Hello les gens ! Un grand merci pour tous ceux qui m'ont ajouté en alertes ainsi qu'en favoris ! Ca fait un paquet de lecteurs pour un seul chapitre seulement: un grand merci à tous!
Les personnages sont la propriété de l'auteur de la saga.
« Je veux que les gens dansent sur ma tombe. »
Jason Jenks étudia un instant les quelques paperasse étalées sur ses genoux avant de prendre la parole.
- Je vous prie de m'excuser de devoir vous déranger si vite après les funérailles, mademoiselle Swan. Mais la gouvernante m'a informé que vous comptiez regagner New York demain soir. Je n'avais pas réalisé que vous resteriez si peux de temps ici.
Petit, boudiné, Monsieur Jenks avait la cinquantaine bedonnante. Son teint rubicond formait avec ses cheveux grisonnants un contraste saisissant, et il ne parvenait pas, malgré ses amples vêtements, à dissimuler la bouée qui s'était formée autour de sa taille.
Bella avait pris place face à lui, dans l'un des fauteuils, flanquaient dans le living-room, près de l'imposante cheminée. Elle avait toujours détesté cette pièce, sombre et lambrissée, lugubrement décorée d'animaux empaillés et de trophées de chasse accrochés aux murs. Comble de la cruauté, un sabot de girafe, sur la table basse, faisait office de cendriers.
Alors qu'elle croisait les jambes devant elle, la chaîne qu'elle portait autour de la cheville brilla dans la lumière. Jenks le remarqua mais fit comme si il n'avait rien vu.
- Je n'ai aucune raison de m'attacher ici. Même si … Je dois avouer que je suis tenté de rester à Seattle. Et m'installer avec ma sœur dans l'appartement que mon père possédait en ville… Mais le projet est encore flou pour l'instant. La seule certitude que j'ai, c'est que mon avion pour New York dans quelques heures. Peut-être reviendrais-je dans quelques temps… Histoire que ça se tasse un peu.
- L'histoire ne s'estompera pas aussi vite, et votre départ pour la grande ville ne facilite pas les choses j'en ai bien peur. Les dernières volontés de votre père sont … compliquées.
Mais Isabella ne voyait pas en quoi. Bien avant son attaque qui l'avait emporté, Charlie ne lui avait jamais fais mystère des dispositions testamentaires qu'il avait prise. Alice bénéficiait à coup sûr d'une grosse somme d'argent. Quand à son cousin Alec, il héritait de sa bien aimé équipe des Seahawks.
- Mademoiselle Swan, reprit le notaire, savez-vous que votre père avait connu quelques revers financiers, ces dernières années ?
- Pas dans les détails, répondit-elle. Nous n'étions pas très proches, lui et moi.
Ils avaient même coupés les ponts durant presque une demi-décennie, de sa fuite de Seattle, à l'âge de 18 ans, jusqu'à son retour à New York, à la mort de son époux Aro. Ensuite, ils s'étaient vus occasionnellement, lorsque Charlie passait à Manhattan pour affaires. Bella, n'étant plus la timide jeune fille complexée de sa jeunesse, leurs rencontres avaient toujours été explosives.
Bien que sont père est épousé des danseuses de revue, et entretenue des maîtresse, son enfance misérable lui avait fait aspirer à une respectabilité qu'il considérait comme dissolu. Tout aussi violemment homophobe que comtempleur des aplombs de l'art contemporain, il accueillait comme des affronts personnels les articles sur Isabella qui paraissaient occasionnellement dans la presse.
Il affirmait que ses fréquentations avec ce qu'il appelait « le milieu interlope » le ridiculisaient auprès de ses associés. Encore et encore, il lui ordonnait de rentrer à Seattle avec lui et de devenir, pour ses bonnes grâces, sa gouvernante non appointé et son bâton de vieillesse.
Si cette offre lui avait été faite par amour, peut-être qu'Isabella y aurait répondue favorablement. Mais une fois encore, Charlie Swan n'avait cherchait qu'à faire main basse sur elle, pour manipuler la jeune femme à sa guise, comme il le faisait avec tout son entourage.
