelina ou Draco lorsque l'envie me prenait, soupirant la plupart du temps.

J'étais dans cet état végétatif et engourdi précédant l'endormissement lorsque trois coups secs furent frappés à la porte. Je crus avoir encore une chance de rattraper ma nuit de sommeil lorsque la voix mélodieuse de Rogue cassa tout espoir en beuglant :

« Entrez ! »

C'était McGo. Suivie d'un mec que je ne voyais pas très bien car caché par la stature imposante de notre bonne vieille directrice centenaire. L'instant d'après, elle revêtit son célèbre ton de chien prêt à mordre en débitant :

« Je vous amène votre nouveau camarade de classe, Blaise Zabini. Il est en section S et je vous serais grée de faire en sorte qu'il se sente parfaitement intégré et à l'aise dès les premières heures de cours. »

Elle hocha la tête comme si cela était une affaire convenue entre elle et nous puis sortit de la classe, nous laissant tous le soin d'accueillir...Basile Zambani ? Comment s'appelait-il déjà ? Bof, on s'en fichait.

Je m'adossais contre le mur tout en faisant tourner machinalement une boucle de cheveux entre mes doigts. Mes yeux le scannèrent de bas en haut, tentant dors et déjà de savoir dans quelle catégorie il pouvait rentrer – il n'y en avait que trois à POUDLARD : Losers, Commun des Mortels, Élite.

C'était un Black. Grand, naturellement. De grandes mains aussi – je faisais une espèce de fixation malsaine sur les mains depuis la fin Troisième. Grandes épaules. Carrure dans l'ensemble assez athlétique, ce qui laissait imaginer avec évidence une bonne musculature et des biceps affirmés par-dessous sa chemise. Mâchoire carrée. Nez droit. Yeux en amande, marron clair. J'étais ennuyée...il vacillait entre Commun des Mortels et Élite. C'est alors que mes yeux se posèrent sur le détail qui départagea tout. La chevalière. Mon père en portait toujours une et Draco avait porté celle de son père pendant plus d'un an jusqu'à ce qu'il décrète du jour au lendemain que cela faisait beauf alors tout les mecs de POUDLARD ayant une chevalière sont venus sans le lendemain. Mais sur Baptise – Blair...? – bref, sur lui, la chevalière au majeur concordait parfaitement, lui donnant un certain charme malgré son habillement somme toute assez...banal. Il serait donc une nouvelle recrue potentielle pour nous. La première étape étant de l'observer quelques temps pour savoir si, en effet, il méritait de traîner dans nos rang puis la seconde consistant en une approche et le tour était joué.

J'eus un petit sourire impatient. Enfin un peu de remouds dans la petite mer tranquille de POUDLARD.

« Et dans quel lycée étiez-vous avant ? » lui demanda Rogue en croisant des bras tandis que le petit nouveau survolait la classe du regard en essayant de se donner une contenance bien qu'il était évident qu'il était mort de trouille.

Son regard se planta alors si violemment et soudainement dans le mien que, ne m'y attendis pas le moins du monde, je tressaillis sur ma chaise. Je relâchais lentement ma mèche de cheveux captive entre mes doigts, les sourcils haussés stupéfaction. Il ne me quittait pas des yeux. Ce mec était là, sur l'estrade, et, pour une raison qui m'échappait, ne me lâchait pas une seule seconde des yeux. Et ce n'était pas le genre d'échange visuel plat que l'on pouvait zapper d'un simple clignement de paupières avec une moue méprisante ou alors une œillade énamourée prévenant les signes avant-coureur d'un flirt futur. Non. C'était le genre de regard qui se plantait, qui s'ancrait, qui s'enfonçait si profondément et si viscéralement en vous que cela vous en coupait la respiration et vous enveloppait d'un désagréable sentiment de malaise, d'une sensation de perte totale de contrôle. C'était comme si votre interlocuteur visuel était à même de lire en vous comme dans un livre ouvert, comme s'il pouvait deviner chacune de vos pensées, même celle dont vous aviez honte et que vous enfouissiez le plus loin possible. C'était comme une intrusion au plus profond de votre intimité, de votre organisme, et de ma vie entière, je n'avais jamais ressentis un tel trouble.

