Toujours cachée sous les traits de la femme qu'elle avait pourtant perçue comme une véritable menace la première fois qu'elles s'étaient rencontrées, sous le porche de son imposante demeure, au 108 Mifflin Street, après la fugue aussi puérile que surprenante de son fils adoptif de Storybrooke à Boston, Regina, apparut, au sein d'un énième nuage de fumée colorée, au cœur de l'ancienne mairie.
Son regard se promena longuement sur les murs sombres de ce bureau qu'elle avait chéri pendant bien des années, du haut de son statut privilégié de maire. Les yeux au bord des larmes après une séparation plutôt brusque avec la femme qu'elle portait, dans le plus grand secret, dans son cœur depuis bien plus longtemps qu'elle ne voulait bien se l'avouer, elle fixa son reflet nouveau dans le miroir, releva ses cheveux blonds et fins en une vulgaire queue de cheval, s'observa longuement, comme pour s'habituer à son image si singulière, et secoua la tête de bas en haut, plus que jamais résolue à affronter son destin, sans une seule fois prendre le temps d'exposer son plan à quiconque.
Même si elle le savait définitivement envolé de sa prison dorée après s'être rallié, dans l'ombre des bons, à la cause cruelle de la Snow Queen afin de se libérer une bonne fois pour toute de ses chaînes infernales, Regina espérait de tout son cœur voir apparaître le visage familier de son acolyte d'antan, le génie des mille et une nuit, plus connu sous les nom et prénom de Sidney Glass, dans le seul objectif d'être un minimum réconfortée sur les conséquences effroyables de sa périlleuse prise de position. Mais, se sachant entièrement responsable de cet affrontement quasi-immédiat entre les forces du bien et du mal, elle n'avait pas d'autres choix que de s'engager elle-même contre les maléfices terribles de son alter-ego. Elle voyait en cet acte de bravoure le point culminant de son incroyable rédemption. À défaut de ne pas avoir réussi à convaincre de sa bonne foi les habitants de Storybrooke par le passé, et cela en dépit de ses innombrables tentatives, elle se plaisait à penser que ce sacrifice ultime pouvait avoir bon nombre de répercutions sur sa réputation, de quoi rassurer le pauvre Henry, bientôt orphelin, qui croyait en elle comme personne depuis l'instant où les choses s'étaient, comme par miracle, arrangées entre eux malgré les nombreuses difficultés rencontrées.
Prenant son courage à deux mains malgré l'intense effroi qui grandissait en son âme et conscience au creux de ce cœur contusionné qu'elle avait délibérément choisi de blanchir de toute noirceur en y effaçant toute trace de ce qu'elle avait été autrefois sans même réfléchir aux risques éventuels qu'un tel sort pouvait bien représenter, pour elle-même comme pour la communauté toute entière de l'Enchanted Forest, Regina emprunta en deux temps trois mouvements la direction de la sortie, sans même utiliser la moindre forme de magie, espérant ainsi économiser ses forces pour la suite des évènements – même si elle en connaissait d'ores et déjà le seul et unique dénouement recevable.
Les poings serrés avec vivacité le long de la veste en cuir fétiche de la farouche Emma, elle fut brusquement interrompue dans sa démarche par une Zelena plus ingénieuse que jamais.
– Qu'est-ce que tu mijotes, Sis'?, la questionna-t-elle de nulle-part, les bras croisés sur la poitrine.
La concernée s'immobilisa et sentit son sang ne faire qu'un tour. Sans attendre, sa sœur aînée, laissant balancer sa chevelure incendiaire sur son dos nu et pâle, se plaça face à elle, les sourcils froncés en signe d'incompréhension. Son nouveau né endormi au coin du feu, elle gardait une voix douce et posée, malgré le fait que tout chez elle laissait transparaître l'inquiétude qui la dévorait.
– Si tu espères sans doute piéger les autres avec un tel accoutrement, je veux bien le comprendre, reprit-t-elle. Mais, peu importe l'apparence que tu peux bien prendre, surtout grâce aux bienfaits de cette gracieuse magie que nous partageons par nos seuls gênes, je te reconnaîtrais toujours, Regina.
La blonde leva ses yeux exceptionnellement bleu / vert en direction de ceux de Zelena et sourit.
– Fais-moi confiance, dit-elle tout simplement, pour répondre à toutes ses interrogations enfouies.
Comme si de rien n'était, Regina la contourna et poursuivit son chemin, le cœur encore plus pesant que la minute précédente. Elle ferma les yeux un court instant et se résolut à se retourner, pour enlacer, une dernière fois, la seule personne au monde avec laquelle elle partageait encore ce que le commun des mortels appelait, sans en connaître la véritable signification, les liens du sang.
Regina prit la fuite par la suite, sans même tourner une nouvelle fois le regard vers ce qu'elle laissait derrière elle. Zelena, ne comprenant que bien tard ce qui venait de se passer sous ses yeux ébahis, resta un long moment sur place, observant avec attention le cadeau que sa sœur lui avait laissé au creux de ses doigts fins: les clefs de ce mausolée dont elle lui avait si longtemps interdit l'accès.
