Bonjour amis lecteurs, merci pour vos commentaires sur ce début de fic. Je me suis mis un peu de pression pour tâcher de vite écrire la suite, et surtout de ne pas écrire n'importe quoi. Vous en apprendrez beaucoup plus sur le comportement de Kyo avec ce second chapitre, et vous saurez même tout car j'ai du mal à garder les secrets bien longtemps.
Sur ce, bonne lecture!
Durant deux jours et deux nuits Yuya resta enfermée dans sa chambre, prostrée sur son futon en chien de fusil. Il avait beau faire un temps magnifique il n'était pas question pour elle de mettre un pied au dehors. Cela aurait été si bon qu'il pleuve, qu'il vente, qu'un orage éclate, qu'une tempête emporte tout sur son passage. Un temps qui s'accorderait parfaitement aux émois de son cœur.
Après le départ de Kyo, elle avait longuement pleuré jusqu'à ne plus avoir une seule larme à verser. Elle s'était relevée péniblement, et pas après pas avait réussi à franchir la porte de sa maison pour très vite aller se laisser choir sur son lit. Tout espoir l'avait alors déserté, elle n'était désormais plus que l'ombre d'elle-même.
Durant ces deux jours à broyer du noir elle n'avait bien sur rien avalé. Elle n'en avait eu d'ailleurs ni la force ni l'envie. A quoi bon ! Elle se sentait dépérir et la souffrance qui régnait dans son cœur l'abattait plus que de raison. Cette sensation d'avoir tout perdu, que plus rien ne pourrait lui donner l'envie de vivre était comme un poison s'infiltrant doucement dans ses veines lui laissant la certitude que tout était fini. Définitivement. C'était encore pire que la fois où Kyo avait disparu après le combat face à l'ex roi rouge, car à ce moment là elle savait qu'il était en vie et qu'il reviendrait. Que quoiqu'il arrive il reviendrait parmi eux, vers elle…pour elle… Mais aujourd'hui, il était véritablement parti sans même un regard en arrière. Il avait fait son choix, il avait préféré disparaitre plutôt que de s'expliquer. Quel lâche ! Elle en était certaine, cette fois il ne reviendrait pas.
« J'aurai préféré que ce soit le destin qui t'arrache à moi, que je puisse le maudire » pensait-elle si fortement. Mais rien n'était dû au destin. C'était elle qui l'avait poussé à partir, lui imposant cet ultimatum. Elle aurait pourtant dut le savoir. Kyo n'était pas du genre à exprimer ses sentiments. Il était plus facile pour lui de partir, il était si fier, si orgueilleux, si Kyo…Il ne donnait jamais d'explication sur rien et surtout pas sur lui-même.
Yuya finit pourtant par se lever au bout du troisième jour après s'être longuement battue avec ses démons intérieurs et cruellement morigénée. Comment pouvait-elle se laisser à dépérir de la sorte ? Était-elle devenue complètement folle ? Avait-elle perdu la raison? Qu'est-ce qui lui prenait d'agir ainsi ? Elle n'était pas n'importe qui après tout. Elle était la célèbre chasseuse de prime, Yuya Shiina et elle valait mieux que ce triste sort auquel elle s'était elle-même condamnée. Si Kyo la voyait ainsi il serait probablement très déçu et se moquerait d'elle la rabaissant au statut de faible. Et il aurait parfaitement raison. Les forts vivent, les faibles n'ont qu'à mourir.
Elle parvint à atteindre sa petite cuisine non sans difficultés. Elle prit un verre d'eau qu'elle porta à ses lèvres pour en avaler doucement le contenu permettant à sa gorge dessécher de se réhydrater. Elle ne s'était même pas rendu compte qu'elle mourrait de soif, quelle idiote ! Elle se servit une seconde fois et ouvrit la porte accueillant les rayons du soleil qui réchauffèrent instantanément son visage. A la voir ainsi, quiconque aurait pensé que le destin l'avait accablée de ses coups la douleur et le désespoir hantaient ses traits. Son âme saignait, mais Yuya se sentait capable de dissimuler sa souffrance sous un masque froid et réservé. Son univers s'était écroulé comme si plus aucune lumière ne pouvait rompre l'obscurité dans laquelle elle avait décidée de vivre. Il était désormais l'heure de tourner la page et de tout oublier. Mais pour l'instant, son ventre lui hurlait de le nourrir et elle se décida à répondre à son désir. Ensuite, elle aurait des choses à accomplir et quelques mises à prix à retrouver. Son porte monnaie avait bien besoin d'être regarni. Foi de Yuya, elle allait montrer au monde qu'elle était capable de se débrouiller seule, sans l'aide d'un démon prénommé Kyo.