Jusqu'à la fin, il s'était montré dur et intraitable, utilisant son pouvoir comme un moyen supplémentaire de lui faire sentir à quel point elle l'avait déçu. Et lors de leur dernière conversations téléphoniques, il lui avait affirmait qu'elle resterait à jamais le plus grand échec de sa vie.
Alors qu'elle luttait pour contenir une nouvelle crise de larmes, Bella se rendit compte que Jason Jenks poursuivait son petit exposé.
-… la situation patrimoniale de votre père n'est plus aussi florissante qu'elle l'était dans les années 1990. Il a laissé des instructions pour que cette maison soit vende et pour que le produit de la vente alimente les fonds destinés à votre sœur cadette. Son appartement cependant, ne doit pas être remis sur le marché avant un an. Vous-même et votre sœur pourrait en avoir l'usage jusque là.
- Ca me parait correct…
- En tout cas, il est resté vacant ces six derniers mois. Hormis le club de foot, le patrimoine immobilier se limite donc à ces deux propriétés. Ce qui ne veut pas pour autant dire que la situation financière de votre feu père ait été désespérée.
- Je n'en doute pas. Son club à lui seul doit valoir des millions.
- Une petite fortune en effet, admit l'avoué. Même si le club traverse lui aussi une mauvaise passe financière en ce moment.
Quelque chose dans l'expression de Bella avait dû la trahir, car l'avoué demanda en la fixant curieusement :
- Vous n'aimez pas le football américain ?
- Je déteste ça !
Avisant son air interloqué, elle expliqua avec un geste souple de la main :
- Pour mes loisirs, je préfère écumer les galeries d'art avant d'aller dîner au restaurant Grand Tier (= restaurant de l'Upper West Side) et finir la soirée à une représentation de théâtre d'avant-garde. Vous comprenez Monsieur Jenks, je mange du tofu…
Elle n'était pas peu fière de sa répartie, mais il n'en goûtait manifestement pas tout le sel, car il n'esquissa pas l'ombre d'un sourire.
- Etonnant… murmura-t-il. Il est difficile d'imaginer que la fille de Charlie Swan puisse ne pas aimer le football.
- Scandaleux, je sais. Mais c'est ainsi. La sueur me donne des boutons : celles des autres comme la mienne. Heureusement, mon cher cousin Alec, lui, transpire abondamment depuis toujours. La continuité dynastique, est donc assurée…
Jenks fit la grimace et se tortilla sur son siège, manifestement mal à l'aise.
- J'ai bien peur que ce ne soit pas aussi simple mademoiselle Swan…
- Que voulait vous dire ? s'étonna Isabella.
- Quelques mois avant son infarctus, votre père à rédigé un nouveau testament. Votre cousin Alec n'y figure plus. Du moins pour le court terme.
Il fallut à Bella un bon moment pour assimiler cette étonnante information. Songeant à la sérénité dont Alec avait fait preuve à l'enterrement, elle ajouta :
- Je suppose qu'il n'est pas encore au courant.
- J'ai insisté auprès de votre père pour qu'il lui annonce lui-même. En vain. Mon associé et moi avons le privilège douteux de rencontrer M. Scott ce soir pour lui faire part des dernières volontés de Charlie. Il risque d'apprécié moyennement que son oncle ait pu passer les rênes de l'équipe à sa fille.
- A sa fille !
Songeant à la jeune fille hyperactive qui dormait paisiblement à l'étage, Bella reprit d'un ton narquois :
- Ma sœur va entrer dans les annales du football.
Le notaire la dévisageait avec des yeux ronds.
- Excusez-moi, dit-il. Je… j'ai bien peur de ne pas vous suivre.
- C'est pourtant clair. Les jeunes filles de 19 ans propriétaires d'une équipe de foot ne courent pas les rues.
A ces mots, Jenks s'agita encore plus.
- Je me suis mal fait comprendre, s'excusa-t-il. Ce fut une longue journée, pour moi comme pour vous. Ce n'est pas votre sœur Alice que votre père a voulu placer à la tête de son équipe. C'est vous, mademoiselle Swan. Vous êtes la nouvelle propriétaire des Seahwaks.
