Oh bon sang ! Ma tête !
J'avais l'impression de sortir d'une soirée plus qu'arrosée – malgré le fait que je n'avais encore jamais étais soûle de ma vie, ça y ressemblait d'après les descriptions très imagées de ma mère – et qu'ensuite un troupeau de buffles m'était passé dessus. Horrible sensation soit dit en passant.
Me redressant à l'aide de mes coudes en me frottant le crâne tout en grimaçant comme je savais si bien le faire – il paraît que je suis très expressive avec mon visage – je constatai tout de suite que quelque chose n'allait pas. Pas du tout même. Aux dernières nouvelles, mon lit avait la tête contre le mur du fond. Pas au beau milieu de la pièce. Et mon papier peint n'était pas d'un aussi horrible pastel. Et je n'avais pas non plus un vieux tapis bleu délavé, encore moins une télévision à grand écran dans ma chambre, et certainement pas accompagnée d'une console de jeu wii dernier modèle. Et surtout, c'était beaucoup trop bien rangé pour être chez moi.
En fait ce n'était pas ma chambre tout court.
Ma tête était certainement à mourir de rire, mais je n'avais aucune envie de me fendre la poire. Je ne reconnaissait rien. Qu'est-ce qui s'était passé bon sang ? Ou était mon bureau en bois de chêne fait main, mon « mur de vie » couvert de plus d'une centaine de photos et mon merveilleux lit tout doux et tout moelleux ? Ou était ma maison ?
Avec quelques difficultés, je parvins à me lever, et constatais que ma tenue avait également changée. Je ne me souvenais pas d'un short salopette en jean ni d'un haut si rouge vif. Encore toute chamboulée par ce qui m'arrivait et n'y comprenant strictement rien, je me dirigeais d'un pas tremblant jusqu'à la fenêtre, et après une lutte de quelques minutes, parvint à l'ouvrir. Le spectacle me cloua le bec. Je ne pouvais pas mieux dire.
Trois oiseaux de bonne taille, qui ne ressemblaient pas du tout aux pigeons ni même à aucun autre oiseau de mon monde, s'envolèrent au son du claquement des volets. Qu'est-ce que c'était encore que ce délire ? Parce que la dernière fois que j'avais ouvert une fenêtre, elle donnait sur une ville, de taille moyenne et où il ne se passait jamais rien certes mais une ville. Pas un hameau entouré par des conifères à perte de vue.
J'avais dû me cogner la tête un peu beaucoup trop fort ce coup-ci.
Choquée, et c'est le mot, mes jambes ne me soutinrent plus et je me laissais glisser au sol, des centaine de questions prenant d'assaut mon esprit. La principale étant : Qu'est-ce qui se passait ici ?
Au bout d'un moment, réussissant à me reprendre un minimum, je parvins à me lever et décidais de sortir de cette pseudo chambre pour essayer de comprendre où je me trouvais. Je sortis de la pièce, marchant un peu au hasard et ouvrant les portes au fur et à mesure. Vu que ça ne m'avançait à rien, je descendis les escaliers, une certaine appréhension me nouant la gorge. Je n'étais pas très courageuse de nature, et être toute seule dans un endroit bizarre n'arrangeait certainement pas les choses. Mes pieds se posèrent sur le sol couleur crème de ce qui devait être la cuisine.
« Ah, Alex ! Tu es enfin levée ! »
« Ah ! Hein ? »
Je sursautais à cette voix inconnue qui s'adresse pourtant à moi avec tant de familiarité. Une femme, aussi brune que je suis rousse et que je ne connaissais certainement pas, se leva de sa chaise de la salle de séjour et s'approcha de moi avec un sourire si exagérément gentil qu'il en devenait légèrement flippant – avais-je été enlevée par des détraqués échappés de l'hôpital psychiatrique ?
Sans se formaliser de mon air passablement surpris, un tantinet crispé et surtout complètement déboussolé, elle poursuivit, toujours tout sourire.
« Ton ami Ethan vient de passer. Il jouait à chat avec son Marill ! »
Deux choses qui n'allaient pas ici. Je n'avais aucun ami du nom de Ethan, et j'ignorais complètement ce que pouvait être un … Marill. Je n'eus toutefois pas le temps d'essayer d'en placer une, qu'elle reprit aussitôt, enthousiaste comme jamais. Rien que de la voir me sourire comme une psychopathe m'ôtais tout envie de lui adresser la parole.
« Au fait ! Le Professeur Orme te cherchait. Je crois qu'il voulait te demander de lui rendre un service. »
« Qui ça ? » ne pus-je m'empêcher de lâcher avec l'impression de nager en plein surréalisme.
« Enfin ma chérie tu sais bien, le Professeur Orme ! » ça ne m'avançait pas des masses ça … « Son laboratoire est juste à côté, tu devrais le trouver tout de suite. »
Ok … ça devenait carrément flippant là. Qu'est-ce que c'était que ce substitut de mère, parce que visiblement cette chose était la mère imaginé par mon subconscient détraqué, qui étaient Ethan et Professeur machin-chose et pour la dernière fois, qu'est-ce que c'était qu'un Marill ? C'était pas juste un rêve bizarre, ça virait carrément au psychédélique là.
L'autre madame sourire qui me faisait de plus en plus peur continua, visiblement insensible à mes états d'âmes.
« A propos … tu es sûre de n'avoir rien oubliée ? »
Si justement, je suis complètement larguée là, au cas ou tu ne le verrais pas !
Sans attendre de réponse de ma part – j'avais pas osée lui balancer le fond de ma pensée –, elle parti chercher un énorme sac à bandoulière d'un jaune vif impossible à manquer, mais dont toutefois la la couleur manqua de m'arracher la rétine, plus gros qu'une caisse à outils.
« Range ce dont tu as besoin dans ce sac. Et n'oublie pas non plus ta carte de dresseur. A plus tard ma chérie ! » s'exclama-t-elle, toute guillerette.
« Mais je ne … »
Et elle me planta là pour retourner s'installer … devant la télé ? Alors que j'étais debout au milieux de la pièce comme une gourde avec mon espèce de sac géant à la main ? Tiquant finalement avec quelques seconds de retard au mot « dresseur », je plongeais la main dans la poche de ma salopette, ou ma … mère venait de fourrer un papier plastifié. Je pâlis en reconnaissant mon nom dessus, ainsi que les mots « née à Bourg Geon ». Panique à bord.