La lame de Kyo transperça son adversaire de part en part faisant gicler le sang du pauvre homme qui avait vainement tenté de se défendre.
Il s'écroula, mort.
« C'est par ta main qu'elle périra »
Le démon ferma les yeux et grimaça. Pourquoi faillait-il que cette voix revienne sans cesse le hanter ? Cette vieille femme lui avait raconté n'importe quoi, c'était évident. Pourtant elle avait su lire dans son cœur et voir qu'il parcourait le monde pour retrouver une personne…une fille…Yuya…
Kyo rangea son tenrô dans son fourreau et sans un coup d'œil pour la dépouille de l'homme se retira. Il avait besoin de boire. Cela faisait maintenant trois jours qu'il se battait sans presque jamais s'arrêter.
Assis à une table d'une vieille taverne, le démon buvait à même la bouteille sans prêter la moindre attention aux gens qui entraient et sortaient. D'ailleurs, personne n'osait le déranger. Son regard rouge sang suffisait à dissuader n'importe qui de venir l'importuner. Tant mieux car il n'aurait pas hésité à tuer. Il était d'une humeur exécrable depuis qu'il avait quitté sa planche à pain sans lui donner la moindre explication qui aurait pu atténuer sa peine. Même la pauvre serveuse avait bien du mal à ne pas trembler à chaque fois qu'il réclamait une nouvelle bouteille de saké qu'elle s'empressait de lui apporter.
« Tu cherches à la retrouver mais tu ne sais pas encore que tu es celui qui causera sa mort »
Encore cette voix. Il ne voulait pas y penser, cela faisait tellement de temps qu'il chassait cette perspective de devoir se rappeler mot pour mot ce qui avait été dit, mais puisqu'il avait enfin laissé Yuya derrière lui, peut-être pouvait-il de nouveau écouter les paroles de cette vieille harpie. Puisque cela le torturait, peut-être valait-il mieux y repenser une bonne fois pour toute avant de mettre tout ceci de côté pour toujours. Même s'il n'y croyait pas…
Il replongea alors dans le passé à ce moment précis où son avenir fut conté par une étrange personne.
Kyo avait eu le malheur, ou bien était-ce simplement le destin, de rencontrer une chamane au détour d'un chemin. Mais était-ce vraiment une chamane ? Il lui avait lancé un bref coup d'œil tandis qu'elle ramassait quelques herbes quand sa voix s'était élevée dans son dos l'obligeant à s'arrêter.
- Jamais tu n'échapperas à ton destin de tueur sanguinaire…
Sans un mot, le démon s'était retourné pour faire face à la vieille femme qui s'approchait de lui, sa main serrant sa maigre récolte.
- Ton cœur semble plus calme et plus léger à l'idée de la retrouver. Elle est celle qui te fait sentir vivant, avoir un but, mais tu perdras tout. Ton cœur deviendra noir comme l'encre et ton âme ne trouvera jamais le repos. Tu ne seras alors qu'un être dépourvu d'humanité, ton monde s'écroulera et tu ne seras plus qu'un animal sauvage…
- Qu'est-ce que tu racontes la vieille ? Avait-il finit par lâcher, exaspéré de ne pas comprendre le sens de ses paroles.
- Je t'ai senti enfant du démon. Répondit-elle en se postant face à Kyo, lui faisant front.
Elle ne semblait aucunement apeurée de se trouvait face au légendaire Kyo aux yeux de démon, comme si elle avait la certitude qu'il ne pouvait rien lui faire.
