Je suis très agréablement surprise de voir comment a été accueilli le premier chapitre de ce two-shot :D Merci beaucoup d'avoir tenté l'aventure !

Je vous laisse maintenant découvrir la suite ;)

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Sur la terre comme au ciel

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Terre

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Mise au point

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La route fut longue pour aller jusqu'au QG des hommes de lettre. Gabriel n'habitait pas à côté et ses ailes n'étaient pas assez reconstituées pour voler, encore moins avec un passager. Ils y allèrent en voiture sous la direction de Castiel qui s'assombrissait à chaque arrêt pour nourrir et reposer son faible corps humain. De son côté, Gabriel avait de moins en moins besoin d'entretenir son vaisseau, sa Grâce n'étant plus bridée, elle reprenait lentement des forces et recommençait à se répandre à l'intérieur de son corps en s'occupant de ses besoins vitaux. Il allait tout doucement retrouver son statut Archangélique. Encore un an, peut-être, pour récupérer l'entièreté de ses pouvoirs.

En cours de route, Castiel essaya plusieurs fois de joindre Dean avec son portable, sans succès. Quand ils arrivèrent devant le bunker, Gabriel siffla d'admiration.

- Sans blague, quand cet ange roule les autres dans la farine, il le fait pas à moitié ! Je suis presque admiratif ! Ce bunker est totalement hermétique Cassi, comment tu as pu croire que tu pourrais te faire repérer là-dedans ?

- Dean et l'ange semblaient en être persuadés.

- Dean s'est fait pigeonner, tout autant que toi. Moi je dis que cet ange mériterait un oscar ! J'ai vraiment hâte de savoir qui c'est !

Castiel arriva devant la porte et la poussa. Le battant s'ouvrit sans hésitation.

- « Toi qui entre ici, abandonne toute espoir », cita Gabriel en sortant une sucette de sa poche. Entrons dans la gueule du loup, mon lapin !

Les deux anges pénétrèrent dans le bâtiment avec précaution. L'un était désormais mortel, l'autre toujours à demi et aucun des deux ne souhaitaient mourir d'une balle perdue.

Toutefois, aucun coup de feu ne les accueillis, quant à savoir si c'était bon signe ou non...

- Passe devant, j'suis même pas censé être vivant moi.

Castiel accepta et s'enfonça dans le bunker suivit par un Gabriel qui força un léger voile d'indifférence sur lui à l'aide de ses ailes maigrelettes.

Dean et Sam étaient en plein déjeuner dans la cuisine.

- Castiel, s'écria Dean fortement surpris.

Le chasseur était heureux et étonné, mais surtout un brin inquiet de la réaction d'Ézéchiel devant celui qu'il lui avait expressément demandé d'éloigner. Il aurait sûrement dû désobéir à l'ange et répondre au téléphone quand Castiel l'avait appelé...

- Ça fait plaisir de te revoir, le salua Sam avec un grand sourire. Tu te sens prêt à venir habiter avec nous cette fois ?

Le mensonge, Castiel s'en souvenait. Dean avait fait croire à son frère qu'il ne se sentait pas à l'aise au bunker. C'était faux. C'était même tout l'inverse. Il aurait adoré y rester, aidé les frères autant que possible tout en restant à côté d'eux et en se sentant protégé. Avoir un foyer. A la place il avait été renvoyé, énième trahison d'une longue liste entre lui et son protégé.

- Cas', commença Dean avec gêne. Je croyais que tu...

- Qui es-tu ? demanda l'ange en occultant la douleur de revoir le chasseur pour se tourner vers Sam.

- Tu es sûr que ça va Castiel ? s'inquiéta-t-il. C'est moi, Sam. Le frère de Dean.

Castiel s'approcha à grandes enjambées et pointa la lame de son épée angélique sous le menton de Sam, le choquant lui et Dean.

Les yeux du cadet Winchester s'illuminèrent et le corps changea de conducteur.

- Je suis Ézéchiel, annonça l'ange. Vous nous mettez tous en danger en étant ici.

