Chapitre Deux

...

Mick ouvrit les yeux d'un seul coup et tenta de se lever avant de se rappeler qu'il avait mal partout. Il émergea encore groggy de sa nuit sous médicaments, mais essaya de sortir du lit avec lenteur pour filer sous la douche. Il mit le double de temps nécessaire pour se déshabiller et se laver, à cause du plâtre et de la douleur. Il ferma les yeux tant son corps tout entier le faisait souffrir. Mais aussi pour ne pas voir les bleus qui maculaient son torse à cause de ses deux côtes cassées. Les docteurs ne pouvaient pas faire grand chose pour guérir ce mal, à part lui donner des anti-inflammatoires, des anti-douleurs et des complètements alimentaires que Mick prenaient déjà de façon régulière. Ensuite, il devait simplement faire attention à bouger le moins possible son torse et à toujours dormir sur le dos.

Pourtant, les gestes quotidiens et simples de la vie devinrent une vraie torture pour lui. Se laver, se sécher, se vêtir... Il passa la matinée dans la salle de bains de sa chambre.

...

Quelqu'un toqua à la porte. Enfin propre et habillé, Mick se dirigea vers l'entrée pour découvrir sans surprise Mary sur le seuil. Elle tenait une panière à linge dans les mains et expliqua.

- Je suis de corvée de lessive... Je peux entrer ?

Mick laissa la porte ouverte et s'avança vers son lit pour commencer à rassembler ses affaires sales. La Winchester posa le panier sur le bureau quasi-vide et questionna avec inquiétude.

- Comment s'est passé ta nuit ?

Il mit quelques secondes avant de seulement répondre.

- Pas trop mal.

- Si tu as besoin d'aide...

- Non, ça va aller.

Il déposa son linge dans la bassine et Mary entreprit de fouiller les poches de ses costumes, de manière automatique, en révélant.

- Tu n'as rien laissé traîner ? Sam et Dean oublient toujours des trucs dans leurs poches. Et je me retrouve toujours à sortir de la machine des billets lavés, des balles de revolver, des tickets de fast-food ou d'autres bric-à-brac.

Mick, déjà épuisé par la matinée, s'assit sur le lit.

- Non, y'a rien.

Cependant, Mary mit la main sur un papier froissé à l'intérieur de l'une de ses fameuses vestes. Elle la déplia avec nonchalance, lorsqu'elle comprit de quoi il était question, elle tourna sa tête interloquée vers l'anglais en lui demandant.

- Mick, qu'est-ce que ça signifie ?

Tentant de reprendre ses esprits, il attrapa la feuille et comprit à son tour. Mal à l'aise, il répliqua.

- Ce n'est rien...

La Winchester s'assit à côté de lui sur le lit, en s'inquiétant.

- « Rien » ? Mick, c'est une dette de $5000 que tu dois à l'hôpital ! Comment ça se fait ?

Il haussa les épaules pour faire semblant d'être calme face à ce problème.

- Je n'ai pas de mutuelle. Les Hommes de Lettres ont leur propre système de santé. Leur propre « hôpital », si tu préfères. Avec des médecins formés pour nos types de blessures, le plus souvent causées par toutes sortes de créatures surnaturelles. Du coup, je n'ai aucune mutuelle « civile » pour les hôpitaux normaux.

Mick semblait triste et gêné.

- Je comprends. Mais, pourquoi tu n'as rien dit ? continua Mary.

- Parce que... Je dois pouvoir me débrouiller tout seul. C'est idiot, je sais, mais si je n'arrive même pas à payer une seule facture ou à me défendre contre Dean, comment veux-tu que j'arrive à démissionner des Hommes de Lettres ? Ou à pouvoir vivre tout seul.

- Tu n'es pas tout seul...

Mick souffla et ferma les yeux. Il avait encore mal partout, mal au crâne, au poignet et mal à son amour-propre, surtout. Il réfléchit avant de finalement annoncer.

- De toute façon, je n'ai pas cet argent. Dr Hess nous paie bien, c'est sûr. Cependant, pas autant que ça.

Mary se mit à réfléchir.

- Sam pourrait pirater...

- Non ! coupa Mick. Non, je ne veux pas que tes fils soient impliqués là-dedans.

La Winchester voulut négocier mais elle sentit que c'était important pour Mick de pouvoir enfin se débrouiller tout seul. Elle tenta alors autre chose.

- Tu pourrais vendre quelque-chose, ton ordinateur ou autre ?

Mick tiqua, trouvant enfin une solution.

- Oui ! Je pourrai vendre ma voiture ! Bon, techniquement, elle n'est pas à moi mais aux Hommes de Lettres. Mais, je pourrai la vendre et leur dire qu'elle a été volée lors d'une chasse. Ils ont une bonne assurance, ça ne changera rien pour eux.