Cette nuit là, en déambulant à travers la lugubre maison de son défunt père, Bella se surprit à réciter des prières pour le repos des animaux morts accrochés aux murs. C'était peut-être aussi pour elle qu'elle les disait, tant elle craignait de finir par remâcher interminablement des vieilles rancœurs. Son père, qui tentait encore une fois, par-delà le tombeau, de la faire plier à sa volonté, ne l'aidait pas à la laisser le passé reposer en paix. Pourquoi m'a tu fais ça, Charlie ?
Lorsque le notaire lui avait annoncé que contre toute attente, elle héritait des Seahawks, Isabella avait connu un bref mouvement d'allégresse qui l'avait laissé bouche bée. Elle n'avait pensé ni à la fortune, ni au pouvoir que lui apportait cet héritage inespéré. Elle s'était simplement réjoui qu'après tant d'années d'animosité, son père lui ait finalement prouvé qu'elle comptait pour lui.
Ebahie, elle avait écouté Jenks lui exposer les détails du testament. Elle n'avait pas tardé à déchantée.
- Pour être franc avec vous, je n'approuve pas les clauses de ce testament. Mon associé et moi avons tenté de raisonner votre père, mais il n'a rien voulu entendre. J'en suis désolé, mais puisqu'il était sans conteste sain d'esprit au moment de la rédaction de cet acte, ni vous ni votre cousin ne pourrez contester la validité.
Incapable de comprendre où il voulait en venir, Bella l'avait dévisagé un instant avant de s'étonner :
- Les clauses ? Quelles clauses ?
- Vous n'héritez des Seahawks qu'à titre temporaire.
- Comment un héritage peut-il être temporaire ?
- En mettant de côté le charabia légal, pour dire simplement les choses, les Hawks doivent sortir vainqueurs du championnat de l'AFC au moins de janvier prochain, pour que vous puissez devenir propriétaire du club de plein droit. Si dans le cas contraire, ils perdent – ce qui est plus que probable-, vous obtiendrez un legs de 100 000 dollars et les Hawks deviendront la propriété de votre cousin.
La perspective d'hériter à coup sûr d'une telle somme n'avait pas suffi à tempérer l'amère déception de Bella. Il lui avait fallu se rendre à l'évidence : ce tour de passe-passe constituait l'ultime manipulation de Charlie.
- Monsieur Jenks … était-elle parvenue à articuler en repoussant d'une main tremblante une mèche de cheveux de son visage. Je ne connais strictement rien au football américain. Ce championnat, s'agit-il de ce qu'on appelle le Super Bowl ?
Professionnel avant tout, l'avoué n'avait manifesté aucun agacement en se lançant dans un long exposé.
- Non. C'est l'étape qui précède le Super Bowl. La National Football League est divisée en deux divisions parallèles : l'American Football Conference – l'AFC- et la National Football Conference. Toutes deux organisent un championnat et ce sont les deux équipes championnes qui disputent le Super Bowl.
Pour s'assurer qu'elle l'avait bien compris, Bella avait insisté :
- Pour que je devienne définitivement propriétaires des Seahawks, il faudrait donc qu'ils remportent en janvier le championnat de l'AFC ? (je ne suis pas intégralement sûr de moi là…peut-être serait-ce plutôt NFC ?).
- Exactement. Et très franchement, mademoiselle Swan, leurs chances de l'emporter sont quasi nulles. C'est une bonne équipe, mais la plupart des joueurs sont encore jeunes. D'ici deux à trois ans, ils pourraient être champions, mais pas cette saison. A l'heure actuelle, ce sont les Arizona Cardinals, les Chigaco Bears et les vainqueurs de l'année dernière -les New Orleans Saints – qui tiennent le haut de l'affiche.
- Charlie était donc tout à fait conscient que les Hawks ne pouvaient pas gagner cette saison.
Jenks avait hoché la tête d'un air grave.
- J'en ai bien peur… Son testament stipule que vous ne pourrez recevoir les 100 000 $ de legs que si vous aller vous-même travailler chaque jour au siège des Hawks aussi longtemps que l'équipe vous appartiendra. Bien sûr, il vous faudra déménager à Seattle. Mais vous n'aurez pas à vous en faire de ne pas posséder les qualifications requises pour diriger un club. C'est Carlisle Masen, le directeur général des Hawks, qui se chargera de la direction exécutive.
