Encore merci à Stephen King qui m'inspire aussi dans « Misery »

Dans cet espace de douleur infini qu'était son corps abîmé, elle aurait voulu être morte.

Son dernier souvenir était celui d'un éclat lumineux, d'une onde puissante qui l'avait balayé comme une vulgaire poupée de chiffon. Puis l'odeur de la poudre, de la chair calcinée, le bruit des lances jaffas et des P-90, des cris. Le temps passa et elle devint consciente de gens allant et venant autour d'elle dans une ambiance feutrée sentant fort le chlore et la biseptine. La douleur allait et venait. Elle envahissait tout, rendant son corps hostile à elle-même, puis se tapissait sournoisement dans sa jambe et son bras droit, irradiant, vibrant le long de ses nerfs, et revenait à la charge plus vorace que la fois précédente. Elle songeait à la marée qui vient recouvrir le sable et les rochers : elle va et vient, ils demeurent. Simplement il y a des moments où on ne peut pas les voir. La douleur était toujours présente, comme le sable et les rochers, parfois recouverte, parfois visible. Tout le temps là. Tout le temps là. Tout le temps. Pitié.

La sonnerie stridente et agressive du téléphone l'extirpa de son sommeil agité. Sur le qui-vive, il saisit presque immédiatement le combiné d'une main fébrile.

JACK : « O'Neill ! »

BRIGHTMAN: « Mon général, désolée de vous réveiller si tôt mais vous avez tenu à être prévenu de l'état du colonel Carter. Elle est réveillée monsieur. »

JACK : « Très bien j'arrive. »

Il raccrocha sans attendre de réponse et bondit sur ses pieds. Il n'avait pas pris la peine de se déshabiller avant de se coucher et n'avait même pas enlevé ses boots. Il déboula dans le couloir en bousculant un employé qui faisait le ménage. Il était environ 5h du matin et dieu merci il croisa peu de monde.

Il ralentit le pas aux abords de l'infirmerie et entra discrètement, respectueux du repos de ses hommes. Une infirmière lui indiqua la direction et il rejoignit d'un pas silencieux le Dr Brightman qui l'attendait devant la salle où Samantha Carter avait été installée.

BRIGHTMAN : « Mon général. »

JACK : « Comment va-t-elle ? »

BRIGHTMAN : « Elle a commencé à reprendre conscience il y a 1h. Elle est réveillée. Elle est cohérente, c'est encourageant. Mais nous allons quand même devoir lui faire une IRM pour vérifier qu'elle n'a pas de lésions cérébrales suite au choc qu'elle a reçu à la tête. Elle est suffisamment stabilisée maintenant, et j'ai prévu de l'amener en salle d'examen après que vous l'ayez vue. Je vous laisse 5 minutes et on la transfère en salle d'imagerie. »

JACK : « Merci docteur. »

La militaire lui lança un regard perçant et parla lentement, comme si elle pesait chaque mot.

BRIGHTMAN : « Je dois vous prévenir mon général elle souffre beaucoup. On lui donne la dose maximale de morphine mais ça ne suffit pas. Nous avons décidé de la plonger dans un coma thérapeutique. L'anesthésiste est prévenu.»

Le général O'Neill se crispa et prit le temps d'assimiler l'information.

JACK : « Alors pourquoi vous ne l'avez pas déjà fait ? »

BRIGHTMAN : « Le colonel Carter a insisté pour vous voir avant et nous avons pensé qu'il valait mieux respecter son souhait. Monsieur, vous devez savoir qu'elle ne se réveillera peut-être pas. Le colonel Carter l'a compris. »

Son cœur fit une embardée et une sensation vertigineuse de désespoir s'empara de lui, brouillant un peu sa vue.

JACK : « Comment çà ? »

BRIGHTMAN : « Monsieur, un coma thérapeutique comporte des risques. Mais ce n'est pas ce qui nous inquiète le plus. Ses blessures sont très graves. Elle est bien éveillée et raisonne bien, ce qui me rassure sur la présence d'éventuelles lésions cérébrales, mais elle a très mal à la tête. Trop. Je crains une hémorragie intra-crânienne. »

Les murs semblaient se rapprocher à mesure que la poitrine de Jack était de plus en plus comprimée.

