FIN PITOYABLE
A notre première rencontre, je n'ai pas immédiatement réalisé et ne me suis rendu compte de rien. Comment aurais-je pu d'ailleurs ? Je n'avais aucun moyen d'entrevoir son mal être. Grâce à sa force surhumaine, il était en mesure de me dissimuler sa dépendance.
Seule ombre au tableau, de quelle manière parvenait-il à se procurer ce dont il avait besoin.
Notre rapprochement lui avait donné accès à mon argent et les difficultés des premiers temps n'étaient plus un problème. Pourtant avant, de quelle manière se débrouillait-il ? Je me suis très souvent posée la question et l'ai retournée des milliers de fois dans ma tête.
Lorsqu'il s'est enfin confié à moi, mais à contre cœur, j'ai sentit la honte qu'était la sienne tout au long de son récit. Il me parla des coutumes de sa planète, me confia que c'était assez courrant chez lui et qu'il n'avait jamais eut aucun problème pour se ravitailler. J'ignorais alors qu'il ne me disait pas toute la vérité. Dans la capsule qu'il utilisait pour voyager, des appareils synthétisaient ce produit, dont il était devenu complètement dépendant. Bien entendu, étant un produit de substitution, il était beaucoup moins bon que l'original, mais il lui permettait de patienter.
A son arrivée sur terre, le problème s'était avéré plus important, car il avait vite appris et ce, à ses dépends que rien n'était gratuit et que tout se monnayait et cette substance nécessaire selon lui à son organisme s'avérait être une denrée rare et très chère sur la terre. Habitué à tout avoir uniquement en raison de sa personnalité, prendre sans jamais avoir à donner d'explications, il avait vite déchanté lorsqu'il avait du payer pour obtenir sa dose, nécessaire à la survie de son organisme selon lui. Malgré la honte qu'il éprouvait à accepter mon aide, il était d'une certaine manière heureux de ne pas avoir besoin de peiner, afin de l'obtenir. Au prime abord, ma proposition l'avait outragé, voir révulsé. Lui, un être hors du commun, un prince, accepter la charité d'autrui. Sa fierté l'empêchait d'accepter l'aide d'une femelle. Cependant la douleur, le manque, les délires, toutes ces sensations qu'il ressentait, cette horrible souffrance qui le tenaillait lui faisait voir le monde autour de lui comme un enfer infini. Il fallait qu'il ait sa dose pour que tout ceci cesse, qu'il ne souffre plus. Ce fier mâle avait oublié son orgueil et sa fierté. Il lui fallait de l'argent pour obtenir ce qu'il souhaitait et qui apaiserait son corps meurtri car il n'en avait pas. Mon offre arrivait à point nommé. Il savait son problème qu'à moitié résolu car l'argent était toujours la difficulté majeure et il était encore trop tôt pour m'en demander. Malgré sa dépendance il ne se serait jamais abaissé à mendier.
Il m'avoua sortir la nuit et au cours de ses randonnées nocturnes, il attaquait les pharmacies, ayant réalisé qu'il y trouverait des substantifs. Il attaquait également des magasins et y prenait tous ce qu'il pouvait trouver, qui seraient susceptibles d'être vendu, afin d'obtenir l'argent nécessaire à l'achat de ses doses. Lorsque qu'à un moment les temps devinrent durs et qu'il dut ralentir ses attaques et les vols, il se retrouva sans aucunes ressources et moyens pour s'en procurer. Il n'était plus qu'une loque, une pauvre coquille vide, agissant comme un automate, guidé uniquement par le désir d'obtenir de l'argent nécessaire à l'achat de sa dose. Il la lui fallait. Il aurait fait n'importe quoi afin de l'obtenir. Il me raconta comment un jour, alors qu'il n'avait plus aucune ressource, qu'il ne voyait plus aucune issue, comment il s'était vendu pour une bouchée de pain. Qu'importait, homme ou femme. Ces êtres ignobles, uniquement guidés par la recherche des plaisirs furtifs, l'avaient pris et ensuite rejeté telle une chose usagée. Le plus humiliant avait été lorsqu'on lui avait jeté quelques billets et que lui, au lieu d'éclater la tronche du minable qui avait osé, il s'était jeté sur cette saleté de fric, l'avait vivement ramassé et s'était précité pour s'acheter sa dose. Ensuite la douleur s'était atténuée, il s'était senti apaisé et calme. Après l'apaisement, vint la honte qu'il éprouvait en prenant conscience du triste état dans lequel il se trouvait. L'humiliation qu'il ressentait à ces actes perpétrés, afin d'obtenir cette poudre qui lui permettait d'accéder à ce paradis illusoire. Oui ! Illusoire, car le retour à la réalité était éprouvant. Il était salle, souillé, mais il n'y pouvait rien, même s'il souhaitait arrêter, il était conscient que c'était là chose impossible. Un jour pourtant, il avait tenté d'arrêter ce cauchemar. Pendant une demi-journéee il n'avait rien prit, n'avait rien acheté, mais dans l'après-midi la douleur était devenue insupportable et il avait dû comme les autres aller supplier pour avoir sa dose. La substance sur son monde n'était pas la même que sur notre planète et si son corps s'y était adapté, ici elle faisait des ravages sur son organisme, mais à long terme. Une lente et douloureuse détérioration.
