アトランテイスを征く者

Atlantis wo yuku mono

Conqueror of Atlantis

Chapitre 1 : Invitations

Londres, Angleterre, lundi 30 janvier 1928

Six ans. Six ans ont passé depuis qu'il a traversé la Porte. Depuis qu'il a rendu son corps à son frère. Mais aussi quatre ans qu'il a retrouvé celui-ci. Aujourd'hui, il approche de ses vingt-trois ans, et son frère de ses vingt-deux, bien qu'il ait l'apparence d'un jeune homme de dix-huit ans... Durant ces quatre années, ils n'ont eu de cesse de chercher cette bombe fabriquée dans leur monde par un alchimiste fou. Toujours sans aucun résultat.

En ce jour de fin janvier, les frères Elric se trouvent en Angleterre. Un retour pour Edward, une découverte pour Alphonse. Ils ont parcouru de nombreux pays, et projettent ensuite de gagner la France s'ils ne trouvent rien ici non plus. Les rumeurs, selon les lieux et les gens, différent tellement qu'il est impossible de s'y fier. L'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Amérique du nord... Tous les pays du monde ont au moins une fois atteint les oreilles des deux anciens alchimistes. Qui ne savent plus où donner de la tête. Ou diable peut-il être ?

Edward redécouvre les rues de Londres, qu'il avait furtivement vues à son premier voyage dans ce monde. En huit ans et une guerre mondiale, elles ont passablement changé, mais dans un sens, cela lui importe bien peu. Il marche avec son frère, comme il l'a toujours fait, à cela près que, à présent, Alphonse n'habite plus une armure vide. Ils ont fait de nombreuses rencontres, jusqu'à aujourd'hui, de personnes qu'ils avaient connu à Amestris. Certains sont restés les mêmes, d'autres ont des vies et des caractères totalement différents.

Alors qu'ils remontent une rue fréquentée, ils croisent un autre visage familier. Celui du lieutenant Maria Ross, qui avait été chargé de leur sécurité à une époque éloignée... Elle sourit joyeusement et passe près d'eux sans les voir. Son grain de beauté a changé de côté. Les deux garçons échangent un rapide regard, comme chaque fois que ce genre de situation se présente. Ils savent tous deux que l'autre espère croiser un jour certains visages, et peuvent même supposer sans se tromper à qui ils appartiennent.

Et comme chaque fois, inconsciemment, l'aîné triture la chaîne qui pend à son cou, où une étrange pièce métallique ajourée fait office de pendentif. La chaîne a été remplacée plusieurs depuis qu'il porte ce bijou particulier, mais la pièce n'a jamais bougé. Elle brille toujours, comme neuve. Il sait qu'il devrait songer à trouver une meilleure chaîne pour l'y attacher, mais il n'ose prendre le temps d'y réfléchir. Il ne veut pas y réfléchir.

Si Alphonse remarque ce geste, il n'en dit rien. Mais en lui-même, il compte. Cela fait trop de fois que ce geste machinal se répète, et Edward ne semble toujours pas y prendre garde. Et encore moins en saisir la signification. Pour lui, la page est tournée depuis longtemps. Il le croit. Alphonse ne peut qu'en douter.

-Je crois qu'on ne va nulle part, cette fois encore, finit-il par dire. Il n'est pas ici, c'est évident.

-Je le pense aussi, Al, mais on n'a pas fait tout ce chemin pour rien, tout de même ! Il doit bien y avoir quelque chose à faire ici, n'importe quoi...

Tous ces mois à chercher la bombe et son inventeur sans l'ombre d'un succès ont commencé à lui mettre les nerfs à fleur de peau. Ces derniers temps, Edward n'est plus que l'ombre de lui-même. Déterminé à trouver mais irrémédiablement déçu. Il sait que son état doit inquiéter son petit frère, toujours si attentionné avec lui. Mais il ne peut faire autrement. Il est... épuisé. S'il n'a pas bientôt une piste...

Il soupire, rentre ses mains dans ses poches et donne un coup de pied dans un caillou qui vole au loin. Que quelque chose arrive, que quelque chose se passe... Un indice, une piste... Il ne peut laisser cet individu détraqué parvenir à ses fins. Si jamais cela arrive, les conséquences peuvent être désastreuses. Et connaissant l'histoire de ce monde, il sent que cela pourrait être pire que tout ce que ces pauvres gens peuvent imaginer de pire.

-Je rentre... annonce-t-il d'une voix éteinte.

Il est épuisé...

