Et voilà la suite !

Un immense merci aux gens qui ont pris la peine de laisser une review sur le premier chapitre, donc, merci à : Elie Bluebell, NuwielNew, Clélia Kerlais, marianclea, Sama-66

Sur ce : bonne lecture ! :D


La première chose que John perçut fut des bip stridents et rythmiques qui percèrent le voile de son sommeil. Il grimaça en revenant peu à peu à lui. Il ouvrit les yeux et tomba nez à nez avec un plafond blafard où brillait un néon tout aussi blafard. Puis ce furent les sensations de son corps qui lui parvinrent : il était allongé sur un lit étroit, une couverture remontée jusqu'à son torse nu. La canule nasale le démangeait. Son bras gauche était replié contre sa poitrine, son épaule enveloppée dans un bandage serré tandis que son bras droit était piqué par une perfusion.

Que ?...

Désorienté, seul, groggy par les anti-douleurs, troublé par ce qu'il venait de vivre : la fusillade, la rencontre entre l'ange et le démon, il était perdu et peinait à discerner la réalité du rêve. Il tourna la tête vers la gauche, faisant craquer ses cervicales. Il vit un moniteur cardiaque qui émettait ses bips agaçants puis, par la fenêtre, il vit un ciel bleu pâle qui s'obscurcissait. C'était la fin de la journée. Il était à l'hôpital...

- Bon sang, j'ai dormi combien de temps ?!

Sa voix rauque résonna doucement dans la chambre d'hôpital vide.

- Un bon moment ! lui répondit un baryton profond sur sa droite.

John tourna vivement la tête dans la direction de la voix et son regard tomba sur un homme enveloppé dans un grand manteau noir. Son visage allongé et ses yeux gris en amande titillaient la mémoire de John sans qu'il parvienne à mettre le doigt sur ce qui lui semblait familier. Une lueur étrange brillait dans son regard clair : mélange d'intelligence, d'inquiétude, de supériorité et de quelque chose d'autre qui lui donnait un frisson d'excitation... Il fronça les sourcils lorsque son œil fut attiré par un mouvement presque indistinct derrière l'homme qui le fixait attentivement.

- Comment te sens-tu ? reprit la voix et John cligna des yeux, brusquement tiré hors de ses pensées tumultueuses et décousues.

Il vit les lèvres rosées et pulpeuses remuer doucement pour former les mots tandis qu'une ombre bougeait derrière le manteau. Tout à coup, l'ombre se divisa et prit la forme de deux ailes d'onyx qui vinrent draper les flancs de son étrange interlocuteur. Ce dernier resserra ses ailes autour de lui et s'en enveloppa des épaules jusqu'aux chevilles tout en soutenant le regard bleu de John. Les bips du moniteur cardiaque s'accélérèrent tandis que John passait une langue nerveuse sur ses lèvres sèches

Voilà que je me mets à entendre des voix et à voir des trucs bizarres ! pensa-t-il.

Comme s'il avait lu dans son esprit, le baryton murmura d'un ton ennuyé :

- John, tu n'es pas en train de devenir fou : je suis bien réel.

- Qui êtes-vous ? Que faites-vous là ? Qu'est-ce que vous me voulez ? questionna John qui s'efforçait de respirer profondément pour rester calme.

L'apparition soupira et avança d'un pas. John se tendit, sur le qui-vive. Il aurait donné beaucoup pour pouvoir se mettre debout au lieu d'être cloué sur un lit d'hôpital ! Voyant le regard méfiant du blessé, les yeux gris se teintèrent de tristesse avant de retrouver leur neutralité et un frisson parcourut le soldat, réveillant une douleur sourde dans son épaule mutilée.

- Du calme John, tu vas empirer ta blessure.

- Qui. Êtes. Vous ? répéta le médecin militaire blessé en détachant chaque mot.

L'inconnu leva une longue main pâle et la posa délicatement sur son front puis, il caressa les mèches blondes. Cependant, John ne ressentit rien si ce n'est une impression de chaleur comme si une brise soufflait doucement... ce contact n'avait absolument rien d'humain !

- John... je t'observe depuis que tu es en Afghanistan et on s'est déjà vu. Je sais que ton esprit est limité et que tu es blessé mais une balle dans l'épaule n'est pas censé te rendre amnésique.

John ferma brièvement les yeux, un visage pâle encadré par des boucles et des ailes de charbon apparu sur l'écran de ses paupières closes.

- Sherlock ? appela-t-il d'un ton hésitant en rouvrant les yeux pour les fixer sur le visage à sa droite.

La chaleur du contact immatériel de la main blanche dévia sur sa joue puis sur son épaule indemne.

- Brillant, John !

Le ton était moqueur mais doux.

- Mais...

John ne put finir sa phrase car un homme entra dans la chambre, vêtu d'une blouse blanche, les cheveux grisonnants sur les tempes, un stéthoscope pendant autour de son cou.

- Ravi de voir que vous vous êtes enfin réveillé, Dr Watson, je suis le Dr Witney ! dit-il chaleureusement, ses yeux verts braqués sur John.