« Mr Zabini ? »

Ses yeux n'ont pas bougés. Ses paupières n'ont même pas clignées. Il ne me quittait toujours pas du regard. Et j'essayais tant bien que mal de lui tenir tête avec indifférence. Sa façon de me regarder était si crue, si intense que j'en avais froid dans le dos. Je secouais légèrement la tête en murmurant : « Quoi ? », faussement dédaigneuse et priant pour qu'il arrête de me dévisager de cette manière si insolente. Je détestais me retrouver dans une situation de faiblesse. Mais malgré ça, rien n'y fit.

« Oh-oh ? Mr Zabini, je vous parle ! »

Ce. Mec. Est. Un. Psychopathe. Un putain de PSYCHOPATHE. J'ai compté. Cela faisait quatorze secondes qu'il me fixait. Quatorze secondes que son regard m'agressait. Quatorze secondes qu'il prenait un malin plaisir à augmenter mon malaise. Quatorze secondes qu'il mettait sens dessus dessous tout mon intérieur. Quatorze secondes qu'il m'intimidait sans ciller. Quatorze secondes, bon sang. Quinze, maintenant.

Enfin, soudainement, il sursauta et ses yeux se détachèrent des miens. Ce fut comme si l'on m'avait ôté un fardeau d'une centaine de kilos de mes épaules. Mes muscles se relâchèrent aussitôt tandis que le nouveau répondait enfin aux questions de Rogue. J'essuyais mes mains tremblantes et moites sur mon jean en reprenant ma respiration en silence, les yeux exorbités. Je déglutissais.

C'était de la folie. De la folie pure.

Reprends-toi Hermione, reprends-toi. Inspire. Expire. Calme-toi.

Je fermais les yeux et me redressais. Au même moment, mon portable vibra. Dans un vent de solidarité, la classe entière se mit à tousser en chœur comme chaque fois qu'un phénomène dans ce genre se passait. « CANON ! :D » m'avais envoyé Parvati Patil. Ok. Super. J'éteignis carrément mon portable puis me passais la main sur le front en soufflant.

Calme, Hermione, calme.

.

.

« I met this pretty boy in Paris
He used to tell me what I'm Jolie
I couldn't say a word just
Coco Choco Chanel
Coco Chanel and Chocolat
»

.

« N'oubliez pas de ramener 'Le Petit Prince' pour le prochain cours, nous continuerons l'étude de texte que nous avions faite le cours dernier. Apportez également votre cahier d'activité, nous en aurons besoin. A la prochaine ! » nous recommanda Remus Lupin, notre professeur de français, le plus jeune de tout le corps enseignant, par dessus la sonnerie stridente de fin de cours et le brouhaha collectif des élèves prenant cette matière optionnelle.

Je rangeais mon manuel ainsi que mon agenda et ma trousse dans mon sac à main puis fis la queue pour sortir tandis que ces escargots devant moi bavassaient au lieu d'avancer. N'y tenant plus, je poussais la chaise à ma gauche et passais en dessous de la table.

« Mademoiselle Granger ? » m'interpella alors Mr Lupin.

Je me retournais. Il me fit signe d'approcher du bureau. Je jetais un coup d'œil à la sortie et fit signe de patienter à Lavender et Hannah Abbot qui m'attendaient devant la porte.

« Oui, professeur ? »

Il jeta lui aussi un coup d'œil vers la porte puis me fit signe d'un geste d'aller la fermer. J'obtempérais puis allais m'adosser contre la première rangée de table, face à son bureau. Il esquissa alors un petit sourire en se grattant la nuque.

« Je...je voulais vous féliciter pour vos excellents résultats au cour des derniers tests. Vous, hum, vous êtes actuellement sur le podium des meilleurs élèves de mon cours. »

Je hochais lentement la tête en croisant des bras, un sourire impatient aux lèvres. Il me rendit mon sourire en s'ébouriffant les cheveux, visiblement nerveux. Voyant qu'il ne continuait pas, je tournais ma tête de côté en disant :

« Et...c'était tout ce que vous aviez à me dire ? »

Il ouvrit la bouche pour répondre puis secoua la tête en signe d'affirmation avec un sourire contrit bien qu'il était évident qu'il avait une tonne d'autres choses à me confesser. Je me levais donc de ma table et me dirigeais vers la porte.

« Dans ce cas, merci de m'avoir inform... »

« Non ! Attendez ! Attendez. » s'exclama-t-il en manquant de se jeter sur la porte tandis que je portais la main vers la poignée.