« Oh non. Non, non, non ! Dîtes-moi que je rêve ... »
Je me pinça violemment en espérant me réveiller dans un sursaut, mais ne récoltait qu'une vive douleur au bras et un bleu. Ce n'était donc pas un cauchemar …
J'étais bel et bien coincée dans le monde des pokémons.
Bug. Qu'est-ce que je foutais là moi ? Comment un jeu vidéo avait-il pût devenir aussi réel ? C'était peut-être le rêve de beaucoup d'enfants et d'adolescents que de vivre des aventures incroyables comme leurs héros préférés, mais moi ne ça m'amusait pas du tout !
« Liam … au secours ? » glapissais-je pour moi-même.
Pitoyable. Je suis bloquée dans un endroit virtuel, et j'appelais mon frère à l'aide, alors que ce ne sont plus juste quelques centaines de kilomètres qui nous sépare, mais tout un monde ! Je suis vraiment née avec un karma pourri …
« Alors, tu n'es pas encore partie ma chérie ? Le professeur Orme va t'attendre tu sais. »
La voix du personnage de jeux vidéo / zombie / robot qui me servait de pseudo-mère me fit revenir au présent et je stoppais là mes lamentations pour le moment. Un rire nerveux secoua mes épaules alors que je me répétais que la chose en face de moi, qui était censé n'être qu'un tas de pixels, était pourtant parfaitement réel.
« Oui … Bonne euh … idée ! J'y vais alors. »
Je claquais la porte derrière moi avec empressement, fuyant littéralement cet espèce de robot zombie qui se prétendait ma mère, et cette maison qui ne m'inspirait rien de très chaleureux à vrai dire. Poussant un long soupir et me forçant à souffler calmement pour m'éviter la crise d'angoisse que je sentais venir à plein nez, je tâchais de mettre de l'ordre dans mes pensées … ce qui n'était pas gagné.
J'étais dans le monde des pokémons. Ok. J'avais allumé la console et me suis vraisemblablement fais « aspirer » par le jeu. Maintenant la question c'est : comment je sors de là ? Je n'avais aucune envie de rester ici moi ! J'y connais rien en plus à Pokémon ! Je sais juste que c'est des bestioles bizarres et qu'il faut les faire combattre … oh mon dieu, moi qui déteste la violence gratuite, j'allais être servi.
Je tentais de positiver. Ce qui était plutôt difficile vu ma situation, il faut le reconnaître. Au moins il faisait plutôt beau, c'était déjà ça. Un soleil étincelant, un ciel bleu parsemé de quelques nuages d'un blanc cotonneux et une douce brise printanière. Je supposais à vu de ce temps radieux qu'on était au mois de mars ou d'avril. Du moins si les saisons ici fonctionnent comme dans mon monde. Mon regard se mit ensuite à scruter avec un certain scepticisme empli de la crainte de l'inconnu le petit patelin du nom de Bourg Geon.
C'était vraiment pas grand. Un total de quatre ou cinq maisonnettes, quasiment identique à celle dont je venais de sortir à l'exception de la couleur du toit et de la taille du parterre de fleurs qui entouraient chacune d'elle. Un petit sentier de terre et de gravier menait à un bâtiment plus imposant qui se trouvait sur ma gauche. Certainement le fameux laboratoire du professeur que je devais aller retrouver. Sur ma droite, une étendue d'eau qui semblait assez vaste, peut-être une rivière ou bien un lac. La zone était recouverte d'arbres imposants qui formaient comme une barrière entourant le village.
Je supposai que pour avoir une chance de sortir d'ici, il me faudrait jouer le jeu. Je préférais éviter de trop chercher à comprendre le pourquoi du comment, au risque de devenir définitivement folle. Aussi me décidais-je à rejoindre le laboratoire, comme m'avait conseillé ma … mère – je frissonnais à cette pensée.
A peine fis-je un seul pas qu'un genre de boulet bleu me fonça dessus, percutant mon estomac avec assez de force pour me couper le souffle. Je tombais au sol en suffoquant à moitié. Alex, première minute de jeu et déjà décédée.
« Mariiiiiil ! Ma ! »
« Qu'es-ce que … ? » soufflais-je, persuadée de subir une attaque de missile.
Un genre de bestiole toute en rondeur me fixait intensément, l'air très heureux de me voir, avant de se barrer en courant. Le suivant du regard, j'eus le temps d'apercevoir la silhouette d'un jeune homme de dos coiffé d'une casquette, qui tourna au coin d'une maison.
Mon cœur reprit ensuite un rythme cardiaque normal et je pus me redresser tout en me massant l'estomac. Ça faisait mal ce truc mine de rien. Me relevant avec quelques difficultés toutefois, je pris le chemin menant au laboratoire, c'est-à-dire à cinquante mètres de ma position actuelle, m'assurant au passage qu'aucune bestiole étrange ne viendrait à nouveau confondre mon ventre avec un punching-ball.
Arrivée devant les portes coulissantes, qui s'ouvrirent automatiquement à mon passage – visiblement ils ont un certain niveau de technologie ici aussi tout de même – je me décidais finalement à passer la tête par l'embrasure avec une certaine timidité, prête à bondir en arrière en cas de danger.
« Euh … bonjour ? Il y a quelqu'un ? »
La pièce semblait vaste, avec quelques bureaux face à face et séparés par le couloir, recouverts chacun d'une montagne de papiers qui tenaient en équilibre précaire. Le tout entouré par d'innombrables étagères qui croulaient littéralement sous le poids des livres qu'elles supportaient. Pire que ma chambre, je croyais pas ça possible.
Un homme apparût soudain dans mon champs de vision, me faisant sursauter. Vêtu d'une blouse blanche, les cheveux bruns en pagaille et des traces de cernes sous les yeux, bref le parfait scientifique.
« Ah Alex te voilà ! Ça fait un moment qu'on t'attends. » s'exclama-t-il avec un sourire bien plus normal que celui de ma pseudo-mère.
« Professeur Orme ? » tentais-je avec hésitation.
