Disclaimer : Tout ce qui suit est issu de l'imagination débordante de JK Rowling, et un peu de la mienne... mais juste un peu.
Avant toute chose, merci aux 60 anonymes qui ont ne serait-ce que cliqué sur le titre de ma fic. Comme je n'ai pas eu de review, je n'ai aucune certitude que vous ayez lu, mais j'aime imaginer que vous êtes juste restés sans voix devant tant de grandeur (ahah). N'ayez pas peur, je ne mords pas trop fort, alors n'hésitez pas à me laisser un petit message pour me dire ce que vous avez pensé de ces deux chapitres.
Je tiens à remercier tout particulièrement DragoMalfoy5680 qui a mis mon histoire dans ses Favorites, j'espère que tu apprécieras ce deuxième chapitre!
Les choses démarrent doucement, je vous laisse découvrir... Bonne lecture! !
Chapitre Deux
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain, le cadran sur le mur indiquait presque deux heures de l'après-midi. Mary n'était plus là. Lily avait eu du mal à lui expliquer, alors qu'elles s'apprêtaient à commencer leur nuit de sommeil, les raisons de son soudain malaise. La honte qu'elle éprouvait toujours au souvenir des propos de James l'avait empêchée d'être tout à fait honnête, et Mary s'était couchée boudeuse. Lily s'en voulait un peu, maintenant que la nuit était passée. En fait, elle n'avait rien à se reprocher. Elle pouvait faire ce qu'elle voulait avec qui elle voulait. James Potter n'était qu'un enfant gâté, arrogant, égocentrique, qui avait vécu ces dernières années avec une image biaisée d'elle. Tant mieux, si désormais il préférait passer à autre chose.
Le plus important, à l'heure actuelle, c'était plutôt qu'elle avait dû passer pour une véritable traînée aux yeux de Rob. C'était implicitement clair entre eux deux qu'ils ne se marieraient pas sitôt après leur aventure, cela allait de soi, mais Lily doutait que le jeune homme trouve à son goût qu'elle parte sans même lui adresser un regard, cinq minutes à peine après avoir quitté le bureau des Potter. Elle lui écrirait une lettre dans la soirée, lui expliquant qu'elle avait eu une urgence. Elle n'imaginait même pas lui avouer sa conversation avec James.
Elle se rendit dans la salle de bain et fit couler un bain. Elle se sentirait mieux après, se disait-elle. Une aspirine, de l'eau chaude, peut-être même une pizza si sa nausée disparaissait, et le monde reprendrait sa course normale.
Dans sa baignoire, elle revécut sa soirée, encore et encore. Elle avait beau se répéter qu'elle n'avait rien fait qui eut mérité d'être jugé aussi durement que l'avait fait James, sa honte ne voulait pas s'en aller. Et c'est ce qui la mettait en colère : être poussée par un presque-inconnu (après tout, ils étaient loin d'être copains) à ne plus assumer ses propres actions.
Leur collaboration future allait être bien plus compliquée que ce qu'elle avait redouté.
Les jours qui suivirent furent d'une lenteur presque insupportable. Plusieurs fois, Lily se demanda même si elle ne s'était pas trompée dans le compte des jours. Comme prévu, elle avait envoyé une lettre à Rob, lui présentant de plates excuses, mais elle resta sans réponse. Les trois fois où elle téléphona à Mary, ce fut sa mère qui lui répondit, lui annonçant que son amie était punie jusqu'à la rentrée, et qu'il fallait qu'elle arrête d'appeler. Elle lui fit parvenir une lettre, sans réponse elle aussi. Ainsi, les derniers jours de vacances de Lily furent marqués par la solitude. Il n'y eut que le week-end, où, ses parents n'étant pas occupés par leur travail, elle put discuter un peu.
