Hey mes sorcières et mes sorciers du Monde ! Alors, ce voyage en Afrique du Sud vous a plu ? Hé bien pour aujourd'hui, je ne vous propose rien d'aussi exotique, mais un endroit qui occupe une place importante dans ma fic : l'Académie de Mighty Adler.
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Raiponce, Ô rave you :

Yo Ywy ! Oui, j'avais envie de t'appeler Ywy, au moins une fois. Pour le wiki, c'est en préparation ! Mais on a déjà la fiche école, ça va.
Elias ? Ça me dit rien du tout ! Pourtant je l'ai bien lu… Tiens ça me fait penser que je ne crois pas t'avoir rendu le chapitre 5. Si ?

Salutation Fishina ! Alors si tu parles anglais, la plupart du vocabulaire je l'ai trouvé sur une page wiki en anglais intitulée "List of South African slang words".
La visite est tout à toi ! Pourquoi ce nom te parle ? Je ne sais pas. Peut-être que… Est-ce que "The Other Time" te parle ?

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Et maintenant… ENJOY GERMANIAAAAAA !
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2) Allemagne : Académie de Mighty Adler

Ça y était. Son tour était venu. Andreas regarda autour de lui, et ne put s'empêcher de sourire, malgré la mélancolie qui s'emparait de lui. Sa famille était tellement nombreuse qu'ils remplissaient à eux seul une des immenses cabines du funiculaire qui survolait actuellement un des nombreux cols de la Forêt-Noire. Dans quelques minutes, ils apercevraient le Mont Hornisgrinde, et, si le brouillard qui nappait actuellement la région y était moins dense, les tours élancées de l'Académie de Mighty Adler. Mighty Adler : "Puissant Aigle". Drôle de nom, pour une école. Ça aurait fait un meilleur nom pour une boutique de taxidermiste. Plus drôle encore, quand on savait que le symbole de l'Allemagne moldue était le faucon, et que l'aigle représentait l'ennemi historique, les États-Unis, et avait d'ailleurs représenté les forces Napoléonienne avant cela. Bien sûr, les conséquences de la Seconde Guerre Mondiale avaient été toutes autres dans le Monde Magique, les causes ayant déjà été différentes.

Mais ce n'était pas à ces préoccupations historiques qu'Andreas pensait en ce moment. Il regardait ses frères, sa sœur, ses nombreux cousins qui emplissaient la cabine bringuebalante, et une seule pensée tenace lui venait : il n'était qu'un parmi tant d'autres, insignifiant. Il n'était ni le plus grand, ni même le plus petit. Pas le plus beau, oh non ! Ni même le plus riche. Ce rôle était réservé à l'aîné des petits-enfants du patriarche : Viktor-Bruder Castle, fils de Jörg Castle et Hendrike Saüser. Lui n'avait même pas eu la chance de naître dans la branche principale. Un fils puîné de fils puîné. Oh, bien sûr, la famille d'Andreas Castle n'était pas à plaindre. Son père, Gregor Castle, était directeur du Département de la Justice. Bien sûr, il y avait été nommé par son beau-père, Ernst Niafasen. Mais il avait largement prouvé au vieux Ministre qu'il méritait ce poste, et savait s'en montrer digne. La mère d'Andreas, Julia Niafasen, était quant à elle chargée de gérer l'immense fortune de son cousin Athanasius… qui avait aussi épousé une Niafasen. Les familles nobles Allemandes encore existantes étaient peu nombreuses, et ce genre de situation était fréquentes.

Enfin, dans sa génération, ils étaient quatre. Son frère aîné, Hieronymos, était tout désigné pour hériter du patrimoine paternel. C'était sa dernière année à l'Académie, et sa voie était toute tracée. Ensuite venait leur sœur, Kirsten. La belle blonde était depuis longtemps fiancée à un riche héritier Italien. Un certain Alessandro Stepolian, moche comme un pou, mais déjà riche comme deux émirs alors qu'il n'avait pas seize ans. Ensuite venait l'agaçant Lothar, qui devait être malade, puisqu'il n'avait embêté personne depuis près de cinq minutes. Lui était destiné à hériter du patrimoine maternel, la dot de Kirsten exceptée. Et enfin, lui, Andreas, le petit dernier. Destiné à hériter tout au plus d'une vielle maison de campagne au fond des bois, où il dilapiderait le centième de fortune qu'on lui accorderait, avant qu'il n'ait à travailler comme quelque vulgaire roturier. Peut-être finirait-il par en épouser une, d'ailleurs. Ou, par provocation, il choisirait une sang-mêlée. Bien sûr, l'idée d'épouser une née-moldue ne traversa même pas la petite tête blonde d'Andreas. Il n'irait pas jusqu'à souiller son nom !