Il se passa encore la main dans sa chevelure brune hirsute avant de gratter sa joue non-rasée.

« Oui ? » fis-je d'un ton innocent en regardant Mr Lupin qui avait l'air d'être dans une lutte intérieure intense.

Il ouvrit une nouvelle fois la bouche pour ne rien dire du tout au final puis m'offrit un nouveau sourire désolé et se décala pour me laisser passer.

« ...rien. Rien du tout. Excusez-moi. Bonne fin de journée. » débita-t-il d'une traite en m'ouvrant lui-même la porte.

Je le gratifiais d'un regard étonné mais souris tout de même en hochant la tête.

« A vous aussi, professeur. » lui souhaitais-je avant de passer le pas de la porte.

Je devinais non sans mal qu'une fois seul dans la salle de français, Mr Lupin devait se frapper la tête contre son bureau en se traitant de tout les noms. Dès que je fus dans le couloir, Lavender et Hannah m'emboitèrent le pas.

« Ce mec est raide dingue de toi, 'Mione. » fit remarquer Hannah tandis que les autres élèves s'écartaient sur notre passage pour nous laisser descendre les escaliers.

Je roulais des yeux en secouant la tête. Nous atterrîmes au rez-de-chaussée de POUDLARD où les élèves se bousculaient encore devant la sortie puis je bifurquais vers l'allée tapissée d'affiche et menant au gymnase, les deux autres filles calquant toujours leurs pas sur le mien.

« Il est super mignon en plus. J'ai toujours rêvé de sortir avec un français... » rêvassa Lavender.

« Et puis il a quoi ? Vingt-trois ans ? Vingt deux ans ? Bref, ça fait pas une énorme différence d'âge. » renchérit Hannah en secouant la tête.

« Ce qui me fait craquer en tout cas, c'est son accent. Tu as vu la manière dont il prononce 'merci' ou 'chocolat' ? Hmm, moi ça me fait fondre. » frissonna Lavender en joignant ses deux mains entre elle.

« En plus, il paraît qu'au lit... » commença Hannah.

« Fermez-la, les filles. » soupirais-je tout en poussant les portes battantes du gymnase.

Arrivées dans les vestiaires, le reste de la tribu des pom-pom girls de POUDLARD commençait déjà à se mettre en tenue de combat. Je saluais les autres filles qui se changeaient tout en posant mon sac sur le banc, près de la Weasley Junior qui m'offrit un sourire me faisant douter une bonne fois pour toute de ses orientations sexuelles. Fouillant dans mon portefeuille, j'en retirais une petite clé et déverrouillais mon casier avec pour en sortir mon uniforme ainsi que mes pompons. Je recollais aussi du bout des doigts un des coins d'une photo représentant le couple Dramione en train de s'embrasser à pleine bouche devant les portes du lycée, un an auparavant.

« Oh mon Dieu, il est magnifique ! » cria presque Katie Bell en fixant ma poitrine.

Je baissais moi-aussi les yeux vers l'endroit qui fascina soudainement le reste de l'équipe. La semaine dernière, j'étais allée faire les boutiques avec les jumelles Patil et, étant passée entre autre chez Darjeeling, j'en étais ressortie avec un ensemble assez affriolant en dentelle noire et soie verte émeraude. L'ayant mis la veille et n'ayant pas eu le temps ensuite de repasser chez moi ce matin, je n'avais pas eu le temps de le changer. Bon. Ce n'était que des sous-vêtements après tout. Pas la peine d'en faire une fixation. Je laissais d'ailleurs le soin à Padma et Parvati de délecter l'assistance avec le récit intégral de notre virée shopping du week-end dernier tout en enfilant rapidement ma jupe. Tandis que je me penchais pour attraper mon haut, je surpris le regard de Ginny Weasley qui observait tout mes faits et gestes depuis un bon moment apparemment. Dès qu'elle vit que je la fixais, elle rougit violemment et détourna du regard.

Pas nette, cette fille.

« En piste ! » m'exclamais-je en ouvrant grand la porte des vestiaires.

Hannah alla comme d'habitude chercher le poste qu'elle plaça sur la rambarde séparant les gradins du terrain puis appuya sur l'emplacement CD qui s'ouvrit. Je me retournais vers le groupe.

« Compil' ? » demandais-je.

