Bonjour ou bonsoir !
Je tenais à dire merci à toutes les personnes qui ont lu le prologue de cette fiction, et à ceux qui m'ont laissé des reviews. Il y a en premier KatnissLjay et ses reviews originales et touchantes, et aussi a bien connue Writings of Rawrs qui m'a fait grand plaisir en lisant ma fiction.
Pour les anonymes, merci Guest et merci Anonymette, vos commentaires m'ont fait extrêmement plaisir.
Et voilà un nouveau chapitre, pour le moment, je développe surtout des choses évoquées dans le dernier chapitre de la saga en laissant parler mon imagination.
Bonne lecture !
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Des yeux jaunes
Période couverte: 20 mars 2461
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Ce matin, j'ai décidé, enfin, d'appeler ma mère.
Après avoir lu sa lettre.
Elle m'écrivait à quel point les mots ne pouvaient exprimer son désespoir, qu'elle ne me fuyait pas mais qu'elle était incapable de faire face à son passé, à quel point elle avait besoin de ce nouveau projet d'hôpital pour l'aider à tenir, à ne pas sombrer. Qu'il fallait que je l'appelle.
Maintenant, il s'agit surtout de réduire l'espace entre moi et le combiné. Assise sur ma chaise, je regarde l'objet, imperturbable, comme s'il allait m'exploser à la figure, comme s'il allait me brûler.
C'est pourtant ridicule. Moi, Katniss Everdeen, la fille du feu, j'ai peur de me brûler.
Mais j'ai tellement de cicatrices que je me demande si cela vaut le coup de m'en infliger une de plus, dans mon cœur. Pourtant, j'ai besoin d'en parler, j'ai besoin de faire revivre, même une heure, le souvenir de ma petite sœur avec la seule autre personne l'ayant aimée au moins autant que moi.
Mais je ne sais pas si je pourrais faire face à une autre détresse que la mienne. Si j'en aurai la force, le courage. J'ai supporté tellement, tellement dans ma courte vie, je suis fatiguée de toute cette déferlante de sentiments, je suis déjà à moitié folle, et j'ai l'impression que ce coup de fil pourra me faire définitivement me faire basculer dans la folie. Mais il peut aussi me faire du bien. Comme avoir trempée mes plaies suintantes dans l'eau de mer, dans la seconde arène, m'a permit de faire sortir le poison de mon corps, peut-être parler à ma Mère m'aidera à me libérer un peu de la culpabilité qui me ronge toute entière.
C'est quitte ou double.
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La sonnerie résonne dans le combiné et me fait trembler. Je dois me tenir au mur, pour rester debout, là où Sae a accroché le numéro de téléphone de ma mère dans le district Quatre. Au bout de trois sonneries, je m'apprête à raccrocher quand j'entends sa voix, essoufflée comme si elle avait couru, comme si elle avait senti que c'était moi. Pourtant, avec ses nouvelles occupations, elle doit en avoir des coups de téléphone toute la journée. Mais là il faut croire que cela dépasse la logique, car elle parle la première, et au lieu d'un traditionnel "allo", j'entends :
- Katniss ?
Pendant quelques secondes, je me retrouve muette, mais je sais qu'elle comprend que je suis incapable de dire quoi que ce soit à ce moment-là.
Alors, elle se met à pleurer. Je voudrais bien pleurer en cœur avec elle moi aussi, mais au lieu de tristesse, c'est la colère qui m'envahit. Les reproches que je voudrais garder pour moi m'échappent :
- Maman, tu as recommencé. Tu avais promis, mais tu as recommencé !
- Quoi donc ma petite fille ?
- Je ne suis plus une petite fille. Une petite fille, ça doit avoir sa mère pour veiller sur elle ! Et tu n'es pas là, comme à la mort de Papa, tu m'as laissé toute seule, encore ! Tu t'es dérobée !
C'est alors à elle de garder le silence. Je m'en veux un peu de la faire souffrir, alors que nous avons, elle comme moi, notre lot de douleur, mais je ne peux pas m'en empêcher. Puis ma douce maman contre-attaque, de l'amertume dans la voix, même si elle essaye de la masquer :
- Tu penses donc être la seule à souffrir ? Je te l'ai écrit, je suis incapable de retourner dans le Douze, je n'ai pas ta force !
- Je n'ai plus de force maman, et pourtant je suis là. Parce qu'on m'y a envoyé croupir, pour me cacher, parce que je fais peur ! Même à toi !
- Tu ne me fais pas peur ma chérie, tu ne me feras jamais peur !
- Mais tu n'es pas là !
J'ai crié ses derniers mots sans m'en rendre compte.
Ma mère se racle la gorge et finalement conclut par un :
- Tu as toujours été, et tu seras toujours, meilleure que je ne le suis.
C'est un dialogue de sourd. Il y a encore trop de choses qu'on ne peut pas se dire.
Quand mon père est mort, je lui en ai voulu longtemps. Je ne l'ai réellement pardonné qu'à mon retour de mes premiers Jeux. Et ça a été dur pour elle, même si elle n'a jamais rien dit. Je n'ai pas le luxe de recommencer, pas quand les personnes qui comptent pour moi sont si peu nombreuses, pas quand toutes les personnes que j'estimais sont mortes par ma faute.