« Quoi ? Mais non voyons, moi c'est Wilson. Le professeur est dans la pièce du fond. Tu vas bien Alex ? Tu sembles un peu pâle … »
J'acquiesçai brièvement de la tête avec un micro-sourire aux lèvres, et remerciais le fameux Wilson, qui était apparemment l'assistant du maître des lieux, avant de me diriger vers le fond tandis que le jeune homme reprenait sa classification de documents – j'eus un élan de pitié pour lui à la vue de ce qui l'attendait.
J'arrivais dans ce qui était visiblement le cœur du laboratoire. Plusieurs appareils électroniques traînaient, notamment une grosse machine sur laquelle trônaient trois sphères rouges et blanches.
Penché sur des documents, un homme était assis à son bureau, l'air concentré. Il portait des lunettes ainsi qu'une blouse blanche également. J'attirai son attention d'un toussotement peu discret, et il releva les yeux, m'étudiant un instant du regard avant de sourire – un sourire normal, à croire que ma mère était la seule ici à ne pas être complètement humaine.
« Alex te voilà enfin ! Je t'attendais. » s'exclama le professeur joyeusement tout en remontant ses lunettes qui glissaient sur son nez.
« C'est-ce que j'ai crû comprendre en effet … » fis-je d'une petite voix.
« Dis-moi Alex, sais-tu ce que j'étudie en ce moment ? »
Je secouais la tête négativement. Comment aurais-je pus savoir ce qu'il traficotait dans ce laboratoire puisque je n'y avais encore jamais mis les pieds jusqu'à aujourd'hui ? Sans se départir de son sourire qui me mettais bien plus à l'aise à mesure qu'il me parlais, il m'expliqua calmement de quoi il en retournait.
« Et bien vois-tu, de nos jours c'est normal d'avoir ses pokémons dans une pokéball. Mais sais-tu qu'autrefois, bien avant qu'on invente cette petite merveille, les gens se promenaient avec eux à leur côté. Comme ton ami Ethan d'ailleurs ! »
Mais bon sang, c'est qui ce Ethan à la fin ? J'arrêtais pas d'en entendre parler mais je ne savais toujours pas qui c'était.
« Bien sûr, » poursuivit le professeur Orme « c'est bien plus pratique d'avoir des pokéballs désormais, imagine que tu te promènes avec un Léviator constamment ! » il éclata de rire mais je ne pus que ricaner pour suivre le rythme, n'ayant aucune de ce que c'était « mais je pense toutefois qu'il y a de grands avantages à garder son pokémon près de soi. Peut-être un rapport avec leur santé ou encore leur évolution … »
Il pencha la tête, pensif. Malgré ce beau discours auquel je ne compris pas vraiment tout, je n'étais pas beaucoup plus avancée. Aussi tentais-je de ramener le sujet sur ma présence ici, avant qu'il ne m'oublie totalement, obnubilé par ses recherches.
« Euh … professeur Orme ? Apparemment vous aviez un service à me demander ? Parce que je vois toujours pas le rapport entre ça et moi. »
« Hum ? » il sembla se reconnecter à la réalité et s'exclama soudainement « Ah oui bien sûr ! J'y viens. En fait voilà ce qui va se passer. Je vais te confier un pokémon que tu garderas à tes côtés afin que je puisse étudier son développement et ainsi savoir si cela à véritablement un impact sur lui. »
Donc il me transformait en cobaye en quelque chose … Était-ce là le but du jeu ? Me promener avec une bestiole dans les bras ? J'étais peut-être complètement larguée en matière de pokémon, mais de ce que j'en savais, ne fallait-il pas combattre et vaincre tout un tournoi ou quelque chose dans le genre ?
Quoiqu'il en soit, je ne pus qu'acquiescer à sa demande. Si je voulais sortir d'ici – à supposer que je le peux – il me fallait sûrement suivre le cours de l'histoire.
« D'accords … Si c'est pas dangereux ... »
« Formidable ! Je savais que je pouvais compter sur ma petite assistante ! J'aimerai en savoir d'avantage sur les relations spéciales qui peuvent se nouer entre pokémons et humains. Choisis donc ton pokémon parmi ceux-ci ! »
Je remarquais qu'il ne me rassura pas quant à la dangerosité de cette mission, ce qui augmenta mon malaise. Il me désigna ensuite la machine sur laquelle trônait les trois boules blanches et rouges, et je devinais facilement qu'il devait s'agir des fameuses pokéballs dont j'entends parler depuis tout à l'heure. Mais avant que je n'esquisse le moindre geste, une sonnerie sur son ordinateur retentit et il se jeta sur l'engin tout en poussant une exclamation de surprise. Ce type était facilement excité …
« Oh ! Un e-mail ! Voyons voir … Alex, comment fait-on déjà pour l'ouvrir ? » demanda-t-il sans se tourner vers moi.
« Cliquer dessus ? »
Il s'appelle professeur Orme, est un scientifique qui vit dans un laboratoire rempli de machines électronique et ne sait pas se servir d'un ordinateur ? J'hallucine.
« Hum … oui je vois … écoute voir ça, » poursuivit-il en revenant vers moi « J'ai un ami qu'on appelle Monsieur Pokémon. »
« Sérieusement, il s'appelle comme ça ? » lâchais-je sans pouvoir m'en empêcher.
« Oui, il est un peu excentrique, c'est le cas de le dire. Et plus tout jeune non plus, il doit probablement perdre un peu la boule … Quoiqu'il en soit ! C'est un vieil homme qui cri à la grande découverte dès qu'il voit un truc qui sort de l'ordinaire. » encore un malade mental … « Enfin d'après lui, cette fois c'est la bonne ! Probablement un simple œuf de pokémon mais ça m'intrigue tout de même. »
« Professeur, ou vous voulez en venir ? » demandais-je en sentant venir le piège. J'avais comme un radar interne pour ce genre de truc.
« Bien … nous sommes débordés en ce moment avec nos recherches. Pourrais-tu t'en occuper pour moi ? S'il-te-plaît. »
« T – Toute seule ? »
Je poussai un genre de glapissement de petite fille.
Je la sentais de moins en moins cette histoire. En gros je devais lui servir de larbin et faire ses commissions à sa place. De mieux en mieux. Ça devait être le scénario à suivre, et je n'avais pas d'autre choix que d'accepter. J'allais donc me retrouver lâchée dans la nature, dans un monde que je ne connaissais pas et sans personne pour me guider. Formidable.
