Et avec un tonnerre d'applaudissements, de reviews et de confettis, le chapitre 2 ! Publication prévue tous les mardi soir...
.
Chapitre 2: Voyage vers l'inconnu
Quelques semaines étaient passées depuis cette fameuse lettre qui avait chamboulé sa vie. Et à présent, on y était. Sur le quai de la gare de Londres. Entre les quais neuf et dix, sous une de ces grandes arches de vieilles pierres rassurantes. À présent, elle n'avait plus le choix...
« Allez ma chérie, ça va aller, on est là. Et puis Papa et moi on t'écrira toutes les semaines, promis, et même deux fois par semaine si tu veux. Ça va bien se passer, tu verras. »
« Allez Victoire ! Non mais c'est pas vrai ça, quand je pense que moi je rêverais d'être à sa place, et on nous a fichu cette godiche à Poudlard... Ils vont être servis... »
« Dominique ! » la gronda son père, à moitié sérieux seulement.
Sa fille cadette lui donnait bien du souci niveau caractère. On pouvait dire qu'elle avait un sacré tempérament, et parfois, il se demandait si ses piques ironiques étaient vraiment sérieuses ou si elle faisait juste ça pour motiver sa sœur. Le lien entre les deux jeunes filles était assez complexe. Il regarda son fils qui lui tenait la main sans mot dire, tournant seulement ses grand yeux bleus vers la scène qui se déroulait devant lui. Celui-là au moins, il le comprenait mieux. Et à six ans, il n'était pas encore très compliqué. Parfois, Bill Weasley se demandait pourquoi ils avaient voulu trois enfants...
Victoire serra fort la poignée de son chariot. Elle respira un bon coup, reconnaissante de la main rassurante de sa mère sur son épaule. Puis, elle s'élança. Elle ne devait pas faiblir. Elle fonça. Droit dans le mur. Et là où quiconque l'aurait vue aurait cru qu'elle était folle et qu'elle allait se fracasser le crâne, elle disparut brusquement. Comme par enchantement aurait-on pu dire. Ce qui était tout à fait le cas. Elle se retrouva d'un coup de l'autre côté du mur et arrêta son chariot de peur de dévaler tout le quai et de finir sur les rails. Elle se rendit compte qu'elle se cramponnait un peu dessus et relâcha la pression dans ses mains avant de regarder anxieusement ce mur. Ses parents n'étaient toujours pas arrivés. Mais que faisaient-ils ? Enfin, après quelques micro-secondes d'attente, ils apparurent. Louis avait laissé tomber sa peluche on ne savait où et il avait fallu la retrouver. Heureusement, il s'en était rendu compte avant de traverser le mur, mais ça avait été toute une affaire. Il ne lâchait pas son petit éléphant depuis qu'il était né. C'était un cadeau d'Oncle George et Tante Angelina. Et pour une fois, ça n'était pas une farce. L'animal avait été soigneusement baptisé Dumbo, en référence à un film moldu que Tante Hermione leur avait montré un jour. À grands coups de pichets d'eau. La pauvre bête en avait été un peu secouée.
Elle quitta un instant son chargement pour se blottir contre eux, les serrer fort dans ses bras. Ça allait être la première fois qu'elle les quittait. Et ça n'était pas pour une journée. Elle avait un peu peur. Soudain, on lui frappa sur l'épaule. Elle sursauta et se dégagea rapidement de ses parents. Même si elle voyait d'autres enfants le faire, ça n'était pas très glorieux. Elle se retourna. Pour tirer la langue à un Teddy amusé. Elle, elle ne trouvait pas ça drôle du tout ! Il avait failli lui faire peur l'imbécile fini ! Il la regardait l'air goguenard, tout à fait conscient de la frayeur qu'il lui avait causée. La preuve, ses cheveux étaient rouge. Rouge de fierté. Et il ne les arborait que quand il venait de faire un bon coup.
« Alors Vicky ? Prête pour ta rentrée ? »
« Espèce de bouse de dragon, ça va pas de faire ça aux gens ? » répondit-elle vertement.
« Oh ça va, avoue que je t'ai bien eue... » dit-il avait un sourire malicieux.
« Pas du tout. » Victoire ne comptait pas se laisser faire. Si elle avouait qu'elle avait eu peur, même juste un petit peu, elle était bonne pour qu'il en parle Merlin seul savait combien de temps.
