Deux heures plus tard, le mari rentre. Tranquillement, insérant la clé dans la serrure, un peu fatigué, sac de voyage de grande maroquinerie à la main, ouvre la porte, referme derrière lui, allume la lumière qui révèle le corps de son épouse qui gît sur le carrelage dont une nappe de sang s'est formée près de la tête de sa femme. La découvrant, sa main lâche le sac qui tombe à terre, son teint devient livide, l'expression qui se dessine sur son visage est celle d'un homme horrifié. Cette vision le paralyse.

A 6h15 du matin, après 1h54 de trajet, le CBI arrive sur place, au 2455 lick Mill Blvd près de Guadalupe River à Santa Clara après l'appel de l'époux en état de choc, le mentaliste suivant l'équipe à la traîne, bâillant en train de geindre.

-Pourquoi m'avoir réveillé pour que je vois une telle horreur ? grimaçant après la vue du corps qui a été emmené par le coroner quelques secondes auparavant. Il y a mieux pour commencer la matinée.

La supérieure, marchant à côté, lui répond sur un ton ironique.

-Oui Jane. Il y a mieux en effet pour débuter une matinée et vous m'en voyez désolé mais malheureusement le crime ne choisit pas d'heure décente.

La tête du mentaliste se penche sur le côté droit, hausse les épaules, écarquillant les yeux.

-Il devrait.

-C'est très déplacé ce que vous dites. reproche-t-elle.

Un petit sourire s'étire sur les lèvres de celui-ci, répondant insolemment.

-Oui, en effet ! ce qui la fait soupirer.

-Dès le matin, vous êtes fatiguant. et le laisse afin de se diriger en direction du mari alors qu'il la regarde s'éloigner, conservant son sourire, amusé, ajoutant.

-J'aurais besoin d'un bon thé.

Dans le salon, assit face aux agents, dans un magnifique canapé au style baroque, revêtement d'un tissu en velours violet, cadrant parfaitement avec le cadre élégant, noblesse raffinée qui impressionne Rigsby, détaillant discrètement la pièce, le mari est interrogé par Lisbon, compatissant à son malheur.

-Monsieur Hortland. A quelle heure êtes-vous rentré ce matin ?

Celui-ci répond, tentant d'éclaircir son esprit embrumé par le chagrin.

-Euh.. ! Attendez. plissant les yeux en réfléchissant. Je suis rentré aux alentours de 5h00 du matin. Mon avion a atterri à 3h 55. Le temps de récupérer mon sac de voyage, trouver un taxi… puis se met à pleurer sous les regards à la fois emplis d'empathie, de compassion ainsi que de méfiance, suspicion pour Jane qui l'analyse à quelques mètres de là. Après avoir inspecté, comme à son habitude, du coin de l'œil, l'aspect intérieur de la demeure, les mains dans les poches, le mentaliste s'avance avec aisance vers le mari éploré, une tasse de thé chaud soutenu par une soucoupe.

-C'est vous qui avez balancé votre femme par-dessus la balustrade ?

Lisbon le rappelle à voix basse à l'ordre autoritairement dû à sa réflexion inconvenante.

-Jane !

L'époux le regard larmoyant, l'air comateux, réagit mollement tant la peine le domine.

-Quoi ? découvrant ses yeux en enlevant ses mains alors que Rigsby, Van Pelt affichent une expression d'effarement tandis que celle de Cho reste, comme souvent, impassible.

-Est-ce vous qui avez tué votre femme ? le répétant d'une manière désinvolte, buvant sereinement quelques gorgées de thé sans craindre d'une éventuelle réaction violente du mari.

Lisbon le réprimande ouvertement cette fois.

-Jane ! Ça suffit !

Le veuf se montre plus clément vu sa tristesse.

-Non, non. Laissez. C'est une question qui est toujours récurrente lorsque l'époux est suspecté. et lève le regard en direction de l'insolent mentaliste. C'est ça monsieur Jane ?

Celui-ci répond sans éprouver la moindre honte.

-Oui. C'est ça, monsieur Hortland. Souriant avec espièglerie puis reboit une autre gorgée tiède, réitérant la question en charmant frondeur qu'il est. Alors ! Vous l'avez poussé ?

Cette fois-ci le mari le fixe, le fusillant de ses yeux marron foncé dans lesquels on décèle aussi un profond abattement.

-Non, monsieur Jane, je n'ai pas poussé ma femme. répondant sur un ton partiellement sec, blessé de devoir convaincre de son innocence.

Le mentaliste acquiesce, hoche la tête comme convaincu de sa sincérité puis finit sa tasse de thé.

Etant sous le coup de l'émotion, le propriétaire de la demeure ne lui fait aucune remarque désobligeante à propos du culot du consultant pour s'être servi sans demander l'autorisation. Jane se dirige ensuite vers la cheminée située sur sa gauche où, au-dessus, des photos encadrées sont disposées, les observant une à une pendant que Lisbon poursuit l'interrogatoire.

-Est-ce que votre femme aurait pu avoir des ennemis ?

