Note d'auteur : On s'enfonce un peu plus dans l'incongru, mais vous n'en n'êtes pas au bout. Et j'ose espérer que ça va vous plaire.
.
.
.
.
.
Après avoir gratifié d'un long et pompeux discours encourageant les recrues Assassin qui étaient revenues de mission, Ezio prit congé d'eux lorsqu'il les envoya patrouiller. Il était fatigué, et cela se ressentait dans ses paroles, et même s'il continuait de s'efforcer d'apparaître invincible, surtout à la vue avide de reconnaissance de ses jeunes apprentis, il n'en était pas moins épuisé. Il fit une dernière fois le tour des pièces, s'attardant devant la salle des armes, mais s'affala finalement dans le plus proche fauteuil. Il s'endormit dès qu'il ferma les paupières sur ses yeux marqués de grandes cernes aussi sombres que ses prunelles. Il roula des épaules et s'accouda sur le bras de sa couche improvisée. La nuit portait conseil, mais il aurait plutôt voulu ceux de la voix, même s'il y a encore quelques semaines, il voulait la faire taire plus ne plus jamais l'entendre.
.
Le lendemain matin, dès l'aube, il ressortit de leur quartier général, une expression indéchiffrable sur le visage en envoyant ses Novices patrouiller, sans se rendre compte de l'erreur monumentale qu'il était en train d'accomplir. Il se retrouva ainsi à l'entrée étroite de l'un de ces fameux tunnels qui facilitaient les déplacements à Rome, disparaissant ensuite dans la foule, agitée par le même tumulte quotidien. Mais les soucis de l'homme encapuchonné qui fendait la cohue, qui se refermait derrière lui, étaient encore plus agités. Il réfléchissait du mieux qu'il le pouvait, à une manière officielle mais officieuse d'aborder son vieil ami peintre sans que celui-ci ne se doute de son mal-être, ce qui était extrêmement difficile, étant donné que le blond était bien trop attentif et observateur pour se laisser abuser. Peut-être que s'il s'y prenait avec une méthode qui lui était plus familière, il parviendrait à faire passer son appel à l'aide muet pour une simple visite de courtoisie ? Les méthodes qui lui vinrent à l'esprit ne le rassurèrent pas. Seules les femmes avec le cœur sur la main, comme celles qu'il amadouait à Florence, se laissaient distraire par ses jeux de séduction, qui se révélaient souvent n'être que des pièges qui les conduisaient parfois dans ses draps.
Ezio se ravisa en se rendant compte que depuis qu'il le connaissait, rarement il n'était allé se présenter à sa porte sans avoir une idée de profit derrière la tête. Cette pensée le mit légèrement mal à l'aise vis-à-vis de Leonardo, qui lui, ne rechignait jamais à lui apporter son aide précieuse, malgré le fait que les Borgia le surveillait nuit et jour, qu'il risquait ainsi son travail et surtout sa vie pour lui être utile. L'Assassin se demandait souvent ce qui le poussait à agir ainsi. Il était certes un ami de la famille, mais il ne voyait pas d'autre raison valable. Dès qu'il venait le rencontrer, quelques minutes plus tard il avait des ennuis, qui se présentaient souvent comme des gardes qui venaient le rencontrer, à la recherche d'un certain homme encapuchonné, mais ils se heurtaient toujours à une comédie de l'artiste, qui se disait ignorant de toutes les affaires qui se jouaient dans les bas-fonds de Rome. Par fierté, il se refusait de penser que le blond avait simplement pitié de lui, qu'il avait peut-être déjà vu la peine au fond de ses yeux qu'il s'acharnait pourtant à dissimuler au monde entier.
L'Assassin soupira et se rappela que la dernière fois qu'il avait vu son ami, ce dernier lui avait conseillé de revenir le voir à proximité des bancs qu'il marquait de son étrange griffonnage à la craie blanche. Il avait appris à ne faire qu'un avec la foule, à une époque qui lui apparaissait beaucoup plus terne que les jours qu'il passait à rire de la vie, pendant que son frère lui tenait fermement le bras pour l'empêcher de tomber de la tour dont il pourrait glissé. Il disparut dans la masse des gens qui se pressaient d'aller colporter les derniers ragots.
oOoOo
Au château Saint-Ange, un brun se frottait mentalement les mains, ses lèvres tordues par un rictus de satisfaction plus froid que la mort. Micheletto marchait dans les couloirs, à la recherche de son ami d'enfance, mais surtout maître. Il avait repéré, par le biais d'un rapport de gardes en patrouille qui devenaient enfin utiles, un petit groupe d'Assassins discrets qui patrouillaient près du Colisée, la tête allant nerveusement de tous les côtés, prouvant ainsi leur manque d'expérience. Malgré la possibilité d'un piège, le bourreau n'allait certainement pas manquer l'occasion de recevoir la gratitude de Cesare, qui n'avait plus une minute à lui accorder depuis qu'un certain Ezio Auditore était entré dans la ville qu'il tentait tant bien que mal de soumettre. Il avançait, sans voir les couloirs défiler pendant qu'il fronçait les sourcils, plongé dans ses réflexions. Il y avait tant de temps que son ami ne lui avait plus sourit, comme autrefois. Ce sourire espiègle tandis qu'il lui envoyait un regard complice, souvent en frottant sa joue encore rougie de la claque de sa petite sœur. Lucrezia avait souvent tendance à le gifler sans raison apparente, peut-être par jeu, et en réponse son frère riait de bon cœur et l'embrassait sur le front, sous les yeux médusés de Micheletto. Sans doute qu'il ne reverrait jamais ce même sourire, mais il se doutait qu'il pouvait au moins obtenir un fantôme de ce rictus qui lui plaisait tant.