Pansy Parkinson apparut du milieu du groupe et me tendit le boîtier, ses yeux verts toujours aussi venimeux et glacials à mon encontre. Je me forçais à lui faire un grand sourire, lui prenant le CD des mains.

« Merci Pansy. » fis-je avant de l'introduire dans l'appareil.

Les rapports entre Parkinson et moi s'apparentaient à ceux de l'URSS et des États-Unis du temps de la Guerre Froide. Mais je ne pouvais pas la virer du groupe pour trois raisons. Un : ayant un frère DJ, elle était celle qui nous fournissaient les meilleurs mixs de musique pour nos chorégraphies lors des matchs ou des compétitions de pom-pom girls. Deux : Elle était l'une des plus souples du groupe, donc l'une des plus indispensable. Trois : Eh bien, ce serait vache de la virer, déjà que je lui avais piqué Draco lors du bal de Seconde.

Nous avions, comme d'habitude, deux heures d'entraînements. Deux heures durant lesquelles nous pouvions nous défouler de notre journée, transpirer à volonté, danser en rythme jusqu'à ce que nous retournions dans les vestiaires pleines de courbatures. Deux heures durant lesquelles je pouvais hurler sur qui je voulais au moindre faux pas, perfectionniste lorsqu'il s'agissait de notre chorégraphie.

« Tracey, bon sang, on avait dit demi-tour gauche, pas droite ! Combien de fois est-ce qu'il faudra que je te le répète ? »

La jeune blonde soupira.

« J'oublie à chaque fois, désolée. »

« Mais, bon sang, c'est pas compliquée ! » m'exclamais-je avant d'exécuter l'enchaînement que nous venions de faire puis, arrivée à l'endroit où elle se trompait toujours, j'énumérais mes mouvements : « Et , tu fais demi-tour, gauche et tu te penche du côté de Padma ! »

Je soupirais en posant mes mains sur les hanches. Il y avait des fois où j'avais réellement envie de toutes les secouer.

« Compris ? » criais-je presque en haussant des sourcils, puis, d'une voix plus calme : « On reprend. »

Je vins remettre la piste du CD puis, lorsque je me retournais pour commencer les enchainements, mon regard s'arrêta sur une silhouette qui nous observait de loin, adossée contre le mur, les mains dans les poches. Je plissais des yeux, n'y croyant pas. Qu'est-ce qu'il fichait ici ? Parce qu'en plus, il m'espionnait ? !

« 'Mione ! »

Je sursautais et remarquais que tout les yeux étaient braqués sur moi et que la musique en était presque au milieu sans que je n'ai esquissé aucun geste.

« Hum, désolée. » fis-je sans pour autant me retourner.

« Bien la peine d'engueuler les autres... » siffla la voix de serpent de Pansy mais je ne pris pas la peine de relever, cette fois-ci.

Je secouais soudainement la tête comme pour chasser une mauvaise pensée puis me remis en position.

« Ok, on y va. » fis-je avec détermination.

Les premières notes du « Unstoppable » de Santigold résonnèrent et nous commençâmes notre chorégraphie, ponctuée du fameux '1,2,3,4' censé situer le tempo que je répétais en boucle bien que mon esprit soit totalement ailleurs.

Bon sang mais qu'est-ce qu'il fichait ici ? !

« Hum, je pense qu'il faudrait qu'on rajoute un mouvement ici. » fis-je en allant une fois encore éteindre le lecteur pour me mettre face au groupe. « Je trouve que le passage de la pirouette aux appuis est trop...sec. Il faudrait qu'on rajoute un pas entre les deux qui puisse rendre l'enchaînement fluide. Quelqu'un a une idée ? »

Je sondais les filles du regard puis Kate leva la main et, après lui avoir donné mon autorisation, se mit à nous expliquer un pas de danse qu'elle avait, disait-elle, inventé toute seule. Sachant pertinemment que les autres danseuses se mettraient ensuite tour à tour à proposer leurs variantes et que cela deviendrais vite l'anarchie, je profitais de l'instant de dispersion pour guetter ce qui se déroulait à l'autre bout du terrain. Draco venait de sortir du local des entraîneurs, une balle de basket à la main. Il la lança à Zabini qui la réceptionna avec adresse puis Draco lui indiqua le panier. Son voisin dit alors quelque chose et Draco esquissa un demi-sourire en lui répondant quelque chose d'autre. Ce qui décrocha un sourire narquois au petit nouveau qui s'avança vers les paniers et lança la balle qui roula autour du cerceau mais entra dans le filet.

