Chapitre 1
La silhouette du bâtiment se découpait à peine dans le ciel sombre de la nuit. Pourtant, on pouvait déceler facilement sa forme caractéristique qui était restée la même après toutes ces années. Videl fut frappée par la familiarité de ce lieu, où elle n'était plus revenue depuis plus de dix ans. Les engrenages de sa mémoire commencèrent très lentement à se mettre en branle mais, immédiatement, elle les empêcha mentalement d'aller plus loin.
Elle soupira imperceptiblement et fouilla dans sa poche pour en sortir une cigarette qu'elle vissa entre ses lèvres. La flamme de son briquet illumina brièvement son visage dans la pénombre.
- Bon Dieu, cette baraque est un vrai bunker. Y a un système de sécurité infernal… Je me demande comment ils sont rentrés, s'exclama une voix derrière elle.
Noé se posta à côté elle. Il étudiait avec un air abasourdi une liasse de papiers qu'il tenait à la main. Videl ne réagit pas à sa réflexion et continuait à contempler la maison, comme on jauge un ennemi avant de passer à l'attaque. Elle s'était mise à tripoter nerveusement l'ourlet de sa manche du bout des doigts de sa main libre.
- Qu'est-ce qu'on fait ? Tu veux qu'on attende le toubib ? demanda Noé au bout d'un moment.
Elle tourna enfin la tête vers lui.
- Bordel, quand vas-tu arrêter de mastiquer ces chewing-gum dégueu qui te donnent une haleine de chiotte ? marmonna-t-elle avec humeur.
- Je sais pas… Quand t'arrêteras de fumer du matin au soir, répondit le jeune homme calmement.
Videl fronça les sourcils et balança sa cigarette à moitié consumée avec nonchalance.
- Allons-y, grogna-t-elle.
Elle s'aperçut qu'elle tremblait légèrement et sortit une nouvelle cigarette qu'elle cala au coin de ses lèvres sans l'allumer. Elle se dirigea vers l'entrée, où un petit groupe d'hommes en uniforme veillaient à contrôler les entrées en discutant à voix basse. Ils hochèrent la tête en guise de salut et s'écartèrent pour laisser passer Videl et Noé.
- C'est la boite de surveillance qui a donné l'alerte vers minuit et demi, une alarme a été déclenchée dans la chambre. Ils ont appelé ici, c'est le protocole, expliqua Noé.
- Laisse-moi deviner : personne n'a répondu, enchaîna Videl distraitement.
Sans s'en rendre compte, elle était passée devant lui. Dès l'entrée, des souvenirs incohérents déferlèrent dans son esprit sans qu'elle puisse les retenir. Elle stoppa net et leva la main pour faire signe à Noé d'attendre. Il s'immobilisa docilement et scruta le hall pour tenter de comprendre ce qui avait attiré l'attention de Videl.
- Attends-moi là, souffla-t-elle simplement.
Elle s'avança lentement vers la cuisine.
- C'est pas par là ! annonça Noé.
Mais Videl n'écoutait pas. Elle laissait ses pieds la guider mécaniquement. Elle alluma instinctivement la lumière sur son passage, sa main trouvant l'interrupteur sans hésitation.
La cuisine avait été repeinte et quelques éléments avaient été changés, mais les meubles étaient disposés exactement de la même manière que dans son souvenir, et la grande table était toujours à la même place. Evidemment, l'ambiance qui émanait de l'ensemble était différente de celle dont elle se souvenait, mais les circonstances de sa visite étaient autrement moins réjouissantes qu'à l'époque.
Videl sentit son souffle se faire plus court et son regard tomba sur la porte de saloon qui permettait d'accéder à la salle à manger. Au-delà de cette porte, la maison était plongée dans une obscurité glaciale. Videl fixa l'ombre pour essayer de discerner le contour des meubles mais la lampe de la cuisine au-dessus d'elle le lui interdisait. Elle déglutit lentement et sortit calmement son briquet de sa poche. Elle l'actionna et alluma sa cigarette.
- Lieutenant ! Pas ici ! lança nerveusement Noe à mi-voix.