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Paris, France, lundi 30 janvier 1928

Installée dans une salle de la bibliothèque nationale de France, la jeune Emiya Hargreaves parcourt avidement les nombreux ouvrages qu'elle a empilés sur sa table. Sur le côté, un amas de feuilles gribouillées d'un nombre impressionnant de notes en tous genres. Emiya dévore les informations.

Elle aime venir ici, c'est un peu son refuge, lorsque l'université où elle étudie encore l'étouffe. Ici, elle peut lire et relire à volonté les ouvrages dont elle a besoin, sans être dérangée par ces hommes qui n'acceptent toujours pas cette charmante demoiselle dans leurs cours. « L'instruction, surtout lorsqu'elle se spécialise, n'est pas pour les femmes », dit-on sur son passage. Mais elle, elle leur prouvera qu'ils ont tort, et qu'une femme peut avoir la même renommée qu'un homme en histoire. Elle leur montrera que, s'ils peuvent encore faire des découvertes, elle peut en faire autant.

Pour l'heure, tous ses livres traitent du même sujet : l'Egypte et ses mystères. Une passion héritée de son père, malheureusement porté disparu sur son lieu de fouilles lorsqu'elle-même était encore jeune. Il doit être heureux, à l'heure qu'il est, même si cette affaire n'est toujours pas résolue. Peut-être fait-elle tout cela dans l'espoir de le retrouver un jour, ou de comprendre ce qui s'est passé... Sa mère, elle, n'a jamais voulu savoir.

Le temps passe vite, et la bibliothèque ferme. Ramassant ses affaires en vitesse, Emiya maudit les journées d'être si courtes. Pressée par la bibliothécaire qui la fixe de son air sévère, elle renverse une pile de livres et se confond en excuses. Elle se baisse vivement et ramasse tout le plus rapidement possible. Mais le regard de la responsable toujours fixé sur elle, elle ne peut se calmer et, dans sa précipitation, manque de tout faire tomber à nouveau. Enfin, après une demi-heure d'efforts, elle sort enfin à l'air libre et soupire.

Quelle journée ! Après les quolibets incessants de ses collègues d'université, voilà la bibliothécaire et ses yeux de lionne prête à l'attaque... Tout ce qu'elle aime.

Elle rentre enfin chez elle, un petit appartement simplement décoré d'un quartier sans histoire, et dépose ses livres sur une table. Si elle le pouvait, elle quitterait cet endroit. Elle n'y reste que parce qu'elle n'a pas d'autre endroit où aller. Sa mère est décédée peu après la disparition de son mari, tuée dans un accident de voiture, bien que ce genre d'accident soit très rare. Mais madame Hargreaves n'était pas connue pour sa prudence, du moins lorsqu'elle fut devenue veuve...

En soupirant, Emiya se dirige vers sa petite cuisine. Une longue soirée de lecture l'attend...

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Jungle tropicale, Mexique, mardi 31 janvier 1928

La forêt regorge de bruits divers et inquiétants. Mais il n'y prend pas garde. Souriant comme un enfant qui vient de faire un mauvais coup et en fait sa plus grande fierté, il avance au milieu des fougères et les lianes sans difficulté, tranchant le tout sans distinction avec sa machette. Il est content de lui et il le montre. Il a fait du bon travail. Traversant une clairière, il en profite pour sortir un cigare d'une poche et l'allumer avec un beau briquet en argent. Il a bien mérité sa petite récompense.

Il laisse derrière lui les ruines d'une cité aztèque qu'il a pris plaisir à explorer. Immense, recouverte de végétation, elle force l'admiration et le respect. Comme une vieille œuvre d'art dont la qualité est indiscutable et fait ressentir d'étranges sensations. Oui, cette cité, comme toutes celles où il s'est déjà rendu, l'a contraint au silence. Mais ce n'est pas lui qui s'en plaindra. Au contraire. Il n'y a rien autre que ces ruines d'un passé mythique, dans ce pays ou ailleurs, qui puisse lui faire cet effet-là, se sentir tout petit. Insignifiant. Prisonnier d'un présent qui n'a rien de la splendeur du passé révolu.

Avançant dans la jungle, il repense à tout ce qu'il vient de voir. Deux jours dans un tel lieu, c'est peu pour lui. Mais il a promis de revenir vite. Sa fiancée n'aime pas le savoir parti trop longtemps, ni trop loin, surtout que ses escapades ont inévitablement lieu durant leurs vacances. Egypte, Italie, Amerique centrale... tout est bon pour les humeurs exploratrices de monsieur. Et pour les yeux si facilement impressionnables de la fiancée. Il sourit. C'est qu'elle est jolie, la fiancée, et plus intelligente et posée qu'elle ne l'avait laissé croire au premier abord.