D'ailleurs, il était déjà passé à autre chose, Oncle Harry et Tante Ginny venaient de les rejoindre avec leurs trois enfants et discutaient avec ses parents de leur scolarité. Sa mère Fleur se lamentait déjà. Sa petite fille chérie allait la quitter, et pour cette mère, c'était très dure. Ginny ne pouvait qu'approuver, Teddy était comme son fils, depuis sa naissance, ils s'occupaient beaucoup de lui avec son mari et sa grand-mère et c'était difficile de le laisser partir seul. Même si lui avait déjà treize ans. Et la jeune maman n'osait même pas imaginer quand ça serait le tour de ses autres enfants, bien que James, l'aîné, n'ait que sept ans. Le temps passait bien trop vite à leur goût. Victoire n'écoutait que d'une oreille la conversation, plutôt concentrée sur celle qu'entretenaient son père, Oncle Harry et Teddy. Les deux premiers évoquaient leurs souvenirs de leur propre scolarité, bien trop lointaine à leur goût. Oncle Harry n'hésitait pas à se remémorer les bons coups qu'ils avaient pu faire avec Oncle Ron, mais son père, voyant qu'elle écoutait, entreprit de se refaire une image correcte, soucieux de donner le bon exemple. Il n'allait quand même pas encourager sa fille à faire des bêtises. Même si Teddy semblait boire les paroles de deux hommes, nul doute qu'il entraînerait sa presque cousine dans ses aventures. Une fille, parfois, même si c'est souvent chochotte et nulle, ça pouvait être utile. Vous n'avez qu'à demander à Tante Hermione !
Soudain, le train se mit en branle, des jets de vapeur sortirent des cheminées de la vieille carcasse de métal. Il était temps de monter. Après des embrassades fournies – même la petite Lily avait du haut de ses trois ans fait un bisou légèrement mouillé sur la joue de son presque frère – et mille recommandations, les deux adolescents furent accompagnés seulement par Bill et Harry, les aidant à porter leurs valises jusqu'au marche-pied. Là, Victoire monta la première dans le train et réceptionnait les valises que lui passaient tantôt Harry, tantôt Bill, tantôt Teddy. Tous les bagages furent enfin embarqués, soit quand même trois valises – est-il nécessaire de préciser que deux d'entre elles appartenaient à Victoire ? –, deux sacs de voyage, la cage de la nouvelle chouette de Victoire, et une plante verte que Teddy affectionnait particulièrement. Le jeune sorcier sauta du quai pour enfin entrer avant que le dernier coup de sifflet ne soit donné. Ils saluèrent leurs accompagnateurs respectifs de la main, ainsi que le reste de leur famille qui s'était jointe à eux. Enfin, Teddy la poussa du coude.
« Ça y est, on les voit plus. Tu viens ? Qu'on se cherche un compartiment avant que tout ne soit pris ? »
Victoire hocha la tête. Ils prirent leur équipement à bras-le-corps, s'arnachant autant que faire se peut, avant de s'engager dans le couloir. Les deux premiers compartiments de gauche et de droite étaient pris. Ils entendaient même des rires dans ceux de gauche. Des amis devaient s'être retrouvés. Ils avancèrent donc un peu plus. Teddy ouvrit le troisième à leur gauche de sa main libre, et tomba sur un couple de cinquième années qui semblait vouloir fêter leurs retrouvailles. Il referma la porte brusquement, avec une drôle de moue. Si c'était ça l'amour, glissa-t-il à sa cousine, c'était vraiment dégoûtant. Il poursuivit avec le compartiment de droite, mais tomba sur une bande de Serpentards qui n'avaient pas l'air d'apprécier l'intrusion. Là encore, il battit en retraite et proposa à sa compagne d'infortune de continuer. Enfin, la tentative suivante fut la bonne. D'abord, ils entendirent des rires et n'osèrent pas frapper. Mais par chance, Teddy avait reconnu le rire d'un de ses amis, un certain Jimmy, dont il avait déjà parlé à Victoire. Ils ouvrirent donc la porte et sans faire plus de manières, il entra et commença à monter ses valises sur le filet qui surplombait les banquettes. La jeune fille resta plantée à l'entrée de la porte du compartiment, ne sachant que faire. Elle avait cru pouvoir faire le voyage avec Teddy seul, et se sentait un peu intimidée au milieu de tous ses amis. Elle avait l'impression d'être de trop. Impression qui se confirma quelques instants plus tard.
« C'est qui elle Ted ? Ne me dis pas que tu nous a ramené une fille, surtout une première année ! Encore une chochotte... »
« Tout doux McMillan ! Tu vois pas que c'est sa cousine Victoire ? » Intervint un autre des garçons.