- En d'autres termes, je n serai qu'une potiche, avait-elle conclu en amertume.
- Carlisle ne peut signer aucun papier. Seul le propriétaire légitime peut le faire.
Sans pouvoir cacher sa tristesse, Isabella avait dévisagé longuement le notaire, avant de demandé d'une voix sourde :
- A votre avis, qu'est-ce qui a pu pousser mon père à prendre une telle décision ?
Sans lui répondre, Jenks lui avait tendu une lettre.
Chère Isabella,
Comme je te l'ai mainte fois dit, je te considère comme mon seul échec dans l'existence. Pendant des années, tu m'as humilié et ridiculisé en t'exhibant en compagnie de ces folles tordues que tu considères comme tes amis. Mais je ne te laisserai pas me défier plu longtemps jeune fille. Pour une fois dans ta vie, tu vas faire ce que je te demande. Peut-être une expérience parviendra-t-elle à t'apprendre ce que signifient les mots « responsabilité » et « discipline ».
Grâce au football, des gamins parviennent à devenir des hommes. Voyons si le football pourra te faire devenir une femme. Essaie de ne pas filer cette chance-là aussi.
Charlie.
Elle avait lu trois fois de suite la courte note, et à chaque lecture, la boule d'angoisse qui lui bloquait la gorge avait grossi. En l'obligeant à quitter Manhattan, son père avait pensé la remodeler à son image. Faire de sa fille celle qu'elle n'avait jamais été, et qu'il aurait tant voulu qu'elle soit.
Charlie Swan avait toujours était joueur, et il avait apparemment décidé de jouer son va-tout. Sans doute avait-il estimé qu'elle ne pourrait causer beaucoup de tort à sa chère équipe en un laps de temps aussi court. Même s'il n'était plus là pour s'en réjouir aujourd'hui, il comptait obtenir ainsi ce qu'il avait toujours voulu : Alec finirait hériter des Hawks et il aurait réussi à faire danser sa fille à son propre tempo.
Bella aurait aimé se convaincre que seul l'amour paternel motivait cet absurde chantage. Alors, peut-être aurait-elle pu lui pardonner. Elle savait hélas, que Charlie était resté toute sa vie étranger à l'amour. Seule le pouvoir l'intéressé.
Voilà pourquoi, cette nuit-là, elle hantait la maison de son père, tel une âme en peine, récitant mentalement des prières pour le repos des animaux sacrifiés et des petites filles privées d'amour.
Le compte à rebours avait commencé, et elle décomptait les heures qui lui restaient à passer dans cet endroit où elle n'avait connu que tristesse et malheur.
Angela Weber, gouvernante de Charlie depuis 6 ans, avait laissé une seule lampe allumée dans le living-room, qui occupait tout l'arrière du rez-de chaussée.
Bella marcha jusqu'aux fenêtres qui donnaient sur le parc, et chercha du regard le viel érable qui lui avait servi de refuge dans son enfance. Quand elle en eut repéré la silhouette familière, elle se sentit irrésistiblement tirée vers un lointain passé, en ce jour où elle avait entendu, perchée sur une branche de l'arbre, une petite vois la héler :
- Tu es là petite puce ? Descends voir un peu ! J'ai un cadeau pour toi.
Une brusque nausée contracta l'estomac de Bella, qui n'entendait jamais son cousin Alec s'adresser à elle sans craindre de gros ennuis. Prudemment, elle baissa les yeux pour le découvrir au pied de l'arbre qui constituait son refuge.
- Je n'en veux pas de ton cadeaux… répondit-elle d'un air maussade.
- Tu ferais mieux de descendre, et vite ! insista-t-il d'un ton menaçant. Sinon …
- Sinon quoi ?
- Sinon tu vas le regretter cousine.
Alec ne lançait jamais de menaces à la légère, et elle avait compris depuis longtemps qu'elle était sans défense face à lui. Le père de Bella s'énervait et la traitait avec mépris si elle se plaignait à lui. Charlie l'accusait de ne pas avoir de fierté ni de cran, et tournait le dos en concluant qu'il ne mènerait pas ses batailles à sa place. Mais Alec avait deux ans de plus qu'elle. Et à 12 ans, il était fort et elle n'avait aucune chance contre lui.