Une petite mystificatrice a ses heures, mais jolie comme un cœur. Et, ce qui n'est pas pour lui déplaire, jamais une question embarrassante. Il a hâte de la retrouver. Elle doit l'attendre quelque part au bord de la piscine de l'hôtel, entourée d'un régiment d'hommes en admiration.

Le temps qu'il rejoigne la ville la plus proche, il en a bien pour quelques heures de marche. Cela ne lui fait pas peur. Il en a vu d'autres. C'est un dur, un homme invincible, du moins aime-t-il à le croire. Nombreux ont été ceux qui ont cherché à le détruire, mais il est encore là. C'est un signe, se dit-il souvent. Il lui semble que quelques chose le garde en vie pour une raison précise, une mystérieuse mission que lui seul pourrait mener à bien. Et cette mission suprême, ce Graal, il l'attend avec la plus grande patience. Elle viendra à son heure.

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Londres, Angleterre, mardi 31 janvier 1928

Il s'est endormi comme une masse sur ses calculs et ses schémas. Trop d'heures à travailler, trop de fatigue accumulée... tout cela a eu raison de lui, sans même qu'il ne s'en aperçoive. Lorsque son frère est rentré, la veille au soir, il était déjà couché sur ses notes, et il n'a pas eu le cœur de le réveiller. La couverture glisse des épaules d'Edward lorsque celui-ci se redresse, somnolent. Il met un long moment à comprendre où il est et ce qu'il fait là.

-Bonjour, Ed, bien dormi ? lui demande Alphonse, passant la tête dans le bureau.

-Euh... Oui...

-Le déjeuner est presque prêt, je t'ai laissé dormir.

Il est déjà reparti. Le jeune blond s'étire et bâille. Il a l'impression de ne pas avoir dormi du tout, et son dos lui fait mal. Quelle idée de passer la nuit sur une vieille chaise de bois... Il rassemble ses feuilles devant lui. Sur certaines d'entre elles s'étalent des cercles agrémentés de dessins divers, et annotés. Il s'empresse de les cacher sous d'autres, plus conventionnelles, et de ranger le tout dans un dossier de carton qui l'accompagne partout où il va.

Alphonse n'en sait rien, mais Edward éprouve beaucoup de mal à oublier l'alchimie, bien qu'il ait passé plus de temps dans ce monde que son frère... Celui-ci s'est parfaitement adapté à leur nouvelle situation et ne semble pas ressentir d'autre manque que celui des personnes qu'ils ont laissées là-bas, chez eux... Un chez eux qui n'existe plus depuis longtemps. Edward secoue la tête et se lève. Il est affamé, ce matin.

Il va rejoindre Alphonse et tente de l'aider pour mettre la table, mais il se fait gentiment rembarrer par le jeune homme qui paraît décidé à tout faire lui-même, argumentant qu'Edward a « une sale tête, ce matin », et reçoit un grognement mécontent. L'aîné Elric va donc s'asseoir à la table et Alphonse dépose devant lui son petit déjeuner.

-Tu ne prends rien ? demande Edward.

-Non, j'ai déjà mangé...

Ce qui ne l'empêche pas de s'asseoir face à son frère pour parcourir distraitement le journal du matin. Un long silence s'installe, uniquement troublé par les froissements de papier journal et par Edward qui dévore son repas. Trois coups sont frappés à la porte.

-J'y vais, annonce le plus jeune en posant le journal sur la table.

Il revient quelques secondes plus tard, une lettre à la main qu'il tend à son frère.

-Pour toi.

Edward s'étonne. Rares sont ceux qui pourraient lui écrire, et encore plus rares ceux qui savent où lui et son frère séjournent en ce moment. Intrigué, il saisit la lettre et l'observe avant de l'ouvrir avec un couteau. Le papier est de qualité et l'écriture distinguée. Cette lettre ne vient pas de n'importe qui, mais il n'a aucune idée de sa provenance. Quel personnage important pourrait bien lui écrire, ici qui plus est ? Il déplie la lettre et la parcourt rapidement des yeux. De plus en plus surprenant. Il fronce les sourcils, méfiant.

-Alors ? interroge Alphonse.

Edward replie la lettre et la fourre dans une de ses poches comme s'il s'agissait d'un insignifiant bout de papier. Puis se remet à manger.