Mick souffla de soulagement. Mary sourit.

Le lendemain matin, un peu plus tard que d'ordinaire, Mick se réveilla d'une pénible nuit. Il ressentit une douleur fulgurante à la tête. Dans un effort surhumain, il réussit à se lever et à s'habiller. Encore groggy, il se dirigea vers la cuisine du Bunker. Mary et Sam s'y trouvaient déjà, buvant leur café du matin. Mick déambula à son tour vers la cafetière, en saluant les deux chasseurs. Il se plaça ensuite en face d'eux, puis Mary questionna.

- Comment ça va, ce matin ?

Un peu embarrassé, il avoua néanmoins.

- Ça va... J'ai juste eu une crise à la tête, tout à l'heure. Les docteurs ont parlé d'un petit traumatisme crânien, lorsque j'étais à l'hôpital, et... Je crois que le mal s'est réveillé avec plus de violence...

Personne ne répliqua, lorsque Sam tourna sa tête pour découvrir Dean, dans l'encadrement de la porte de la cuisine. À la vue de sa mine à la fois gênée et presque énervée, ils comprirent tous que Dean avait entendu la conversation. Ce dernier déambula vers la machine à café pour se servir une énorme tasse. Une fois fait, il s'installa comme si de rien n'était à côté de sa famille, face à Mick. Ce dernier questionna d'ailleurs, pour détendre l'atmosphère.

- Est-ce que l'un de vous pourrait me déposer quelque part, avec ma voiture, cette après-midi ?

La veille, Mick avait trouvé un vieux garage de Lebanon qui voulait bien racheter sa voiture pour $4500. Cependant, comme il ne pouvait pas conduire, il lui fallait un chauffeur. Ce à quoi Mary répondit naturellement.

- Je peux te déposer où tu veux.

Mick sourit.

- Merci.

Puis, alors que tout le monde savourait tranquillement son café, contre toute attente Dean se mit à dire.

- Je peux te conduire aussi.

Trois paires d'yeux dévisagèrent l'aîné, puis Mick marmonna sans grande conviction.

- Hum, c'est gentil... Mais... Mary, le fera, alors...

Dean se renfrogna.

- Pourquoi tu ne veux pas ? Je sais très bien conduire, mieux que maman d'ailleurs !

- Dean... gronda Sam.

Mais l'aîné dévisagea Mick. Ce dernier ne savait plus où se mettre, très embarrassé, il passa son regard de Sam, à Mary. Il expliqua, en essayant de ne pas froisser le Winchester.

- Ta mère l'a proposé en premier...

Mais le chasseur continua de maugréer. Il posa sa tasse de café, désormais vide, et quitta sa place pour s'installer juste à côté de Mick. L'anglais eut un mouvement de recul et se glissa un peu plus vers le mur.

- Y'a un souci ? demanda Dean de mauvaise humeur.

Confus et angoissé, Mick paniqua et déglutit difficilement avant de baragouiner.

- Hum... Non... Pourquoi ?

- J'sais pas, j'ai l'impression que tu m'évites.

Sam se leva et apostropha son frère.

- Dean, tu peux venir une minute, s'il te plaît ?

Comme il ne semblait pas vouloir se lever, le cadet l'attrapa par le bras pour l'emmener de force dans le couloir.

Ils se dirigèrent jusqu'au salon, loin de la cuisine pour que personne ne les entende, puis Sam se posta devant son frère en s'écriant.

- Bon sang, Dean, qu'est-ce qu'il te prend ?!

- Quoi, comment ça ?

Sam souffla.

- C'est quoi ton problème ? Je croyais que tu voulais te faire pardonner !

Dean, qui ne comprenait pas, ou ne voulait pas comprendre, renchérit.

- Ouais, bah, il n'a pas l'air d'être super attentif à mes tentatives !

- Quelles tentatives ?! hurla Sam. Celles où tu le snobes ? Celles où tu le rabaisses ? Ou celles, comme maintenant, où tu lui fais carrément peur ?!

Dean baissa les yeux et se posa contre la table du salon. Il croisa les bras sur sa poitrine et avoua, à demi-mot.

- J'sais pas comment faire...

Sam se rapprocha de lui.

- Dis-lui simplement.

- Lui dire quoi ? « Pardon d'avoir essayé de te tuer » ? ou « Pardon de t'avoir frappé jusqu'à la mort » ? J'hésite encore, aide-moi Sammy, vas-y ! railla l'aîné.

Le cadet se posa à côté de son frère et répliqua, sincèrement et sans monter le ton de sa voix.