¿ Qué pasa ?

Deux solutions à sa présence ici. Soit il venait pour passer des tests pour rentrer dans l'équipe, étant donné qu'il y avait maintenant une place de libre. Soit Draco avait eu plus de flair que moi et m'avais devancé en tentant de le prendre sous son aile dès le premier jour.

Tandis que Padma se mettait à bouger des fesses en agitant des jambes à la manière d'une stripteaseuse de Vegas, je croisais des bras en observant le petit nouveau faire ses preuves. Il n'était pas mal. Question niveau, bien sûr. Il se débrouillait assez bien. Sur sept essais, la balle rentra cinq fois dans le filet. Il réussit ensuite à enlever trois fois la balle des mains de Draco. Pas de dunker par contre, dommage...

« Hermione..? »

« Hein ? »

Je sursautais une nouvelle fois. Le groupe avait les yeux braqués sur moi. A l'évidence, ils attendaient que je dise quelque chose, quant à savoir quoi...aucune idée.

« Quel enchaînement est-ce que tu choisis alors ? »

Ah oui, ça.

« Celui de Kate m'avait paru bien. » fis-je en hochant la tête, un œil toujours sur le terrain.

« Celui de Kate ? » suffoquèrent en chœur les jumelles Patil.

« Et le mien alors ? » s'exclama Parvati.

« Celui que j'ai fais est meilleur que celui de Kate ! » affirma Angelina.

« Est-ce que tu as vu le mien ? » me demanda Fiona Carter.

Je soufflais en levant les yeux au ciel puis levais mes paumes en l'air.

« Ok, vous l'aurez voulu ! On ne prend aucun enchaînement, on laisse la choré comme telle. » m'exclamais-je.

« Mais...! » fit Kate en secouant désespérément ses pompons, presque aux bords des larmes.

Je remis le CD en marche puis me repositionnais en tête de groupe, en position.

« Allez, on recommence. Et pas d'erreurs cette fois-ci. » dis-je d'une voix ferme de leader.

Pendant les dix minutes suivantes, je me fis violence pour ne pas regarder de l'autre côté du terrain. Je mis toute ma frustration de ne pas savoir exactement ce que ce mec venait faire ici dans mes mouvements et faillis plus d'une fois blesser l'une des filles qui dansaient autour de moi. Nous étions sur le point d'entamer la deuxième partie de la chorégraphie lorsqu'un cri aigu parvenant de la dernière ligne nous fit toute arrêter. La Weasley clopinait en grimaçant, se tenant l'arrière de la tête et gémissant comme si elle était agonisante.

« Qu'est-ce q.. » commençais-je à peine avant de voir une balle rouler entre nos jambes pour s'arrêter juste devant la rambarde.

Je levais les yeux et vis Zabini en personne courir vers nous.

« Merde, je suis désolé, je t'ai fais mal ? » s'exclama-t-il, essoufflé, en se penchant vers Ginny qui s'était à présent accroupie.

Elle secoua la tête en signe de négation bien qu'il était évident qu'elle souffrait. Les autres pom-pom girls encerclèrent la petite Seconde, les poings sur les hanches. Inutile de dire qu'elles n'en avaient strictement rien à faire que Ginny convulse sur le sol ou danse la samba ; la bête curieuse à observer en ce moment était Zabini. Je me frayais un chemin entre Kate et Padma pour arriver juste à droite du nouveau.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demandais-je en me penchant vers lui.

Je dus attendre presque dix secondes pour avoir droit à une réponse de sa part.

« J'ai lancé la balle sans faire exprès et ça l'a touché à la tête. » me répondit-il assez froidement, sans même prendre la peine de se retourner vers moi, avalant presque ces mots comme si me répondre était quelque chose de tertiaire. « Fais voir. » fit-il ensuite d'une voix presque mielleuse à Ginny qui pencha immédiatement sa tête.

Je restais coite. Ce mec se foutait de ma gueule. La moindre des choses, lorsque quelqu'un posait une question, c'était au moins de regarder son interlocuteur. Le b-a-ba de la politesse. Et puis pourquoi me répondait-il d'une manière aussi méprisante ? C'était quoi son problème au juste ? D'abord il m'agressait d'entrée de jeu à la première heure de cours et , Monsieur s'adressait à moi comme si j'étais de la merde ? !