BRIGHTMAN : « Son bras et sa jambe nous inquiètent également. Nous avons du mal à rétablir l'afflux sanguin dans ces membres et les tissus ont été très endommagés. Il faudra probablement amputer. »

Jack tremblait maintenant et sa voix lui sembla presque totalement étouffée tant sa gorge était nouée.

JACK : « Amputer le bras ou la jambe ? »

BRIGHTMAN : « Les deux. En clair, nous avons stoppé l'hémorragie et stabilisé son état général mais le pronostic vital reste engagé. Le coma la soulagera de la douleur mais cela ne réglera pas le problème de fond. Son cerveau peut être endommagé et nécessiter une intervention, et il faudra peut-être amputer le bras et/ou la jambe. Compte tenu de la fragilité de son état il existe un risque qu'elle ne survive pas à ces opérations. Même sans intervention lourde il est possible que le traumatisme soit trop important et que son état général se dégrade au fil des heures ou des jours. »

O'Neill doutait d'avoir tout assimilé de ce que la doctoresse venait de lui balancer à la figure. Il acquiesça pourtant en signe de compréhension et lui fit signe qu'il désirait rentrer. Il ne pensait pas pouvoir parler. Le docteur Brightman l'accompagna au chevet de son amie et le laissa seul avec elle. Jack avait le souffle court. Comment pourrait-il être à la hauteur ? Sam souffrait le martyr et ne se réveillerai peut-être jamais. Que disait-on en pareilles circonstances ? Elle s'attendait sûrement à ce qu'il la rassure, qu'il ait les mots justes, qu'il soit un supérieur bienveillant, inébranlable. Mais il se sentait fébrile, perdu, incompétent, face à cet instant critique qui avait tout d'un adieu. Lui qui prônait sans cesse l'optimisme était désespéré effondré.

Le général brisé rapprocha la chaise qui se trouvait là pour s'installer à la gauche de Sam. Elle reposait sur son lit les yeux fermés, le visage crispé par la douleur. Les draps et les bandages cachaient désormais le spectacle angoissant de ses mutilations mais O'Neill laissa glisser son regard comme s'il pouvait voir à travers le tissu. Pour lui signaler sa présence il enlaça tendrement ses doigts aux siens dans une intimité naturelle.

Dans son océan de douleur, elle sentit une main chaude glisser dans la sienne, et elle se raccrocha à cette sensation qui la guidait. Elle posa les yeux sur le propriétaire de cette main apaisante et se raccrocha à son regard, puisant du réconfort dans ses yeux noisettes qu'elle connaissait par cœur. Elle y lut beaucoup de tristesse, qu'elle associa à la sienne, mais aussi de la détermination. Elle chercha à la faire sienne et parvint à sourire légèrement, resserrant davantage ses doigts sur la main de Jack qui lui répondit à son tour par une légère pression. La douceur de son regard ainsi que la chaleur de sa peau contre la sienne avaient l'effet d'un baume. Elle sentit la douleur refluer et la peur reculer.

JACK : « Hé... »

SAM : « Hé... »

Le général lui sourit et se pencha vers elle, se rapprochant davantage.

JACK : « Alors on refuse d'aller dormir ? Vous voulez que je vous raconte une histoire ? »

Samantha se laissa envahir par toute la tendresse et la reconnaissance qu'elle avait pour cet homme, et des larmes coulèrent doucement au coin de ses yeux.

SAM : « Non, vous allez me raconter un épisode des Simpsons. »

Jack prit un air faussement outré.

JACK : « Depuis quand est-ce que vous n'aimez pas les Simpsons ?! »

SAM : « Depuis toujours. »

Ils se sourirent à nouveau et O'Neill posa son autre main sur le bras de son amie. Sa paume était presque brûlante sur son bras glacé. Sam aurait voulu se perdre dans son étreinte, comme lorsque Janet était morte et qu'il l'avait consolée. Mais son corps était désormais un fardeau qui lui refusait tout élan de cet ordre.