- Je savais qu'un jour je te rencontrerai, les étoiles me l'ont dit.
Kyo l'observait attentivement, le visage impassible, passablement irrité. Il aurait pu se désintéresser d'elle et s'en aller comme il était venu, mais sans qu'il ne sache pourquoi il ne parvenait pas à bouger. Il semblait attendre qu'elle lui en dise plus. Mais voulait-il vraiment savoir ? Il n'avait jamais cru aux balivernes de tous ces charlatans de chamans. Mais cette vieille peau ressemblait bien plus à une sorcière sortit dont ne sait où qu'à une diseuse de bonne aventure.
- Tu entends sa voix qui t'appelle. Tu as changé enfant du démon mais personne n'échappe à son destin, pas même toi. Ton avenir est déjà tout tracé.
Elle eut un rire âpre qui fit sortir Kyo de ses gonds. En une seconde la vieille femme se retrouva avec une épée posée sur la peau de son cou fripé semblant prête à la perforer de sa lame tranchante.
- Tu veux mourir la vieille ? Ricana Kyo. Je peux arranger ça tout de suite si tu veux.
- Je n'ai pas peur de la mort.
La lueur qui brillait au fond de ses yeux énerva Kyo, mais il préféra ne pas céder à ses pulsions meurtrières. Il s'arracha à l'attraction de cette étrangère et tourna les talons bien décidé à ne pas en entendre davantage.
- N'oublie pas que c'est par ta main qu'elle périra. Lança la chamane alors qu'il s'éloignait. Tu désires plus que tout la retrouver mais tu ne sais pas encore que tu es celui qui causera sa mort.
Le souvenir s'acheva ici.
Désormais seul dans l'auberge, Kyo termina sa bouteille avant de se lever à la recherche d'un nouvel ennemi à tuer avant de pouvoir enfin dormir un peu. Repenser aux paroles de la vieille peau l'avait échauffé, il fallait qu'il passe ses nerfs sur quelqu'un.
Il déambula dans les rues de la ville et laissa ses pas le conduire là où ils le souhaitaient.
Il n'avait pas voulu croire ce que lui avait baragouiné cette satanée bonne femme et avait finalement retrouvé sa planche à pain et toute la bande. Mais bien qu'il fût heureux et soulagé de revoir celle pour qui son cœur s'était fait plus doux, il n'avait pu oublier ces paroles maudites. « C'est par ta main qu'elle périra »
Peu désireux de la laisser seule après trois ans d'un périple long et ennuyeux, et ce, malgré les avertissements de la chamane, il avait choisi de rester près de la chasseuse de prime sans jamais la toucher, faisant même tout pour qu'elle cesse de l'aimer quitte à se faire détester. Car Kyo le savait. La jeune fille était amoureuse de lui, elle l'avait presque avoué lors du combat contre Nobunaga. De plus, il avait à plusieurs reprises lu sur son visage la tristesse et la déception alors qu'elle tentait de le charmer sans qu'il ne daigne y faire attention. Mais ce dont elle ne s'était jamais doutée c'est qu'il avait du faire preuve de beaucoup de volonté et se faire violence pour ne pas fondre sur elle tel un prédateur chassant sa proie. Il n'avait eu de cesse de la désirer, fantasmant à l'idée de la faire sienne. Mais puisqu'un jour on lui avait prédit qu'elle perdrait la vie à cause de lui, il avait décidé de ne jamais plus la toucher, quitte à devenir fou.
Mais comment révéler tout ça à cette fille ? Elle lui aurait rit au nez en lui disant que ça n'arriverait jamais, qu'il ne lui ferait aucun mal. Peut-être l'aurait-il cru, mais il n'avait jamais été question qu'il prenne ce risque. Il préférait la laisser dans sa peine même si lui-même souffrait de cette situation. Mieux valait ceci que sa mort qu'il ne se pardonnerait jamais. Elle pensait sans doute qu'il ne ressentait rien pour elle, qu'elle ne représentait rien à yeux, mais si elle n'était pas capable de percevoir son amour derrière ses silences alors que faire ?
