Chapitre #2 - Love hurts whether it's right or wrong

(((8h19)))

Qu'est-ce que je dois faire ?

Watson ne savait pas par quoi commencer. Il aurait voulu demander des conseils au Docteur, même si en fin de compte il n'avait aucune idée de l'utilité de celui-ci. Pourquoi lui donnerait-il des conseils, lui qui n'était visiblement pas de la même planète ? D'ailleurs, c'était un peu bizarre de penser ça. Il préférait encore se dire que cet homme était un excentrique, un savant fou qui avait créé une machine à voyager dans le temps, mais qui était humain, rien de plus. Des extraterrestres… Oh non, impossible.

Eh, quoi, j'ai fait des études…

Il prit tranquillement le chemin du 221b Baker Street, tandis que la pluie recommençait à tomber. Un peu trop fort, d'ailleurs. Son portable vibra, et il se rendit compte qu'il avait un peu oublié qu'il venait de demander à Sherlock s'il était seul à l'appartement.

Aïe, j'aurais pas dû demander ça…

Il avait du mal à accepter le fait qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait sans conséquences, et tentait sans succès de ne pas se sentir embarrassé. Il regarda enfin ce que Sherlock lui avait répondu, et rougit légèrement.

« Oui, t'attends avec impatience. SH »

Avec impatience ? Est-ce que ça voulait dire que… Non, pas forcément. Sherlock aimait bien faire semblant d'être un être humain, de temps en temps. La fausse tendresse en faisait partie. D'ailleurs, le Docteur ressemblait un peu à Sherlock, d'une certaine façon. Alien dans son genre (et peut-être alien tout court), excentrique, très intelligent… Bizarre. Comme s'il était son alter-ego. Evidemment, c'était impossible, mais…

Je crois que ce Docteur est providentiel.

Lorsqu'il arriva enfin devant l'appartement, il croisa Molly Hooper, la première fan de Sherlock.

« Ah, euh, Molly. » dit-il en cherchant un moyen de mettre fin à la discussion avant qu'elle n'ait commencé.

« Docteur Watson ? murmura-t-elle en rougissant et reculant. Je voulais juste… Est-ce que Sherlock est là ? »

« Sherlock ? Ne t'approche pas de lui, Molly, pas pour le moment. »

« … Pourquoi ? »

Remonter le temps. Tu vas remonter le temps, John, alors on s'en fiche…

« Parce qu'il est à moi, ne viens pas nous embêter, tu ne vois pas qu'il deviendrait fou pour m'avoir dans ses bras ? »

Ouh là, retour dans le temps ou pas, j'ai un peu pété les plombs.

« Que… QUOI ? » s'exclama Molly en écarquillant les yeux.

« Nous sommes presque ensemble alors fiche-nous la paix, Molly ! »

« Mais… » bafouilla-t-elle, les larmes aux yeux.

« Non, attends, lui dit-il doucement, se sentant soudain coupable. C'était juste pour rire, pour voir si tu réagissais normalement. Tu n'as aucun problème de santé mentale visiblement, et je te prie de m'excuser. »

Ah là là, totalement incapable de mettre quelqu'un sur les nerfs plus de trois secondes.

« Mon dieu, soupira Molly, j'ai eu tellement peur ! Ne me refaites plus ça, j'ai vraiment cru qu'il était gay… Ah ah, ce serait tellement bizarre ! »

Ah ah… Bizarre ? Ah non, je n'y vois pas d'inconvénient, personnellement.

Il ne savait pas comment il faisait pour assumer cette pensée. Sherlock et lui, plus que colocataires ? C'était à la fois complètement fou et délicieusement réconfortant. Etrange. C'était le syndrome « j'ai été accosté par un Docteur et je pense avoir perdu la moitié de mes neurones entre-temps »… Molly sourit à Watson et lui dit en tournant les talons pour partir :

« Je pense aussi que vous avez voulu me faire comprendre que Sherlock est occupé. Je repasserai demain, pas de problème ! »

Watson remarqua alors qu'elle s'était habillée ultra chic.

Mon dieu, elle a vraiment énormément de potentiel, pourquoi s'accrocher à quelqu'un comme Sherlock ? Hm, d'ailleurs… Qu'est-ce que je fais encore ici alors qu'il m'attend ?

Watson monta quatre à quatre les escaliers et arriva enfin devant la porte de son appartement. Bon, c'était le moment de trouver un peu de courage… Il frappa à la porte et se rendit compte immédiatement après de son erreur. Sherlock lui ouvrit, puis écarquilla les yeux avant de lui offrir sa plus belle expression ironique :

« Depuis quand frappes-tu à la porte de ton propre appartement ? »

« Euh… Je pensais à autre chose. » répondit Watson en entrant et en fuyant son regard.

« A quoi ? » le titilla Sherlock en se plantant devant lui.

Le Docteur, John. Le Docteur.

« A toi. » répliqua-t-il avec le plus de sincérité possible.

De toute façon, c'était la vérité, non ? Il allait falloir qu'il assume, et soudain il se sentit tout engourdi. Pouvoir faire tout ce qu'il voulait… Ça commençait tout de suite, immédiatement ! Watson sentit son cœur battre de plus en plus vite, essayant par tous les moyens d'arrêter de rougir, mais ses joues chauffaient à la vitesse de l'éclair et il ne pouvait strictement rien y faire. Il allait perdre le contrôle dans quelques secondes…

Toc toc toc.

Watson se tourna lentement vers la porte, prêt à l'ouvrir, mais l'intrus n'attendit même pas d'avoir l'autorisation des habitants pour entrer. Et c'était… le Docteur.