Une fois à l'extérieur de la mairie, Regina, quant à elle, inspira profondément et promena d'emblée ses yeux clairs le long du trottoir à la recherche de l'ignoble coccinelle jaune de sa merveilleuse complice.
– Toujours aussi laide..., rechigna-t-elle, en l'apercevant enfin parmi une multitude de modèles un peu plus modernes que la carcasse usagée de son amie. Tout le contraire de sa propriétaire...
Lorsqu'elle arriva à la place du clocher, la nuit venait tout juste de tomber sur le fil de l'horizon. Le soldat de la reine était déjà présent sur les lieux, les bras croisés sous son capuchon sombre. Son épée lunaire, solidement retenue par des mains, presque inhumaines, de fer et de flammes, brillait de mille feux sous les quelques rares lampadaires de la ville. Son identité demeurant, quant à elle, toujours sous réserve, Regina implora les dieux anciens pour ne pas mourir sous les coups d'un ami. Pour tout ce qu'elle en savait, cela pouvait tout bonnement être n'importe qui, son fils chéri compris.
Comme pour contredire au plus vite ses pensées les plus sinistres, David Nolan et sa bienheureuse épouse, la reine Snow White, bondirent à ses côtés, tous deux accompagnés de l'enfant prodigue.
De nature pourtant extravertie dans ses plus beaux jours, Henry eut le curieux réflexe de se positionner quelque peu en retrait, comme saisi par la monstruosité, pour ne pas dire triste réalité, de la situation qui se présentait dès lors sous ses yeux encore innocents. Il n'était qu'un enfant, après tout, même s'il avait, sans doute en raison des gênes royaux qui coulaient commodément dans ses veines, le tempérament d'un chevalier des plus prometteurs. La plume magique, que the Author lui avait offert avant de s'éteindre, à la main, l'adolescent faisait de son mieux pour rester concentré sur tout ce qui l'entourait à l'instant présent. Mais son cœur pieu de petit garçon ne pouvait en aucun cas s'atteler à une tâche aussi sérieuse, surtout quand sa mère biologique y était mêlée d'aussi près.
Oubliant jusqu'à la terreur qui pouvait bien perturber le jeune prince au plus profond de son âme, les Charming entamèrent les négociations les plus insensées pour empêcher leur fille aînée de se lancer dans un combat qui risquait fort de lui être fatal, d'après ce qu'ils pensaient être ses propres visions. Regina fit toutefois de grands efforts, presque herculéens, pour ne pas dévoiler sa véritable identité. Rostam, l'équivalent perse de la chair et du sang du plus magistral des dieux grecs, pouvait être fier. S'y risquer aurait été sot: elle se refusait de mettre la véritable Emma Swan en danger de mort.
Au loin, l'Evil Queen, qui, par pur embarras, faisait jouer avec désordre les plis de sa robe virevoltante, s'impatientait. Mais peu importait, Regina ne pouvait pas entrer dans l'arène sans prendre le temps de saluer ses proches, à commencer par Snow White, la femme qu'elle avait pourtant longuement considéré comme son ennemie jurée, à la suite d'un secret brisé sans regret.
– Je dois y aller, je n'ai pas grand choix..., avoua-t-elle, dans un sourire qui se voulait convaincant.
Émue aux larmes à la simple idée de ne plus jamais voir ni la lumière du jour ni le sourire encore plus incandescent de celui qu'elle percevait encore à l'heure actuelle comme son tout petit au plus profond de son être aussi délicat que maternel, la jeune femme enlaça sans attendre les parents de son amie, pansant ainsi les plaies de son cœur autrefois meurtri par un désir incommensurable de destruction et de vengeance. Quelque part, elle venait tout juste d'enterrer, de manière tout-à-fait définitive, la hache de guerre qui avait si mûrement grandi entre eux trois pendant toutes ces années. Sans ouvrir une seule fois la bouche, Regina venait, par la même occasion, de leur confier la vie si précieuse de ce fils qu'elle estimait plus important encore que le reste de l'univers tout entier. Son corps se tourna presque machinalement vers le jeune homme qui, cherchant peut-être à imprimer à tout jamais son image si chaleureuse dans ses pupilles gémissantes, ne la quittait pas des yeux.
Elle avança sans mot dire vers Henry, contenant sa peine immense avec force et rigueur, et déposa un tendre baiser sur son front cristallin, fermant les yeux toujours plus forts pour ne pas craquer.
– Au revoir, my little prince, murmura-t-elle d'une voix mesurée, tout en ébouriffant avec malice les cheveux raides de son protégé, comme elle avait l'habitude de le faire lorsqu'il n'était rien que tous les deux, emprisonnés sous le rythme aussi inquiétant que monotone de la malédiction noire.
Le cœur de l'adolescent ne fit qu'un bond dans sa pauvre cage thoracique. Ce surnom, il n'y avait qu'une personne en ce bas monde qui avait le droit de le lui offrir avec un naturel aussi incroyable. La femme qui s'était occupée de lui depuis le jour où sa mère biologique avait pris la décision drastique de l'abandonner aux mains des services sociaux de la ville de Boston. Regina Mills.