- Je n'ai pas dit que ça serait simple. Et ça prendra du temps. Beaucoup de temps. Mais, un jour viendra où Mick aura besoin de toi. Et ce jour-là, tu sauras et tu pourras te faire pardonner.

Dean se calma et inspira profondément, à moitié convaincu.

- Et si ce jour n'arrive jamais ?

Dans l'après-midi, comme convenu, Mary porta Mick en voiture. Sur le chemin de l'allée, elle jeta des coups d'œil frénétiques vers lui. Il semblait abattu.

- Mick ? Tout va bien ?

Il reprit ses esprits en répondant mélancoliquement.

- Quoi ? Oui, pourquoi ?

Mary comprit qu'il faisait semblant d'aller bien malgré ce qu'il ressentait réellement. Elle décida alors, d'un seul coup, de désamorcer la situation en révélant.

- J'ai couché avec Ketch.

Cela fonctionna, Mick sursauta et tourna sa tête vers Mary.

- Pardon ?

- C'était il y a quelques semaines. Nous venions de faire une chasse et, nous avions bu quelques verres de Whisky... C'est arrivé d'un coup.

Mick fit les gros yeux et questionna.

- Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?

- Parce que, tout le monde fait des erreurs, Mick. En revanche, ce qui peut nous différencier des autres, c'est lorsque nous apprenons de nos erreurs pour en faire quelque chose de plus sain...

- Je... Je ne comprends pas...

Contre toute attente, Mary se mit à sourire en expliquant.

- J'essaye de te parler du mail que Dean a reçu. Même si s'est vrai, c'est du passé. Tout ce qui est arrivé lorsque tu travaillais encore avec les Hommes de Lettres, tout ça c'est oublié. Depuis que tu apprends à chasser avec nous, tu es devenu une meilleure personne.

- Merci.

Il baissa la tête, l'air grave.

Ils arrivèrent au garage et l'anglais s'occupa de la transaction. Il revint avec une enveloppe pleine de billets. Comme ils n'avaient désormais plus de voiture, le garagiste leur en prêta une seulement pour qu'ils puissent faire un petit crochet par la banque. Mick voulait vider son compte pour compléter la somme des dettes de l'hôpital mais également en profiter avant que les Hommes de Lettres ne le lui clôturent. La matriarche déposa Mick aux urgences pour qu'il puisse régler sa facture et ses arriérés. Une fois que ce fut tout terminé, ils retournèrent rendre le véhicule de prêt au garage et ils repartirent en taxi jusqu'au Bunker. Pour remercier Mary, Mick paya la course avec l'argent qui lui restait.

Le soir même, enfermé dans sa chambre, Mick téléphona à Dr Hess avec angoisse pour lui faire part de sa démission. Elle ne sembla pas bien le prendre, mais elle ne le menaça pas pour autant. De fait, Mick angoissait d'autant plus, désormais.

Le lendemain matin, le « fameux jour » que Dean attendait, arriva sans prévenir.

Un jour au demeurant ordinaire. Les Winchester et Mick, prenaient le petit-déjeuner ensemble. Ils se retrouvèrent ensuite tous au grand salon pour parler d'une éventuelle chasse à venir. Lorsque tout à coup, la porte du Bunker s'ouvrit à la volée. Des pas résonnèrent sur les marches d'escalier et tous les résidents firent face à Mr Ketch.

Il déambulait dans son costume hors de prix, avec un air hautain sur le visage, se dirigeant droit vers Mick. L'anglais avait toujours le bras dans le plâtre mais il avait une allure meilleure que d'ordinaire. Le mercenaire se plaça devant son ancien collègue, passant son regard de lui aux Winchester, en répliquant.

- Je viens de la part de Dr Hess. Elle a bien compris ce que tu lui as dit...

Il se rapprocha et Mick recula par instinct de protection. Ketch le remarqua et sourit sournoisement en continuant sur sa lancée.

- Tu veux quitter les Hommes de Lettres ? Très bien. Dans ce cas, tu dois nous rendre tout ce qui nous appartient. C'est-à-dire : tout. Tes affaires du Q.G, ton ordinateur, ta voiture, tes costumes, ton téléphone, ta carte bleue, ton passeport, bref : tout. Que tu comprennes bien, Mick, tu seras tout seul, sans argent, sans un toit au-dessus de la tête, sans travail et sans carte verte. Et tu ne pourras plus jamais revenir en Angleterre. Alors réfléchis bien...

Il lorgna Mary d'un air pervers et renchérit ensuite.

- Je vais commencer doucement : donne-moi ta carte bancaire. Enfin, celle des Hommes de Lettres.

Un peu contrarié, mais en même temps fier de démissionner, Mick donna sa carte à Ketch. Ce dernier reprit.

- Tes clefs de voiture.