- T'as changé Zéchy dis-moi, lâcha Gabriel en apparaissant clairement. C'est marrant, on dirait que tes ailes ont sacrément morflé !

- C'est à cause de la chute.

- Ça, une chute au beau milieu d'un volcan actif, ça ne m'étonne pas que tes ailes aient l'air aussi déplumées. Il faisait pas trop chaud ? demanda l'Archange avec une fausse naïveté.

- Qui es-tu ? grinça l'ange inconnu sans perdre son assurance malgré l'épée de Castiel toujours sur lui.

- Un informateur.

- Je peux savoir ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'il fiche ici celui-là ? s'énerva Dean en pointant Gabriel.

Le faux Ézéchiel profita de la seconde de distraction offerte par Dean pour s'échapper de la lame de Castiel et sortir la sienne en défense.

- Je souhaite simplement aider ton frère, argua l'ange en regardant Dean avec sincérité.

- Il ment, le contra Castiel.

- Je ne suis peut-être pas Ézéchiel et alors ? C'est tout de même grâce à moi si Sam est encore en vie !

- Alors pourquoi as-tu menti ? gronda l'ange brun.

Le visage de Sam se ferma et l'ange à l'intérieur se mit sur ses gardes.

- J'ai juste voulu aider un humain, se défendit-il.

- A mon avis, il n'était pas très apprécié chez nous, proposa Gabriel en s'avançant. Je me demande... Tous les anges se sont fait renvoyer du Paradis ? Absolument tous ? Même ceux qui étaient sous les verrous ? Touché, murmura-t-il avec satisfaction en voyant la Grâce de l'ange frémir.

Pseudo-Ézéchiel fit un pas en arrière, prêt à défendre sa peau.

- Je n'y retournerai pas ! gronda-t-il férocement.

- J'ai laissé un criminel pendre possession de mon frère, s'étrangla Dean.

- Oh, criminel est un bien grand mot, soupira Gabriel l'air soudain très fatigué. Bouc-émissaire conviendrait mieux. Il était là au mauvais endroit au mauvais moment.

- Tu sais qui c'est, constata Castiel.

- Ouaip et vous pouvez ranger vos armes. C'est pas un méchant, juste un pauvre gars qui s'est retrouvé entre le marteau et l'enclume. Mimi l'a accusé de tous les maux parce que sa tête ne lui revenait pas et qu'il n'avait pas pu retenir Luci assez longtemps pour qu'il vienne lui botter le cul. En même temps, c'est un peu le principe avec les Archanges, de simples angelots ne peuvent rien contre nous. Mais Michou a toujours été buté comme un âne et la défection de Lulu n'a rien arrangé à son caractère. Une vraie plaie depuis ce temps.

- Tu peux être plus clair ? C'est qui ce type ? A qui j'ai fait confiance bordel ! s'emporta Dean.

Gabriel se tourna vers l'ange qui le regardait en implorant sa pitié du regard.

- Je vous présente Gadreel, ancien gardien du jardin d'Eden. Celui qui a laissé Lucifer mettre le boxons et refiler le fruit de la sagesse à Eve ! Le responsable de tous les maux du monde ! fit Gabriel d'une voix théâtrale. Enfin, ça c'est la version officielle.

- J'avais la confiance de Père, se défendit Gadreel en se servant merveilleusement bien des yeux de chiot battu de Sam. J'ai tout fait pour protéger l'Eden ! Je n'étais pas responsable !

- Tu as laissé entrer Lucifer dans le jardin, le contra Castiel, des années de bourrage de crâne remontant à la surface.

- Stop ! cria Gabriel. On range les tomahawks et on sort le calumet de la paix ! Castiel, rappelle-toi ta confrontation « glorieuse » avec Lucifer et Michel et retourne à la niche. Gadreel, j'ai vraiment rien contre toi, je pense sincèrement que tu n'aurais rien pu faire face à Luci, plaida-t-il en regardant avec pitié l'ange-martyr. Il était bien plus puissant que toi et ce qu'il s'est passé... C'était inéluctable et Père le savait. Michel n'aurait jamais du te condamner comme il l'a fait, soupira-t-il avec dépit. Par contre, nous on aimerait récupérer notre Gigantor. Après, tu peux bien te faire passer pour Ézéchiel, Cassiel ou la mère Michelle, on en a rien à cirer du moment que tu ne tues personnes ! Et encore... Va où le vent t'emporte, reste en dehors des radars et profite de la liberté ! Je peux même te donner des conseils sur des endroits sympa à visiter ou des coins discrets pour te planquer. Mais tu dois nous rendre Samsquatch.