Un soir, lors du repas, Pétunia et son futur époux Vernon, qui selon Lily passait beaucoup trop de temps chez eux, demandèrent l'attention de Mr et Mrs Evans d'un ton solennel :
- Nous avons décidé de la date de notre mariage, dit Vernon. Il aura lieu le 2 avril, juste avant Pâques. Il fait toujours un temps splendide dans mon village natal à cette date, et il s'avère que l'église y est magnifique, avec son jardin fleuri. Le prêtre, catholique bien entendu, est un ami proche de mes parents, et il sera ravi de célébrer nos noces.
Vernon se tut, dans l'attente d'une réponse. Margaret Evans balbutia avant de se tourner vers sa fille aînée :
- Mais enfin, je pensais que vous vouliez vous marier en été ? Avril, ce n'est pas un peu… tôt ?
- Et puis depuis quand t'es catholique, toi ? coupa brusquement Liam Evans.
- Papa, ce n'est pas important…
Lily vit Pétunia pâlir. Les colères de leur père étaient quelque chose qu'elle redoutait tant elle avait passé l'essentiel de sa vie à essayer de gagner sa fierté.
- Si, c'est important ! rugit-il. On ne nous laisse pas participer à la moindre décision : ça se fait chez les Dursley, dans leur église, avec un prêtre qui n'est même pas de notre confession, à quelques soixante-dix miles de chez nous ! Et à la fin, que je sache, la moitié de la facture, elle est pour nous !
- Liam, calme-toi… murmura Margaret. Tu n'as pas mis les pieds dans une église depuis au moins cinq ans, alors on se fiche de ces histoires de confession. Et si Pétunia est heureuse comme ça, nous aussi. Tu te souviens… ?
- Oui, oui, grommela-t-il. On est heureux...
- Papa, intervint Pétunia, vous pourriez peut-être venir visiter les lieux un week-end ? Je suis sûre que les parents de Vernon seraient ravis de vous accueillir (Vernon hocha la tête), et alors nous pourrions prendre des décisions tous ensemble…
- C'est une excellente idée, ma chérie, sourit Margaret. Tu vois, Liam, avec une fille aussi intelligente, tout ne peut que s'arranger.
Lily, qui partageait l'avis de son père, ricana d'un air méprisant, sous le regard meurtrier de sa mère. Ces histoires de mariage ne l'intéressait de toute façon que très peu. Il y avait peu de chance qu'elle ait le droit de s'installer avant la huitième rangée de sièges dans l'église, ou même tout simplement de venir.
Le 1er Septembre, c'est avec soulagement que Lily mit un pied sur le quai 9 ¾ de la gare King's Cross. Ses parents l'embrassèrent tendrement. Pétunia, elle, avait préféré rester dans la maison familiale.
- Ecris-nous, surtout, lui dirent-ils. Et prends soin de toi.
- Promis. On se voit à Noël.
- Je te tiendrai au courant des préparatifs du mariage, ajouta Margaret tout bas, tandis que Liam regardait d'un air fasciné la locomotive rouge qu'était le Poudlard Express.
La cérémonie qui unirait Pétunia à Vernon était devenue comme un sujet tabou entre les deux époux, Liam n'ayant toujours pas digéré d'être mis de côté dans la prise de décisions.
- Ne te sens pas forcée de le faire, plaisanta Lily.
- Allez, Lily. Soutiens-la un peu, c'est un moment important.
- Mouais… Je ne l'ai pas beaucoup vue me supporter, moi, ces derniers temps, marmonna-t-elle.
- Comment ?
- Non, rien. A bientôt, Maman.
A la fois agacée et amusée, Margaret embrassa sa fille sur le front. Les deux parents n'attendirent pas que Lily monte dans le train pour s'en aller. C'est ainsi qu'ils procédaient depuis quelques années, ou sinon l'un ou l'autre se mettait irrémédiablement à pleurer. L'adolescente aux longs cheveux roux parcourut le quai du regard, cherchant des visages connus. Il y avait beaucoup d'enfants aux visages apeurés ou excités, entourés de leurs proches. Au milieu, elle reconnut quelques étudiants d'à peu près son âge. Lorsqu'elle aperçut Remus Lupin, en compagnie d'un grand homme blond qui devait être son père, elle préféra monter en vitesse dans le train, de peur de voir surgir James. En général, si on en voyait un, on voyait vite les autres.