« T'es sûre que ça va ? » s'enquit-il en fronçant des sourcils.

Je remarquais que Ginny et lui se regardaient dans les yeux et que cette-dernière ne semblait pas avoir perçu le même trouble que moi, quelques heures plus tôt. Ce fut même elle qui décrocha son regard de celui de Zabini en hochant la tête à l'affirmatif. Le métis se leva alors et tendit la main à la Weasley Junior pour l'aider à se relever.

« Merci... » bredouilla cette-dernière en rangeant ses mèches rousses flamboyantes derrière ses oreilles.

Il hocha la tête avec un demi-sourire puis se tourna vers la barrière de pom-pom girls qui l'empêchait de rejoindre l'autre extrémité du terrain où Draco, naturellement indifférent au fait que son nouveau pote ait put blesser quelqu'un, s'entraînait à faire des paniers. Tandis que Kate se décalait pour le laisser passer en lui offrant un sourire de potiche, je me raclais la gorge tout en passant la langue sur mes lèvres, d'humeur assez clémente pour donner une nouvelle chance à ce Zabini :

« Sinon, au cas où, je suis Hermione Granger, déléguée de la classe de Terminale ES/S – nous sommes dans la même classe. » fis-je en tendant la main au cas où il daigne enfin se retourner pour me répondre.

Il s'immobilisa puis tourna seulement la tête de côté, de sorte que je ne le voyais que de profil.

« Je sais. » dit-il tout simplement avant de tourner définitivement des talons et de rejoindre Malfoy, les mains dans les poches.

Je rangeais lentement mon bras le long de mon corps et le regardais s'éloigner, mes joues cuisants sous le fer de cette double humiliation. Pansy mima un toussotement derrière moi, dissimulant très mal son envie de ricaner. Ma main se referma en un poing et je fixais avec fureur la silhouette de celui qui avait fait l'erreur de se mettre Hermione Granger à dos dès son premier jour à POUDLARD.


[Blaise]

.

« Protect me from what I want

Protect me from what I want

Protect me from what I want

Protect me

Protect me »

.

J'étais allongé depuis presque deux heures sur ce lit.

En rentrant de POUDLARD, j'avais balancé mon sac quelque part dans la pièce puis m'étais tout simplement laissé tomber sur ce matelas posé à même le sol pour fixer sans ciller le plafond, les bras en croix. Je n'avais même pas pris la peine d'enlever les écouteurs de mes oreilles ce qui faisait que tout mon répertoire musical passait aléatoirement, du rap au rock en passant par la pop anglaise ou la soul américaine. Tout me rentrait par une oreille pour en ressortir de l'autre. Mes pensées, elles, restaient les mêmes. Ou plutôt mon unique pensée, car je ne pensais qu'à la même chose. Je ne faisais que me ressasser en long, en large, en travers, en diagonale et en oblique les évènements de cette journée. La séquence tournait en boucle dans mon cerveau et j'essayais à chaque fois de considérer les évènements le plus que froidement possible. Être extérieur à tout ça. C'était long à venir mais cela valait le coup au final. Chaque fois que mon cerveau voulait apposer un avis, un sentiment quelconque ou me faire éprouver un pincement de cœur par rapport à une situation m'étant arrivé un peu plus tôt dans la journée, j'y faisais fermement blocage. Rien. Il ne fallait que je ressente rien. Quelque soit l'évènement. Je me robotisais à la limite, me forçant à ne rien éprouver, me désensibilisant par rapport à tout mais c'était essentiel et j'avais fait de cet exercice presque quelque chose de vital pour me vider l'esprit.

Extérieur. Il fallait que je reste extérieur à tout.

« Blaise, on mange ! » m'appela ma mère depuis l'étage du bas et, reconnectant mes facultés sensorielles, je humais la délicieuse odeur qui s'était échappée des fourneaux du rez de chaussée.

Rebranchant celles visuelles, j'eus un peu de mal à voir correctement durant quelques secondes, ayant eu les yeux fixés à un seul même point durant un long moment. Je me redressais et fis face à une chambre plongée dans la pénombre bleutée de fin de journée, quelques dizaines de cartons entassés dans un coin de la pièce. Je me frottais les yeux puis pris appuis sur le matelas nu pour me relever.