Il l'avait suivie avec curiosité et était resté planté sur le seuil de la porte. Videl ne paraissait toujours pas l'entendre, et elle reprit sa progression d'un pas prudent. D'un doigt, elle poussa précautionneusement la demi-porte battante qui séparait la cuisine de la salle à manger, comme si elle s'apprêtait à y trouver un monstre. Elle observa un moment la pénombre tranquille qui s'étendait sur la salle. Dans un coin, la pompe d'un aquarium gargouillait paisiblement. Très lentement, Videl approcha une main tremblante de l'interrupteur. Elle savait que si elle appuyait sur le bouton, le gigantesque salon serait illuminé brutalement.
- La scientifique est pas encore passée ici, maugréa Noé derrière elle pour lui rappeler qu'elle risquait de pourrir leur travail si elle pénétrait plus loin.
Elle soupira et écarta ses doigts de l'interrupteur. Des images continuaient à surgir dans son esprit et c'était un effort surhumain que de les repousser. Malgré tout, l'endroit l'hypnotisait littéralement. Pour tout dire, elle n'avait jamais compté remettre les pieds ici. Elle sentit une main sur son épaule et sursauta légèrement.
- Ça va pas, lieutenant ? demanda Noé avec inquiétude.
Le visage de Videl se ferma aussitôt.
- Montons dans la chambre, répliqua-t-elle froidement.
Elle fit volte-face et quitta la cuisine d'un pas décidé dans un nuage de fumée âcre, son jeune équipier sur ses talons. Elle gravit les escaliers avec assurance et suivit le couloir interminable ponctué de portes fermées. Sur son chemin, des hommes en uniforme à la mine renfrognée la saluaient d'un hochement de tête qu'elle leur rendait distraitement.
L'équipe de nuit. L'équipe des damnés. La maudite équipe de nuit dont Videl faisait partie. Les chiens écrasés. Les agressions de putes et les ivrognes qui battaient bobonne un peu trop fort, le tout saupoudré d'étudiants défoncés et de petits dealers sans envergure. A Satan City, tous les flics qui étaient condamnés au purgatoire, et tous les petits ambitieux qui débutaient, tous étaient affectés à l'équipe de nuit. Le sale boulot. Ça donnait un mélange assez détonnant de jeunes zêlés et de vieux blasés. De toute façon, leur mission consistait essentiellement à se salir les mains sur le terrain et à monter des dossiers sans lendemain sur lesquels la brigade de jour enquêterait si ça valait vraiment le coup.
C'était exactement ce que Videl allait faire. Elle savait d'avance que l'enquête ne lui serait pas confiée. Elle était juste là pour faire le boulot de base, celui que ses collègues normaux, ceux qui dormaient la nuit, ne pouvaient pas faire dans l'immédiat. D'ailleurs, si ça n'avait tenu qu'à elle, elle ne serait pas là à cet instant. Elle serait en planque sur un point de vente ou en ronde dans le quartier des putes. Mais c'était une grosse affaire et elle était la plus gradée en service, elle n'avait pas eu d'autres choix que de se déplacer pour superviser les opérations. Le vieux flic qui lui avait servi de mentor à l'école de police l'avait prévenue : trop de galons, c'est trop d'emmerdes. Mais ça faisait douze ans qu'elle travaillait dans la police et la force des choses l'avait poussée vers le haut, malgré le peu d'enthousiasme qu'elle avait mis pour grimper d'elle-même.
Un attroupement s'était formé devant l'entrée de la chambre et l'odeur fumante du café parvint agréablement à ses narines. L'équipe scientifique quittait les lieux en plaisantant et la salua au passage.
- Lieutenant Son, c'est vous ce soir ? salua une voix enthousiaste.
Videl ne put s'empêcher de plisser le nez en reconnaissant le médecin légiste, un mec qu'elle n'avait jamais pu supporter.
- D'ici quelques années, je serai ravi de faire votre autopsie, juste par curiosité pour voir l'état de vos poumons, plaisanta-t-il en pointant sa cigarette du doigt.
- Vu votre bide, je parierai plutôt que vous claquerez avant moi, répliqua Videl avec sarcasme.
Le médecin éclata de rire.
- On verra, Son, on verra. A moins que ce soit un ulcère qui vous tue. Elle n'est jamais de bonne humeur ou c'est moi qui n'aie pas de chance quand je la croise ?