-Rien d'important, répond-il entre deux gorgées de café.

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Londres, Angleterre, mardi 31 janvier 1928

Dans une grande propriété anglaise, une jeune fille élégante traverse lentement le parc, perdue dans ses pensées. Malgré les paroles du vieil homme, elle ne peut s'empêcher d'être inquiète. Il en a sélectionné un très petit nombres parmi les dossiers qu'il avait en sa possession, et elle n'a pu émettre aucun avis sur le choix final. Il a pris sa décision, et elle n'a guère eu son mot à dire. Et elle ne peut dire que les « élus » soient tous dignes de confiance. Rien ne peut lui assurer que l'un d'entre eux ne sèmera pas une pagaille monstrueuse.

Ce serait la catastrophe...

Le parc est calme, et seul un vent frais vient perturber sa balade solitaire. Depuis le samedi précédent, depuis leur discussion, celle-ci n'a cessé de la hanter. Elle entend chaque mot, elle revoit chaque photo... Tout ceci concerne le vieil homme, et non elle, mais elle se sent impliquée. Le Lord est âgé, il n'est pas à l'abri d'une erreur, et elle souhaite que tout se passe au mieux. Quitte à y mettre son nez. Tout cela doit frôler la perfection... et elle est bien consciente qu'ils en sont loin, très loin. Toute cette affaire touche de près le vieil homme. Si ce doit être sa dernière œuvre, alors elle doit être irréprochable.

Face au grand lac ridé de fines ondes, elle soupire. Elle doit bien se rendre à l'évidence. Si elle se sent concernée, ce n'est pas uniquement parce qu'elle va exaucer le dernier souhait d'un vieillard. Un visage lui revient en mémoire. Une photo, noir et blanc, du plus jeune des « élus », du préféré du vieux Lord. Peut-être est-il l'une des raisons pour laquelle elle s'implique tant. Elle a voulu empêcher qu'il ne participe à tout cela, mais peut-être au final n'est-ce pas une si mauvaise chose qu'il ait été choisi. Il semble fiable et le détective a même jugé bon de préciser les diverses actions héroïques du jeune homme.

Si elle ne devait accorder sa confiance qu'à une seul homme, ce serait probablement lui. Mais en aura-t-elle seulement l'occasion ?

Elle lève les yeux au ciel, observant les nuages qui filent au-dessus de sa tête.

-Viendra-t-il ? murmure-t-elle.

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Cancùn, Mexique, mardi 31 janvier 1928

Aucune surprise en arrivant à l'hôtel. La belle fait dorer le peu que le grand maillot de bain de cette époque bénie laisse deviner, au milieu d'hommes plus ou moins proches, plus ou moins discrets. Il sourit. Qu'ils s'approchent et ils auraient la surprise de leur vie ! La fiancée est belle, mais la fiancée ne se laisse pas faire. Lui-même en a souvent fait les frais.

Il s'approche de sa belle et se penche sur elle pour lui faire de l'ombre. Et a aussitôt le plaisir de voir se yeux le fixer avec sévérité tandis qu'elle relève légèrement ses lunettes, avant de finalement laisser un sourire prendre place sur son visage. Ce n'est que lui... Elle pourrait lui remonter les bretelles pour avoir mis si longtemps à revenir, mais elle a autre chose à faire, et surtout à lui dire. Il l'embrasse longuement avant de s'asseoir à côté d'elle en soupirant d'aise.

-Tu devrais aller prendre une douche, mon chéri, lance-t-elle en remettant ses lunettes à leur place.

-Oui, madame, j'y penserai, répond-il avec une pointe d'ironie.

Elle soupire intérieurement, mais elle a l'habitude. Deux caractères forts comme eux, cela ne peut se passer sons petites piques de ce genre, et il faut croire qu'ils apprécient cela.

-Quelqu'un a appelé pour toi, aujourd'hui, annonce-t-elle.

-Ah oui ?

-Il a dit que c'était très important et qu'il avait besoin de toi très vite.

-Qui ça ?

-Je ne sais pas, il n'a pas dit son nom. Il a dit qu'il rappellerait.

-Parfait, soupire-t-il en se laissant tomber de tout son long sur sa chaise longue. Pas envie de courir après qui que ce soit.

En lui-même, il sent que l'heure est venue. Vraiment ? Sa mission sacrée est peut-être sur le point de débuter...