- Euh... moi aussi, répondit pitoyablement le blessé, l'oreille distraite par le ricanement moqueur de Sherlock qui posa sa main dans ses cheveux dorés.

John sentit la chaleur se répandre sur son cuir chevelu sans qu'il puisse sentir la forme solide des doigts de Sherlock. Il regarda le docteur qui ne sembla pas remarquer la présence incongrue près de son lit et John ne s'étonna même pas que le médecin ne voie pas Sherlock...

Le docteur s'avança et pris ses constantes tout en parlant d'une voix douce et rassurante. A en juger par ses gestes doux et experts et le timbre de sa voix, Il était clair pour John que cet homme adorait son travail :

- Ça fait 5 jours que vous êtes ici. Ce sont les renforts qui vous ont retrouvé vous, et 3 autres survivants de votre unité. La balle que vous avez reçu a effleuré l'artère sous-clavière et a déchiré votre muscle. Vous avez perdu beaucoup de sang. Vous avez eu de la chance : quelques minutes de plus et on aurait rien pu faire. Vous n'aurez pas de séquelles, si ce n'est que votre bras gauche aura une mobilité un peu plus réduite que l'autre et, que vous serez plus enclin à des déchirures musculaires.

John assimila les propos du médecin d'une oreille distraite : lui aussi était docteur ! Il savait tout ça ! Son attention était tournée vers la présence de Sherlock près de lui qui affichait un sourire narquois, un brin ennuyé et supérieur tandis que le docteur Witney débranchait le moniteur cardiaque et lui retirait la canule des narines.

Les questions se bousculaient dans son esprit confus. C'est à peine s'il murmura un vague merci à l'homme au yeux verts souriants lorsque ce dernier partit en lui souhaitant une bonne nuit et en l'informant qu'une infirmière viendrait demain matin...

- Un homme jovial, bien sous tout rapports, du moins, en apparence car, lorsqu'on cumule 4 maîtresses alors qu'on est marié, on ne pas dire qu'on soit un mari modèle...

John cligna des yeux, sentant la migraine arriver.

- Comment vous savez tout ça ?

- La marque de son alliance est encore visible sur son doigt. Monsieur l'a enlevée car il s'apprête à passer la soirée avec une autre femme que la sienne. J'ai également pu sentir 5 parfums féminins différents, dont un est légèrement plus fort que les autres, sans doute celui de sa femme. Bien que très faibles et pour ainsi dire quasiment indétectables, ils ne m'ont pas échappés, fit Sherlock qui avait croisé les bras sur sa poitrine durant sa tirade, son ego semblant se rengorger à chaque mot qu'il prononçait.

-... c'est... woh ! fit John.

Sherlock haussa un sourcil tandis que ses ailes frémissaient autour de lui.

- Sincèrement, ajouta le soldat alité.

L'individu ailé ne répondit pas mais ses plumes frissonnèrent avec plus de force.

Apparemment le commentaire de John, quoi que peu constructif ne le laissait pas indifférent. Le soldat alité inspira profondément le temps de rassembler toutes ses pensées disparates

– Vous avez des ailes comme les personnages bibliques sur les vitraux des églises. Vous êtes vraiment... un ange ? Et, tant que j'y suis : pourquoi vous êtes là ? Pourquoi suis-je le seul à vous voir ?

Sherlock ne prononça pas un mot, laissant le silence planer sur la chambre. John sentait toujours sa présence près de lui même si Sherlock était aussi immobile qu'une statue... Une statue qui venait de se matérialiser avec une voix qui lui donnait le frisson à chacune de ses vibrations profondes. Cette voix qui avait un visage unique d'une beauté particulière, et dont les lèvres s'étaient posées sur les siennes tandis que des ailes d'os cliquetaient sinistrement derrière la cage de plumes noires protectrices...

- Ce qui s'est passé avec... la chose que vous avez appelé Moriarty... C'était vrai ? Il a aussi dit que vous étiez un ange noir... qu'est-ce que ça signifie ?

John attendit une réponse mais Sherlock ne répondit toujours pas.

- Sherlock ? Vous m'entendez ou je parle dans le vide ?

Un soupir fut poussé :

- Tu devrais dormir, je répondrai à tes questions plus tard... et tu peux me tutoyer.

John serra les dents : il voulait une réponse !

- Sherlock, grinça-t-il, je ne comprends rien à ce qui m'arrive et la moindre des choses que vous... que tu puisses faire c'est d'arrêter de jouer au mystérieux !

Les yeux gris s'animèrent d'une lueur à la fois surprise et amusée. John eut le souffle coupé lorsque Sherlock recula de quelques pas et déploya ses ailes gigantesques dont l'envergure devait avoisiner les 6 mètres. Les plumes claquèrent comme la voile d'un bateau tandis que l'ange les agitait pour former un tourbillon de plumes autour de lui. John cligna des yeux mais le bref mouvement de ses paupières fut suffisant pour que Sherlock disparaisse de sa vue.

Les lèvres entrouvertes, John parcourut de son regard fébrile la chambre vide et silencieuse...


A suivre... :p