Isabella ne comprenait pas pour quelle raison son cousin la détestait à ce point. Bien sûr, elle était née riche et lui dans une famille pauvre mais sa mère à lui n'était pas morte quand il était naît, et on ne l'expédié pas dans un pensionnat pour jeunes filles au goût de son père.
Tante Heidi – la sœur de Charlie – vivait avec son fils dans un appartement situé non loin de là depuis que le père d'Alec l'avait quittée. Charlie payait le loyer et lui accordait une rente mensuelle qui lui permettait de survivre. Il n'aimait pas beaucoup sa sœur, mais son neveu faisait sa fierté, non seulement parce qu'il était un garçon, mais aussi parce qu'il était doué pour les sports, en particulier le football.
Sachant que son cousin n'hésiterait pas à venir la chercher dans l'arbre, Bella préféra descendre pour l'affronter sur la terre ferme. Le cœur au bord des lèvres, elle entama prudemment sa descente. Sans trop y croire, elle espérait qu'Alec n'était pas en train d'essayer d'apercevoir sa culotte. C'était son idée fixe. Il voulait toujours voir ses parties intimes, les toucher. Il l'abreuvait de mots cochons que Bella ne comprenait pas toujours.
A bout de souffle, parce que tout effort physique lui était difficile, elle atterrit lourdement sur le sol, manquant de tomber à la renverse.
Alec n'était pas particulièrement grand pour son âge, mais il était costaud et ne se privait pas d'abuser de sa force. Il était couvert de bleus et de cicatrices, causés par les nombreuses bagarres auxquelles il prenait part.
Charlie adorait passer en revue ces « blessures de guerre », comme il les appelait, preuves que son neveu était, selon lui, « un vrai p'tit gars ».
Par comparaison, sa fille ne pouvait que lui paraître timide et empotée, elle qui s'intéressait plus aux livres et aux études qu'aux sports. Quand la colère et le dépit l'emportait en lui, il la traitait de « sale mioche » et lui disait que toutes ses bonnes notes à l'école ne serviraient à rien si elle n'était pas capable de regarder les gens en face. Qu'Alec fût cancre de sa classe, importait peu à ses yeux puisqu'il était surtout la star de son équipe de foot au collège.
Ce jour là, Alec portait un bermuda taillé en un vieux jean, un t-shirt beige à col rond et des baskets usées. Exactement le type de tenue que Bella aurait aimé porter pour jouer, si la gouvernante de son père lui avait permis. Mais Mme Weber, la mère de l'actuelle gouvernante, achetait ses vêtements dans un magasin hors de prix. Elle avait dû passer, pour sortir jouer, un short blanc qui mettait en valeurs ses longues jambes, et un débardeur taupe.
- Tu ne pourras plus dire que je ne fais jamais rien de gentil pour toi, petite puce !
Tout en parlant, Alec brandissait devant lui une feuille de papier épais, un peu plus large qu'une feuille habituelle.
- Devine ce que j'ai là, ajouta-t-il.
- Je n'en sais rien, répondit-elle.
Elle était bien décidée à éviter les peaux de bananes qu'il voulait lui glisser sous le pied.
- Tu ne devineras jamais. Ce que j'ai, dit-il en pointant la feuille, c'est une photo de ta mère !
Isabella eut l'impression que son cœur cessait de battre.
- Je ne te crois pas ! lança-t-elle dans un souffle.
L'espace d'un bref instant, il retourna le document. Même si Bella ne distingua pas grand-chose, il s'agissait bien d'un portrait de femme.
- Je l'ai trouvée au fond du tiroir où ma mère cache ses dessous coquins.
D'un geste impatient, Alec repoussa une mèche brune qui lui barrait la vue. Bella quant à elle, avait les jambes coupées par l'émotion. Jamais, Ô grand jamais elle n'avait plus ardemment désirée une chose que cette photographie.
Néanmoins, méfiante, elle demanda :
- Comment sais-tu que c'est elle ?
- J'ai demandé à ma mère … pas mal la nana, rajouta-t-il en fixant la photo.
Le cœur de Bella battait si fort qu'elle craignait qu'il ne remarque son trouble. L'envie la tenaillait de lui arracher le cliché des mains, mais elle savais par expérience qu'il serait plus vif qu'elle pour le mettre hors de portée.