N'ayant pas d'autre choix que d'accepter, je hochais la tête en signe d'acquiescement et il me désigna à nouveau la machine avec un sourire ravi.
« Formidable, merci Alex ! Prends donc le pokémon qui te plaît ! »
Je m'approchais avec une certaine appréhension.
A première vue les pokéball semblaient aussi inoffensives que des boules de décorations de noël, et j'avais du mal à imaginer quel genre de créature pouvait bien se cacher dedans au moyen d'une technologie hors du commun. Je me penchais sur les photos représentant les pokémons en question. Un genre de souris au long museau, un machin vert qui me faisait vaguement penser à un mini dinosaure avec une feuille qui pousse sur la tête et un crocodile bleu. Et c'était ça mon choix ?
Solennelle ou du moins autant que possible, je tendis la main. Mentalement je continuais de me dire que j'allais forcément me réveiller, mais en vain. Plus le choix, il fallait le faire. Je suspendis un instant mon geste devant la pokéball du machin vert, avant de refermer ma prise sur le crocodile. J'aimais beaucoup l'eau et pouvait passer des heures dans une piscine à nager, plonger et faire des bulles. Et puis, des trois, celui-là ressemblait plus à un animal de mon monde, une façon de ne pas oublier mon objectif, quitter cet endroit. Même si en même temps, les crocodiles flanquaient un peu la frousse …
« Un Kaiminus donc, excellent choix ! Bizarre toutefois, d'habitude les filles préfèrent Héricendre ou Germignon … » marmonna-t-il pour lui-même.
La ball s'ouvrit alors d'elle-même, me faisant sursauter. Un filet de lumière blanche qui me força à plisser les yeux en jaillit, avant de se matérialiser devant moi sous la forme d'un petit crocodile bleu aux yeux rouges. Il pencha la tête sur le côté, m'examinant d'un regard fixe alors que ses canines horriblement aiguisées à mon goût dépassaient de ses babines. Je fis de même, et on se retrouva à se fixer dans le blanc des yeux comme deux idiots. Mouais, c'est vrai qu'il était relativement mignon … si on fait exception de ses crocs bien sûr.
Alors que je continuais de jauger mon désormais pokémon, les yeux de ce derniers s'illuminèrent et il se jeta joyeusement sur mon bras gauche, tout crocs dehors. Sa mâchoire se referma dessus avec un claquement sec avant que je ne puisse réaliser ce qui m'arrivait.
Après une seconde de flottement, je pris conscience du sang qui commençait à goutter de mon bras en lambeaux et de la douleur qui me vrilla tout le corps avec violence.
« AAAAAAH ! Il essaie de me bouffer ! » hurlai-je, paniquée, en secouant vivement mon membre pour tenter de lui faire lâcher prise.
« Les Kaiminus ont une très bonne mâchoire. » commenta joyeusement le professeur Orme avant d'ajouter en souriant. « Félicitations Alex, on dirai qu'il t'a adopté ! Je savais bien que tu avais un bon feeling avec les pokémons ! »
« QUEL FEELING ? Il veut juste me dévorer ! Enlevez-le ! »
Le crocodile s'agrippait obstinément à mon bras, malgré que le balançait dans tout les sens. Je commençais à tourner de l'œil en voyant que je foutais des tâches de sang partout sur le carrelage du laboratoire.
Finalement, avec l'aide de Wilson et du prof, le Kaiminus consentit à me lâcher, à contrecœur visiblement.
Assise sur une chaise, je foudroyais la bestiole du regard tandis que l'assistant me faisait signe de ne pas bouger alors qu'il enroulait mon bras blessé dans un bandage. Le museau piqueté de sang, le pokémon me regardait, les yeux brillants, visiblement insensible à ma colère. Pourquoi c'était toujours sur moi que ça tombait ?
« En tout cas il ne manque pas de mordant … » souffla Wilson avant de se reprendre sous mon regard noir, comprenant que je n'appréciais pas la plaisanterie. « Tu dois faire attention avec lui, les Kaiminus peuvent être dangereux malgré leur petite taille. Même leurs dresseurs doivent s'en méfier constamment. »
« J'avais compris … » marmonnais-je, la bouche dans ma paume.
« Félicitation en tout cas Alex ! Tu es désormais sa dresseuse ! » s'exclama joyeusement Orme, sans tenir compte de mon humeur massacrante. Il se tourna ensuite vers le Kaiminus, presque paternel « Tu es content pas vrai mon petit père ? »
« Kai kaiii ! » répondit le concerné en hochant vigoureusement la tête.
J'ouvrais grand les yeux, choquée par ces quelques mots. Le pokémon fit un grand sourire, dévoilant ses canines dégoulinantes de sang - mon sang - et se mit à sautiller sur place joyeusement, hoquetant ce que je supposais être un rire plutôt étrange, semblable à une toux sèche et rauque.
« Tu devrais lui donner un surnom, qu'en penses-tu ? Les études montrent que ce genre de pratique améliore la cohésion entre le pokémon et son dresseur. Et puis il sera vraiment unique ainsi ! »
Quelques noms d'oiseaux peu agréables à l'oreille me passèrent par la tête mais je décidai de mettre cet incident de côté. Après tout, je n'avais plus trop le choix, Kaiminus serait mon partenaire. Qui aurait crû en tout cas qu'un bestiole si petite pouvait faire aussi mal ? Apparemment, les pokémons ne sont pas de gentilles peluches inoffensives. Il n'y avait que moi pour croire ça.
Je pris le temps de réfléchir. Voyant le crocodile tendre ses courtes pattes vers moi, je fus prise d'un élan d'inquiétude, avant de comprendre ce qu'il voulait. Prudemment pour éviter de me faire à nouveau sauter dessus, je le pris dans mes bras. Il se blottit alors contre ma poitrine en gémissant doucement, visiblement heureux. Le professeur poussa un « aaaaaawh » fort peu masculin, touché par notre scène de tendresse.