- Sam n'est pas prêt, fit Gadreel, un peu moins sur la défensive. Si je sors, il mourra.

- Laisse-nous parler avec lui, insista Gabriel.

- Dis-moi d'abord qui tu es. Réellement.

- Moi ? Bof, pas grand monde, juste un dieu de passage. Loki, tu connais ?

- Tu mens.

- C'est un peu ce que je fais des mieux, c'est pas pour rien que je suis le dieu du mensonge, s'amusa Gabriel.

- Tu as dit « nous » en parlant les Archanges, tu appelles familièrement Saint Michel, Lucifer et Saint Raphaël et tu...

Le visage de Sam se figea, prouvant que Gadreel avait découvert le nom de son interlocuteur. Les yeux brillèrent aussitôt et Sam récupéra son corps.

- Allez Deano, t'as plus qu'à tout expliquer à Gigantor !

- M'expliquer quoi ? demanda Sam en regardant autour de lui d'un air stupéfait.

Dean grimaça mais s'exécuta. Ce fut laborieux, les excuses se mêlant confusément aux explications. Petit à petit, au fur et à mesure du récit, l'expression de Sam s'assombrit, ses yeux se durcirent et Dean ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise.

- J'étais prêt à mourir Dean, dit gravement le chasseur à la fin de son récit.

- Je voulais te sauver !

- Tu ne comprends pas ! J'étais prêt à mourir ! J'étais enfin prêt à ne plus combattre la mort comme on le fait toujours en déclenchant l'apocalypse au passage ! J'étais prêt à laisser la mort reprendre ses droits sur nous ! De quel droit as-tu pu prendre cette décision pour moi ?

- Du même droit qui t'as fait m'emmener voir un prédicateur quand les médecins me donnaient une semaine avant de mourir, répliqua froidement Dean. J'étais prêt moi aussi ce jour-là, prêt à lâcher le combat mais tu m'as forcé à vivre !

- Les choses ont changé depuis !

- Oui, c'est vrai. A l'époque nous n'avions affaire qu'à des vampires, des fantômes et des loups-garous ! A l'époque, n'importe quel autre chasseur aurait pu prendre ma place ! Toi qui aimes tant parler de justice et de responsabilité, et la nôtre dans la guerre des anges ? Dans le nombre hallucinant de démons qui parcourt notre putain de planète ! La plupart sont là à cause de nous, on le sait tous les deux ! Et toi, tu veux mourir en lâche, et ça je ne l'accepte pas ! Pas plus que je ne peux supporter l'idée que mon petit frère préfère se suicider plutôt que de vivre !

- Tu m'as arraché mon accord.

- Et toi tu m'arraches le cœur, on est quitte, répliqua Dean avec douleur en se détournant, la mâchoire et les poings serrés. Si tu veux encore te suicider, éjecte Ézéchiel ou Gadreel ou peu importe son nom et ce sera chose faite.

Dean s'en alla sur ses mots, rapidement suivi par Castiel. Sam se retrouva seul dans la cuisine avec Gabriel.

- Hé bien, siffla l'archange. Vous n'êtes pas les vaisseaux de Mimi et Luci pour rien ! Il ne vous manquait plus que le tonnerre, les éclairs et le déluge et je me serais cru revenu à la grande époque !

- Qu'est-ce que tu veux ? gronda Sam en le fusillant du regard.

- Moi ? Pas grand chose. Je suis ici en spectateur. J'envisage de faire du pop-corn. Tu les préfères au chocolat ou au caramel, Luci ?

- Je ne suis pas Lucifer.