Isabella ne possédait qu'une photo de sa mère, prise de si loin que c'était à peine si on distinguait son visage. Son père ne parlait jamais d'elle, sauf pour lui dire que c'est une hippie pas très futée qui portait le string comme personne. Parfois il ajoutait que c'était bien dommage que sa fille ait hérité des capacités intellectuelles de son père, plutôt que du corps de sa mère.
Rachel, la belle-mère de Bella, dont Charlie avait divorcé l'année précédente après sa deuxième fausse couche, affirmait qu'il ne fallait pas se fier au portrait de sa première femme. Isabella s'était attachée à Rachel, qui lui faisait les ongles des doigts de pieds en rouge et lui lisait des histoires tirées du magazine à sensation True Confessions.
- Alors, microbe ? demanda Alec d'une vois où l'on distinguait de l'impertinence. Qu'est-ce que tu as à me donner pour que je t'autorise à la voir ?
Bella comprit qu'il lui fallait buffler. S'il savait à quel point ell crever d'envie de voir cette photo, il était capable de faire n'importe quoi pour l'en empêcher.
- J'ai déjà des tonnes de photos d'elle, mentit-elle. Alors pourquoi devrais-je te donner quoi que se soit ?
Un sourire de pure malice apparut sur les lèvres d'Alec quand il la menaça :
- Très bien, puisque tu t'en moques, je la déchire.
- NON !
Isabella bondit vers lui. La protestation horrifiée lui avait échappé avant qu'elle ait pu la retenir. Une lueur de triomphe étincela dans les yeux sombres d'Alec, qui se plissèrent quand il décréta :
- Puisque tu tiens tant à la voir, je peux te demander ce que je veux.
Bella se mit à trembler.
- Alec … protesta-t-elle tout bas. Donne la moi.
- Baisse ta culotte et je te la donnerai !
- Non !
- Alors tu ne me laisse pas le choix, je la déchires ! (la photo , pas la culotte hein … bande de coquines va ! )
Il pinça le sommet du portrait entre ses doigts pour mettre sa menace à exécution.
- Arrête ça !
La peur et l'indignation résonnaient dans la voix de Bella. Elle se mordit l'intérieur de la joue mais ne put empêcher les larmes d'affluer à ses yeux.
- Tu n'en à rien à faire de cette photo, plaida-t-elle. S'il te plaît Alec. Donne la moi.
- Je t'ai dis ce que tu devais faire pour l'avoir !
- Pas question ! Je me plaindrais à mon père.
- Et je lui dirais que tu n'es qu'une sale petite menteuse. A ton avis, lequel de nous deux il croira ?
Bella ne répondit pas. Ils connaissaient tous les deux la réponse. Charlie prenait systématiquement le parti d'Alec. Une larme coula sur sa joue.
- S'il te plaît…
- Baisse ton short ou je la déchire.
- Non !
En le voyant entamer la photo d'un centimètre, elle ne put retenir un sanglot de détresse.
- Baisse-le !
- Pa pitié ne fais pas ça, je t'en prie…
- Vas-tu enfin te décider, pleurnicheuse ?
Sous la pression des doigts, la déchirure s'agrandit encore.
- Arrête ! cria-t-elle paniquée. Arrête et je le ferai.
Alec baissa les bras. Ses yeux glissèrent le long du corps de sa cousine, pour se fixer entre ses jambes, à cet endroit mystérieux où récemment, quelques poils bruns avaient commencé à pousser.
- Dépêche-toi ! ordonna-t-il. Avant que quelqu'un arrive.
Un affreux goût de vomi envahit la gorge de Bella. Les doigts tremblants, elle dut s'y reprendre à deux fois pour défaire le bouton, et baisser la fermeture éclair. Le mauvais goût dans sa gorge s'accentua encore lorsqu'elle fit lentement glisser le vêtement le long de ses jambes. Le short tomba d'un coup. N'ayant plus qu'n mince voila de toile bleue pour se protéger de la cupidité d'Alec, elle se sentit submergé par une vague de honte.
- Donne la moi maintenant.
Elle l'avait supplié d'une voix chevrotante. Il lui répondit sans détourner les yeux de sa partie intime :
- Enlève ta culotte d'abord !
