Nos étoiles contraires

Hello tout le monde,

Merci beaucoup pour vos reviews qui m'ont bien encouragée pour la suite. J'y réponds toujours, n'hésitez pas à vous manifester si ce n'est pas le cas !

Momo95 : comme tu n'as pas de compte –il faut remédier à ça, non ? ^^- je te réponds ici. Un grand merci d'avoir pris le temps de laisser un petit commentaire sur ton ressenti, je suis contente que ce début t'aie plu et j'espère de tout cœur que la suite ne te décevra pas ! Je ne te fais plus attendre, voici la suite :)


Judy est une lapine optimiste, pleine d'ambitions et de bonne volonté. Depuis toute petite, son rêve est de devenir policière afin de pouvoir rendre le monde meilleur. Ce rêve n'a pas changé en grandissant, malgré les obstacles sur sa route. Difficile de se faire un nom quand vous pesez 4 kilos toute mouillée. Durant sa formation, Judy a eu l'impression de faire partie des opprimés, mais elle n'a réellement compris la signification de ce mot qu'en mettant les pieds à Zootopia, la ville où les prédateurs portent des colliers à électrochoc pour pouvoir vivre main dans la main avec leurs amies les proies. Judy voit ce système d'un mauvais œil, mais pas tant que ça, elle-même ayant été violentée dans son enfance par un renard avant que celui-ci n'entre en âge de recevoir un collier. Disons qu'elle n'est plutôt guère enchantée que tout le monde soit mis dans le même sac. En dehors de ce fait, Zootopia est une ville merveilleuse aux milles quartiers différents pour que chacun se sentent chez soi, prédateurs et proies, petits et géants, animaux d'hiver et d'été. Il faut veiller sur ce beau monde et son fonctionnement. Judy veut se rendre utile…

Elle mentirait si elle disait qu'elle n'éprouvait aucune méfiance envers les prédateurs, la société actuelle a construit des préjugés bien trop ancrés en chacun pour qu'elle puisse s'en défaire aussi facilement. Elle s'efforce de faire justice malgré les œillères qu'on lui impose. Voir ce renard tout penaud, tout faible et tout perdu, avait presque été comme un déclic pour elle. Judy s'était précipitée vers lui sans même y réfléchir à deux fois, instinctivement. C'était la preuve que le système n'avait pas réussi à corrompre son altruisme sans limite. Elle n'avait pas vu Nick comme un prédateur, mais comme un citoyen requérant son aide. Voyant que les autres animaux ne considéraient pas les choses de la même façon avaient fait grandir un fort sentiment de révolte en elle.

C'est probablement pour cette raison qu'elle se retrouve désormais avec un renard qui occupe son lit, et dont elle doit prendre soin. Après avoir bu sa tisane, le monsieur s'endort –ou plutôt s'évanouit- presque paisiblement. C'est encore le matin, Judy repart travailler en le laissant là, sachant qu'elle ne va pas pouvoir respecter son quota d'amende pour la journée. Tant pis, elle a agi pour la bonne cause. Le soir, quand elle rentre, Nick n'a pas bougé, il dort encore. Elle fait broyer des légumes frais, le bruit de mixeur le réveillant moyennement, et elle lui fait boire une soupe à la paille pour lui éviter de trop se redresser. Il semble un peu trop dans le coltard pour se rendre compte de ce qu'il se passe. Le pauvre a une fièvre terrible, il a dû attraper une très mauvaise grippe, se dit-elle. A peine le laisse t-elle tranquille qu'il se rendort aussi sec.

« Bon, on dirait que tu comptes passer la nuit ici », s'amuse t-elle en observant le prédateur endormi.

Quand elle le regarde comme ça, tranquille et adorable, la lapine se demande ce qu'on leur trouve de si terrible, aux prédateurs…

Elle n'a pas de canapé dans sa toute petite pièce… tant pis, elle va devoir dormir par terre. Judy sort quelques draps de son armoire et se fait un nid pas très douillet au milieu de la pièce. La journée l'ayant épuisée, elle réussit tout de même à s'endormir.

Dans son long sommeil, Nick rêve de liberté, d'évasion, d'amitié. Finnick et lui ne se mordent pas le museau comme à leur habitude mais s'amusent comme des gosses dans la nature. C'est très puéril, mais quand il se réveille ce matin là, l'idée qui a germé dans son esprit l'est beaucoup moins. Nick se la réserve dans un petit coin de sa tête et la ressortira plus tard. Il se redresse, les yeux grands ouverts, puis porte les pattes à son cou. Non, ça, ce n'était pas un rêve. On l'a bien libéré de son collier…

Le renard a moins mauvaise mine et meilleure forme, même s'il lui faut cinq bonnes secondes pour se rappeler où il se trouve. Et pourquoi il porte les vêtements de la veille. Aussi s'est-il réveillé avant la lapine... il faut dire que 24h de sommeil d'affilé, ça aide. Profitant du silence, il se déplace vers la table de nuit et ouvre le tiroir sans faire de bruit. Il doit absolument retrouver son collier…

« C'est malpoli de fouiller. »

Même s'il ne l'a pas entendu se réveiller, Nick n'a pas l'air surpris de l'entendre parler.