- Ça j'avais remarqué. Dans le cas contraire Deano aurait déjà reçu ton épée de douze pieds dans le bide. Tu as toujours été un impulsif et tu n'as jamais supporté que Michel te contrarie !

- Je. Ne suis pas. Lucifer !

- Ah ? J'ai dit le contraire ? demanda innocemment Gabriel. Étonnant ! Et sinon, c'était comment la cage ? Vous êtes fightés longtemps toi et Michou ? Parce que je me souviens que ça pouvait durer des siècles quand tu étais encore au paradis !

Sam ne se retint plus et agrippa le petit homme avant de le coller contre le mur, à hauteur de visage. Gabriel trouvait ça un peu vexant d'avoir les pieds dans le vide...

- Arrête de me prendre pour ton taré de frère, grinça Sam d'une voix dangereusement basse.

- Rassure-toi Samuel, y a aucune chance, répondit Gabriel son expression amusé fondant sur son visage pour ne laisser place qu'au sérieux le plus sévère. Parce que, vois-tu, Lucifer et Michel sont hors de ma portée. Je ne peux plus les voir, les entendre ou même les sentir. Ils pourraient tout aussi bien être mort. Un peu comme Raphaël, sauf que lui est bel et bien décédé. Fini les grands frères, plus personne ! Ne reste plus que le Saint Archange Gabriel, le fuyard et le lâche mais aussi le seul à avoir su rester en vie ! En vie mais seul, sa famille déchirée qui ne demande qu'à s'envoyer les soupières à la tronche, et les trois frères avec qui il a passé les premiers milliards d'année de sa vie morts ou tout comme.

- Pourquoi tu me dis ça ? demanda Sam sans le lâcher, les yeux plissés par la suspicion.

- Parce que Dean est trop bouché et borné pour te le dire lui-même alors c'est moi qui vais m'en charger : tu es un abruti Samuel Winchester, encore plus que ton frère qui pourtant atteint des sommets, et je me demande réellement si ton âme t'a été rendu en totalité après ton passage en cage, fit Gabriel avec colère. Tu avais toute la vie devant toi, tu étais un peu mourant mais ce genre de chose peut toujours s'arranger quand on connaît l'envers du décor comme vous. Tu pouvais et peux encore tout faire y compris être heureux, un truc que vous semblez avoir du mal à accepter dans votre famille. Par les couilles de Thor ! Moi aussi je t'aurais ressuscité à la place de Dean, de force s'il le fallait ! Si je pouvais je ferais revenir Raph', Luce et Mich' ! Quitte à ce qu'ils reviennent en tant qu'humain et à m'attirer leur haine éternelle ! Sauf que je peux pas, dit-il la gorge douloureusement serrée. Raph' est mort et mes deux autres idiots sont en cage, inaccessible. Père fait bien les choses, railla-t-il avec amertume. Je sais qu'ils ont fait des conneries monstrueuses mais j'en ai rien à foutre, ce sont mes frères quelles que soient les horreurs qu'ils ont pu commettre. Je les aimerai toujours Samuel Winchester et si j'avais la moindre possibilité pour les faire revenir près de moi, ou même loin, juste les savoir vivants, les sentir vivants, je la saisirais. Ça ne veut pas dire que je leur pardonne toutes leurs conneries, c'est juste ce truc qu'on appelle l'amour Sam. Destructeur et bienfaiteur, tout et rien, illogique et évident. Ça vient du cœur et c'est le truc que tu as dû laisser derrière toi, au fond de la cage.

Sam, choqué, relâcha Gabriel qui retomba lourdement sur ses pieds. Son petit speech l'avait vidé et lui avait rappelé à quel point il se sentait seul depuis qu'il savait pour la mort de Raphaël. Seul dans sa tête, sa Grâce détachée des trois grands liens forts qui l'avaient toujours soutenus. Seul face à l'univers.

- Ne tue pas Gadreel. Malgré ce que tout le monde pense, lui compris, il n'est pas responsable de tous les malheurs de la création, fit Gabriel en sortant de la pièce, laissant Sam seul avec lui-même.