« Ah, Johnny, je t'ai cherché partout ! » s'exclama-t-il en courant vers lui.

« Hein ? Quoi ? » bafouilla Watson, perdu.

« Je voulais ab-so-lu-ment te demander quelque chose, un truc important, disons. »

Il regarda rapidement autour de lui et lui demanda :

« Est-ce que tu as de la crème anglaise et du poisson pané ? »

« De la… Ben, oui, je pense, va voir dans le frigo. »

Pas besoin de faire semblant d'être serviable devant Sherlock, cette journée n'existerait plus dans quelques heures. Le Docteur se précipita dans ce qui leur servait de cuisine, ouvrit le réfrigérateur et en sortit le poisson et la crème anglaise, bien que Watson ne puisse pas comprendre immédiatement ce qu'il voulait en faire. D'ailleurs, il ne le saurait jamais, car le Docteur quitta l'appartement à toute vitesse sans même leur dire au revoir.

Evidemment, cher Docteur, on se reverra plus tôt que prévu.

Tournant le verrou de la porte pour être certain que personne ne viendrait les déranger, Watson se retrouva à nouveau planté devant Sherlock. Il se passa la langue sur les lèvres, et le détective rit doucement.

« John, tu es gêné. »

« Comment ? »

« Tu fais toujours ça avec ta langue quand tu veux dire quelque chose mais que tu n'oses pas. Allez, t n'as rien à perdre… »

Rien à perdre, non. Et il ne pouvait pas savoir à quel point.

« Sherlock, euh… Tu vas rire, mais je ne sais pas quoi te dire. »

« Ah bon ? Tiens donc, je pensais que tu voulais me dire quelque chose. »

Merci de répéter exactement ce que je dis en mode ironie…

Watson se rendit compte qu'il passait à nouveau sa langue sur ses lèvres et rougit sans regarder Sherlock. Changer de sujet, enfin changer… trouver un sujet, vite !

« Au fait, j'ai vu Molly Hooper devant l'appartement, elle a dit qu'elle passerait demain. Pas de problème ? »

Même si pour moi, demain sera aujourd'hui, mais chacun ses problèmes temporels…

Sherlock le fixa longuement puis murmura :

« Pourquoi changer de sujet ? »

Sa voix grave et envoûtante était vraiment impossible à soutenir. Surtout quand il le regardait comme ça, avec son regard profond et réprobateur. Il fallait qu'il garde son calme.

« Parce que je ne suis pas capable de dire ce que je voudrais pouvoir… »

« Alors dis-le rapidement et à voix basse, comme moi. » le coupa Sherlock.

« Il me semble que tu ne m'as rien dit de spécial alors que tu parles à voix basse. » rétorqua Watson, se demandant s'il devait passer toute cette journée à papoter comme ça sans faire ce dont il avait vraiment envie.

« Je t'ai envoyé que j'étais impatient que tu viennes, et tu aurais dû trouver ça étrange de ma part. »

« Parce que tu n'as rien à faire de moi d'habitude, c'est ça ? »

« Arrête, John, tu sais que je ne suis pas comme ça. »

Watson écarquilla les yeux.

« Ah bon ? Tu ne me le prouves pas beaucoup ! »

« Je suis prêt à tout pour que tu restes ici, parce que… mon dieu, John, regarde ce que tu me fais dire. »

« Finis ce que tu as commencé. » dit simplement Watson en regardant ailleurs.

« Je voudrais que nous soyons amis, de vrais amis capables de tout supporter pour combattre le crime, comme Hercule Poirot et Hastings, par exemple… »

Oh non mais c'est pas vrai ! AMIS ? NON MAIS…

« Qu'est-ce qu'il y a, John ? murmura Sherlock. Tu ne veux pas être mon ami ? »

« Non, bordel ! »

Il n'avait pas pu s'empêcher de parler aussi mal.

« John, je te trouve grossier. »

« Rien à foutre ! Ne viens pas me demander d'être ton ami comme si on était sur Facebook, non mais va te faire voir ! »

Il était fou de rage. Sherlock lui avait fait croire qu'il avait une chance de l'aimer, de rester avec lui, d'être… d'être heureux, en fait ! Le détective était encore plus naïf que lui, car il ne l'avait sûrement pas fait exprès, mais il l'avait fait tourner en bourrique et c'était ce qui comptait. Watson avait vraiment eu sa dose pour la journée. Au moins, il savait déjà que le lendemain il ne répondrait pas à ce fichu sms et qu'il changerait de ville pour ne plus jamais avoir affaire à Sherlock, ne plus le voir, ne plus lui parler, et essayer de noyer son premier grand amour quelque part entre le whisky et la vodka. C'était la meilleure solution.

Mais qu'est-ce que je vais faire de ma journée ?

Il se rendit alors compte qu'il était en train de pleurer à chaudes larmes, et à voix haute en plus ! Des sanglots secouaient sa poitrine, et Sherlock l'attrapa par les épaules en lui demandant :

« John ? John ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es heureux que je te demande sincèrement d'être mon ami, c'est ça ? »

Sa bouche était à dix centimètres de la sienne.

Arrête, John, s'il ne veut rien de plus qu'être ton ami c'est illégal…

Il écarquilla soudainement les yeux. Qu'est-ce qui était illégal quand on pouvait remonter le temps pour effacer ses actes ?

NOTE DE L'AUTEUR

N'oubliez pas que les reviews sont le seul moyen pour les auteurs de savoir que vous avez lu et aimé la fic ! ^o^