- Elle a était volée... mentit Mick. Durant une chasse, il y a quelques jours. Je suis sûr que votre assurance pourra couvrir les frais.

Ketch esquissa une mine dégoûtée.

- Ouais... Et j'imagine que c'est pendant cette chasse que tu t'es blessé, aussi ? Amateur... Bon, ton téléphone.

Un peu à contre cœur, Mick le lui donna.

- Bien. Je reviendrai dans quelques jours. T'as intérêt à préparer ce que tu nous dois : ton ordinateur, tes fringues, ton passeport, et tout le reste.

Mick acquiesça et Ketch se rapprocha encore plus de lui. Mick recula derechef.

Ce fut à ce moment-là que Dean put faire ce qu'il attendait depuis un moment. Il marcha calmement pour se poster juste devant Mick. L'aîné resta là, fixant Ketch du regard avec un air de défis. Ce dernier sourit de plus belle et reluqua Dean de la tête aux pieds.

- T'es devenu le chien de garde de l'apprenti ? railla le psychopathe.

Le visage de Dean resta impassible lorsqu'il répondit sans colère mais avec détermination.

- Tu connais la sortie.

Mary et Sam suivirent la scène avec attention, dans le cas où ils devraient eux aussi intervenir. Ketch, toujours aussi souriant, recula néanmoins pour se diriger vers les escaliers. Il rajouta, à l'intention de Mick.

- Je t'appellerai pour te dire quand je reviendrai chercher le reste de tes affaires.

Puis, il s'arrêta sur une marche et se mit à rire tout seul en jetant un regard mauvais à Mick.

- Ah pardon, j'oubliais, tu n'as plus de téléphone, maintenant. J'imagine que ma visite sera une surprise, dans ce cas...

Il quitta le Bunker en continuant de glousser.

Mick souffla de soulagement lorsque la porte se referma avec fracas. Il tenta de reprendre une respiration normale, son cœur tambourinait encore trop fort dans sa poitrine, il se tourna ensuite vers Dean pour lui dire, sincèrement.

- Merci.

L'aîné esquissa un sourire et murmura.

- De rien...

Sam toussota avant de demander, curieusement.

- Hum, Mick... Tu n'as pas fait de chasse, dernièrement, alors pourquoi tu n'as plus de voiture ?

L'anglais passa son regard de Sam à Mary, en avouant.

- Je l'ai vendu. C'est pour ça que Mary m'a emmené en ville, il me fallait quelqu'un pour me conduire au garage.

Dean tiqua et questionna.

- Attends, pourquoi t'as vendu ta caisse ?

Mal à l'aise, Mick avoua néanmoins.

- Je... J'avais des factures à régler, à l'hôpital. Pour...

Il posa ses yeux sur son bras en écharpe en murmurant presque.

- Mon hospitalisation.

Ce fut au tour de Dean de se sentir mal à l'aise. Sam reprit cependant.

- Mick, pourquoi tu ne nous as rien dit ? Nous aurions pu t'aider.

L'anglais jeta un coup d'œil à Mary, qui avait fait la même réflexion, elle aussi. Et il répondit la même chose qu'à elle lors de leur première conversation.

- Non, je... Je voulais me débrouiller tout seul. Je vais devoir vivre sans le soutien des Hommes de Lettres, désormais. Je dois apprendre à vivre normalement.

Sam esquissa un sourire avant d'expliquer.

- Mick, il y a certaines choses qui semblent t'échapper... Je conçois que les Hommes de Lettres sont ta seule figure familiale, parentale et ta seule comparaison de ce que pourrait ressembler la vie. Mais, permet moi de te dire, qu'ils sont aux antipodes de ces valeurs...

Mary s'avança pour continuer sur la lancée de son fils.

- Et Ketch a tort. Tu ne seras jamais seul, ou sans toit, ou sans argent. Tu n'en as peut-être pas conscience, apparemment, mais tu fais désormais partie de la famille.

Dean chercha une chose bien à dire, il ne réussit qu'à badiner.

- Ouais, et maintenant que tu représentes la famille Winchester, il est évident que nous n'allons pas te laisser te démerder tout seul.

Le cadet fut heureux de constater que son frère se comportait déjà un peu mieux envers l'anglais. Ensuite, il reprit son attention sur Mick en lui disant.

- Viens avec moi, je vais commencer par te fabriquer des faux papiers.

- Mais, et la chasse en cours ? s'inquiéta Mick.

- Bah, laissons ça aux Hommes de Lettres Britanniques, faut bien qu'ils servent à quelque chose... s'amusa Dean.

Mick sourit et suivit Sam jusqu'à son ordinateur portable. Mary leur emboîta le pas. Dean traîna derrière eux, encore un peu mal à l'aise.

À suivre

La suite lundi prochain !