Aucun des policiers autour de lui n'osa lui répondre, ni s'amuser de son humour. Un agent approcha un gobelet avec un fond de café et Videl y laissa tomber sa cigarette avec un soupir. Elle saisit une paire de gants en latex qu'on lui tendait et les enfila d'un geste sûr.
- Allons-y, soupira-t-elle.
Elle pénétra dans la chambre. Noé trottait toujours derrière elle. Il avait sorti un calepin pour prendre ses foutues notes. Il faisait toujours ça et Videl se disait parfois que c'était pour se donner l'impression de faire un travail de flic et empêcher ses désillusions sur le métier de prendre trop d'ampleur.
L'odeur la frappa tout de suite. Elle se souvint d'avoir lu quelque part que les souvenirs les plus tenaces étaient les souvenirs olfactifs, et à cet instant, elle adhérait sans hésitation à cette théorie. Les habitants d'une même maison ont souvent la même odeur naturelle, certainement liée à la lessive ou aux produits d'entretien qui y sont utilisés, au désodorisant, peu importe. Un concentré de cette odeur caractéristique flottait dans la chambre et rappelait à Videl le temps où les habitants de cette maison étaient un morceau du puzzle de son bonheur. Cette odeur était suffocante mais personne ne semblait la remarquer. Elle sortit à nouveau une cigarette et la vissa entre ses lèvres sans l'allumer.
Elle laissa son regard circuler sur le décor. Elle était rarement venue dans cette pièce et n'en reconnaissait pas l'agencement. De toute façon, il y régnait un désordre sans nom.
Le lit gigantesque était défait et à moitié effondré, une lampe était renversée et son abat-jour en miette jonchait le sol. Il y avait même quelques trous dans les murs, le genre de trous que fait un poing qui passe au travers du plâtre. Le dressing était ouvert et ses étagères à moitié écroulées avaient déversé des piles de vêtements et d'effets personnels sur le sol. Plusieurs tableaux s'étaient décrochés et fracassés à terre. Sans l'ombre d'un doute, il y avait eu une sérieuse bagarre.
Videl remarqua aussitôt la vitre de la fenêtre qui avait été impitoyablement explosé. Des morceaux des montants de l'encadrement pendaient même lamentablement. L'équipe de la scientifique avait tiré une bâche pour limiter la pénétration du vent et de la pluie dans la pièce.
- Derrière le lit, expliqua le médecin en prenant les devants pour guider Videl.
Elle le suivit en essayant d'éviter les objets éparpillés sur le sol. Il s'agenouilla et elle put enfin voir le corps.
Heureusement, il n'y avait pas de sang. Juste un corps inerte couvert de bleus et de blessures. Videl ne put s'empêcher d'être légèrement soulagée.
- Je pense qu'on lui a rompu les cervicales, vous voyez, le coup du lapin, quoi, reprit le médecin en pointant le cou.
Videl hocha la tête. Elle semblait boire ses paroles mais en réalité elle évitait surtout de poser trop longtemps les yeux sur le cadavre.
- Il y a pas mal de traces de coups aussi, mais d'après ce que j'ai pu voir, rien de mortel. Et des fractures certainement aussi, c'est à vérifier.
Il avait soulevé l'un des bras pour illustrer ses paroles. Videl s'accroupit pour mieux examiner les bleus impressionnants qui maculaient la peau laiteuse du cadavre.
- C'est récent ? demanda Videl.
- A première vue, je dirai que ça a été fait très peu de temps avant la mort, grogna le médecin.
Il reposa précautionneusement le bras et se releva.
- C'est bon pour vous ? On peut l'embarquer ? demanda-t-il en retirant ses gants.
- Attendez une minute, allez prendre un café, je vous fais signe dans un moment, répondit-elle à voix basse sans lever les yeux sur lui.
- Comme vous voudrez lieutenant, mais traînez pas inutilement, j'ai un autre client à l'autre bout de la ville… Enfin, il risque pas de s'enfuir, hein ?
Videl entendit le médecin éclater de rire à nouveau. Il avait un don pour rire à ses propres blagues qui l'agaçait prodigieusement.