« Qu'est-ce que tu nous prépare de bon ? » demandais-je depuis les escaliers.

Je slalommais entre les cartons posés un peu n'importe comment dans le hall d'entrée puis arrivais sur le pas de la porte de la cuisine et m'y adossais, observant ma mère disposer les choses sur la table tout en esquissant quelques petits pas de danse sur « BeBe » de Divine Brown que diffusait le transistor posé sur le rebord de la fenêtre entrouverte.

Je pouvais mettre au défis n'importe qui de surprendre ma mère dans une mauvaise posture vestimentaire. Elle était constamment apprêtée comme si des paparazzis allaient faire irruption et la mitrailler de leurs énormes Nikon. Toujours bien maquillée, toujours bien habillée, toujours bien coiffée. Pour ce soir, elle avait revêtu une robe 40's à frange de coloris magenta s'arrêtant au milieu de ses cuisses avec des sandales compensées à bobines noires. Ses cheveux noirs épais avaient été remontés presqu'au sommet de son crane en un chignon maintenus par deux baguettes, dévoilant le signe chinois discret représentant le charme qu'elle s'était faite tatoué derrière l'oreille lorsqu'elle n'avait même pas vingt ans.

« You used to call me your...tududududu...I used to be your, your...» chantonna-t-elle, ne se rendant pas encore compte de ma présence derrière elle, tout en disposant les couverts à côté des assiettes.

Je croisais des bras et l'observais avec un rictus amusé sortir deux verres d'un des cartons posés sur l'évier et les poser juste devant chaque assiette en se dandinant toujours sur la musique.

« Qu'est-ce qui te fais rire ? » me demanda-t-elle alors, bien qu'elle ne se fut pas retournée.

Il ne fallait pas chercher à comprendre.

Mon sourire s'élargit alors et je traversais la pièce puis glissais mes mains contre ses hanches pour l'étreindre de dos.

« Toi. » lui répondis-je à l'oreille avant de lui coller un bisou dans la nuque.

Je m'adossais ensuite contre le plan de travail fissuré en céramique beige.

« Tu ne m'as pas dit ce que l'on mange. » lui rappelais-je.

Elle eut un petit sourire malicieux et me désigna la chaise pour que je m'assois.

« Sur-prise. » fit-elle en apportant le dernier plat sur la table de fortune. « C'est la première fois que j'essaie ça alors j'espère que je ne t'empoisonnerais pas. »

« Tu goûteras la première dans ce cas. »

Elle roula des yeux et souleva le premier couvercle de l'index et du pouce, ses autres doigts relevés.

« Alors voici la tajine d'un côté... » annonça-t-elle avant de soulever le couvercle de l'autre : « ...et le poulet tandori fait avec amour de l'autre. »

« Ça veut dire que la tajine a été discriminée ? »

« En quelques sortes. J'ai eu du fil à retordre avec la recette. » soupira-t-elle en prenant mon assiette pour me servir. « Par quoi est-ce que tu commence ? »

S'il y avait aussi une autre chose à savoir avec ma mère, c'était qu'elle était une excellente cuisinière. Quoi qu'elle puisse donner comme prévention avant de servir un de ses plats, la casserole finissait toujours vide et nettoyée en fin de repas. Et elle le savait. Alors il fut presque inutile de lui notifier à quel point le dîner indien qu'elle venait de concocter était excellent.

« Alors, cette première journée de cours ? » me demanda-t-elle finalement (je voyais qu'elle mourrait d'envie de me poser cette question depuis le début du repas) en croisant ses mains vernies en rouge entre elles.

Je haussais des épaules.

Tout ce que je retenais de cette journée n'étaient que deux choses. Un ballon de basket et une paire d'yeux ambres. Surtout les yeux ambres. Mais restons froids, restons extérieur.

« Ça va. Ça s'est bien passé. » fis-je avant de prendre une très grosse bouchée de poulet pour pouvoir échapper ainsi à d'autres questions.

Ma mère, décidément très maligne, prit son verre plein et se mit elle aussi à boire tandis que je mâchais avec une extrême lenteur mon poulet. Elle reposa son verre pile lorsque ma dernière bouchée fut avalée.

« Et tu t'es fait des amis ? » me demanda-t-elle encore.

Je ne pus retenir un soupir irrité. Elle avait posé cette question d'un ton presque désespéré, à croire que j'étais un cas sans avenir, livré à être solitaire toute sa vie.