000

Assis sur le bord de son lit, Dean regardait d'un œil morne la bouteille d'alcool entre ses mains. Elle n'était qu'à moitié vide pour l'instant. Sûrement parce qu'il s'en était déjà enfilé une entière quelques minutes avant. L'alcool lui avait brûlé le gosier mais l'ivresse tardait à venir. Il devenait de plus en plus résistant.

Fait chier.

Dean s'enfila une nouvelle gorgée. La douleur restait ancrée dans sa poitrine, pulsant à chaque battement de cœur, lui donnant la nausée, le rendant malade de tristesse.

Il savait Castiel derrière la porte.

Il lui avait demandé de le laisser seul et l'ange, au lieu de simplement partir ailleurs, s'était installé à côté du battant de bois. Dean l'avait entendu faire, l'avait entendu s'asseoir à même le sol.

Du gâchis. Tout n'était que pur gâchis. Les anges, les démons, Sam, Castiel... Il avait éjecté Castiel pour garder Sam et il avait perdu les deux du même coup.

Échec et mat.

La bouteille fut vidée en trois lampées.

Dean hésita à la balancer contre un mur pour évacuer la frustration mais la lassitude l'emporta sur la colère. Il posa sagement la bouteille au sol et mit sa tête dans ses mains. Il n'avait même pas le cerveau embrouillé. Malgré l'alcool, ses sens étaient toujours aussi aiguisés et il pouvait entendre Castiel bouger et respirer derrière la porte.

Respirer, comme un mortel, s'agiter comme un humain.

Un ange déchu dont il était en partie, si ce n'était totalement, responsable de la déchéance. Et pourtant Castiel était resté près de lui, le collant aux basques, voulant à tout prix se rendre utile, jusqu'au point de non-retour et à l'humanité... Et même là, l'ange avait voulu rester à ses côtés, loyal en tout circonstance.

Dean se releva soudainement et ouvrit la porte. Il trouva Castiel assis par terre, une jambe tendue l'autre repliée, son manteau étalé autour de lui.

- Pourquoi ? demanda-t-il avec brusquerie.

Castiel fronça les sourcils. Castiel pencha la tête. Castiel avait les lèvres entre-ouvertes d'étonnement. Castiel avait toujours les mêmes yeux bleus remplis de confiance.

- Je t'ai insulté, je t'ai abandonné à la sortie du purgatoire et face à Naomie. Je t'ai jeté dehors au moment où tu avais le plus besoin de moi ! Pourquoi es-tu encore là ? Pourquoi ! Tu devrais me haïr et ne plus vouloir voir ma sale tronche ! Pourquoi Castiel ?

- Ton visage n'est pas sale.

Dean se figea. Il les sentait, ses nerfs tendus comme les cordes d'une harpe, prêt à céder.

Parce que c'était Castiel, toujours le même. Il avait chuté, était mort, avait combattu pour ses convictions, contre sa famille, avec les Winchester, mais il était toujours intrinsèquement le même. Il avait à peine changé depuis le tout début. Il avait juste ouvert les yeux et choisi un autre camp.

Dean se laissa tomber à ses cotés, les mains tremblantes sous la pression de ses nerfs à vif.

- J'aurais presque envie que tu me remettes une droite, comme cette fois-là, murmura Dean.

La douleur le prit immédiatement par surprise, tout comme la force du poing quand celui-ci rencontra son visage. Le chasseur tourna la tête et regarda Castiel avec des yeux ahuris, une main pressée sur sa joue douloureuse.

Le con avait l'air content de l'avoir frappé en plus !

- Ça va mieux ?

- Bizarrement, je crois que oui, déglutit un Dean ahuri. Ça fait mal quand même...

Castiel leva une main vers lui et prit en coupe son menton entre ses doigts. Du pouce, il effaça un filet de sang qui coulait depuis sa lèvre tranchée par ses incisives.

- Pas besoin d'un autre alors ? demanda-t-il en lâchant son menton.

- Non ça ira Cas' ! répondit rapidement Dean

- Parce que je peux recommencer.

- Vraiment non !

- D'accord, accepta Castiel avec tout de même une légère déception.

Dean fut emporté par un éclat de rire devant sa petite moue boudeuse.