Ok il était plutôt mignon malgré son instinct de tueur. Aussi, mû par je ne sais quelle idée, je lâchai du bout des lèvres, fascinée et attendri mais toujours sur mes gardes :
« Samson … »
Wilson et le professeur Orme hochèrent la tête d'approbation tandis que le susnommé ricanait joyeusement – apparemment, rien ne pouvait entacher sa bonne humeur à celui-là.
« Très bien, excellent même, j'ai déjà entendu cent fois pire. Oh ! Si jamais ton pokémon est blessé, tu peux venir le soigner sur cette machine. » lança le professeur en me désignant un genre de tapis électrique relié par des câbles à un ordinateur. « C'est très simple d'utilisation, tu verras. »
« D'accords mais vous ne m'avez pas dis où il habite, votre dégénéré. » soufflais-je alors que Samson commençait à me mordiller les cheveux.
« Alex enfin ! Mr Pokémon est … oui bon c'est vrai qu'il l'est un peu en fait. Il habite au nord de la ville Griotte, la prochaine ville. Fais toutefois attention en chemin, les pokémons sont dangereux tu sais bien. Un simple Fouinette peut infliger de graves blessures aux humains, même avec ton pokémon près de toi. »
Ok donc Samson n'était pas le seul à vouloir me bouffer. Apparemment, tout le monde allait essayer. Formidable. Si je m'en sors, je tue Liam pour avoir acheté ce jeu stupide.
« Bon ben j'y vais. Merci professeur, à plus tard. » lançais-je finalement par-dessus mon épaule tout en me dirigeant vers la sortie.
« Bonne chance Alex ! »
Avant de quitter le bâtiment, Wilson m'interpella vivement, ayant oublié quelque chose. Il me tendis alors cinq genre de pulvérisateurs de couleur violette qu'il fourra dans mon sac sans me demander quoique ce soit.
« Ce sont des potions. Si ton pokémon est blessé ou fatigué, vaporise-en sur ses blessures, ça le soignera. »
Je le remerciai doucement avec un sourire léger et le suivis du regard alors qu'il retournait à ses documents, avant de ressortir.
Plissant les yeux sous l'effet d'un rayon de soleil qui me tomba dans l'œil, j'eus la surprise de découvrir que quelqu'un m'attendait visiblement. Un jeune garçon, de ma tranche d'âge probablement, aux cheveux noirs coiffés d'une casquette jaune et vêtu d'un sweat rouge. Plutôt beau garçon, avec sa bouille encore un peu enfantine et son doux sourire éclatant. La bestiole bleue qui m'avait percuté plus tôt se trouvait à ses pieds.
Samson commençai à s'agiter dans mes bras aussi le lâchais-je pour qu'il aille rejoindre son homologue pokémon. Sûrement le fameux Ethan et son Marill - enfin je mettais un visage sur la bestiole !
« Salut Alex ! » me salua l'adolescent joyeusement. « Tu as eus un Kaiminus ? C'est génial ! C'est un super pokémon. »
« Merci. » répondis-je, un peu gênée.
Je ne le connaissais pas mais pour lui, j'étais visiblement une amie. Nous regardâmes un instant nos pokémons - j'avais encore un peu de mal à réaliser la chose - qui étaient apparemment lancés dans une grande discutions dont je ne comprenais rien. Ethan me sourit et sans pouvoir me contrôler, je rougis et détournais le regard. Je n'avais pas trop l'habitude qu'un garçon me regarde aussi gentiment, à l'exception de Liam.
« Si tu continues comme ça avec lui, il finira par vite t'aimer. Tu devrais le montrer à ta mère aussi ! »
Je grimaçais à cette idée. Le brun éclata de rire devant ma grimace et me tapota l'épaule gentiment. Son Marill vint ensuite sauter sur son épaule tandis que Samson s'accrochait à ma jambe.
« Ne fais pas cette tête, c'est important tout de même. Le premier pokémon, c'est pas rien ! Allez, à plus tard Alex ! » me cria-t-il avant de s'éloigner en courant, tout en agitant la main vers moi.
Je lui rendis son geste plus timidement. Les gens étaient plutôt gentils en fait … il y a juste pseudo-maman qui me fout la trouille. D'ailleurs, suivant un peu malgré moi le conseil de mon « ami » et me doutant que ça devait faire parti du jeu, je me rendis jusqu'à ma maison et passait la porte avec une certaine crainte, Samson sur les talons.
Ma mère se trouvait dans le coin cuisine, lavant des plats tout en regardant une émission télévisée. Ça devait être à force de regarder l'écran qu'elle avait viré zombie … me remarquant finalement, elle sourit, et la comparaison avec la poupée maléfique d'un fil d'horreur me sauta aux yeux. Son regard se posa sur Kaiminus, qui l'étudiait du regard. Certainement se demandait-il s'il devait la mordre pour la saluer ou non.
« Oh ,quel joli pokémon tu as avec toi Alex ! Le professeur Orme te l'a donné ? » a mon simple hochement de tête, elle poursuivit « Et alors, que t'as-t-il demandé ? »
« Je dois faire une petite course pour lui, vers Ville Griotte. »
Ma véritable mère, comme toute maman qui se respecte, m'aurait certainement demandé des détails, qui était cet homme et tout un autre tas de questions pour s'assurer que son « bébé » ne court aucun danger … quoique la mienne n'était pas vraiment ultra protectrice dans son genre, elle qui se proclamait toujours comme une femme libre et indépendante. Ma mère est très féministe en fait.
Toutefois, celle-ci n'en fit rien, prouvant que les créateurs du jeu ne s'étaient vraiment pas éternisé sur sa création pour la rendre plus humaine. Elle se contenta donc de m'offrir un énième sourire, qui fit même peur à Samson car ce dernier se cacha derrière ma jambe.
« Oh, ça a l'air compliqué … Mais il te fait confiance, il ne faut pas le décevoir ! » reprit-elle de sa voix aussi sucré que du sirop mélangé à du miel.
A vrai dire elle n'avait pas tord. Même si en apparence c'était plutôt simple de faire une commission pareille, j'étais tout de même paumée dans un monde dont je ne connais rien et avec des bestioles qui allaient tenté de m'égorger vif. Formidable. Je dis souvent formidable je sais, un tic. Et surtout une grosse ironie. J'allais m'enfuir à nouveau, par la fenêtre s'il le faut, quand elle se leva pour s'approcher.