JACK : « J'ai entendu dire que vos blessures vous chatouillaient légèrement ? Qu'est-ce que vous diriez de laisser les médecins vous soulager le plus tôt possible ? »

Le colonel Carter fronça les sourcils, l'air grave et angoissé. L'éminence du coma raviva sa peur, et elle s'adressa à son supérieur sur le ton de la supplique.

SAM : « Mon général si je ne meurs pas... Je ne veux pas me réveiller en étant différente... Si mon cerveau avait quelque chose, si je n'étais plus la même... Ne les laissez pas m'amputer non plus. Je vous en supplie si je dois ne plus jamais être la même je ne veux pas qu'on me réveille !... »

Elle s'exprimait précipitamment avec un accent de panique dans la voix. Il fallait qu'elle lui dise, il fallait qu'il sache ! Il était le seul qui aurait le cran de faire ce qu'il faut. Il était l'homme le plus loyal et courageux qu'elle connaisse. Il se salirait les mains pour elle, il le fallait... S'il refusait, qui d'autre aurait le courage de sacrifier la morale pour respecter son souhait ? La main de jack migra de son bras vers son visage, caressant doucement sa joue envahie par les larmes.

JACK : « Hé stop ! Ça n'arrivera pas ! Regardez-moi bien Carter, ça n'arrivera pas ok ? Les médecins vont vous soigner et vous vous réveillerez avec vos deux bras, vos deux jambes, et votre magnifique cerveau, vous m'avez bien compris ? »

SAM : « Mais si mon cerveau avait un problème... Si on m'opérait et que je devenais... Différente. »

JACK : « Sam, ça n'arrivera pas ! On s'en est toujours sortis. On surmontera çà aussi... Vous et votre pessimisme ! Un jour il faudra bien arrêter de jouer les rabats-joie... »

Il fallait qu'elle s'assure de son choix. Elle leva sa main qu'elle posa elle aussi sur la joue du général, et son regard transperça celui de Jack comme jamais auparavant. Celui-ci tressaillit et Sam cru qu'il allait pleurer. Pourtant aucune larme ne coula et il affronta ses yeux inquisiteurs sans faillir.

SAM : « Mon Général, vous êtes le seul sur qui je puisse compter... Si je n'étais plus la même je ne le supporterai pas. Je préférerais mourir. »

O'Neill ferma les yeux quelques secondes et Sam l'observa patiemment. Elle avait conscience de lui demander quelque chose d'horrible, qu'il serait anéanti de devoir commettre un tel acte, et elle se détestait pour çà.

JACK : « Vous me demandez de vous euthanasier comme ces chevaux qui ratent une haie ? »

Sa voix n'était pas dure ou sarcastique, mais plutôt désemparée.

SAM : « Je vous demande de m'aider en faisant en sorte que je ne devienne pas un monstre. »

Le général rouvrit les yeux et posa un regard affligé sur la jeune femme.

JACK : « Carter... Même sans cette jambe, ou ce bras... Même 10 fois moins intelligente que vous ne l'êtes, vous resteriez plus maligne que les ¾ des gens... Et vous resteriez une femme extraordinaire... Peu importe ce qui pourrait arriver, aux yeux de Pete vous ne serez jamais un monstre. »

SAM : « Et entre nous ?»

Il tiqua à cette réplique, cessant immédiatement de lui caresser le visage, et il recula légèrement sur sa chaise. De fait, Sam ne put que déserter la joue de Jack et laissa retomber mollement son bras. Néanmoins il lui tenait toujours étroitement l'autre main et n'avait pas dévié son regard.

JACK : « Carter, peu importe... Mais c'est évident : pour moi aussi vous resteriez la même. »

SAM : «Alors vous le ferez .»

Le général semblait légèrement indécis, ne sachant apparemment pas bien où elle voulait en venir. Face à son interrogation muette, le colonel Carter caressa les doigts fins du Général enlacés au sien et précisa sa pensée.