– Bah t'en fais une tête, constata Lothar, en venant s'asseoir à côté de son petit frère, lui tirant un grognement. Réfléchis pas trop, tu vas te faire une entorse du cerveau !

– Tu m'en fais une belle, d'entorse, répliqua Andreas.

– Oh, je vois que Herr Andreas est d'humeur bougonne. Si tu veux (Lothar sortit sa baguette de sa poche), je peux t'aider à sourire. Un petit sortilège de Chatouillis devrait faire l'affaire, non ?

Andreas sortit à son tour sa baguette. Sa belle baguette en acajou, légèrement courbée, avec une garde hexagonale, et un rubis incrusté en son extrémité inférieure. 25,8 centimètres, rigide. Directement achetée en France, lors d'un voyage avec son père.

– Tu fais ça, je fais tellement grossir ta tête que tu ne passeras plus dans la porte de la cabine.

– Laisse-le tranquille, Lothar, intervint Kirsten. C'est normal d'être stressé pour son premier jour. Je te rappelle que toi, t'as failli chialer comme un bébé en quittant la maison.

Lothar se renfrogna, avant de retourner à sa place d'un pas lourd. Andreas tourna ses yeux vert intense vers sa sœur, et la remercie d'un hochement de tête. Ah, ses yeux ! Les fameux yeux des Niafasen, dont il était le seul à avoir hérité, le reste de la fratrie ayant les yeux bleu-gris des Castle.

– Hé, regardez ! s'écria soudain Markus, un des nombreux cousins emplissant la cabine suspendue. On voit le château !

Andreas se retourna précipitamment pour faire face à la fenêtre, et scruta le brouillard en fronçant les yeux. Après quelques secondes, il les aperçut enfin : d'abord l'immense tour du directeur, puis le toit de la bâtisse principale. Une boule apparut dans son estomac. Le moment était venu. Andreas allait entrer à Mighty Adler. Kirsten adressa un grand sourire à son frère.

– Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer. Tu es intelligent, les cours ne te poseront aucun souci.

– Ce n'est pas ça...

– Quoi alors ? Tu es angoissé à l'idée de rester si loin du château ?

– Non, c'est... Les autres. J'ai peur que les autres ne m'aiment pas, que je sois tout seul...

– Tu es un Castle, intervint soudain Hieronymos de sa voix grave. Les autres se battront pour te plaire. Et n'oublie pas ce que mère t'as dit : si on manque de respect à toi ou à ton nom...

– ... Je châtie l'impudent du sort le plus affreux que je connaisse, et mon Nom sera une garantie suffisante de ma bonne foi si je suis pris. Merci, mais je préférais éviter de lancer un sort noir sur un de mes camarades dès le premier jour...

– T'es une chiffe molle, constata Lothar.

– Lothar ! Gronda Kirsten.

– Bah quoi, c'est vrai ! Bon, si tu veux, je couvre tes arrières, Andy !

– Je ne saurais dire si cela me rassure... soupira le blondinet.

Il ne fallut pas plus d'un quart d'heure pour que le funiculaire atteigne le terminus, à quelques deux-cents mètres des grilles du château. Le wagon de cousins Castle se vida, et le groupe compact se sépara une fois dans la cour. Les élèves des différents grades devaient se séparer, les plus anciens pour rejoindre leurs dortoirs, tandis que les élèves de grade 1 rejoignaient la salle de classe la plus proche pour une présentation rapide de l'Académie.

– Bonjour à tous, salua le vieil homme aux cheveux filasses blanchâtres qui faisait face à la promotion 2015. Bienvenue à la grande Académie de Sorcellerie du Mighty Adler. Je suis le professeur Alistair Conis. Je vous initierai dès cette année à l'Étude des Ombres. Mais aujourd'hui, je me présente à vous en tant que directeur-adjoint de Mighty Adler. Sondage rapide : qui d'entre vous a déjà eu un frère ou une sœur, peut-être un parent, qui est passé par l'Académie ?