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Paris, France, mardi 31 janvier 1928

Parfois, elle se dit qu'elle devrait arrêter. L'université est quelque chose de passablement effrayant et éreintant. Sans compter ces imbéciles heureux qui ne cessent de se moquer à longeur de temps. Mais elle tiendra bon. Elle se l'est promis il y a si longtemps et elle tant fait pour parvenir jusqu'ici qu'elle ne peut plus reculer. Ce serait idiot. Si près du but...

Elle range ses livres dans son sac et sort de la salle. En voilà assez pour aujourd'hui. Elle va rentrer et se plonger à nouveau dans les mystères de l'Egypte. En y repensant, peut-être son père est-il fier d'elle, de là où il est... Si tant est qu'il soit réellement mort, ce qui n'a toujours pas été prouvé à ce jour. Elle secoue la tête et entre dans son immeuble. Petit coup d'œil à sa boîte aux lettres, pour la forme... et une petite surprise l'y attend. Une lettre. Elle en reçoit peu souvent, c'est pourquoi elle croit tout d'abord à une erreur.

Mais non, la lettre lui est bel et bien adressée. Intriguée, elle referme sa boîte et monte à son appartement. Là, débarrassée de son lourd sac à dos, elle déchire l'enveloppe et déplie la lettre. La signature indique quelqu'un d'important. Mais même sans cela, elle l'a déjà deviné, au papier et à l'écriture. Qui donc une obscure étudiante en histoire peut-elle bien intéresser ?

Miss Hargreaves, j'ai récemment pris connaissance de l'étendue de votre savoir pour tout ce qui concerne les choses du passé...

Diable, se pourrait-il qu'enfin on l'ait reconnue pour son talent d'historienne ? Enthousiasmée par cette idée, Emiya poursuit sa lecture, de plus en plus surprise. Ce qu'on lui propose là n'est pas banal, et surtout inespéré. Elle repose la lettre et réfléchit. Peut-elle vraiment tout laisser tomber comme cela, pour quelque chose dont elle ignore tout ? Pour poursuivre une légende ? Avec des gens qu'elle ne connaît absolument pas et auxquels elle n'est pas sûre de pouvoir se fier ?

Elle regarde à nouveau la lettre et sourit. Oui. Assurément oui.

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Londres, Angleterre, mardi 31 janvier 1928

Assis sur son lit, la lettre à la main, Edward est plongé dans ses pensées. Il ne comprend ni l'origine ni le but de ce message, et cela le frustre. À première vue, cette proposition n'a rien de malhonnête, mais il ne peut s'empêcher de penser que tout cela cache quelque chose. D'une part, personne ne sait qu'il se trouve en Angleterre, et les rares qui le savent ne sont pas du genre à en parler. D'autre part, l'homme y parle de capacités... Edward sait parfaitement de quel genre de capacités il peut s'agir, et ce n'est pas pour le rassurer.

Alors... y aller, ne pas y aller ? Dans les deux cas, il sent que les choses ne seront pas si faciles. Qu'il décline l'invitation, et ce charmant Lord serait bien capable de le poursuivre au bout du monde. Il a bien réussi à le retrouver ici et à apprendre pour ses connaissances alchimiques... Qu'il se présente à l'adresse indiquée et il est quasiment sûr qu'on ne le laissera plus repartir, quoi qu'il dise.

C'est un sacré get-appens dans lequel on l'a embourbé sans même lui demander son avis. Que faire ? Il n'aime pas cette situation, quoi qu'il décide, il lui faut faire quelque chose. Ou ne rien faire, et laisser passer. Il ne veut être mêlé à rien, pas tant qu'il n'aura pas retrouvé cet abruti de Grigôl et sa maudite bombe « uranium »... Rien ne peut être plus important que de l'empêcher de mener ses projets à bien. Dans ce monde... nombreux sont ceux qui feraient tout pour posséder pareil objet, pareil pouvoir de destruction. Peut-être même a-t-il déjà...

Edward secoue la tête, poings crispés. Il refuse d'y songer. De songer que, malgré tous leurs efforts, il est peut-être déjà trop tard pour l'empêcher de tomber entre de mauvaises mains...

Il froisse la lettre et la jette dans un sac posé tout près. Quoi qu'il arrive, il n'en parlera à Alphonse que s'il n'a pas d'autre choix.

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Londres, Angleterre, mardi 31 janvier 1928

Une nuée d'oiseaux s'envole de l'autre côté du lac et elle les suit du regard alors qu'ils passent vivement au-dessus d'elle, vers le manoir qu'ils dépassent tel un rapide nuage. Le vent fait voleter quelques mèches rebelles sur son visage. Elle sourit. Il viendra. Elle en est certaine.

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