« C'est l'hôpital qui se fout de la charité, et lui jette des pierres », remarque t-il tout farfouillant le tiroir avant de le refermer. Puis, il se lève du lit, se sentant un peu lourd, et s'en éloigne, « Tu m'as attiré dans ta tanière contre mon gré, je pourrais porter plainte contre toi, Carotte », ajoute t-il avec amusement en chipant quelques raisins du pot de fruits posé sur la table. La lapine se défait furieusement de ses draps au sol et se relève d'un coup.

« Quoi, t'es gonflé ! Je nierais ! », rouspète t-elle en croisant les bras sur son poitrail.

Les lèvres du prédateur esquissent un fin sourire amusé. De toute façon, Judy a l'air de trouver absurde qu'un prédateur porte plainte contre une proie, encore une preuve d'inégalité révoltante profitant à son espèce, les proies qui peuvent commettre leurs méfaits avec un certain sentiment de sécurité.

« Et face à la parole d'une proie, quelle valeur aurait la mienne ? » dit-il d'un ton trainant en jetant un coup d'œil faussement intéressé aux photos de famille de Judy, posées sur l'étagère, « Les juges renverseraient la situation et diraient que c'est moi qui t'ai séquestré chez toi. Comme tu es vivante et que tu ne portes aucune blessure, on m'accusera d'avoir abusé de toi pour rendre cette histoire plus vraisemblable », relate t-il avec la nonchalance d'un présentateur météo, avant de tourner la tête vers elle pour lui adresser un petit sourire aimable et très faux.

La lapine se trouve prise aux dépourvues par ses paroles un peu trop crues à son goût. Peut-être que ce qui la dérange est le fond de vérité qui s'en dégage.

« T'es grandement sinistre, dis donc. »

« La réalité est sinistre. Si tu ne l'as pas encore constaté, tu es soit peu observatrice, soit idiote. Quoique … tu dois être les deux en fait ! » ricane t-il en ouvrant un tiroir du bureau.

« Je ne suis pas idiote », dit-elle en serrant les poings, « je peux savoir ce que tu cherches depuis tout à l'heure ? »

« Mon collier. Six mois d'emprisonnement si un prédateur est vu sans. Je tiens au peu de liberté qu'il me reste, vois-tu. »

Miss Hopps tape du pied.

« Je t'ai aidé et toi tu comptes t'en aller sans demander ton reste, et après m'avoir traitée d'idiote ! »

Le renard lève les yeux au ciel et s'approche enfin d'elle, plus blasé tu meurs.

« Ecoute, Carotte. Je réalise parfaitement l'ampleur de ta bravoure d'avoir accueilli un prédateur sans collier sous ton toit. Vraiment. Sauf que je ne t'ai rien demandé. Je ne sais pas ce que tu cherches à prouver, mais laisse-moi en dehors de tes plans. J'ai une tonne de boulot à rattraper et un fils à nourrir. »

Sur ces mots, Nick tend finalement la patte vers la lapine en affichant un air patient. C'est probablement méchant à penser, mais Judy se dit qu'elle le préférait un peu plus… malade.

« Mon collier… s'il-te-plait ? », il termine sa demande par un fin sourire en coin charmeur, accueilli par un soupir irrité de l'agent.

Elle ne peut pas le faire poireauter alors qu'il a un fils, cet argument est d'or ! La lapine se dirige vers l'armoire, sort sa ceinture de police dans laquelle elle avait accroché le collier. Puis, elle l'en décroche et dépose l'objet requis dans la patte du renard avec un petit air adorablement boudeur, les oreilles basses. Bon sang, comme elle est craquante en pyjama… heureusement que Nick est naturellement flegmatique.