Elle arpenta les wagons à la recherche de Mary. Cette dernière n'étant pas connue pour sa ponctualité le jour de la rentrée, Lily décida finalement de s'installer dans un compartiment vide, et d'attendre que son amie la trouve. La porte s'entrebâilla plusieurs fois dans les dix minutes qui suivirent. Lily salua quelques têtes connues, s'enquérant de leurs vacances, et ceux-ci repartirent comme ils étaient arrivés. Lorsqu'il fut l'heure pour le train de démarrer, Lily commença à s'inquiéter. Mary était-elle vraiment vexée ? L'idée paraissait ridicule, mais ce n'était pas impossible.
La porte du compartiment s'ouvrit une nouvelle fois :
- Oh, salut Madeleine, dit Lily en apercevant le visage jovial aux traits asiatiques de l'adolescente qui venait d'arriver.
- Tiens, Lily ! Ça va ? Tu es toute seule ?
Et alors que Lily hochait la tête :
- Où est passée Mary ?
- Bonne question… Mais tu cherches un compartiment ? Installes-toi si tu veux, les autres doivent être tous pris. Elle arrivera peut-être à un moment.
- Merci. Ça t'embête si Marlene se joint à nous ?
- Non, non, aucun problème. Allez-y, rentrez.
Madeleine, plus couramment appelée Maddie par les étudiants de Poudlard, pénétra dans le compartiment de Lily, suivie par Marlene McKinnon. La première avait de longs cheveux noirs qu'elle aimait attacher en un chignon flou. Selon Mary, qui ne la portait pas dans son cœur, Maddie était une « sans gêne », une fille qui parle la bouche pleine, un brin trop franche, avec des manières de garçon manqué. Marlene, elle, était plus réservée, quoi que sympathique. Lily l'avait vue plusieurs fois avec un appareil photo, à immortaliser son amie qui prenait la pose pour elle, ou les différents lieux de Poudlard. Toutes les deux partageaient le dortoir de Lily et Mary dans la tour de Gryffondor depuis leur première année. Maddie et Marlene passaient tout leur temps ensemble, et Lily, si elles les appréciaient, n'était pas spécialement proche d'elles.
- Comment ça va, Lily ? demanda Marlene en rentrant.
C'était une jolie fille aux cheveux châtains coupés à la garçonne et aux yeux d'un bleu très clair. Marlene était sortie avec Sirius Black l'année précédente. Comme elle le disait elle-même, avec le recul, elle aurait préféré se casser une jambe.
- Ça va, merci, répondit Lily. Et toi, tu as passé un bon été ?
Maddie et Marlene échangèrent un regard et éclatèrent de rire, devant une Lily déroutée.
- J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Non, non ! la rassura Marlene. C'est juste que je racontais juste avant à quel point mon été avait été horrible et…
- Oh, horrible, t'exagères ! la coupa Maddie en souriant. Toi, au moins, tu es sortie du pays.
- Mouais c'est vrai. Mais j'ai passé tout un mois à suivre mon père, passionné de vers de terre, sur des plages boueuses. Comment tu trouves ça, toi ?
Ce fut au tour de Lily de rire.
- Mais qui a une passion pour les vers de terre ? s'exclama-t-elle, hilare.
- Eh bien, mon père, et sa bande d'amis illuminés. C'était l'horreur.
A côté de Marlene, Maddie riait sans donner l'air de pouvoir s'arrêter.
- Ah ! Imagine, Marlene avec… avec des bottes ! haleta-t-elle. Et un bob kaki, un seau, et… et… des vers de terre partout !
A ce stade, Maddie était presque allongée sur les genoux de Marlene, qui la regardait d'un œil à la fois meurtrier et amusé.