Elle était toujours accroupie devant le corps et attendit qu'il s'éloigne. Elle percevait des bribes de discussions entre lui et les agents dans le couloir. Il ne restait que Noé dans la chambre, qui faisait son petit tour d'inspection dans son dos. Elle ferma les yeux un instant, comme pour prendre son élan et les rouvrit tout d'un coup pour fixer le cadavre devant elle.
Le corps était allongé sur le dos, la tête tournée vers le mur, les bras en croix. L'un de ses avant-bras était replié vers son visage. Ses jambes nues n'étaient pas complètement tendues et l'ourlet de sa chemise de nuit avait glissé jusqu'à son entrejambe, certainement par l'effet de la chute.
Elle n'avait pas vieilli, pas tant que ça. Elle avait toujours été si coquette que c'était logique dans un sens. Des mèches bleus s'étaient rabattues sur ses paupières closes et Videl ne put s'empêcher de les écarter avec douceur pour mieux dégager son visage miraculeusement indemne de toutes blessure. Elle avait une expression sereine malgré tout.
Les yeux de Videl glissèrent sur ses cuisses découvertes et elle tira instinctivement la soie de son vêtement pour la recouvrir plus décemment. La jeune femme caressa affectueusement le bord de la nuisette du bout des doigts.
Elle avait toujours bien aimé Bulma. Elle n'aurait pas espéré la revoir un jour, mais elle lui avait toujours porté une certaine estime et une certaine admiration. Quand elle était plus jeune surtout, Videl s'était toujours interrogée sur cette force de caractère qui avait amené la scientifique à apprivoiser Végéta comme elle l'avait fait. Videl avait toujours eu l'impression que Bulma avait un savoir-faire secret et inexplicable qui était unique. Même si elles avaient des personnalités radicalement différentes, Videl s'était toujours curieusement senti en confiance avec elle. Jamais elle n'aurait imaginé que l'héritière finirait comme ça.
- Lieutenant ? Alors ? demanda Noé derrière elle.
Videl se figea, réalisant qu'elle avait inconsciemment continué à caresser le tissu de la chemise de nuit. Dos à son équipier, elle inspira silencieusement avant de répondre.
- Où est le mari ? demanda-t-elle.
- Ouais… Le mari. C'est-à-dire… D'après ce qu'on a compris, il vit pas à temps plein avec elle. Enfin, vous voyez le genre de couple… En tout cas, il est pas dans la maison.
Videl se releva sans un mot et entreprit d'enlever ses gants. L'odeur de la famille Briefs devenait carrément entêtante et elle se contenait pour ne pas allumer sa cigarette pour la chasser de ses narines.
- Quoiqu'il en soit, on va en savoir plus. On a réussi à contacter le fils et il est en route, ajouta Noé.
Videl croqua involontairement le filtre de sa cigarette toujours vissée au coin de ses lèvres. Elle la retira avec dégout et la glissa dans sa poche avec ses gants.
- Pourquoi vous avez fait ça ? En plein milieu de la nuit ? Tu pouvais pas laisser ça aux collègues de jour ? râla-t-elle.
- Tu déconnes Videl ? Tu sais qui est cette nana ? Tu crois vraiment qu'on va rentrer dormir, en laissant tout en plan ? T'es bizarre aujourd'hui…
Videl répondit par un simple grognement et s'empressa de quitter la pièce.
- C'est bon pour nous, doc ! annonça-t-elle.
Le médecin fit un signe de tête à deux ambulanciers avec qui il discutait dans le couloir.
- Et l'heure de la mort ? demanda Videl en passant devant lui.
- Ça vous intéresse ? Je veux dire… C'est pas comme si c'est vous qui alliez enquêter, d'habitude, vous en avez rien à foutre.
- Bah il paraît que je vais devoir gratter un vrai rapport ce coup-ci, alors il faut bien que je trouve des idées pour le remplir.
Le médecin ricana et Videl eut subitement envie de le frapper.
- Entre vingt-trois heures et minuit, marmonna-t-il avant de se diriger vers la chambre à la suite des ambulanciers.
Videl nota mentalement la réponse et s'empressa de remonter le couloir. Elle n'avait aucune envie de recroiser Bulma dans l'immédiat.