Si je ne peux pas confier mes angoisses à ma propre mère, à qui le pourrai-je ? J'ouvre alors mon cœur :
- Comment va-t-on faire pour tenir sans elle Maman ? Je ne sais pas si j'y arriverai…
Et là c'est moi qui pleure. Tellement fort que mes sanglots résonnent contre les murs, parfois des cris de désespoirs. Je me laisse tomber au sol pour laisser libre court à mon corps de trembler et pour taper l'arrière de mon crâne contre le mur. Je n'ai pas de mouchoir alors j'essuie mon nez avec la manche de ma veste.
Je ne sais pas combien de temps je pleure. Des minutes ou des heures. J'ai l'impression de ne jamais plus pouvoir m'arrêter. Buttercup me rejoint et miaule en cœur avec moi. Maman le reconnait, et pleure aussi de plus belle.
Nous offrons un bien triste spectacle.
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- On m'a dit que c'était Sae qui s'occupait de toi ?
- Oui, elle vient me faire à manger, avec sa petite fille.
- Je n'ai jamais su le nom de cette enfant.
- Nee. Enfin, c'est comme ça qu'elle s'appelle elle-même.
- C'est bien.
Nous mesurons toutes deux à quel point il est dur de parler de Sae. Parce que cette femme est un vestige du passé. La représentation de l'ancien marché noir, La Plaque, où mon Père passait tant de temps, où il était tant aimé. Je comprends dans son silence qu'elle veut la remercier de faire ce dont elle est incapable elle-même. Prendre soin de moi.
Encore quelques minutes de silence. Que rajouter à nos larmes ?
- Qui t'a dit que Sae venait à la maison ?
- Haymitch.
Nouveau personnage qui ravive la douleur.
- Tu as alors plus de nouvelles de lui que moi, pourtant, il est mon voisin.
- Il ne va pas bien tu sais.
- Nous en sommes tous là.
- C'est très vrai.
Encore un sous-entendu.
Elle est en train de me dire que je devrais aller le voir. Mais comment m'occuper de quelqu'un d'autre que moi quand j'ai tant de mal à me garder en vie. Encore plus de quelqu'un contre qui je nourris tant de rancune ?
Traverser la rue pour aller taper à sa porte me semble encore plus dur que d'appeler ma mère. Peeta doit le faire lui. Même si il est psychologiquement perturbé, comme moi, il a dû garder son fond généreux et serviable. Il doit aller vérifier tous les jours s'il va bien, s'il n'est pas mort noyé dans son vomi.
J'entends à travers le combiné un bip insistant puis ma Mère soupire.
- C'est l'hôpital, ils ont besoin de moi.
Je ne réponds pas car je me sens blessée. J'ai encore envie de lui hurler que moi aussi j'ai besoin d'elle, et je n'ai pas d'appareil électronique pour la prévenir, je n'ai que mon désespoir, ce sentiment lancinant qui hurle dans ma tête, me dévaste et décuple ma douleur, mais que personne n'entend, parce que, fidèle à mon éducation, je ne dis rien, je garde les choses pour moi.
Mais elle comprend aussi et essaye de se rattraper :
- Mais ce n'est pas urgent, tu es plus importante.
- Non maman, ce n'est pas grave, retourne travailler.
Elle ne peut pas prendre soin de moi, mais moi je ne peux pas m'occuper d'elle non plus.
L'aider à tenir.
C'est l'hôpital qui s'en charge maintenant. Son travail, sa mission.
C'est peut-être mieux comme ça. Elle a trouvé sa place dans le nouveau Panem.
Je regarde Buttercup assis en face de moi, son oreille entière dressée, ses yeux sales curieux. On dirait qu'il écoute et reconnait la voix de ma Mère. Je tends mes doigts vers lui pour l'attirer. Il me snobe et fait demi-tour pour m'observer d'un peu plus loin, m'arrachant un petit rire désabusé. Ma mère me demande pourquoi :
- C'est Buttercup.
- C'est fou qu'il soit revenu…
Il y a de l'espoir dans sa voix, comme si il était possible que Prim retrouve aussi un jour la route de notre foyer depuis l'enfer où je l'ai envoyé.
- C'est tout ce qu'il me reste d'elle.
Les grands yeux jaunes du chat me fixent.
J'ai l'impression que ma sœur veille sur moi travers lui.
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Voilà pour ce chapitre. J'ai mal pour Katniss. Je suis en train de relire la saga, j'en suis au premier tome, et je me rends encore plus compte de tout ce qu'elle a perdu. Des fois je pleure rien qu'en me rappelant de la fin.
Cette relecture me permet surtout d'essayer de bien cerner les rapports conflictuels avec sa Mère, qui pour moi nécessitaient cette espèce de mise au point amère et pleine de larme juste évoquée dans le livre. En tout cas, je vois ça ainsi.
Merci d'avoir lu et j'espère que vous me ferez le plaisir de me laisse une review.