- Enfin bref, dit-elle enfin. Et toi, Lily, ton été s'est bien passé ?
Il n'y avait pas grand-chose à raconter. Lily relata les quelques jours qu'elle avait passés à la campagne, chez ses grands-parents, au début du mois de juillet, puis les semaines d'ennui qui avaient suivi, pour en arriver à la soirée chez James.
- Ah oui, petite coquine, il paraît que t'as fricoté avec Hart ! D'ailleurs, il était hyper déçu que tu sois partie. Potter lui a juste dit que tu ne te sentais pas bien, dit Maddie.
- Ah ? Potter a parlé à Rob ?
- Pas plus que ça, je crois. Il était plutôt occupé avec Mary après, mais, enfin, tu es au courant.
L'air de stupeur de Lily força Maddie à se taire.
- Pardon ? articula péniblement la rousse.
- Euh… J'ai fait une bêtise, là, non ? demanda Maddie en regardant Marlene, gênée.
- Mary est retournée chez Potter ? rétorqua Lily, sentant la colère monter en elle. Elle y est retournée ?
- Eh bien… Elle a dit qu'elle t'avait ramenée, et qu'elle était restée avec toi, et puis, euh… elle est revenue. Oh là là, Marlene, fais-moi taire s'il te plaît.
Marlene secoua la tête, dépitée.
- Je ne comprends pas pourquoi Mary a menti, remarqua-t-elle.
Lily non plus ne comprenait pas. Puis, se tournant vers Madeleine :
- Tu as dit que Potter était occupé avec Mary…
- Non, non ! s'exclama Maddie. Je ne dis plus rien. Ça va me retomber dessus toute cette histoire.
- Allez, Mad, t'es déjà allée trop loin de toute façon, commenta Marlene.
- Han ! t'exagères ! Tu me laisses dans ma merde, comme ça ?
- Après le mois pourri que j'ai vécu, ça me fait du bien de voir le malheur des autres, dit Marlene en ricanant.
Lily s'impatientait. Elle sentait son cœur battre à tout rompre, anxieuse à l'idée de connaître la suite qui, elle en était sûre, ne lui plairait pas.
- Bon. Alors Mary est revenue à peu près une heure après que vous êtes parties. Et elle est restée jusqu'au matin, voilà.
- Maddie !
- Je jure que ça va mal se finir… Bon, Potter et elle sont sortis ensembles !
Le couperet était tombé, et il faisait mal. Mary, avec Potter ? Alors qu'elle savait toutes les horreurs qu'avait pu commettre Potter les années précédentes ? Alors qu'elle le savait obsédé par Lily depuis toujours ? Sans même mentionner le fait qu'elle était supposée soutenir son amie dans son aversion pour le tout nouveau Préfet-en-Chef. Lily aurait dû lui raconter ce que Potter lui avait fait, les méchancetés qu'il avait dites juste avant qu'elles partent, peut-être que… Et une petite voix au fond de son esprit lui susurra que Mary était une grande fille et qu'elle avait fait son choix en tant que telle. Lily n'en fut que plus déçue.
- Hum, je… Ça vous embête si je vais prendre l'air ? dit-elle en voix basse.
Elle ne vit pas les regards désolées des deux Gryffondor. Elle n'attendit pas les réponses, et sortit du compartiment, se dirigeant vers les toilettes. Ça sentait mauvais et la décoration était terrible, mais au moins, elle y était seule. Elle s'aspergea le visage d'eau. Elle n'aimait définitivement pas comment commençait cette année.
De retour dans son compartiment, Marlene et Maddie la regardèrent avec des yeux contrits.
- Je suis désolée, Lily, dit Maddie. J'aurais dû me taire.
- Non, ne t'inquiètes pas. C'est mieux que de les voir…
Il y eut un court silence.
- Peut-être devriez-vous en discuter ? suggéra Marlene.