« Ah, j'allais oublier ! On a reçu le pokématos que j'avais envoyé à réparer ! Tiens ! »
L'objet était bleu ciel mêlé de blanc, et d'après ses explications, ça fonctionnait un peu comme un téléphone portable, mais en plus gros et avec plus de fonctions. Je la remerciai du bout des lèvres, accrochait le pokématos en question à la brettelle de mon sac et filais par la porte sans perdre de temps.
Une fois dehors, je poussais un soupir de soulagement.
« Kaiiii … » soupira Samson en levant les yeux vers moi.
« Oui je sais, moi aussi elle me fait peur. Bon allez viens, autant y aller. » lançais-je à mon pokémon, heureuse de ne pas être la seule à trouver ma pseudo-maman plus que bizarre.
Je commençais à suivre le chemin de terre qui menait vers la forêt et repassais devant le laboratoire, lorsqu'un éclat rouge, très furtif, attira mon attention. Mon crocodile miniature renifla l'air et poussa un grognement sur un ton peu amical que je ne lui connaissais pas.
Curieuse de nature et ne pouvant m'empêcher de me mêler de ce qui ne me regarde pas, je m'approchai, intriguée. Je tombais alors sur un garçon d'environ mon âge, caché dans un recoin sombre en train d'espionner par la fenêtre. Je ne pût m'empêcher de l'étudier un instant puisqu'il ne m'avait pas encore remarqué.
Ses cheveux rouges désordonnés étaient bien plus foncés et vifs que les miens, qui étaient d'un roux clair mêlant des mèches oranges et blondes qui me piquaient les joues de leurs pointes fourchues. Mince et souple à l'extrême comparé à moi qui ne suis qu'une brindille toute molle, il portait des vêtements sombres qui rehaussait la pâleur de son teint.
« Alors c'est donc cela, le laboratoire d'Orme … » souffla-t-il pour lui même d'une voix quelque peu rauque.
J'arquais un sourcil, ne pouvant m'empêcher de me demander ce qu'il foutait ici. Samson éternua à cet instant, attirant le regard du garçon sur nous. Il fixa d'abords le Kaiminus avec un drôle d'air, comme envieux, avant qu'il se tourne vers moi. J'avais l'impression désagréable d'être passé au scanner, et ses yeux étaient durs, glacials même. Pourtant ils avaient une jolie couleur, bleu comme les miens, mais aussi sombre que je les avais clairs, presque noirs, agrémentés d'un éclat argenté.
Je ne savais pas trop quoi dire, légèrement gênée de l'avoir surpris ainsi.
« Qu'est-ce que tu regardes ? » m'agressa-t-il aussitôt, sur la défensive.
« Euh … rien ? »
Visiblement ma réponse ne le satisfaisait pas. Réduisant la distance entre nous en quelques rapides enjambées, il me poussa avec brusquerie. La force de ses bras et la surprise me prirent de court et, n'étant pas résistante de nature de toutes manières, je tombais à la renverse. Je heurtais le sol sans douceur, m'éraflant les coudes sur le gravier. Qu'est-ce que j'avais fais pour mériter ça bordel ?
Me voyant me vautrer aussi facilement, il fit claquer sa langue avec dédain.
« Minable va. Dégage ! »
J'étais déjà vachement tendue avec tout ce qui venait de m'arriver depuis mon réveil. Là c'était la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Comme une pauvre gamine, je me mis donc à pleurer, tout en lui hurlant dessus telle une hystérique.
« Putain c'est quoi ton problème à toi aussi ? J'ai pas encore eus assez d'ennuis comme ça, faut aussi que je tombe sur le pire salaud de ce monde de tarés c'est ça ? T'es complètement malade ou simplement vraiment très con au juste ? Pauvre type ! »
« De quoi ? » siffla-t-il avec fureur, presque menaçant mais légèrement surpris que je lui réponde aussi violemment, vu qu'il ne s'y attendait vraisemblablement pas.
C'est là que les crocs de Samson se refermèrent sur son bras droit. Méchamment.
Si pour moi ça n'avait été qu'une petite morsure « amicale » en guise de bonjour, là, il voulait vraiment lui faire mal et le punir. Je crûs un instant qu'il allait lui arracher le bras. Pourtant le garçon cilla à peine malgré la douleur – et je sais de quoi je parle –, foudroyant le Kaiminus du regard avec colère.
Hébétée, je me relevais toutefois et malgré que je haïssais désormais cordialement ce type, pris son bras en peine.
« Samson, lâche-le maintenant ! Tu vas l'estropier ! »
Mon crocodile m'obéit à contrecœur et je le pris dans mes bras tandis que l'adolescent refermait sa main libre sur son membre blessé pour tenter de stopper l'hémorragie. Je voulus lui tendre un mouchoir pour au moins l'aider un minimum, mais le regard qu'il me lança me fit comprendre qu'il n'en voulait pas. Je m'éloignais rapidement, voulant mettre de la distance entre lui et moi. Je l'entendis toutefois murmurer un truc comme « saloperie … minable », mais décidais de ne pas me retourner, furieuse et apeurée.
Une fois à bonne distance, je tournais les yeux pour croiser le regarde de Samson. Il avait mal agit en attaquant un être humain aussi violemment mais en même temps je réalisais que c'est parce qu'il avait voulu me protéger. Aussi serrais-je le petit être dans mes bras, avant de sécher mes larmes d'épuisement. Samson se blottit contre moi, agrippant mon haut entre ses pattes, comme un enfant.
Il était un peu bébête avec sa manie de mordre tout le monde et de garder le sourire constamment – ou presque – et pouvait se montrer imprévisible, tantôt agressif, tantôt pleurnichard en manque de câlin … mais je crois que je commençais à m'attacher à ce petit gars. Peut-être parce qu'avec tout ce qui m'arrivais depuis mon réveil, j'avais besoin de me raccrocher à quelque chose pour m'épauler et ne pas me sentir seule.
Samson était désormais devenu mon rempart, aussi petit soit-il.
A nouveau calme, j'eus toutefois à peine le temps de m'engager sur la route que des bruits de pas précipités se firent entendre dans mon dos et me retournant, je vis le professeur Orme courir vers moi en faisant de grands signes de bras. Il s'arrêta à ma hauteur, tout essoufflé.
