Partie 2
« - Putain mais tu fous quoi Reita là ? Tu pourrais pas te concentrer deux secondes !? S'écria Aoi, exaspéré des fausses notes du bassiste.
Ouais, désolé ... »
C'était la douzième fois qu'ils recommençaient la chanson, et le guitariste était plus qu'agacé par la déconcentration de Reita. Mais ce dernier n'arrivais pas du tout à faire balader ses doigts sur sa basse avec la facilité et l'aisance habituelle. Dans son attitude depuis le matin, et dans ses gestes, on sentait sa perturbation. Il avait été le dernier à se lever ce matin, celui qu'on avait attendu à cause de son retard. Plus d'une fois, il avait failli faire tomber sa basse lorsqu'on la lui confiait. Il était plutôt désagréable avec son monde, ne parlait pratiquement pas et affichait une mine consternée. Et maintenant la concentration n'était pas à son plus haut niveau chez lui ... Personne n'avait rien dit jusque là, mais Aoi en avait sérieusement ras le bol. Il jeta pratiquement son instrument par terre, et s'approcha à grands pas de son ami tout en criant dans la salle vide :
« - Bordel tu peux pas te concentrer ? Je te signale juste qu'on à un concert demain, et que si on est pas prêts ce sera de TA faute ! Qu'est-ce que t'as à la fin ? C'est pas compliqué, c'est la plus facile en plus ! T'abuses merde !
Arrêtes de me gueuler dessus ! J'ai très mal dormi cette nuit, et je me suis en plus couché tard !
Oui et bien il fallait y penser ; ça t'est pas venu à l'esprit qu'il fallait se coucher tôt pour bien bosser ?
Si, mais c'est pas d'ma faute ! Et puis les autres chansons j'les ai bien faites !
A moitié ! Personne te l'a dit mais moi j'en ai ras le cul ! Depuis ce matin non seulement tu est insupportable, mais en plus tu ne fais aucun effort, comment tu veux qu'on travaille dans ses conditions !?
Bon c'est bon, on stoppe là, c'est chiant ça résonne ! Si vous êtes pas capables de vous entendre, c'est pas la peine d'en faire profiter les autres, intervint Ruki, Aoi, laisse-le, il est crevé. On fait une pause, je suis mort aussi. »
Aoi jeta un regard noir à Reita, mais celui-ci ne s'en préoccupa pas le moins du monde. Il avait tourné la tête à l'instant même ou le chanteur avait parlé. Ruki l'avait furtivement regardé, puis était descendu de l'estrade pour se diriger vers les coulisses. Reita n'arrivait pas à décrocher, ses yeux remerciaient encore Ruki, qui était devant lui il y avait à peine deux secondes. Son chanteur venait de le sauver d'une mort imminente à coups de guitare sur la tête. Il s'en alla à son tour dans les coulisses pour prendre un peu de repos mérité.
Il s'affala sur un canapé dans la loge commune, un verre à la main. C'est qu'en ce moment il faisait chaud !
« Personne n'aurai une feuille par hasard sur lui ou dans la loge ? Demanda t-il »
Pour seule réponse, Kai lui en passa une qui traînait sur une petite table. Reita la plia de façon à ce qu'elle fasse un éventail, puis le secoua au-dessus de lui pour avoir de l'air. Il n'avait pas vraiment l'air de se rendre compte de l'attitude qu'il avait. Il ne pensait qu'à ce qu'il c'était passé la veille. Il n'avait pas une seule fois osé poser ses yeux sur Ruki, bien trop peureux de croiser son regard interrogateur. Mais tout de même, il était encore tout retourné de ce que Ruki avait fait. Il l'avait défendu auprès d'Aoi, sur le point de l'assassiner sur place. Un espoir se traça dans son esprit, un espoir que peut-être ...
Il jeta un regard à Ruki, qui était assis non loin de lui. La tête rejetée en arrière, appuyée sur le dossier, les mains des deux côtés de son corps, les yeux clos, la chemise légèrement ouverte à cause de la chaleur, la bouche entrouverte laissant passer des petits soupirs ...