Blond, des yeux verts qui pétillent, la cousine en question chercha dans ses souvenirs, Teddy lui avait parlé de ce garçon, et de son physique qui faisait craquer les filles. Elle en était sûre. Il l'avait même supplier de ne jamais faire partie de ces groupies qui les poursuivaient à cause de ce... de ce... Spencer ! Enfin. Il revenait de loin celui-là. D'ailleurs, il venait de se lever pour l'aider à porter ses propres bagages jusqu'au filet de droite, là où il restait encore un peu de place. Victoire et Teddy purent s'assoir, l'un en face de l'autre, du côté de la porte. La première tenait Dame Blanche sur les genoux tandis que le second calait sa plante sur ses cuisses. Ils n'étaient pas serrés, mais c'était quand même juste. Ils étaient six en tout, Jimmy, Spencer, MacMillan, un garçon qui n'avait pas encore ouvert la bouche, Teddy et elle.
« Alors, encore cette plante Ted ? T'as pas réussi à la brûler pendant l'été ? » lança le blond.
« Elle s'appelle comment déjà ? » intervint enfin le garçon sans langue.
« Ambroisie. Elle s'appelle Ambroisie. C'est quand même pas compliqué à retenir. C'est un nom divin pour une plante. La nourriture des dieux. Elle vient du Mexique ! C'est Oncle Harry qui me l'a rapportée d'un voyage. »
Sentant que la conversation allait dégénérer en pugilat si ça continuait, le dénommé MacMillan changea habilement de sujet.
« Alors comme ça, tu es la cousine de Teddy ? Et tu rentres en première année c'est ça ? »
La jeune fille acquiesça, encore intimidée.
« Attention, tu vas lui faire peur ! » lui répondit Jimmy en riant. « Et tu veux être dans quelle maison ? Tu sais ? »
« Je ne sais pas. J'aimerais bien être une Poufsouffle, on dit qu'on peut leur faire confiance, que ce sont des gens fiables. Ça me plaît. Et puis je pourrais être avec Teddy... »
« Mais elle ne sera pas une Pouffy. J'en suis sûr, mais elle ne veut pas me croire. Vicky sera une Griffondor. C'est certain. »
« Pourquoi ? » demanda le blond.
« Parce qu'elle est courageuse. Enfin, là, elle est un peu intimidée, vous lui faîtes peur » ria-t-il, se prenant au passage un coup de pied de la jeune fille. « Mais en vérité, c'est une vraie lionne. Vous auriez vu la tête de notre cousin James quand il a voulu lui faire une blague l'été dernier, en l'arrosant de jus de citrouille alors qu'elle dormait sur la pelouse du Terrier... les gnomes se souviennent encore de leur atterrissage dans sa figure! »
Victoire s'autorisa à rire franchement. Il était vrai qu'elle ne se laissait pas facilement faire. Et elle ne s'en cachait pas. C'était juste que là, elle avait un peu peur. Après tout, elle était au milieu des amis de Teddy et elle avait très peur qu'ils se moquent d'elle, ou pire, qu'ils se moquent de Teddy d'être ami avec elle.
« Il l'avait cherché ! Il savait très bien que j'allais être d'une humeur de dragon après ça ! Ça collait en plus ! »
« Donc nous aurons une amie Gryffon au sein de notre très fermé cercle. Quel honneur ! Enfin, la répartition n'est pas encore faite. Si ça se trouve, avec ton caractère, tu seras envoyée à Serpentard ! » Ajouta malicieusement Spencer.
Ainsi, elle était acceptée. À peu près. Elle soupira de soulagement. La conversation continua, légère, lui faisant oublier qu'elle aurait voulu n'être qu'avec Teddy. Finalement, le fait de discuter avec d'autre rendait le voyage moins long, et l'empêchait d'être morose. Elle allait à Poudlard, et à en croire les garçons, ce serait la meilleure expérience de sa vie.
Le Poudlard Express filait sur les voies, fendant le vent, imposant au paysage calme sa grande guimbarde. Aux vastes plaines, se succédaient des forêts. Des sapins sans doute centenaires faisaient une haie d'honneur à la machine qui avançait, sifflante, soufflant des jets de vapeur. Ils courbaient l'échine devant la fierté de la carcasse de métal, transportant ces centaines d'élèves vers ce rêve qui était leur réalité. À travers la brume, le château se dressait déjà, fière forteresse agitant ses tours au vent, défiant les éléments de s'en prendre à elle. Victoire se précipita à la fenêtre, pour admirer cette grande demeure qui serait la sienne. Elle écrasa au passage le pied de MacMillan dont elle avait appris au fil de la discussion qu'il s'appelait en réalité Maxime, ainsi que celui du muet, Neal. Elle ne prêta pas attention aux regards amusés que se lançaient les garçons. Elle n'était pas une première année pour rien. Eux n'étaient plus impressionnés, mais encore émus de retrouver cette vie qui leur avait manquée. Bientôt, il enfilèrent leurs robes par-dessus leurs vêtements, avant de descendre leurs valises en ce qui concernait les garçons. Le train arrivait et il fallait se diriger vers les quais.