« Pfou … pfou … décidément le sport c'est pas mon truc … A - Alex ! J'allais oublier de te donner mon numéro de pokématos. Tiens ! » me dit-il en me tendant un bout de papier.
Il était à bout de souffle alors qu'il avait fait à peine cent mètres. Pire que moi. Je me penchais vers lui, légèrement inquiète.
« Vous êtes sûr que ça va aller professeur ? »
« Oui, oui c'est rien … Je suis pas fais pour l'exercice tout simplement. Donne-moi aussi ton numéro. »
Après quelques manipulations sur mon dérivé de portable, j'enregistrai le numéro de Orme et réalisais au passage que ceux de ma pseudo-mère et de Luth s'y trouvait déjà. L'échange fait, le professeur m'offrit un dernier sourire et repartit en sens inverse.
« Merci encore Alex, s'il y a un problème n'hésite pas à m'appeler ! »
J'acquiesçai vaguement et lui rendit son salut. Échangeant un regard entendu avec Samson, nous nous remîmes en route, côte à côte.
Le chemin de terre laissa rapidement place à une végétation florissante. Et quand je dis ça, c'est pas pour rien. L'herbe, d'un vert bien sombre, m'arrivait jusqu'aux genoux et était si dense que je voyais plus mes pieds. En plus elle frémissait quelque fois, certainement sous l'effet de bestioles qui se déplaçaient … pas très rassurant tout ça.
Je jetais un coup d'œil à Kaiminus et seul le sommet de sa tête dépassait des fougères, qui lui arrivaient à ras des yeux. Je pouffais en le voyant éternuer à cause des herbes folles qui lui chatouillaient le museau. L'attrapant, je décidai de le garder dans mes bras pour le moment, afin d'éviter de le perdre dans cette véritable jungle.
« Allez p'tit gars, on va tâcher de trouver le chemin. » soufflais-je tout en me disant que c'était plutôt mal barré.
« Kai ! »
Continuant donc avec mon chargement et étant désormais plus ou moins au calme, je commençai à m'interroger. Notamment sur Samson et les pokémons en général. Il semblait comprendre parfaitement tout ce que je lui disais, et son niveau d'intelligence, sans être incroyable, semblait également plus élevé que celui d'une vulgaire bête sauvage. Un peu comme les chiens ou les dauphins. Sauf que les dauphins ne tentent pas de vous dévorer le bras – enfin je crois …
Mon regard glissa sur sa pokéball, que j'avais accrochée à ma ceinture grâce à un système de magnétisme assez sophistiqué – merci pour l'information professeur Orme. A vrai dire, même si on avait démarré sur de mauvaises bases, je me voyais mal enfermé Samson là-dedans sans une pointe de remords. De toutes manières, le prof m'avait demandé de le garder près de moi, alors la question ne se posait pas vraiment pour le moment. Et les combats ? Comment ça fonctionnait ? Est-ce que mon pokémon voudra bien seulement se battre sous mes ordres ?
Trop de questions, pas assez de réponses. Je fus stoppée dans mes réflexions par un bruissement de feuillages. Je m'arrêtai aussitôt, sur le qui-vive.
La seconde suivante, un oiseau de petite envergure, comme ceux que j'avais vu sur la fenêtre tout à l'heure, plongeait vers moi en piaillait bruyamment à toute vitesse, sans que je ne songe à réagir.
« Kai ! »
Bondissant hors de mon étreinte, toutes griffes dehors, Samson bondit vers l'oiseau et lui asséna un puissant coup de pattes au visage, l'envoyant à terre. A peine le piaf fut-il sur ses pattes que le crocodile bleuté se jeta à nouveau sur lui, griffant et mordant avec férocité. Rapidement, l'oiseau tomba au sol, quelque peu déplumé et mon Kaiminus se tourna vers moi, un sourire satisfait et deux griffes levées en V.
« Ok super, merci Samson. Viens maintenant on y va. » le félicitais-je avant de fuir, terrifiée à l'idée que d'autres rappliquent.
En vérité, que je cours ou non, ça ne changeait pas grand-chose. A plusieurs reprises, d'autres oiseaux identiques au précédent, ainsi que des espèces de fouines au ventre rond et qui tenaient debout sur leur queue nous attaquèrent. Pas très impressionnants niveau taille, mais je n'oubliais pas que ces peluches vivantes étaient dangereuses.
Je n'osais pas trop donner d'ordres à Kaiminus au début, laissant Samson se débrouiller et n'étant pas vraiment fan de violence et de combats, mais comprenant au bout d'un moment qu'il s'en sortait mieux si j'étais là pour le guider avec des ordres et même des stratégies plus précises, je pris doucement confiance en moi et surtout en le potentiel destructeur de mon monstre de poche.
« Samson, vise le ventre, vas-y ! »
Le crocodile fonça sur la Fouinette et lui enfonça son crâne dans l'estomac, la propulsant en arrière avec force. Je serrai le poing de contentement.
« Bravo champion ! Oh ? Regarde Samson, un chemin. On doit être tout près de … Ville griotte c'est ça ? »
« Kai ! » confirma-t-il avec un couinement ravi.
Je n'étais pas fâchée d'arriver. Il nous avait bien fallut trois bonnes heures pour parvenir jusqu'ici, et moi qui n'étais pas sportive et encore moins habituée à courir dans les champs pour échapper à des coups de bec et de griffe, j'étais éreintée. La confrontation avec plusieurs pokémons nous avait pas mal retardé et j'avais dû appeler le professeur Orme pour qu'il m'indique si j'étais sur la bonne route car je m'étais paumée. Tu parles d'une aventurière … j'avais déjà de la chance d'être en vie.
J'avais déjà consommée une potion pour Kaiminus, vaporisant avec suspicion le produit pour ensuite voir ces plaies bénignes se refermer sous mes yeux. Efficaces ces trucs-là, y a pas à dire. Mais mon petit gars était tout de même fatigué et je me retrouvais à devoir le porter pour poursuivre jusqu'aux abords de la ville. Il avait bien travaillé après tout, je comprenais qu'il soit crevé.