- Mary a eu plusieurs jours pour en discuter, et elle n'a même pas essayé. Elle n'a même pas répondu à mon courrier, ni à mes appels.
- Elle est peut-être gênée, répondit Maddie. Avec tout le… passif, existant entre Potter et toi, elle s'est peut-être dit que tu lui en voudrais.
- Donc elle a préféré mentir. L'idée du siècle, oui.
Silence.
- En tout cas, je sais où elle est maintenant, conclut-elle.
- Bon, un sujet plus joyeux ! s'exclama Maddy avec un sourire forcé. Les Goules de Gloucester ont gagné le championnat de Quidditch l'autre jour, c'est pas génial ?
Lily n'avait jamais été passionnée par le Quidditch, mais elle se laissa distraire par la conversation. Elle apprécia la compagnie de ses deux camarades de dortoir, étonnée de n'avoir pas remarqué à quel point leur présence était rafraîchissante. Elles savaient être drôles tout en restant intelligentes, et assumaient pleinement leur insouciance. Toutes les trois, elles rirent beaucoup, alors la colère et la déception de Lily s'estompèrent peu à peu. Quand le paysage changea, annonçant l'arrivée imminente au château, elles enfilèrent leurs uniformes. Avec son nouvel insigne brillant sur le gilet, Lily sentit qu'elle regagnait un peu de confiance en elle. Son aventure avec Hart, sa dispute avec James, les mensonges de Mary l'atteignaient beaucoup plus que ce qu'elle aurait voulu avouer, et ainsi dissimulée derrière son titre de Préfète-en-Chef, elle avait l'impression de tout mettre de côté.
Le hasard, ou la malchance, fit que les premières personnes que Lily vit en descendant du train furent James et Mary. Ils s'apprêtaient à monter dans une carriole. Lily fut écœurée de voir qu'ils se tenaient par la main. Combien de fois s'étaient-ils revus depuis la fête ? Elle se dit qu'elle pourrait aller les confronter, montrer qu'elle n'était pas que le dindon de la farce dans cette histoire. Mais tout compte fait, quel intérêt ? En face d'elle : James et Mary. À sa gauche, Maddy et Marlene. Elle n'hésita pas longtemps, et suivit les deux adolescentes jusqu'à une carriole libre.
Il fut tout aussi facile d'éviter Mary dans la Grande Salle. Maddy indiqua des places autour de la longue table des Gryffondor, et Lily put la remercier de les avoir choisies aussi loin que possible de Mary et ses nouveaux amis. La Répartition des premières années fut tout aussi mortellement ennuyeuse que les années précédentes. Un nombre interminable de petites têtes blondes passa sous le Choixpeau, gagna sa nouvelle maison sous des applaudissements plus ou moins polis. A la fin, huit enfants eurent rejoint les rangs de Gryffondor.
- Voilà une bonne chose de faite, commenta Maddie. Parce que j'ai super faim.
- Attends, il faut écouter Dumbledore maintenant, dit Marlene. Je suis sûre que tu vas réussir à avoir plus sommeil que faim.
En effet, le discours de Dumbledore pour les nouveaux élèves comme les anciens ne fut pas des plus palpitants, mais le fait de l'écouter pour la septième fois devait-il changer la perception qu'elles en avaient.
L'apparition des plats fut saluée pour des acclamations et Lily éprouva un vif bonheur en engloutissant ses pommes de terre bouillies. Elle en oublia presque la présence de Mary, quelques mètres plus loin.
Lorsqu'il fut bientôt l'heure de rejoindre les dortoirs, le professeur Dumbledore, impressionnant dans sa robe bleu nuit, se leva à nouveau. Le silence se fit.