Kyo aurait pu choisir de ne jamais retrouver la chasseuse de prime, ne jamais revenir vers ceux qui étaient ses compagnons d'armes, mais il n'avait pu se raisonner. Yuya était devenue, et à juste titre d'ailleurs, la personne la plus chère à son cœur. C'était grâce à elle qu'il était devenu un homme meilleur, se surpassant à chacun de ses combats et faisant de lui le combattant le plus fort de ce monde. Il n'était plus seul. Comment se résoudre alors à se faire passer pour mort et ne jamais revenir ?
Après trois ans d'absence il était finalement réapparu, guidé par sa voix et l'écho de son sabre.
Sans même qu'il ne s'en rende compte Kyo était parvenu à la maisonnette de Yuya. Pourquoi être venu jusque là ? Même si au fond de lui il connaissait la réponse cela ne servait à rien de l'admettre. Il balaya du regard les horizons puis préféra faire demi-tour quand il entendit un coup de feu puis une voix familière. Sans doute s'agissait-il de la planche à pain pourchassant une tête mise à prix. Un sourire étira ses lèvres. Si elle était capable de courir après un malfrat c'est qu'elle devait aller bien.
Soudain il y eut un autre coup de feu suivit d'un cri. Plus qu'un cri c'était un hurlement de terreur. Sans prendre la peine de réfléchir, Kyo serra son tenrô et se lança à la recherche de la chasseuse de prime.
Il la trouva rapidement et son cœur rata un battement.
- Espèce d'idiote, tu croyais pouvoir me tuer ? Tu pensais réussir à m'avoir, moi le grand Ergo ? Vociféra l'adversaire de Yuya.
Blessé à la jambe après avoir reçu une balle, cela n'empêchait pourtant pas l'homme de tenir la jeune fille à la gorge au dessus d'un profond ravin prêt à se débarrasser d'elle.
Yuya peinait à respirer. Elle sentait la vie la quitter. L'entaille à son ventre la faisait souffrir, le liquide rouge s'écoulant le long de ses jambes. Bon sang, qu'est ce qui lui avait pris de partir à la chasse après avoir si peu mangé ? Elle aurait dû se reposer quelques jours. Elle se savait bien trop faible pour ce genre de tâche mais elle avait eu besoin de faire quelque chose qui l'empêche de penser à Kyo. Bravo, c'était réussi. Elle allait s'en doute périr par la main de cet homme. Elle ne reverrait jamais Kyo. Ergo allait la lâcher au fond du précipice sans aucune chance de survie.
La jeune fille sentit la main de son tortionnaire relâcher légèrement la pression. Elle ouvrit tant bien que mal les yeux remarquant qu'il ne la regardait pas bien trop occupé à observer quelque chose qui avait attiré son attention. Elle vit son visage se décomposer jusqu'au moment où elle entendit SA voix. Elle l'aurait reconnu entre mille et comprit alors pourquoi sa mise à prix était si terrorisée.
-K… Kyo aux yeux…de démon. Bégaya Ergo.
La rage émanait du démon, tension presque palpable, ses yeux lançaient des éclairs et sa main serrait si fort son katana qu'il aurait pu le briser.
-Tu vas payer. Grogna-t-il à l'adresse de l'étranger. Je ne te pardonnerai jamais.
-K…Kyo. Réussit à articuler Yuya.
Sans perdre un instant, le démon se jeta en avant prêt à découper en deux cet insecte répugnant qui avait osé blesser sa précieuse planche à pain, mais pris de panique, Ergo lâcha Yuya avant de prendre ses jambes à son cou devant la fureur de l'enfant démon.
Aucun son ne sortit de la bouche de Yuya quand elle sentit son corps chuter au fond du ravin. S'en était fini d'elle. Kyo était finalement revenu et avait même tenté de la sauver. Mais elle allait s'écraser dans ce gouffre qui serait à tout jamais son tombeau.
« Adieu Kyo…je t'aime...» eut-elle le temps de penser avant que ses yeux ne se ferment à tout jamais.