Il savait pertinemment qu'il n'aurait pu continuer longtemps ainsi. Ces randonnés nocturnes, ces actes de vandalisme ne passaient pas réellement inaperçus, sans compter que son champ d'action était réduit, puisque répétant ses actes pratiquement aux mêmes endroits. Et se donner au premier venu, n'était pas la meilleure solution, même si elle semblait être la meilleure sur le moment. Il devait trouver une solution de rechange. Il l'avait sous les yeux sa solution, mais c'était tout aussi dégradant que d'attaquer des pharmacies ou d'offrir son corps en échange de quelques billets. Moi je ne demandais que ça, qu'il profite généreusement de moi, malgré son calvaire, son avilissement, il demeurait fier.
Malheureusement sa dépendance devint insurmontable, il ne pouvait plus se permettre d'attendre, j'étais son ultime bouée de sauvetage et malgré son aversion, sa honte à profiter ainsi de moi, il m'a quand même séduite. Il s'est rapproché de moi, m'a courtisé, jusqu'à ce que je tombe dans son piège, que je sois folle amoureuse de lui et qu'à mon tour je ne puisse plus me passer de lui comme lui ne pouvait plus se passer de cette poudre. Il n'a pas eut besoin de me forcer. Malgré le sentiment qu'il éprouvait à mon égard, il m'a quand même trompé, afin d'obtenir ce qu'il souhaitait. J'étais la seule capable de lui donner les moyens de se la procurer. Moi, pauvre idiote amoureuse, j'ai sauté à pieds joints dans le piège. J'ai cru ses prestations d'amour, car lorsqu'il me les disait, il ne mentait pas. Je le sentais, mon cœur le sentait. Cependant, lorsque ses lèvres murmuraient je t'aime, son esprit suggérait autre chose, poursuivant un but bien précis. Pourtant, j'ai voulu croire à sa sincérité, à l'authenticité de son amour.
Lorsqu'il n'était pas en manque, il se montrait le plus merveilleux des hommes, attentionné, aimant. Malheureusement, il arrivait qu'il soit en manque et à ce moment là, il s'enfermait dans la salle spéciale ou s'enfuyait dans le désert. Je lui en voulais, car je souhaitais tout partager avec lui. J'imaginais qu'il désirait demeurer dans sa solitude, m'interdisant toute possibilité de pénétrer dans son monde. J'avais tord, ses fuites n'étaient guidées que par son désir de ne pas briser l'image de l'homme merveilleux que j'avais de lui et surtout de me protéger de ses accès de colère durant ses crises. Mais tout cela je l'ignorais.