L'époux face à celle-ci émet avec conviction un non, tout en reniflant. Les yeux rougis par les pleurs dont ceux-ci fixent l'agent, il en vient à poser cette question, l'idée du meurtre lui étant abstraite, inconcevable.

-Etes-vous certaine que ma femme a été tuée ?

Elle le regarde alors sensiblement, touchée par l'affliction de celui-ci.

-Nous avons tout lieu de le croire. D'après les premières constations du médecin légiste, la mort de votre épouse n'est pas accidentelle. Son corps se trouvait à une distance bien trop éloignée de l'emplacement où elle est tombée comparé à une personne qui aurait chuté de son plein gré. Nous estimons que le positionnement du corps se serait retrouvé juste en-dessous de son point de chute, formant ainsi une ligne droite entre la distance de la balustrade et du corps de votre femme si celle-ci s'était effectivement suicidée. Vu où elle a atterri, il est impossible qu'elle est exécutée ce saut.

Le dos tourné, le mentaliste s'incruste dans l'interrogatoire en formulant une remarque de mauvais goût.

-A moins savoir battre des bras pour voler comme un oiseau…

Van Pelt étant à proximité, tourne son regard en sa direction, cible le sien lorsque celui-ci se retourne, lui faisant alors comprendre de stopper ses réflexions déplacées, murmurant, embarrassée en articulant.

-Jane ! Arrête. C'est irrespectueux.

Il se tourne intégralement vers l'équipe ainsi que vers Christian Hortland, s'excusant en prenant un air de circonstance avant de se retourner à nouveau, posant des questions au sujet des photos exposées en pointant du doigt un portrait de famille qui révèle en apparence le bonheur.

-C'est votre femme et votre fille ?

Le mari soulève la tête.

-Oui. prononçant le prénom de chacune, ému. Elise et Selena.

-Jolie photo.

-Merci. répondant, le timbre de voix radoucit, accablé aussi de douleur en les regardant.

-Elles se ressemblaient.

-Je sais. fondant en larmes de nouveau devant les agents compatissants au chagrin de celui-ci, Van Pelt quant à elle se trouvant au bord des larmes tant sa sensibilité est exacerbée à cet instant, les retenant dignement, placée près du canapé.

Lisbon reprend sa respiration ainsi que Rigsby qui demande à l'homme d'affaire où se trouve sa fille, n'étant au courant, comme les autres, de sa mort. Christian Hortland répond, submergé par l'émotion.

-Ma fille est décédée il y a de ça cinq ans.

-Oh ! Euh ! baissant la tête, confus avant de la redresser. Veuillez m'excuser. Je suis navré…. .

Le veuf remue la main, signe qu'il ne lui en veut pas d'avoir posé cette question.

-Ne vous excusez pas. Vous ne pouviez pas savoir.

Wayne rebaisse la tête une second fois.

-Pardon.

-Non. Ce n'est rien. Vraiment. Lisbon demande ensuite la cause de son décès avec sensibilité, pudeur. Elle est tombée de la balustrade également. puis s'effondre encore, s'excuse et quitte le salon, ne parvenant pas à faire face à l'interrogatoire, la situation étant bien trop insurmontable.

L'équipe en vient à quitter le domicile des Hortland, ne pouvant poursuivre l'entretien. A l'extérieur, le soleil s'est levé, la montre de Cho indiquant 7h01 dont celui-ci renseigne l'heure suite à la demande du mentaliste. Avant de regagner la voiture, tous s'interrogent concernant cette même mort étrange dont fut victime la mère.

-Vous pensez que c'est une coïncidence ? questionne Van Pelt, intriguée.

-C'est assez troublant d'avoir une mort similaire. répond Rigsby, l'air intrigué également.

- Les coïncidences, je n'y crois pas trop. Intervient Kimball, rationnel.

-Je serais de l'avis de Cho. réagit à son tour Jane. Deux morts identiques ne sont pas une coïncidence. Son épouse a été, à mon avis, poussée sciemment depuis la balustrade, à l'endroit où sa fille est tombée.

-Et qu'est-ce que vous en concluez, Sherlock ? interroge Lisbon, s'adressant au mentaliste d'une manière semi-amicale, un petit sourire modéré en coin de bouche.

-Sherlock ? s'étonne Jane, l'expression un tantinet amusé.

-Oui. Vous m'y faites penser rien qu'à vous écouter.

-A la façon dont vous me le faites remarquer, je me demande si c'est un compliment.

-C' en est un. le disant avec détachement, exprès, par pure plaisir d'employer cette attitude.

-C'est trop d'honneur ! expression qui fait sourire Rigsby.

La supérieure insiste, reprenant son sérieux professionnel.

-Bon ! Qu'est-ce que vous en pensez ?

Arrivés à la voiture, Jane émet comme supposition que c'est une mort significative ou du moins on veut le faire croire.

-De quel genre ? demande Van Pelt.

-C'est ce qui reste à découvrir. répond le mentaliste qui jette un dernier coup d'œil au loin sur l'ensemble de la somptueuse demeure, se questionnant à propos de cette enquête qui le fait déjà cogiter.