- Ceux qui se sont rendus sur le Chemin de Traverse ou n'importe quel autre lieu magique auront pu constater que de nouvelles dispositions ont été prises par le Ministère pour endiguer la menace qu'est Voldemort. J'ai reçu de nombreux courriers du Ministre en personne ainsi que du conseil d'école pour que ces mêmes dispositifs soient appliqués à l'école. Comme vous aurez pu le voir, j'ai refusé. L'école est encore un lieu sûr, et les professeurs comme moi-même nous appliquerons à ce qu'elle le reste, mais devant le… scepticisme du Ministère, j'ai néanmoins dû céder devant quelques-unes de leurs conditions. Elles ne seront pas à votre goût, vous m'en voyez désolé, mais elles existent pour le bien de tous. La première est que les sorties à Pré-au-Lard seront limitées au nombre de deux dans l'année, avant Noël et autour de Pâques, et qu'elles se feront toujours en groupe de cinq étudiants minimum.
L'annonce fut accueillie par des cris indignés, et Lily elle-même ne put s'empêcher d'échanger des regards choqués avec ses condisciples. Dumbledore les fit taire en continuant :
- Mesdemoiselles, messieurs ! Je comprends votre colère. Pour compenser, le professeur Slughorn ci-présent a proposé ses services pour organiser une fois dans l'année un bal de l'amitié, où tous les étudiants et les professeurs seront conviés. Qu'il en soit vivement remercié. La date vous sera fournie plus tard dans l'année. Deuxième condition du Ministère : le couvre-feu est avancé à 20h en semaine, 21h le week-end. Passé cet horaire, tout élève qui ne serait pas dans sa salle commune ou son dortoir se verra puni. Troisième et dernière condition, et je veux que vous soyez tous très attentifs : à partir du premier octobre, le Ministère enverra dans nos locaux des Aurors confirmés une fois par semaine. Officiellement, ils viennent vérifier la sécurité des lieux. Officieusement, ils sont là pour repérer les bons éléments comme ceux un peu plus… sensibles. Je ne commenterai pas plus leur venue, mais je serai ravi de répondre à vos interrogations à ce sujet dans mon bureau, quel que soit votre maison ou votre âge. Sur ce, je vous souhaite à tous un excellent début d'année.
Et il se rassit. Lily était sceptique, et un coup d'œil autour d'elle lui permit de se rendre compte qu'elle n'était pas la seule. Pour commencer, elle ne pouvait pas prétendre connaître le professeur Dumbledore, mais il lui paraissait logique que s'il refusait de parler plus de la venue d'Aurors à Poudlard, c'était parce qu'il ne la voyait pas d'un bon œil. Ensuite, Dumbledore était un homme malin : il devait se douter qu'aucun élève ne viendrait discuter avec lui dans son bureau, à part ceux qui s'intéressaient de près à la situation. Souhaitait-il, lui, repérer ces éléments avant le Ministère ? Pour la première fois depuis qu'elle avait reçu son insigne, Lily se rendit compte que parce qu'elle était maintenant Préfète-en-Chef, elle était en position d'avoir plus de réponses que n'importe quel autre élève.
- Miss Evans ?
Perdue dans ses pensées, Lily n'avait même pas vu le professeur MacGonagall, chignon haut perché et lèvres pincées, s'approcher d'elle.
- Oh, bonsoir professeur.
- Bonsoir, Miss Evans. Auriez-vous cinq minutes à m'accorder ?
- Bien sûr.
Elle salua Maddie et Marlene, et suivit son professeur. A peine avaient-elles fait cinq pas que Lily comprit avec horreur qu'elles se dirigeaient droit sur Potter, et donc Mary.
- Mr Potter, bonsoir. Auriez-vous cinq minutes à m'accorder ?
Lily eut honte d'elle-même à rester plantée ainsi, regardant ses pieds. Dans un sursaut de dignité, elle redressa le menton et chercha les yeux de Mary. Elle ne manqua pas de les trouver. Elle vit son amie déglutir et se mordiller la lèvre inférieure, puis détourner le regard. Ce n'était pas le moment de discuter. Potter, quant à lui, ne s'intéressa qu'au professeur.
- Tout à fait.