Elle avait l'impression de manquer d'air. Elle redescendit et ouvrit la porte fenêtre qui donnait sur la terrasse. La fraîcheur de la nuit soulagea un instant son sentiment d'oppression. Elle s'installa sur l'une des vieilles chaises en fer forgé oubliées là malgré l'hiver. Elle se mit à fixer le jardin éclairé par la lune et remarqua qu'elle était pleine.
- Y a quelque chose qui va pas, hein ? demanda la voix de Noé dans son dos.
Elle se retourna furtivement et s'aperçut qu'il était appuyé dans l'embrasure de la porte. Elle se cala à nouveau contre le dossier de la chaise, face au jardin et soupira.
- J'ai bouffé un truc qui passe pas, répondit-elle d'un ton maussade.
Il eut un grognement incrédule et prit place sur une autre chaise. Il fit mine de se plonger dans ses notes et de les corriger silencieusement.
Videl laissa à nouveau son regard errer sur la verdure atrophiée par l'hiver. La silhouette obscure de la salle de gravité se dessinait derrière les arbres squelettiques. Elle trouva subitement le décor des plus sinistres. Elle ne voulait plus être confrontée à tout ça, toutes ces choses qui lui rappelaient sa vie d'avant, qui pointaient cruellement ses échecs et ses regrets, tout ce qu'elle avait lamentablement foiré et qu'elle essayait d'oublier depuis dix ans.
- Tu la connaissais bien ? demanda Noé subitement.
Elle le regarda et s'aperçut qu'il l'observait, certainement depuis un moment déjà.
- Bulma Briefs, précisa-t-il, tu la connaissais bien ?
- Pourquoi tu…
- Allez, Son, je sais que t'aimes me prendre pour un crétin, mais quand même. Tu connais cette maison par cœur, tu rabats sa jupe sur ses jambes, t'es pas vraiment une étrangère ici.
Videl fronça les sourcils et soupira avec agacement.
- Mêle-toi de ton cul, grommela-t-elle en détournant le regard.
Il fit une moue blasée mais ne s'offensa pas de sa réponse. Il avait l'habitude de sa constante mauvaise humeur. Il savait qu'elle mettait une application particulière à ne pas se faire d'amis et, comme tous les flics du service, il connaissait l'histoire douloureuse de Videl. Ou en tout cas les grandes lignes. Il scruta sa montre.
- La scientifique est en train de finir le salon et le fils devrait pas tarder à arriver, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? reprit-il.
- Je veux pas le voir.
Elle évitait de le regarder et avait parlé sur un ton buté.
- Le fils Briefs ? Videl… C'est toi le lieutenant, c'est toi qui dois lui annoncer, c'est la procédure.
- Va te faire foutre, j'emmerde la procédure ! aboya-t-elle subitement.
Elle s'interrompit et fit une pause pour reprendre son calme.
- Je veux pas le voir et encore moins pour lui annoncer que sa mère a été assassinée, répéta-t-elle d'une voix ferme.
Noé empocha tranquillement son calepin et s'étira avec nonchalance.
- Bon… J'imagine que si t'as bouffé un truc qui passe pas, t'es obligée de rentrer chez toi maintenant, de toute façon, conclut-il.
Elle ne répondit pas et haussa simplement les épaules. Il se leva et se pencha à son oreille.
- Si tu veux pas le croiser, traine pas trop dans le coin c'est tout. Je vais te remplacer.
Elle le suivit du coin de l'œil tandis qu'il regagnait l'intérieur de la maison. Elle prenait son co-équipier pour un con mais elle l'aimait bien dans le fond. Il lui vouait une admiration imbécile et avait de temps à autres des velléités protectrices à son égard. En règle générale, ça l'insupportait mais ce soir, Videl devait bien admettre qu'elle le bénissait intérieurement.
Elle se leva subitement et traversa la maison d'un pas pressé pour sortir et rejoindre sa voiture. Quand la portière claqua sur elle, le silence de l'habitacle lui fit l'effet d'être dans une bulle coupée du monde.
Assez soudainement, la boule qu'elle avait dans la gorge, et dont elle avait cru s'être débarrassée, se fit incroyablement douloureuse et elle ne put empêcher un sanglot de s'échapper de sa bouche. Elle tremblait de partout et des larmes ruisselèrent bientôt de ses yeux.
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