SAM : « Si vous tenez vraiment à moi autant que Pete, alors vous respecterez ma décision. Il le ferait pour moi... »

Il lui lâcha la main et se massa le front d'un geste nerveux. Il avait à nouveau les yeux résolument fermés. Le contact était rompu. D'aucun pourrait penser qu'il était agacé, mais elle le connaissait depuis tant d'années qu'elle su qu'il était profondément perturbé. Elle détestait la forme de chantage qu'elle lui imposait. La vérité c'est qu'elle était totalement terrifiée à l'idée d'être privée d'une part d'elle même qu'elle chérissait comme ces cérébrolésés qu'elle avait pu croiser lors de ses rares visites à l'hôpital militaire pour voir Janet. Elle enviait le médecin d'avoir connu une mort rapide, indolore et imprévisible.

Elle ne l'aurait pas bousculé ainsi si cela n'avait pas été pour elle une question de survie et de dignité. Elle n'avait pas d'autre argument à lui avancer, et elle sentait ses forces décliner à mesure qu'elle allouait toutes ses ressources à obtenir de Jack cette « faveur ».

JACK : « Je n'ai pas dit... »

Il rouvrit les yeux mais il avait le regard fuyant. Il baissa la tête et fixa le sol, les mains jointes sur le sommet de son crâne, se grattant nerveusement le cuir chevelu.

JACK : « Carter... Sam... Je tiens à vous bien sûr mais pas... Écoutez, je ferai n'importe quoi pour vous, mais pas çà. Demandez moi n'importe quoi sauf çà. »

Elle lui tendit la main pour qu'il la prenne à nouveau, et après une courte hésitation il la saisit en gardant les yeux résolument baissés.

SAM : « Je suis tellement désolée. Je déteste devoir vous demander çà et pourtant je le fais. Parce que je ne supporterai pas une vie dans la peau d'une autre. Parce que vous êtes le seul qui aura l'occasion et le courage pour faire çà. Parce que si vous tenez à moi, vous savez que je ne survivrai pas de toute façon si par malheur je n'étais plus tout à fait moi-même... »

Le général O'Neill posa à nouveau les yeux sur son visage blême et le colonel exerça une ultime et suppliante pression de la main sur la sienne.

SAM : « Je sais que c'est affreux de vous demander çà. »

JACK : « Et pourtant c'est ce que vous faites. »

SAM : « Je compte sur vous, beaucoup plus que je ne suis censée le faire. »

Jack lui lança un regard pénétrant empli de douleur.

Elle était épuisée. Elle avait usé de toute son énergie pour lui faire comprendre sa peur et le convaincre. Maintenant la douleur revenait lui dévorer les sens et elle désespérait de devoir attendre son assentiment pour pouvoir enfin plonger dans un sommeil artificiel. Le général resta pourtant silencieux particulièrement longtemps.

JACK : « Si c'est nécessaire... Si j'ai la conviction profonde que vous n'êtes de toute façon plus vous-même, je... »

Sa phrase resta en suspens, comme si les mots étaient trop indécents, mais elle n'avait pas besoin qu'il les dise. Ses yeux s'exprimaient dans un autre langage qui ne laisse pas de place au doute ou même au mensonge.

JACK : « Et je me battrai pour votre bras et votre jambe. »

Sam pleura silencieusement de reconnaissance, et Jack interpella le docteur Brightman pour qu'elle vienne prendre en charge le colonel.

JACK : « Allez, il est temps de faire ces examens et de dormir. »

SAM : « J'ai peur. »

JACK : « Je sais. »

Elle lui fut reconnaissante de ne pas tenter avec des faux-semblants d'essayer de la convaincre qu'elle ne devait pas avoir peur, car il y avait justement toutes les raisons d'être terrifiée. Elle avait simplement besoin de savoir qu'il la soutenait de toutes ses forces. Le docteur Brightman pénétra dans la pièce avec son équipe médicale, et Jack lui adressa un dernier sourire timide.