- T'es pas croyable tu sais ! Et je sais toujours pas pourquoi tu me supportes encore...

- Vraiment ? demanda Castiel, le visage perplexe.

- Vraiment.

- Oh. Je pensais que tu le savais.

- Bah non. Là je nage dans le flou !

- Pourtant c'est évident.

- Pas pour moi.

- C'est parce que tu es mon ami, expliqua Castiel avec un sourire éblouissant. Pas toi ?

- Si...

Dean laissa retomber sa tête sur l'épaule de Castiel, fatigué, la pommette douloureuse, mais avec les idées plus claires. Il passa rapidement une main dans les cheveux de l'ange en remerciement. Ils sourirent.

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Sam était toujours dans la cuisine. Il ne cessait de penser à sa situation, à ce qu'il avait dit et fait. Au discours de Gabriel. A celui de son frère. Il frappa le mur de son poing, son front reposant contre son bras, ses yeux rivés sur le plâtre lézardé.

Rien de toute ça ne lui plaisait.

Il avait un ange en lui qu'il n'avait pas réellement invité, pas de son plein gré en tout cas. Son frère l'avait sauvé en échange de sa liberté d'agir et de décider. Ça lui restait en travers de la gorge. Et pourtant...

Pourtant il se souvenait de sa fuite en avant pour sauver son frère après qu'il ait été électrocuté. Il se souvenait avoir voulu le sauver envers et contre tout, contre l'avis de son frère aussi. Tout comme il avait tout fait pour essayer de le sauver de ce pacte qui lui donnait un an à vivre, alors que Dean lui-même avait accepté son sort. Ses recherches pour le ramener à la vie, les propositions de pacte faites aux démons des carrefours pour qu'on lui rende son frère. Des propositions de plus en plus désespérées. A la fin il ne demandait plus un an, plus un mois, plus une semaine, même plus une heure. Il était prêt à signer n'importe quel contrat de n'importe quel démon pour ressusciter Dean. Aucun n'avait accepté.

Qu'est-ce qui avait changé depuis ? Pourquoi n'avait-il rien fait quand son frère avait été emprisonné au purgatoire ? Pourquoi avait-il pris comme un soulagement le suicide évident que promettait la tablette des anges ? N'importe quel idiot- ce qu'il n'était pas – pouvait deviner qu'un sort pareil, qui lie une personne à des épreuves en le rendant toujours plus malade, ne pouvait se solder que d'une seule et unique façon : la mort. Dean et lui l'avaient tout de suite su, sans jamais oser le dire à voix haute. Sam s'était préparé à mourir pour sa cause à mesure que les jours passaient et que le sort le détruisait de l'intérieur. Et malgré tout, au dernier moment il avait renoncé, à cause de son frère, des larmes de celui-ci, de l'espoir qu'il lui apportait.

L'espoir.

Voila ce qu'il avait laissé à la merci de Michel et Lucifer. Ce n'était pas son cœur mais l'espoir qu'il avait abandonné derrière lui. C'était ce qui l'avait fait changer.

Il y avait eu trop.

Trop de morts, de déceptions, de désillusions. Jess, Jo, Ellen, Bobby, son père, son frère tant de fois... Il y avait eu les gens qu'il n'arrivait pas à sauver, les anges si éloignés de ce qu'il croyait, la défection de ce Dieu en qui il avait cru. Il y avait eu les blessures, les mensonges, les trahisons. L'impression d'être piétiné, broyé par son destin et ne plus savoir quand pleurer parce que trop de larmes avaient déjà été versées. Il avait vu le monde tourner trop vite, plonger toujours plus profondément dans les ténèbres aidé par ses mains tâchées de sang.

Tout s'écroulait autour de lui sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit et un long voile noire avait recouvert sa vision. Alors il avait simplement arrêté. Il avait cessé de lutter. Il avait laissé larmes et pleurs au placard, rangé l'espoir dans le tiroir à chaussette et plié ses bons sentiments pour les stocker dans le grenier de sa vie.