Il pressa sensiblement le pas, lorsque vint à ses oreilles le son fort de la voix aiguë de Lucrezia, qu'il entendait d'ailleurs trop souvent pour ignorer que dans ces situations, son ami avait toujours des ennuis. Le bourreau entendait distinctement ce qu'elle criait, comme tout le château d'ailleurs, et ses propos n'étaient pas très flatteurs. Alors qu'il commençait presque à courir en bousculant sur son passage quelques domestiques, cette fois ce fut la fameuse tornade blonde qui passa, poings serrés, devant lui. Il jugea bon de l'éviter en se poussant de son chemin, comme toutes les autres personnes dans le couloir. Le brun se précipita dans la bibliothèque, d'où les sons avaient semblé provenir. Il poussa la porte et découvrit un Cesare dans son habituelle armure, adossé sur les innombrables rayonnages, les bras croisés et l'air maussade. Lorsqu'il le vit arriver, son visage sembla se détendre aussitôt, et il le salua d'une voix rauque :
« Bonjour Micheletto.
- Cesare, déclara-t-il, j'ai de bonnes nouvelles.
- Ah ?
- Des gardes ont repéré une patrouille d'Assassins près du Colisée. Ils n'ont pas l'air d'être très expérimentés, mais je suis sûr que leur perte serait importante aux yeux de leurs semblables. De plus, nos soldats n'auront sûrement pas trop de difficultés à les mettre en déroute. Dois-je envoyer...
- Aucun intérêt. Dio, qu'elle m'a fait mal... coupa le brun en essuyant le peu de sang qui coulait de ses lèvres.
Soupirant du manque évident d'attention de son ami, le bourreau s'approcha plutôt de lui, remarquant du regard la joue enflée.
- Qu'est-ce que tu as encore fait pour qu'elle s'emporte autant ?
- Oh, rien de plus que d'habitude. J'ai le regard vagabond.
- Pour de simples regards... Viens, je crois que les soigneurs sont dans la cour.
- Quelle honte... maugréa le Borgia.
- Je pense qu'ils ont l'habitude maintenant. »
Toujours en frottant sa joue qui gonflait à vue d'œil, son maître l'accompagna finalement, et ils descendirent les grands escaliers en colimaçon jusqu'à la cour. Ils en trouvèrent un qui ajustait justement son masque. Après une brève explication, le médecin appliqua finalement son art. Quelques minutes après le soin, le visage du brun dégonfla et il cessa enfin son expression douloureuse. Ils repartirent ensemble à l'intérieur pour déjeuner, les cloches sonnant midi depuis un long moment déjà.
Mais Micheletto sentait, au fond de lui, qu'il n'avait pas fini de tenter de retrouver le sourire qui lui manquait depuis si longtemps.
oOoOo
En ville, un blond nettoyait ses pinceaux, songeur. Il sentait que si son bel Assassin revenait pour lui demander de l'équipement, il lui claquerait la porte au nez sans plus de cérémonies. Leonardo en avait tout simplement assez d'être manipulé par Ezio, en sachant que malgré tout les indices qu'il lui donnerait, il resterait de marbre à ses suppliques muettes. Pourtant l'Italien était un séducteur hors pair, inutile de se le cacher, et en tant que tel, ne devait-il pas remarquer les détails particuliers qui lui mettraient la puce à l'oreille ? Le peintre doutait de sa propre capacité à dissimuler ses rougissements à la vue du beau visage au centre de ses ennuis, mais l'Assassin n'y faisait-il pas attention parce qu'ils étaient des hommes ? Ou alors il l'avait deviné, il avait compris cet odieux sentiment qui lui tordait le cœur, et il l'ignorait pour ne pas se détourner de sa mission, sans aucun doute plus importante que de vaines explications. Cette déduction lui semblait la plus plausible, même si celle-ci était très blessante. Leonardo reposa rageusement ses pinceaux sur le fatras de papiers qui s'accumulaient depuis quelques semaines et se pinça l'arrête du nez en soupirant. Ses peintures n'avançaient pas assez vite, il était en pleine période de page blanche pour tout ce qu'il tentait de faire, tout cela à cause d'un homme qu'il voyait trop peu pour pouvoir justifier les pensées qui occupaient son esprit et annihilaient tout son génie créatif. Sa matinée avait été aussi pénible que les précédentes, et le peu de peinture qu'il avait utilisé sur l'une de ses œuvres en retard se retrouvait maintenant sur ses mains, et ce n'est que lorsqu'il les retira de son nez qu'il se rendit compte qu'il venait de s'en barbouiller le visage. Déjà irrité par son manque d'inspiration, il poussa un grognement et se nettoya avec un chiffon propre qui traînait parmi tant d'autres.
Il entendit quelqu'un toquer à la porte. L'artiste maugréa, s'attendant à retrouver un Salai fraîchement expulsé de la taverne dans laquelle il aurait sans aucun doute passé la nuit à parier avec des gens douteux pour d'obscures raisons, et à une heure aussi tardive de la matinée, il se doutait que ce ne serait pas les habituels gardes venant lui demander des comptes. Il alla ouvrir et découvrit l'homme encapuchonné qui le salua de son éternelle voix mélodieuse.
« Bonjour Leonardo. »
Alors toi...
.
.
A suivre