JACK : « Je serai là à votre réveil. »

Contrairement à son habitude face à une situation bouleversante il n'alla pas s'isoler, mais rejoignit Teal'c de l'autre côté de l'infirmerie. Malgré l'heure très matinale le jaffa était réveillé et était en train d'enfiler son treillis. Jack savait qu'il était autorisé à quitter l'infirmerie et il lui fit signe de le suivre. Teal'c lui emboîta le pas sans poser de questions. Ils se dirigèrent donc sans un mot vers les quartiers du personnel, côte à côte, dans une complicité muette.

Le général O'Neill aimait particulièrement cet aspect de la personnalité de Teal'c : il n'était pas le dernier à s'exprimer quand le besoin s'en faisait sentir, mais il conservait généralement un silence respectueux et reposant. Ces instants dénués de parole n'étaient jamais gênants en compagnie du jaffa. Jack appréciait en l'occurrence la présence de son ami à ses côtés après l'épreuve qu'il avait eu à subir, mais avait tant à penser qu'il n'aurait pas pu tenir une conversation.

Bien qu'il aurait du être focalisé sur la supplique que Carter lui avait adressé, ou sur son état de santé, il était obnubilé de façon absurde par ce qu'elle lui avait dit : « Je compte sur vous, beaucoup plus que je ne suis censée le faire. ». Peut-être était-ce parce qu'il était épuisé, ou parce qu'il ne voulait pas penser aux possibles dénouements négatifs, ou parce que les fiançailles du colonel accaparaient son esprit depuis des jours.

Lorsqu'elle lui avait fait part de ses réticences à épouser Shanahan, n'était-ce pas juste la peur que procure, chez quelqu'un depuis longtemps célibataire et prit dans une vie tumultueuse, la possibilité quasi inespérée et inattendue d'avoir une relation de couple stable et une vie normale? Lorsqu'elle avait évoqué l'hypothèse où les choses auraient été différentes entre eux... Il lui avait semblé qu'elle désirait simplement le ménager : elle l'avait sondé, craignant qu'il éprouve toujours des sentiments amoureux à son égard après toutes ces années.

Mais il n'avait pas rêvé l'allusion de Sam à leurs aveux 4 ans auparavant... Était-ce une déclaration ? Ou juste une manière de l'attendrir et le forcer à abdiquer ? Était-ce ce qui venait de se passer ? Le commandant du SG-C venait-il de se laisser attendrir par une référence à une déclaration passée, se montrant honteusement faible et bêtement influençable ? « Je compte sur vous, beaucoup plus que je ne suis censée le faire. ».

Ils parvinrent à leur destination et Teal'c frappa à la porte des quartiers du docteur Jackson. Il s'était lui aussi couché habillé, car il ouvrit promptement à ses amis vêtu de son treillis, mais avec les yeux endormis et la marque de l'oreiller sur la joue.

Daniel sursauta, s'extirpant d'un sommeil rempli de cauchemars se répétant en boucle : tantôt il revivait la mission sur P9X-834, tantôt il assistait à nouveau au décès de Shaare, ou bien il se revoyait aux côtés de Janet quand elle s'était faite mortellement tirer dessus. Il se leva en titubant pour aller ouvrir à la personne qui frappait à sa porte, et la vive lumière du couloir l'ébloui. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître Jack et Teal'c.

Le général avait l'air anéanti.

DANIEL : « Sam ?! »

JACK : « Je viens de la voir. Venez avec moi manger au mess, je vous expliquerai. »

DANIEL : « Manger ? »

JACK : « Oui, il faut que je reprenne des forces, je n'ai rien avalé depuis 24 heures. Et à ce train-là je vais m'écrouler pendant le débriefing. Vous devez manger aussi. Et puis à cette heure-ci il n'y aura personne d'autre que nous. »

Bien qu'il n'ait absolument pas faim Daniel ne chercha pas à discuter et se joignit à ses deux amis. Le général n'avait pas l'air de vouloir entamer leur conversation tant qu'ils n'avaient pas mangé. Il s'était muré dans le silence dans une parfaite imitation du jaffa à ses côtés. Daniel désespérait d'avoir des nouvelles de Sam mais il devinait que Jack venait de vivre une expérience douloureuse et il ne voulait pas le brusquer davantage. Il se contenta donc de marcher en silence, accélérant quelque peu le pas à mesure qu'ils approchaient du mess.