Il avait voulu mourir, abandonner, ne plus avoir à répondre de rien. L'avenir lui avait paru sombre, sans espoir de fin heureuse ou même de fin tout court. Il n'avait plus vu que les ténèbres et la mort, le long du chemin et au bout du parcours.

« Je ne peux supporter l'idée que mon petit frère préfère se suicider plutôt que de vivre ! »

« Ils pourraient tout aussi bien être mort. Un peu comme Raphaël, sauf que lui est bel et bien décédé. Fini les grands frères, plus personne ! »

« Tu m'arraches le cœur »

« Ne tue pas Gadreel. Malgré ce que tout le monde pense, lui compris, il n'est pas responsable de tous les malheurs de l'univers »

Ces paroles emplissaient brutalement l'esprit de Sam, le forçait à ouvrir les yeux. Il n'était pas le seul à souffrir, ni le seul à avoir un destin pourri. Dean avait vu les mêmes horreurs que lui, vécu les mêmes épreuves, Gabriel avait perdu des êtres chers et vu le pire se dérouler sous ses yeux. Castiel aussi. De même que celui qu'il abritait en lui apparemment. Que Kevin. De même que beaucoup d'autres gens. Mais lui faisait partie de ceux qui avaient baissé les bras.

Sam se laissa glisser contre le mur jusqu'au sol.

« Tu veux mourir en lâche, et ça je ne l'accepte pas ! »

Les genoux collés à son torse, il sentit les larmes coulées. Flot libérateur.

« Tu pouvais et peux encore tout faire y compris être heureux »

Son grand corps était agité de soubresaut alors qu'il sanglotait et gémissait comme un petit garçon, misérable et seul, recroquevillé sur lui-même sur le carrelage froid de la cuisine.

Il pleura longuement, sans aucune retenue. Il pleura sur son sort, sur Jess, sur tous ses amis morts et sur tout le mal que ça lui avait fait. Il pleura sur toutes les trahisons et les mensonges entre lui et son frère. Il pleura sur leur lien qui s'était effiloché pour n'être plus que de l'épaisseur d'un cheveu, celui de la génétique. Il pleura sur cette vie qu'il n'avait pas voulue, qu'il fuyait, mais qui le rattrapait, inlassablement.

Sam pleura, faisant enfin son deuil toutes les pires choses qui avaient pu lui arriver, de son enfermement dans la cage à ses peines de cœur en passant par ses regrets pour les personnes qu'il n'avait pas pu sauver.

Sam avait l'impression de s'étouffer dans ses larmes, de se noyer. La tristesse l'engloutissait, dévastant tout sur son passage comme un raz-de-marée. Il était ballotté de sanglots en hoquets, les vagues successives de pleur le projetant sur les falaises acérées de sa tristesse. Il ne respirait que par a-coup, un mince filet d'air traversant ses lèvres entre deux noyades dans son océan de peine.

Mais les tempêtes sont le prélude au calme.

Quand ce fut fini, que la mer de ses pensées redevint d'huile, Sam reprit une forte inspiration, une goulée d'air après des années d'apnée. Depuis sa sortie de la cage. Il la vécut comme un renouveau, une renaissance.

Il se sentait vide de tout. Il avait mal à la gorge, à la tête, aux épaules, mais il reprenait vie. La lumière était de nouveau là, plus éblouissante que jamais, brillante comme après une pluie de printemps. L'air qu'il respirait était frais comme il ne l'avait pas été depuis des années et les sons revenaient enfin dans leur totalité à ses oreilles.

Il n'était pas le seul à avoir souffert sur cette planète même si ses épreuves avaient été à la hauteur de son destin. Il lui restait Dean, son frère. Il y aurait toujours Dean. Il ne pouvait pas l'abandonné, seul face aux anges et aux démons. Ils étaient une équipe, la meilleure, la plus puissante, la plus imprévisible, la plus dangereuse aussi.

Il y avait Dean. Il y avait Kevin. Charlie aussi. Castiel était revenu. Garth faisait son petit bonhomme de chemin.

La vie et l'espoir existaient.

Dans son esprit, des pousses fleurirent au bord du chemin de sa vie.

Tout n'était pas désespéré.