- Très bien. Dans ce cas, suivez-moi, tous les deux.
Quand ils eurent quitté la Grande Salle, le professeur MacGonagall reprit la parole :
- Je me réjouis que vous ayez été choisis comme Préfets-en-Chef. J'ai moi-même appuyé votre candidature, bien entendu. Vous ne représentez plus seulement votre maison, ce qui était déjà un honneur, mais toute l'école. Enfin, je suis persuadée que vous avez déjà compris l'importance de votre place et que vous saurez mettre vos… différents de côté.
Le professeur ponctua ses paroles d'un regard appuyé. Après de nombreuses marches et presque autant de couloirs sombres, MacGonagall s'arrêta devant un tableau représentant une demoiselle sur une balançoire. Celle-ci pliait et tendait les jambes en rythme, et son jupon vaporeux se soulevait dans des éclats de rire mutins tandis qu'un voyeur admirait la scène depuis un buisson. Lily ne put s'empêcher de sourire.
- Vous allez rentrer dans la salle des préfets. Il n'y en avait pas jusqu'alors, mais les précédents Préfets-en-Chef l'ont réclamée. Elle vous est exclusivement réservée, et ce à des fins scolaires uniquement. Vous pouvez vous retrouver ici pour travailler sur vos devoirs de préfets, mais aussi étudier seuls. Elle est interdite à tout autre étudiant, à la seule exception des préfets, à des dates et des heures fixées par vous-mêmes. Le mot de passe est Rococo. Et il le restera, car c'est le seul que cette scandaleuse demoiselle veuille bien écouter.
Pour toute réponse, la dame à la balançoire éclata d'un rire cristallin, et le tableau pivota pour laisser passer les trois sorciers.
Ils se retrouvèrent dans un salon joliment décoré, au style bien différent du reste du château. En se basant sur le peu de connaissances qu'elle avait sur le sujet, Lily lui trouvait un côté XVIIIème, avec des boiseries blanches, deux immenses miroirs dorés et une haute fenêtre donnant directement sur le parc.
- C'était soi-disant un salon de lecture, expliqua le professeur MacGonagall. Cela reste à vérifier. En attendant, vous trouverez ici tout ce dont vous aurez besoin. Il va sans dire que vous continuerez à dormir avec vos condisciples de Gryffondor dans vos dortoirs respectifs. Je vous laisse prendre possession des lieux. Ne tardez pas.
Lily et James saluèrent leur professeur, et se retrouvèrent seuls. Lily, sentant la colère monter par la seule présence du garçon, se concentra sur la pièce. Une cheminée se trouvait sur le mur de gauche, et elle se trouvait entourée de livres, depuis le sol jusqu'à deux mètres de hauteur. Il y avait deux belles banquettes en velours rouge, et une grande table autour de laquelle une douzaine de personnes pouvaient s'asseoir. Lily entendit un raclement de gorge.
- Hum, Lily…
- Ah, parce que c'est Lily maintenant ? Pas Evans la trainée ?
Elle n'avait pu empêcher les mots de sortir. James se tenait vers elle, visiblement mal à l'aise. Il passa sa main dans ses cheveux, ce qui ne fit qu'augmenter sa colère.
- Je mérite ta colère, mais si tu pouvais au moins me laisser parler…
- Il me semble que tu as suffisamment parlé, l'autre soir. Que ce soit à moi ou à ma meilleure amie d'après ce qu'on m'a dit, d'ailleurs.
Comme il ne répondait pas, elle fit mine de vouloir sortir. Il l'en empêcha. Lily eut envie de pleurer de frustration.
- Laisse-moi partir, Potter, siffla-t-elle.
- S'il te plaît, écoute-moi. Je suis allé trop loin l'autre soir, j'aurais dû me taire…
- Non, sans rire.
- Allez, Lily… Je suis désolé. Tu fais ce que tu veux…
- Oh ! comme c'est sympa de ta part de me donner ta bénédiction !