La salle était effectivement vide à l'exception de deux infirmières attablées près de l'entrée. Daniel fit mine d'aller s'asseoir au fond de la salle mais Jack le retint par le bras, le guidant vers le buffet.

JACK : « Daniel vous mangez, c'est un ordre. »

Trop las pour se battre l'archéologue se saisit d'un plateau. Après tout s'il y tenait à ce point... Il se contenta d'une tasse de café et d'un donuts quand Teal'c, lui, déposa sur son plateau l'équivalent de trois copieux petit-déjeuners. Alors qu'ils allaient tous les trois s'installer Daniel vit Jack faire volte-face et aller échanger ses gaufres contre une coupe de gelée bleue. Personne ne releva le lien évident avec le colonel Carter, et ils s'installèrent sans commentaires à la table la plus éloignée de l'entrée.

DANIEL : « Alors que vous ont dit les médecins ? Vous avez pu parler à Sam ? Comment elle va ? »

Jack le fixa quelques secondes puis baissa les yeux sur son donuts.

JACK : « Daniel mangez votre petit-déjeuner. »

DANIEL : « Oui bah ça va, je vais manger, merde! »

Le jaffa leva un sourcil et O'Neill lança un regard surpris au docteur Jackson. Les deux infirmières interrompirent quelques secondes leur conversation puis se détournèrent, sans doute de peur que le commandant de la base ne les remarque.

Étonnamment Jack n'était pas en colère, juste désarçonné par l'attitude inhabituellement agressive de son ami. Daniel se sentit stupide de perdre ainsi son sang froid et il savait par expérience que ce genre de comportement était rarement en faveur de l'interlocuteur de Jack O'Neill.

JACK : « Je tiens simplement à ce que vous ne fassiez pas une crise d'hypoglycémie. »

L'air contrit, Daniel se frotta les yeux et leva la main en signe d'apaisement.

DANIEL : « Pardon je... Désolé je suis fatigué. »

JACK : « Pas de problème nous sommes tous fatigués. »

Le docteur Jackson prit une bouchée de son Donuts et se versa un peu de sucre dans son café.

DANIEL : « J'ai eu une nuit difficile... Je m'inquiète pour Sam. »

JACK : « Excusez-moi Daniel je suis un peu à côté de la plaque. »

L'archéologue lui adressa un nouveau geste cordial et le général O'Neill leur fit le récit de son entrevue avec le docteur Brightman.

Comment Jack pouvait-il penser qu'il puisse avoir faim face à ces révélations ? L'angoisse lui étreignait l'estomac et il sentit sa gorge se nouer quand Jack leur fit part du souhait de Samantha.

DANIEL : « Attendez, vous avez dit oui ? »

JACK : « Oui absolument. »

Leur échange pouvait tourner à nouveau au pugilat à tout moment mais Daniel n'entendait pas jouer l'apaisement sur un sujet si crucial.

DANIEL : « Jack,vous vous rendez compte de ce que vous avez promis ?! »

JACK : « Plutôt oui. »

DANIEL : « Nous parlons d'euthanasie ! Ce n'est pas comme débrancher quelqu'un... C'est... Si elle peut vivre, se réveiller, et que vous l'empêchez c'est une euthanasie. C'est un meurtre ! »

Le ton montait et les infirmières cessèrent à nouveau de parler.

JACK : « Parlez plus fort, on vous entend pas en Urugay. »

DANIEL : « C'est vous qui avez tenu à avoir cette conversation en public ! Ne venez pas me le reprocher ! »

JACK : « Je ne pensais pas que vous réagiriez comme çà ! »

DANIEL : « Ah vous ne pensiez pas ?! Vous ne pensiez pas que parler de tuer ma meilleure amie me mettrait en colère ?! »

Teal'c reposa son verre avec bruit, faisant gicler un peu de jus d'orange sur la table.