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Les frères et les anges étaient réunis dans la salle de la carte. Sam avait encore les yeux et les joues rouges, la moitié du visage de Dean avait doublé de volume et des paquets de pop-corn étaient disposés sur la table. Il y en avait pour tous les goûts, du classique au beurre à ceux au piment, ceux enrobés de chocolat, ceux sucrés et même des spéciales mélangés à des pralines croustillantes.

Les regards déconcertés, dépités ou simplement fatigués de Sam, Dean et Castiel se tournèrent vers Gabriel.

- Juste au cas où, dit celui-ci en picorant déjà dans les boites en cartons.

Sam soupira et se tourna vers son frère, mal à l'aise.

- Il s'est passé quoi avec ta joue ? demanda-t-il avec nervosité.

- Quelqu'un m'a remis les idées en place, répondit Dean en haussant les épaules. Violent mais efficace.

Sam se frotta le visage de fatigue, grimaçant que ses mains touchèrent ses joues et ses yeux sensibles.

- Tu comptes renvoyer Gadreel ? l'interrogea Dean sans détour.

- Dean je... Je ne veux plus mourir, je veux être soigné, soupira Sam avec lassitude. Je veux réessayer d'être vivant, peut-être même heureux et... Et qu'on recommence tous les deux. Peut-être pas exactement comme avant, je ne suis plus un gosse qu'il faut materner mais...

- Mais tu ES mon petit frère Sammy, riposta immédiatement Dean. Je serai toujours sur ton dos d'une façon ou d'une autre.

Sam grimaça mais préféra ne rien ajouter... Pour le moment.

- Mais je ne veux plus de lui en... En moi, marmonna-t-il avec un frisson d'horreur.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait le pauvre Gaga ? s'offusqua Gabriel.

- Il s'est caché de moi pendant trop longtemps. Il a pris le contrôle de mon corps à plusieurs reprises et a effacé ma mémoire au moins autant de fois, le tout sans mon autorisation. Je ne veux pas me suicider mais... Pas lui.

- Et comment tu veux qu'on arrange ça ? s'exaspéra Dean. En dehors de lui, tous les autres anges veulent notre mort et sans lui, dans moins d'un mois l'intérieur de ton corps ressemblera à du chili con carne trop cuit !

- C'est toi qui m'as fait ça, à toi de trouver une solution, grand frère, répliqua Sam avec un sourire sardonique.

Dean regarda furieusement son frère. Celui-ci lui rendit calmement son regard, bras croisés et clairement déterminé à ne rien lâcher de moins ou de plus.

- Du calme les enfants. J'ai peut-être une idée, sourit Gabriel avec malice.

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- Waow ! C'est le bordel là-dedans ! Je te croyais plus organisé, Gigantor !

- Ne fouille pas, Gabriel!

- Je fouille pas, je me renseigne. Impressionnant ce mur ! Il y a quoi derrière ?

- N'y touche pas !

- Tiens, et c'est quoi ça ?

- Gabriel !

- Qui aurait pu croire que la dentelle t'allait si bien ?

- Pourquoi j'ai accepté...

- Oh ça va, y a pire que moi comme colocataire ! Deano a intérêt à bien conserver mon corps au frais par contre. J'y tiens.

- Dieu merci, je peux toujours t'éjecter de ma tête si tu abuses !

- Tu te souviens pas ? Les archanges fonctionnent un peu différemment. T'imagines si nos vaisseaux pouvaient nous éjecter à l'envi ? La honte ! Et puis c'est pas pratique pour mener une apocalypse. Sans compter que c'est pas Papa qui va te venir en aide sur ce coup, il est parti, tu te souviens ? Je pense qu'il doit pécher à la mouche, pénard, dans un coin de l'univers...

- Gabriel !

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Fin

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Je suis contente, j'ai même pu caser mon coup de gueule sur Sam qui veut se suicider (il l'aurait fait deux épisodes plus tôt j'aurais rien dit), caser le retour de Gaby et rabibocher Dean et Castiel ! :D

J'espère que ce deuxième et dernier chapitre vous aura plu )