« Maman, c'est le premier jour de cours s'il te plaît... »

Elle haussa ses sourcils, étonnée.

« Et alors ? A ton âge, moi je... »

« Moi je. » relevais-je.

C'était pile ce qu'elle faisait lorsque, petit, je ne ramenais tout qu'à moi. A elle de soupirer.

« Je m'inquiète, Blaise, je m'inquiète. Je... »

Elle soupira à nouveau en secouant théâtralement sa main comme si elle allait pleurer.

« Tu es...tu as tout ce qu'il te faut pour être... »

« Populaire ? » terminais-je à sa place sans cacher la pointe de sarcasme dans ma voix.

Elle dodelina de la tête.

« Soit. Tu as toutes les capacités pour te démarquer, pour avoir...pour être bien vu. » continua-t-elle en débouchant lentement la bouteille d'eau minérale pour se resservir. « Je ne sais pas pourquoi est-ce tu te braque à chaque fois que nous abordons ce sujet... »

Mes yeux suivirent inconsciemment son geste tandis qu'elle penchait la bouteille vers son verre pour le remplir. Je suivis l'eau couler dans le récipient, quelques gouttes jaillissant sur la nappe, puis sa main revisser le bouchon, son petit doigt constamment en l'air. Je posais lentement ma fourchette sur le rebord de mon assiette.

« Maman, d'où vient le bracelet brillant que tu portes ? » demandais-je en fixant le bijou en question.

C'était une chaîne torsadée en or blanc, de minuscules diamants incrustés sur toute la longueur du bracelet, espacés à trois ou quatre millimètre d'intervalle chacun. Elle l'avait mis avec d'autres parures presque identiques, espérant sans doute que je ne le remarque pas parmi toute cette colonie de bijoux ornant son bras. C'était très mal me connaître.

Elle secoua son bras avec négligence.

« Oh, ça... » fit-elle avant de poser son coude sur la table. « C'est Piotr qui me l'a offert. »

Je posais moi aussi mon coude sur la table et appuyais ma joue contre ma main, las.

« Piotr ? » répétais-je, tentant de garder un ton neutre.

Ma mère se mit à faire de grands gestes, signe qu'elle ne voulait pas tellement s'étendre sur le sujet.

« Mais oui, tu sais, je t'avais parlé de lui. Piotr Kowalcsky. C'est le directeur de l'Opéra de Bristol – un très grand Opéra, très fréquenté. Nous nous sommes rencontré la fois où tu as refusé d'y aller avec moi, il y a deux semaines, et depuis... »

Elle fit un mouvement éloquent de la main, signifiant bien ce que cela voulait signifier. Elle tourna ensuite sa tête de côté en faisant la moue, l'air ennuyée.

« Je ne te l'avais vraiment pas dit, chéri ? »

« Non. Vraiment pas. »

J'étais à deux doigts de hurler, de renverser la table, de craquer une bonne fois pour toute. Mais non, pas maintenant. Alors je restais calme, comme toujours.

« Ah. » fit-elle simplement en prenant son verre et, m'adressant un petit sourire navré avant de le porter à sa bouche : « Eh bien maintenant, tu le sais. »

Et tandis qu'elle buvait, je la regardais. Je ne la lâchais pas une seule seconde du regard. Je l'observais boire tranquillement, coquettement, sûre d'elle. Manipulatrice. Mes mains tremblaient sur mes genoux. Une foule de choses se bousculaient dans mon esprit. Il fallait que je les dise. Il fallait bien que je les dise un jour. Pas maintenant. Pour le moment, je la fixais reposer calmement son verre sur la table et m'adresser un petit sourire. Et j'espérais alors très fort que Piotr soit riche.

Très riche.


En espérant que vous ayez aimé ce second chapitre. J'attends vos avis avec impatience :) Sinon, j'ai abandonné l'idée de ne faire que 10 chapitres. J'en ferais très certainement plus – enfin, on verra.

Bonne fin de vacances en tout cas.

Ciao ciao,

IACB.

.

Sources des paroles de chanson citées (par ordre) :

1. « Stay With Me » - Kent

2. « Shake It » - MetroStation

3. « Relator » - Scarlett Johanson ft. Pete Yorn

4. « Whistle Song » - Kent

5. « French Cancan » - Inna Modja

6. « Protège Moi » - Placebo