À contrecœur, Henry choisit de ne pas prendre le risque inutile de vendre la mèche aux autres, protégeant ainsi l'ensemble de son entourage, et la ville toute entière, des foudres impitoyables de l'Evil Queen. Sa position toute particulière de nouvel auteur lui laissait présager que la rage de la reine ne pouvait se montrer qu'incontrôlable si jamais elle finissait par découvrir le poteau rose.
Faisant de son mieux pour ne pas exposer aux yeux de son ennemie les nausées pernicieuses qui naissaient au creux de son estomac fragilisé par la crainte d'être ainsi terrassée sous ses propres maléfices, Regina marcha en silence vers sa destinée. Ses cheveux blonds ondulaient d'un côté puis de l'autre de ses épaules à chacun de ses pas, mesurant son déplacement avec parcimonie. Un éclair de magie blanche naquit au cœur de ses mains de neige. Une épée de renom venait d'y apparaître, celle-là même avec laquelle le prince Charming se battait avec tant d'ardeur, il fut un temps.
L'Evil Queen apparut à ses côtés, la faisant sursauter en dépit de son soudain élan de confiance.
– « Puisse le sort vous être favorable », miss Swan..., grogna-t-elle dans un sourire machiavélique, visiblement fière de glisser une référence connue de tous dans son discours. J'ai hâte de voir avec quelle ardeur vos poignets fins peuvent flatter l'épée turgescente de mon plus puissant mage noir.
Agressée des plus violemment dans les profondeurs abyssales de son imagination, Regina ferma une nouvelle fois les yeux et se jeta dans la fosse aux lions. Autour d'elle, des flammes la séparaient des siens, comme pour l'éloigner davantage de toute forme de sécurité. Lions orientaux et serpents divers dansaient près d'elle, prêts à lui sauter au cou à tout moment pour n'en faire qu'une bouchée.
– Que diable ai-je fait?!, pensa-t-elle tout haut, à deux doigts de céder à la crise de panique.
L'obscur soldat s'approcha de son corps frêle. Ses pieds ne touchaient pas une seule fois le sol, comme par enchantement. Son cœur à la main, l'Evil Queen riait à gorge déployée. Tout dans son comportement laissait deviner qu'elle lui ordonnait tous ces faits et gestes depuis son trône de fer, nonchalamment hérissé sur la plus haute tour de la ville, au niveau même de l'horloge de la librairie.
Regina choisit d'ignorer tous les artifices magiques que son alter-ego avait érigé autour d'elle et fonça droit sur le troufion, bien consciente que son corps chétif ne valait pas le quart de son poids.
Elle brandit son épée dans les airs et transperça avec brutalité le vil thaumaturge de haut en bas. Elle fut surprise de constater que son attaque n'eut pas le moindre effet sur lui. Seule sa capuche s'était renversée, dévoilant des boucles brunes et épaisses et une peau mate comme les sables d'Orient.
N'hésitant pas une seule seconde avant de profiter de la surprise de son ennemie toute désignée pour la contrer, le roi des voleurs, contrôlé avec soin par le Sheitan en personne, dans ses traits les plus exquis et les plus féminins, enlisa la pointe d'argent de son glaive dans les côtes de la Sauveuse.
Regina porta illico presto sa main à sa blessure, encore sous le choc de se voir ainsi vaincue. David courut à ses côtés et l'enlaça avec une tendresse infinie, ignorant jusqu'à la présence de l'oriental.
– Je suis là, ma fille, dit-il avec sagesse. Je suis près de toi, ne t'en fais pas. Tu n'es pas seule.
La jeune femme prit son apparence véritable, laissant de côté sa chevelure dorée pour quelque chose de plus sombre. Le sourire qui grandissait le long de ses lèvres empourprées en disait long. Les craintes qui la dévoraient auparavant s'étaient envolées, à présent. Son cœur n'était plus que fierté.
L'Evil Queen poussa un cri de terreur du haut de son piédestal, faisant naître une nouvelle série de grondements dans le ciel déjà bien assez énigmatique comme cela. Luttant avec détermination contre l'emprise de la mort elle-même, elle réduit le cœur d'Aladdin en poussière, condamnant à tout jamais l'empire d'Agrabah. Son flanc ensanglanté sous ses vêtements épais, elle s'effondra, inerte.
Sous les yeux médusés de son fils et ses aînés, Regina rendit elle aussi son dernier souffle.
Maudissez-moi, ô lecteurs! J'ai osé donné la mort à l'un des personnages qui, pour être tout-à-fait honnête, sauve notre série chérie, depuis plusieurs saisons maintenant, au niveau qualitatif notamment... Je mérite sans doute un nombre incalculable de coups de fouets pour me punir de mon hérésie! Sachez toutefois que je vous donne malgré tout rendez-vous d'ici quelque temps pour le troisième chapitre de cette Fanfiction, le dernier de ce récit si délicieusement inspiré des pensées et théories de ma chère et tendre. Il se peut qu'entre temps, je vous offre un One Shot sur la série Lost Girl, entre deux mises-à-jour. S'il y a des intéressés, je vous dis à tout bientôt. Bisous, tout de même, à toutes et à tous.