Isabella s'efforça de ne pas penser. Elle fit de son mieux pour ignorer l'humiliation qu'il lui fallait endurer pour voir enfin le portrait de sa mère. Mais ses mains refusèrent d'obéir. Debout, en petite culotte devant son tourmenteur, les larmes ruisselant sur ses joues, elle secoua désespérément la tête.
- Je ne peux pas... Je n'y arrive pas !
- Fais-le ! dit-il furieusement.
Incapable de parler, elle se contenta de secouer négativement la tête en sanglotant. Puis son cousin déchira la photo en deux, et encore en deux, avant de laisser tomber les morceaux au sol.
Comme si cela ne suffisait pas encore, il les écrasa sous son talon avant de s'enfuir vers la maison.
Les jambes entravées par son short, Bella se mit à quatre pattes pour sauver ce qui pourrait l'être du précieux document. Elle vit tout d'abord une paire de grands yeux légèrement en amande, comme les siens. Tout en s'efforçant de reconstituer fébrilement le portrait, elle tenta de se rassurer en se disant que le pire était évité, et qu'elle pourrait recoller ensemble les quatre morceaux.
L'ultime mauvais tour d'Alec ne lui apparut que lorsqu'elle eut enfin le visage de sa mère sous les yeux au dessus de sa lèvre supérieure, son cousin avait tracé, à l'encre noire, une grosse moustache.
Dix-huit ans s'étaient écoulés depuis, mais debout devant la fenêtre du salon, Bella n'en ressentait pas moins la même souffrance qu'autrefois. Le luxe dans lequel elle avait grandi n'avait jamais compensé les brimades incessantes de son cousin, et le mépris de son père.
Un frottement contre sa jambe sortit Isabella de ses pensées. Baissant les yeux, elle croisa ceux de Nessie, remuant activement la queue.Elle la prit dans ses bras, et gagna le sofa où elle s'installa pour serrer le caniche contre elle et le caresser.
Dans le silence nocturne qui baignait la vaste demeure, le tic tac obstiné de l'horloge ancienne, dans un coin de la pièce, attira son attention.
C'était dans le bureau de son père, qu'elle avait déjà vu cette horloge, une nuit du mois d'août, au cours de laquelle, à l'âge de 18 ans, sa vie entière avait basculé dans l'horreur.
Ce soir là, Charlie avait organisé la fête annuelle de l'équipe de foot dans laquelle jouait Alec.
Elle avait passé la journée à attendre avec impatience cet évènement et à le redouter tout à la fois. Isabella était à l'époque complexée par son corps, et dissimulait ses formes féminines sous d'amples vêtements. Ses relations difficiles avec son cousin et son père l'avaient rendue méfiante à l'égard de tous les hommes. Pourtant, elle n'avait pu s'empêcher d'espérer secrètement qu'un des convives de la soirée finirait par la remarquer.
Elle avait passé tout le début de la fête assise dans un coin, à essayer de se rendre aussi invisible que possible. Aussi avait-elle été plus qu'étonnée quand Paul Quileute, le meilleur ami d'Alec, l'avais invitée à danser. Elle avait à peine pu lui répondre d'un hochement de tête avant de se lever pour le suivre.
Même dans ses rêves les plus fous, jamais elle n'aurait pu imaginer que ce si beau jeune homme aux cheveuc noirs ait pu faire attention à elle, et encore rester près d'elle à la fin de cette danse, souriant et enjoué, sans faire mine de vouloir la quitter.
Alors seulement elle avait commencé à se détendre. Ils avaient dansé, encore et encore. Elle l'avait laissé flirter avec elle, riant de ses plaisanteries. Il s'était enhardi progressivement, la serrant de plus près.
Quand il avait commencé à lui caresser les seins en ricanant, elle avait compris qu'il avait trop bu et avait essayé de lui échapper. Elle lui avait ordonné d'arrêter, mais il n'avait rien voulu entendre et s'était montré agressif. Affolée, elle s'était précipitée à l'extérieur sous une pluie d'orage et était allée trouver refuge dans l'abri de tôle servant de remise situé derrière la piscine. C'est là que Paul avait fini par la retrouver et l'avait violée.