- Putain, j'essaie de te présenter des excuses ! J'étais bourré, vexé, et quand je t'ai vue sortir du bureau après Hart…
- Vexé ? C'est ça ton excuse ? T'étais vexé ?! Je suis sûre que ta petite amie (elle cracha presque les mots) serait ravie d'apprendre que tu étais vexé de me voir avec un autre !
James se passa la main dans les cheveux et secoua la tête, excédé.
- Tu renverses tout… Écoute, c'est du passé maintenant, non ? dit-il. J'ai ouvert les yeux sur…
- PARDON ?!
C'en était beaucoup trop.
- Tu as ouvert les yeux ? Sur quoi, sur moi ? Sur le fait que je n'aie rien à voir avec celle que tu as pu imaginer ? Peut-être que j'ai des mœurs trop libres pour sa sainteté ? J'aurais peut-être dû t'envoyer un carton pour te prévenir ?
- Non, non, ça n'a rien à voir, c'est juste que…
- Je m'en fous !
- LAISSE-MOI PARLER !
James eut l'air aussi choqué que Lily de s'être ainsi énervé.
- Laisse-moi parler, répéta-t-il plus doucement. C'est épuisant, de devoir se battre avec toi.
- Tais-toi, Potter. T'as assez parlé. Foutez-moi tous la paix, toi, Mary, tes Maraudeurs à deux balles. On se verra ici, quand il le faudra, et ça suffira largement. Ne m'adresse plus la parole. T'en as assez dit.
Et sur ce, elle quitta la pièce. Elle pleura sur tout le trajet jusqu'à la tour des Gryffondor, de colère, de tristesse, de honte. Son père lui avait toujours répété que quels que soient ses choix, il lui faudrait toujours les assumer. Et que si tel était le cas, alors personne n'aurait le droit de la juger. Son choix à elle avait été de s'écouter, d'écouter son corps et ses désirs, ses envies. Elle avait eu sa première relation sexuelle avec un garçon de son âge, quinze ans, en vacances avec ses parents sur la côte normande. Et ç'avait été une révélation, tout ce qu'elle parvenait à exprimer avec son corps, tellement plus facilement qu'avec des mots. A l'époque, elle avait peu de seins, des courbes inexistantes, et au fil des mois elle avait acquis un corps que beaucoup de garçons admiraient. Ces mêmes garçons qui n'auraient jamais accepté qu'elle puisse l'utiliser. Depuis sa première fois, elle avait connu plusieurs garçons, un nombre raisonnable, peut-être dix, peut-être douze, selon les critères. Elle n'était pas du genre à en parler. De toute façon, peu de gens comprenaient. Elle ne supportait pas cette bien-pensance qui voulait qu'une femme s'offre à celui qu'elle aimait pour l'épouser ensuite, si ce n'était avant. Elle n'avait que dix-sept ans, bien sûr, et était encore bien inexpérimentée, que ce soit en matière de sexe, d'amour ou d'autres batailles, mais elle savait qu'elle était autant dans son droit à agir ainsi que sa sœur qui s'apprêtait à se marier avec son premier amoureux. Tant pis si cela déplaisait aux autres.
Visiblement, Rob faisait lui-même parti de ces autres, puisqu'il ne lui avait pas donné de nouvelles. Quelle hypocrisie. Et James, qui la poussait violemment de son piédestal, celui qu'il avait lui-même érigé, parce qu'il l'avait découverte sous un nouveau jour. Et, contre toute attente, peut-être aussi Mary. Un lourd sentiment de solitude l'envahit.
Lorsqu'elle atteignit enfin son dortoir, Mary fit un geste vers elle.
- Ne t'y mets pas aussi ! cria Lily, excédée.
Elle ferma d'un coup sec les baldaquins de son lit, faisant ainsi clairement comprendre qu'elle ne voulait plus parler.
Demain serait un autre jour.
Et c'est maintenant qu'on met un petit mot dans la case en-dessous... Merci !