« Ne fais pas cette tête ma mignonne, je te suis au moins reconnaissant d'avoir accordé un peu de répit à mon cou »

Autrement dit, il ne lui est absolument pas reconnaissant du reste. Nick tient l'objet à deux mains et l'approche de sa propre gorge, la mine soudainement assombrie. La lapine cligne des yeux, sa truffe bougeant légèrement de curiosité en le regardant. Elle est peut-être un peu stupide en effet, elle n'a pas su lire entre les paroles de Nick. N'a t-il pas clairement fait savoir que la situation des prédateurs est révoltante ? Si on repense chiffre, il y a 90% de proie, mais c'est pourtant 80% de prédateurs qui peuplent les prisons. Combien de fois un prédateur rejetant la faute sur une proie a été tourné en ridicule ? Combien de fois leur parole a été réfutée face aux plus faibles ? Beaucoup de faits sont alarmants. Et il y a ces colliers, ces colliers qui ne suffisent même pas à apporter la confiance, au contraire ! Ils creusent les inégalités en oppressant les prédateurs pour donner le pouvoir aux proies.

Plus que quelques secondes avant que Nick ne redevienne qu'un vulgaire prédateur en cage… 3…2…1… un cliquetis se fait entendre, et même si un poids est revenu sur le cœur du renard, il se dit que ce n'était pas si difficile, après tout.

« Voilà, tout est en ordre », dit-il avec un rictus arrogant où Judy perçoit un brin de nostalgie. « Au revoir, Carotte. »

La lapine se réveille soudainement, tandis qu'il la dépasse pour sortir.

« Non mais… attends ! As-tu vraiment un fils ? Je t'ai demandé si je pouvais t'amener à ta famille ! Tu m'as dit non et tu n'as même pas voulu prévenir qui que ce soit de ton état. »

Ok, c'est effectivement louche. Nick se retourne vers elle.

« Je t'ai peut-être dit ça pour que tu me rendes mon collier… », reconnait-il avec un fin sourire en coin roublard.

« Oui, et de rien, d'ailleurs ! », ironise la lapine en portant ses poings serrés à ses hanches.

En évoquant le passé, Judy a réveillé d'autres souvenirs de la veille chez Nick. Elle l'a… nourri non ? Il a bien bu de la soupe aux légumes ? Et cette corbeille de fruits était vide quand il est arrivé… avait-elle fait les courses pendant sa convalescence ? Est-ce qu'elle a fait tout ça pour lui ? Nick fronce légèrement les sourcils en la regardant, peu certain qu'il ne l'ait pas rêvé aussi.

« Est-ce que tu m'as fait boire de la soupe, hier ? », demande t-il soudainement, peu soucieux de passer du coq à l'âne.

« Rappelle-moi de l'empoisonner, la prochaine fois que je me donne cette peine », rale t-elle, mais Nick ne lui en tient pas rigueur. Ainsi donc, ce n'était pas un rêve, ça.

Elle l'a libéré de son collier, l'a nourri sans avoir peur de lui, sans craindre qu'il ne la dévore dans la nuit… Jamais aucune proie ne l'a traité avec autant d'égard, comme un égal, alors qu'ils ne se connaissent même pas... Même s'il essaie d'afficher le masque de l'indifférence, ses oreilles légèrement baissées trahissent sa reconnaissance et son doute. Est-ce qu'il doit sortir de la vie de cette lapine si peu commune, si tolérante, sans un regard en arrière ? Elle n'est pas comme ces crétins d'idéalistes après tout, elle ne se contente pas de prêcher la bonne parole, elle agit. Elle a agi. Nick fait un pas vers elle, hésitant toujours, peut-être est-ce le moment de dire quelque chose de bienveillant, un réel remerciement ? Judy l'observe curieusement tout d'un coup. Puis, le fin observateur ramène son regard sur la ceinture que la lapine a posé sur la table, plus particulièrement à l'autre objet qui y est accroché. Nick l'avait remarqué sans vraiment l'observer et il se souvient, vraiment. C'est un répulsif à renard. Pas étonnant qu'elle n'avait pas peur de lui… Bon sang, était-il vraiment à deux doigts d'espérer ? N'importe quoi ! Judy voit la déception sur son visage et regarde dans la même direction que lui. Zut !

« Nick, écoute… » tente t-elle de se justifier.

« C'est bon, Carotte. T'es juste plus maligne que je ne l'avais cru. Merci pour la soupe. »

Les gens malhonnêtes, comme elle et comme lui, sont toujours plus malins que la moyenne. Il se détourne et ouvre la porte d'entrée.

« Et bon courage. Il va t'en falloir, toi qui ne sera jamais une vraie flic », dit-il en guise d'au revoir.

Déboussolée, la lapine hésite à se lancer à sa suite pour lui expliquer, pour lui faire comprendre. Pourquoi a t-elle tant l'impression d'avoir fait une erreur ? Pourquoi la situation de ce prédateur lui importe tant ? Il y a quelque chose chez lui qui l'a touchée, et la touche encore...