TEAL'C : « Le général O'Neill tient autant aux intérêts du colonel Carter que vous Daniel Jackson. »

Sa voix profonde et grave ramena instantanément Jack et Daniel à la raison.

TEAL'C : « Nous ne devons pas nous déchirer, nous aimons tous Samantha. »

Parce que son ami dégageait une force tranquille, et qu'il n'avait pas coutume d'user ainsi du prénom de la jeune femme, Daniel se sentit instantanément plus calme. Le général lança un regard flamboyant aux infirmières qui quittèrent le mess sans demander leur reste, puis se tourna vers ses deux amis.

JACK : « Nous allons tout faire pour éviter d'en arriver là, c'est évident. Je ne supporte pas cette idée, je l'ai en horreur. Penser que je devrai empêcher Carter de se réveiller ça me fait vomir. »

DANIEL : « Pourquoi ne pas dire les choses telles qu'elles sont ? Vous ne l'empêcherez pas de se réveiller, vous la tuerez... »

JACK : « En tous cas, nous allons faire en sorte que ça n'arrive pas. Nous allons tout tenter pour la sauver et que je n'ai pas à me poser la question de la sémantique ! »

Daniel ne comptait pas éluder le sujet aussi facilement mais le jaffa s'interposa.

TEAL'C : « C'est l'honneur du guerrier docteur Jackson. »

JACK : « Si un jour vous deviez vous réveiller à l'état de légume en oubliant jusqu'au nom de votre défunte épouse, vous seriez bien le premier à me demander çà ! »

Le Général torpillait du regard son ami tandis que ce dernier avait croisé les bras et balançait la tête de gauche à droite, les yeux humides.

DANIEL : « Vous parlez comme si elle était déjà foutue. Désolé mais moi je n'ai pas encore perdu espoir. Je refuse de penser à elle comme çà. »

JACK : « Daniel, ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit qu'on allait tout tenter pour la sauver et c'est ce qu'on va faire. »

DANIEL : « Comment çà ON va tout tenter ? Teal'c, vous et moi on ne peut rien faire si ce n'est laisser les médecins faire leur travail et attendre. »

JACK : « Je ne suis pas d'accord. »

Il replongea sa cuillère dans sa coupe et prit une autre bouchée de gelée. Il y avait quelque chose dans son attitude et son regard qui inquiéta Daniel. Il sentait chez lui la même détermination que lorsqu'il se lançait dans une entreprise risquée et illégale : quand il avait décidé, en violation des ordres de Hammond, de faire sauter ce vaisseau sur la planète des Obridan par exemple.

TEAL'C : « A quoi pensez-vous O'Neill ? »

JACK : « Je ne suis pas encore sûr Teal'c. Je réfléchis... Je réfléchis. »

Daniel jaugeait son ami avec méfiance. Il le savait capable de déplacer les montagnes pour aider ses compagnons, mais il doutait qu'il sache toujours où situer la limite de l'acceptable.

JACK : « Ne vous inquiétez pas Daniel. Pour le moment ce n'est pas encore clair dans ma tête, mais je vous jure que je vous consulterai avant de faire quoi que ce soit de stupide. Pour le moment mangez... Je dois pouvoir compter sur vous. »

DANIEL : « Jack... »

JACK : « Daniel. »

L'archéologue hésita, jetant un coup d'œil à Teal'c. Ce dernier semblait avoir le visage neutre mais Daniel le connaissait bien, et il lui arrivait même parfois d'avoir la sensation de pouvoir communiquer par télépathie avec le jaffa. Il compris que Teal'c estimait qu'il était inutile d'insister tant que Jack n'était pas décidé à leur parler. Trop fatigué pour se battre sans motif, Daniel abandonna la partie et se força à finir son petit-déjeuner. Les trois hommes avait la tête baissée sur leur plateau, mangeant sans faim de quoi reprendre des forces.

JACK : « J'aime pas la gelée bleue. »

Le général finit pourtant sa coupe sous le regard compatissant de Daniel.

Les propos des personnages ne reflètent en rien mes opinions sur le handicap, l'euthanasie ou tout autre thème abordé dans cette fanfiction.