La jeune fille dût suivre comme les autres de son âge Hagrid, qui lui adressa un signe de la main. Autant dire que ça n'était pas discret et qu'elle était presque fichée. Mais ça n'était rien. Pour l'instant, elle se concentrait sur la vue qu'on avait depuis ces barques qui les emmenaient. De toute façon, tout le monde à son bord faisait pareil et personne ne mouftait.
Ils arrivèrent devant la grande porte un peu trop vite au goût de la jeune fille. Elle n'était pas prête. Elle n'était pas prête à entrer dans cette école qui allait changer sa vie. Elle avait peur. C'était idiot. Alors que la plupart des autres élèves étaient soit surexcités soit intimidés mais heureux, elle, elle n'avait qu'une envie, c'était de repartir. Elle avait peur, terriblement peur. Et elle ne savait pas pourquoi. Tout allait bien se passer pourtant. Elle allait être choisie par une maison, s'intégrer, se faire tout un tas d'amis, retrouver Teddy peut-être, passer de bons moments, apprendre plein de choses, faire de la magie, explorer cette gigantesque école. Et grandir. Et elle avait paradoxalement peur de tout ça. Peur de ce qui l'attendait. Et si son nom n'était pas sur la liste de Madame McGonagall ? Et s'ils s'étaient trompés ? Et si tout ça n'avait été qu'une immense illusion ? Surtout, et si aucune maison ne voulait de Victoire Weasley-Delacour ?
Les noms s'égrenaient sans que le sien ne vienne. Quelle idée stupide de s'appeler Weasley ! Un à un les élèves montaient sur l'estrade, coiffaient le choixpeau sur leur petite tête pour ensuite se précipiter vers la table de la maison concernée. Celle-ci l'accueillait à bras ouverts et à grands cris à chaque fois. Peut-être l'accepteraient-ils aussi ? Elle voyait les regards de certains. Ils l'observaient. Victoire savait que ses gènes vélanes la poursuivaient et qu'ils étaient visibles, mais quand même. Ça n'était pas une raison. Ou peut-être avait-elle quelque chose sur le visage ? Ou peut-être sa robe était-elle mal mise ? Si ça se trouve, elle avait l'arrière de la robe coincé dans ses vêtements ? Elle se retourna discrètement, mais tout était normal. Elle se frotta le visage par acquis de conscience mais là encore ne trouva rien sur ses doigts. Elle jeta un regard sur la table des Poufsouffle. Teddy la regardait fixement, l'encourageant mentalement et attendant impatiemment de voir où elle allait être admise. Ses copains riaient de son attitude mais la surveillaient du regard aussi. C'était bon de savoir qu'elle avait quelqu'un sur qui compter dans cette école.
Enfin, ce fut son tour. Elle s'avança prudemment. Pas question de tomber devant tout le monde. Elle n'allait quand même pas se ridiculiser devant tout le monde. Pas maintenant. Victoire Weasley-Delacour, la fille qui est tombée en allant mettre le choixpeau. Nom d'un botruc, ça lui ferait une sacrée réputation ça ! Elle s'assit sur la chaise, mit ledit choixpeau sur sa tête et attendit.
« S'il vous plaît, faîtes que j'aille à Poufsouffle comme Teddy, je suis sûre que je peux y aller, je pourrais être une bonne Poufsouffle, j'en ai les caractéristiques. Et puis Teddy aussi a deux parents sorciers, alors moi je pourrais y aller. Faîtes que je sois à Poufsouffle... »
À son plus grand étonnement, on lui répondit. Elle ne pensait pas que c'était possible.
« Alors comme ça tu veux aller à Poufsouffle, c'est ça ? Pour rejoindre ton ami non ? Pourtant, je vois en toi toutes les qualités d'une Gryffondor. Tu es courageuse, déterminée, loyale envers tes amis. Tu n'as pas l'étoffe d'une Poufsouffle. Ce n'est pas la maison qui est faite pour toi, Gryffondor t'irait bien mieux. Je le sens... Accepterais-tu ? »
La jeune fille ne sut que répondre. Que faire ? Aller dans cette maison d'où provenait son père, et où sa famille aimerait la voir, presque comme un mouton, ou aller avec Teddy dans une maison qui l'aimerait mais dans laquelle elle ne se reconnaîtrait jamais vraiment ? Le choix était cornélien. Aussi décida-t-elle de laisser parler son instinct.
« Oui. »
« Bien, très bien, tu as fait le bon choix, petite. GRYFFONDOR ! »
Le sort en était jeté à présent...