« Comment ne pas craquer ? Songea t-il »
Il ne remarqua même pas que ses amis étaient partis reprendre de l'eau, trop occupé à sa contemplation. Qu'est-ce qu'il avait envie de se lever, de s'asseoir à côté de lui, de lui prendre la main et de poser ses lèvres sur les siennes ! Si seulement il le pouvait ... Une seule barrière le retenait : la peur. La peur d'être repoussé, d'être déçu et anéanti. Voilà un an que cette peur le ronge, petit à petit, détruisant tout espoir en lui qu'un jour ses sentiments soient partagés. Un an que son coeur lui appartenait à lui seul, sans qu'il ne le sache. Un an de souffrances, apaisées simplement par les regards et les sourires de ce chanteur. Jamais il n'avait éprouvé de telles sensations avant. Du moins pas dans ses souvenirs, aussi lointains remontent-ils. Comment un simple sentiment d'amitié à pu basculer dans un sentiment d'amour, que dis-je, un sentiment de passion, de folie amoureuse. Car oui, le mot amour ne convient pas à ce qu'il ressens, selon lui. Mais même Uruha, le seul au courant de cet engouement envers leur chanteur, avait ce raisonnement. « C'est plus que de l'amour à ce niveau là. Je dirais même que c'est de la torture sentimentale, parce que tu ne sait même pas si c'est réciproque. » disait-il souvent à Reita. Aimer, et devoir se contenir pour ne pas toucher la personne, ne pas l'embrasser, lui dire combien on l'aime, à part dans ses rêves les plus beaux. Car oui, des rêves d'amour, où tout est beau, Reita en avaient fait. Et chaque fois que venait le moment de se réveiller, de revenir à la réalité, il se demandait si tout cela avait été réel ou non, constatant toujours qu'il avait seulement rêvé ... Comme un songe qui se métamorphose en cauchemar. Les beaux moments, doux et tellement agréables, laissaient place à la dure réalité, aussi poignante soit-elle.
Aussi il détourna son regard, sentant ses yeux se remplirent doucement de larmes. Mais ils les ravala très vite, comme il le faisait chaque fois. Il parvint tout de même à articuler quelque chose qui ressemblait à un merci. Ruki releva la tête, et ne semblait ne pas avoir entendu.
« - Quoi ?
J'ai dit merci.
Merci pour quoi ?
Pour tout à l'heure. Je suis réellement crevé et ... Enfin voilà.
C'était rien, il est sur les nerfs aussi en ce moment, et il faut dire que tu n'arranges pas vraiment les choses. Dans un sens il à raison, je ne sais pas ce qui te prend depuis ce matin, mais il n'avait pas non plus à gueuler comme ça.
Ouais ... »
Le bassiste avait baissé la tête, n'osant plus parler. Mais une question brûlait les lèvres du chanteur, qui ne put s'empêcher de tenir sa langue (Ouuh la vache xD).
« - Au fait, à propos d'hier soir ...
Ou ... Oui de .. Quoi ? Demanda Reita sentant son sang ne faire qu'un tour et son coeur battre plus fort.
Pourquoi tu as dit que tu pensais à moi ?
Je ... Je ... Tu ... »
Aucun son n'arrivait à sortir de sa bouche, comme paralysé. Paniqué, il sortit presque en courant de la pièce, refermant la porte derrière lui. Il retourna seul sur la grande scène vide, et décida de s'asseoir contre une des caisses. Ses tremblements ne cessaient pas, comme une énorme peur qui l'avait habitée pendant un instant et il avait du mal à respirer. Il se força au calme, car dans quelques minutes, il devra une fois de plus affronter son regard, plus celui des autres qui comptaient sur lui pour faire des efforts.
« Han la vache, la vache, la vache ... Il n'a même pas deviné. Il est plus con que je le pensait ! Si il ne trouve pas tout seul, il va me harceler de questions ... Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire ? »
(Je me suis littéralement défoulée dans l'explication des sentiments ... xDD Faut dire que j'étais inspirée (A))