A première vue, ça semblait tout de même un peu plus gros que mon patelin de Bourg Geon – difficile de faire plus paumé que ça en même temps. Devant l'entré de la petite bourgade, un vieil homme semblait somnoler sur un bain, se dorant la pilule au soleil. Je m'apprêtais à passer devant mais il sembla se réveiller à cet instant, me faisant sursauter – j'étais facilement impressionnable.
« Ouah … » bailla-t-il en se relevant tout doucement « Bonne petite sieste … hum ? Eh toi là, avec le Kaiminus ! » m'interpella-t-il soudain.
Je m'arrêtais, me demandant ce que j'avais fais pour que tout le monde veuille à ce point m'approcher. Il me rejoignit en trottinant d'un pas étonnamment vif pour un vieux. Il était tout petit, je devais bien faire deux têtes de plus que lui, et ridé comme une vieille pomme.
« Tu débutes pas vrai ? »
« Oui, » fis-je, légèrement surprise de sa remarque « comment avez-vous deviné ? »
« Ça se voit ! » ria-t-il gentiment, avant d'ajouter de peur de m'avoir vexé « Ne t'en fais pas, on a tous été un bleu un jour ou l'autre. Appelle-moi Henry. Si tu veux, je peux te montrer le village et t'apprendre deux ou trois trucs pour t'aider. »
Je n'hésitais même pas et acceptais son offre. Il n'y avait pas plus ignorante que moi dans ce jeu, alors quelques leçons ne me feraient pas de mal, au contraire. Samson toujours dans les bras, je m'empressais de suivre le dénommé Henry, qui était bien plus rapide et agile que son âge ne le laissait paraître.
Il m'emmena d'abords devant un grand bâtiment blanc au toit rouge, plutôt voyant et donc difficile à manquer. Il m'expliqua que c'était un « Centre pokémon ». On en trouvait apparemment dans chaque ville et les pokémons y étaient soignés gratuitement.
« Sérieusement ? » m'étonnais-je devant la charité de cet hôpital pour bestioles.
« Oui. On y accueille aussi les dresseurs, le confort est sommaire mais c'est toujours agréable de trouver un centre pokémon quand on est sur les routes. C'est notre oasis au milieu du désert si tu veux. Par contre ce genre de services est payant. »
Je me promis de passer après ma visite en sa compagnie pour soigner Samson, qui aurait besoin d'un peu de repos. Surtout que le voyage n'était pas encore fini. Il m'emmena ensuite jusqu'à un bâtiment au toit bleu cette fois, qui était une boutique ou on trouvait de tout. Ça allait visiblement de la nourriture pokémon aux sacs de couchage, en passant par les médicaments et les balls. Puis Henry m'indiqua la route suivante, qui me mènerait jusqu'à la maison de Monsieur Pokémon, m'expliquant le chemin pour m'y rendre quand je lui avouait la raison de mon périple.
Finalement, il m'invita à entrer prendre une tasse de thé, ce que j'acceptais. C'était un vieil homme fort sympathique ma foi, qui me rappelait un peu mon ancien professeur d'histoire au collège – et que j'aimais beaucoup pour la façon dont il enseignait. Samson ronronnait presque sur mes genoux, somnolant à moitié, tandis que j'écoutais les histoires du vieillard. Un félin au pelage crémeux et avec un genre de pièce d'or sur la tête dormait sur le canapé au fond de la pièce.
« Dans ma jeunesse j'étais aussi dresseur tu sais. Ce n'est pas aussi facile qu'on le croit. J'ai vu de nombreux de mes pokémons succomber lors des combats à leurs blessures. »
Sa voix prit une intonation nostalgique et je ne sus que répondre à cela, caressant machinalement le dos écailleux de mon Kaiminus. Soudain, Henry se releva brusquement, me faisant signe d'attendre une seconde, et disparut dans une pièce pour revenir quelques secondes plus tard avec une boîte à chaussures dans les mains.
« Tiens Alex, mets donc ça aux pieds. » dit-il en me fourrant la boîte dans les mains « Tu n'iras pas loin avec tes petites tennis blanches. Elles doivent avoir encore ma chaleur et mon odeur de transpiration … »
Devant ma grimace d'effroi, il éclata d'un rire si tonitruant qu'il en réveilla Samson.
« Je plaisante voyons, elles sont neuves ! C'est le dernier modèle de Hoenn, crois-moi c'est l'idéal quand on voyage sur les routes. »
D'un coup d'œil quelque peu sceptique, je comparais sa paire avec la mienne, qui était je l'avouais, déjà toute crottée et couverte de boue. Après tout, pourquoi pas. J'enfilais donc la paire de baskets noires. Wouah. C'était comme d'avoir les pieds enveloppé dans un nuage qui épousait leur forme. Elles étaient légères, confortables et à la parfaite température. Henry n'avait pas menti.
« Merci beaucoup. » soufflais-je, sincèrement ravie.
Je jetais mes vieilles tennis à la poubelle sans le moindre état d'âmes. Avant que je ne le quitte, le vieil homme me fit un dernier cadeau. Il m'emprunta mon pokématos une seconde, faisant quelques manipulations avant de glisser un genre de coupon magnétique dans la fente sur le côté. Il me le rendit ensuite avec un sourire.
« Tiens, je t'ai intégré une carte. Ça évitera que tu te paumes en chemin la bleue ! Bonne chance ! » s'esclaffa-t-il gentiment.
Je le remerciai une dernière fois et quittais sa maison pour me diriger vers le centre pokémon. Je voulais m'assurer que Samson serait en forme pour la suite.
Je n'imaginais certainement pas à quel point cette formalité allait devenir cruciale …
J'ai posté ces deux chapitres vus qu'ils sont écrits et (normalement) corrigés depuis un moment.
Donc ceci est partie de Pokémon SoulSilver en Nuzlocke Challenge. Les règles, pour ceux qui ne connaissent pas, sont les suivantes : on ne peut capture que le premier pokémon de chaque zone ; tout pokémon KO est considéré comme mort ; chaque pokémon doit être renommé. J'ai remarqué que ce principe de romancer sa partie Nuzlocke s'était pas mal étendue ... Et comme je suis une quiche qui fonce sans réfléchir, il y aura quelques victimes dans cette partie, malheureusement (préparez vos mouchoirs les enfants ! /PAN/)