Hébétée et en sang, elle s'était traînée jusqu'à la salle de bains ouu elle avait vomi et s'était acharnée à effacer toute trace de viol dans un bain d'eau brulante.
Une heure plus tard, sanglotante et à peine capable d'aligner deux phrases cohérentes, elle tait allée frapper à la porte du bureau de son père. En fumant un de ces cigares cubains, il l'avait écoutée sans chercher à cacher son incrédulité.
Son récit terminé, elle était restée debout devant lui, tête basse, dans le jogging gris uniforme qu'elle avait enfilé à la sortie du bain. Jamais autant qu'à cette minute elle ne s'était sentie aussi vulnérable.
Après avoir longuement gardé le silence, Charlie avait glissé un doigt dans sa coupe de cheveux pour se gratter le crane. Enfin d'une voix vibrante de colère, il lui avait déclaré :
- Tu voudrais me faire croire qu'un garçon aussi brillant que Paul Quileute en serait réduit à te violer pour obtenir les faveurs d'une femme ?
- c'est vrai, avait-elle murmuré sans oser affronter son regard. Je te jure que c'est vrai.
Il lui souffla au visage une épaisse volute de fumée avant d'ajouter :
-C'est encore une de tes pathétiques tentatives pour attirer mon attention, n'est-ce pas ? T'imagines-tu que réellement que je vais ruiner la carrière de footballeur de ce garçon pour te faire plaisir ?
Isabella avait eu le plus grand mal à protester, tant sa gorge était serrée.
- Ce n'est pas ça du tout ! Il m'a violée !
Charlie avait passé la tête dans l'entrebâille de la porte et demandé qu'on lui apporte Paul. Quelques instants plus tard, il était arrivé, Alec sur ses talons. Bella avait beau eut supplier son père de le faire sortir, il n'avait rien voulu entendre.
Tout en sirotant une bière dans un coin de la pièce, son cousin l'avait écouté raconté son récit, d'une voix entrecoupée de sanglots.
Dès qu'elle s'était tue, Paul avait farouchement nié être impliqué dans le viol. Si convaincant, que même Isabella aurait pus y croire. Sans même un coup d'œil pour son père, Bella savait d'avance qu'elle avait perdue jamais il ne l'a croirait après cela.
Et quand il lui avait ordonné de cesser ses enfantillages et de ne jamais dire un mot de toute cela à quiconque, une part d'elle-même était morte.
Elle s'était enfui le lendemain, utilisant les fonds déposés sur son compte pour traversé l'Atlantique et s'installer à Rome. C'est là qu'elle avait finit par rencontrer Aro Volturi. Et c'était là qu'elle était devenue femme et que son existence avait pris une toute autre tournure.
Quand sa vie commune avec le célèbre artiste avait été rendue publique, son père lui avait à plusieurs reprises envoyé ses larbins pour la menacer et lui ordonner de rentrer à Seattle. Et lorsque le premier nu avait été exposé, il lui avait fait savoir qu'il la déshéritait.
Adossé au sofa, Bella soupira et serra Nessie plus étroitement contre elle. Charlie pensait avoir finalement trouvé le moyen de la faire plier à sa volonté. Si elle ne respectait pas strictement les clauses de son testament, les 100 000 $ qui pouvaient lui permettre d'ouvrir sa propre galerie d'art lui passeraient sous le nez.
Je te considère comme mon seul échec dans l'existence.
Son père, ses 100 000 dollars et les Seahawks pouvaient aller au diable ! Ce n'était pas parce que Charlie avait dicté les règles de ce petit jeu, qu'elle devait se sentir obligée d'y jouer. Pour lever les fonds nécessaires à l'ouverture de sa galerie, elle trouverait un autre moyen. Pour l'heure, elle était décidée à accepter la proposition que Jacob lui avait faite d'aller passer quelques jours dans sa maison de vacances près de Rhode Island. Là, au bord de l'océan, elle arriverait peut-être à laisser les fantômes du passé reposer en paix.
Verdict ? :) Pour l'instant l'histoire se met en place, le couple bella-edward sera plus attractif à partir du chapitre 4. J'attends beaucoup d'avis sur ce chapitre, sonder ce que vous pensez.
Sincèrement, June.