Pourtant un jour, pris d'une nouvelle crise, il ne put ou n'eut pas la possibilité ou le temps de s'enfuir et ce jour là, je découvris la vraie personnalité de celui que j'aimais, je vis son véritable visage. L'homme gentil, passionné, amoureux avait disparu. Il avait mis à bas les masques. J'eus la peur de ma vie. Je réalisais que l'homme que j'aimais, que j'avais idéalisé n'était qu'un être normal. Alors je n'eus qu'une idée en tête : découvrir son secret et au besoin lui venir en aide. Il fallait que je sache ce qui le tourmentait, ce qui le rendait si coléreux et surtout comment et pourquoi il en était arrivé là. Je le fis suivre, ce qui fut particulièrement difficile. Il décourageait quiconque essayait de le suivre, en utilisant sa force et sa vitesse pour les semer. J'engageais de plus en plus d'hommes et enfin je découvris son secret : un drogué, l'homme que j'aimais se droguait. J'eus un choc – un guerrier si puissant, si parfait ne pouvait être tombé dans un tel engrenage ? Il m'expliqua que sur sa planète, les savants faisaient des expériences sur les jeunes guerriers, utilisant des drogues, afin d'optimiser leurs capacités, voir même les décupler. Il faisait partit des cobayes. Sur sa planète la drogue s'était accommodée à son organisme et il ne ressentait que très peu le manque. Ce ne fut que lorsqu'il vint sur terre que les effets se firent ressentir. Il avait de plus en plus besoin de cette substance, afin de demeurer au mieux de sa forme. Il avait commencé par en prendre en petite quantité, puis il avait du augmenter les doses et n'ayant pas l'argent pour se les payer, il avait dû voler, mentir, se prostituer. Demeurer une heure sans sa dose était un véritable calvaire et de ça, il en avait prit conscience depuis longtemps. Il savait qu'il était irrémédiablement perdu et que rien ni personne ne pourrait l'aider à s'en sortir. Son corps avait besoin de la drogue pour subsister, elle lui donnait la puissance dans tout les sens du terme, mais en contre partie, elle lui prenait tout ce qui avait de bon en lui : son essence vitale, sa combativité. Elle suce tout ce qu'il y a de meilleur chez un homme ou un guerrier, puis elle s'empare de son cœur, le broie, le presse pour tout en tirer jusqu'à la dernière goutte de vie et c'est ce qui t'es arrivé. Jusqu'au bout tu as tenté de lutter, mais le combat était inégal et tu partais perdant.
Aujourd'hui, nous sommes tout réunis autour de ton cercueil, dans ce cimetière sordide et triste et fixons la pierre tombale où est inscrit en lettres de feu « Né de la terre, guerrier dont la puissance n'a jamais été égalé, retourne à la terre ». Tu ne sauras jamais à quel point nous t'aimions, à quel point tu nous manqueras. Nous versons d'amères larmes de regret, d'incompréhension, nous avons été impuissants et le sommes toujours. Je suis seule avec ma peine, ma fureur. Je maudis cette fortune qu'est la mienne, elle n'a même pas suffit à te protéger, à te préserver de la mort.
Tu disais souvent que cette drogue était comme une femme, une superbe femme dont on ne peut plus se passer, une fois que l'on a goûté à ses charmes. Quelle vous séduit, vous enivre jusqu'à vous mener à la mort. Tu savais pertinemment où tout cela allait te conduire, que c'était une voie sans issue, que jamais tu ne parviendrais à t'en sortir et que malgré mes efforts, je ne serais pas en mesure de t'aider à t'en sortir. Je suis heureuse que nous nous soyons rencontrés, qui sait ce que tu serais devenu ? Un drogué parmi tant d'autres qui se serait éteint dans l'anonymat et l'indifférence de tous, comme tous ces drogués que l'on voit au détour d'une rue.
Tu avais tout, je t'ai tout donné mais tu en voulais plus et trop et tu as tout perdu. J'ai également tout perdu. Peut être pas tout, car tu m'as laissé un rayon de soleil avant d'entamer ton dernier voyage. Une partie de toi, sans aucun doute la meilleure partie de toi. Je le sens qui grandit dans mon ventre. Est-ce un cadeau ou une punition ? Je l'ignore. Chacune des fois que je le regarderais je penserais à toi, je serais heureuse et malheureuse à la fois je le sais, mais je l'accepte. Tout comme je refuse d'aimer désormais, après toi j'ai définitivement fermé l'accès de mon cœur. Tu m'as prise par la main et m'a ouvert les portes de ton Eden, je me suis endormie au paradis, mais me suis malheureusement éveillée en enfer. En mourrant tu m'as fermé les portes de ce merveilleux monde que tu m'as fait entrevoir.
Ma vie ne sera plus la même sans toi, mais je n'ose pas y penser. La vie qui grandit en moi aura besoin de moi.
FIN