Beaucoup de mains se levèrent. Cette année, il y aurait donc dix-sept élèves ignorant tout de l'Académie, sur une promotion de cinquante-quatre élèves. Alistair sourit.

– Très bien, junge Männer und Frauen. Vous êtes peu nombreux, je pourrai donc consacrer un moment à chacun. Pour les autres… je ne pense pas avoir grand-chose à vous apprendre que vous ne découvrirez pas durant la visite. Gut ! Reprenons. Cette année démarre votre formation en tant que futurs sorciers. Oh, je sais ce que vous pensez ! Mais vous n'êtes que du bois brut. Du bois magique, certes, mais Pinocchio est encore loin de marcher. Vous amener à couper vos fils, voilà notre tâche.
Cette année, nous vous enseignerons neuf matières différentes. Sept d'entre elles sont commune à tous : les Runes, les Sortilèges, l'Alchimie, les Potions, l'Histoire de la Magie, l'Étude des Ombres, l'Astronomie et l'Arithmancie. Jusque-là, ça va ?

– C'est quoi, l'Étude des Ombres ? demanda une fille au second rang.

– On y reviendra, Fräulein. Ensuite, deux choix vous seront demandés. D'abord, vous devrez choisir quel voie naturelle vous souhaiterez étudier cette année. Les matières naturelles sont : la Biologie, l'Étude des Espèces Terrestres, l'Étude des Espèces Aquatiques, et l'Étude des Esprits. Vous devrez également choisir une voie magique. Les matières magiques sont : la Métamorphose, les Enchantements, la Divination, et la Magie Combattive. Vous pourrez en changer tous les ans, et vous présenter, à l'issue de vos sept années ici, aux épreuves que vous souhaitez. Cependant, à titre personnel, je vous déconseille fortement de trop en changer. Avant de passer au descriptif complet des matières, je vous invite à me suivre à l'extérieur.

Le vieux prof quitta ensuite la salle, suivi d'une bande d'élèves déstabilisés par la sortie du professeur, qui aurait pu s'apparenter à une fuite tant il se mouvait avec hâte. Pendant que le prof leur présentait les lieux, des groupes d'élèves commençaient à se former naturellement, et les discussions partaient bon train.

– Et toi, tu t'appelles comment ? demanda la grande brune qui s'était présentée comme Greta Salers, une sang-mêlée originaire de Rhénanie.

– Moi, je suis Hanselm Rosengart ! lâcha le garçon à profil de fouine d'un ton hautain. Je suis le petit-fils de notre auguste directeur, Alberich Rosengart. Eh toi, là, qui ne parle pas. Qui es-tu donc ? Ta tête ne m'est pas étrangère.

– …

– Pardon ? Je n'ai pas fait l'effort d'entendre !

– Andreas Castle.

Certains élèves eurent comme un sursaut. Se retrouver en présence d'un prince faisait toujours un choc pour ceux élevés dans la déférence. Cependant, Hanselm se contenta de sourire avec contentement.

– Ah, enfin, je suis en présence d'un égal, constata-t-il en tendant une main, qu'Andreas serra timidement. Mais dit-moi… ces yeux verts ne sont pas courants dans la famille Castle…

Génial, un pseudo-généalogiste, manquait plus que ça ! déplora mentalement Andreas.

– … tu ne viendrais pas de la branche Hongroise de la famille, par hasard ?

– Non, marmonna Andreas. Je suis de la branche Allemande.

– Ah, fit Hanselm, déçu. Mais alors… il se pourrait que… l'un des membres de ta famille porte le nom honni de Niafasen ?

– Ma mère, répondit plus fermement le garçon, en serrant le poing. Et je ne te permets pas d'insulter son nom !

– Oh, mais c'est qu'il mordrait, le Reichsratte !

BAM ! Il y eut comme un claquement dans l'air, et Hanselm fut projeté en avant avec force, glissant sur le sol pavé du large couloir qu'ils arpentaient actuellement. Le jeune arrogant se releva précipitamment, jeta un regard noir à la manche de sa robe déchirée qui laissait apparaître son coude écorché, et essuya le sang qui coulait de sa lèvre d'un revers rageur.

– Qui est le Scheißkerl qui s'est permis de faire ça !? gronda-t-il.

– C'est moi, répliqua calmement Lothar, qui se tenait entre deux élèves de grade 1 apeurés, sa baguette noire à la main. Et la prochaine fois que je t'entends prononcer le mot "Reichsratte", je te coupe la langue. Avec un sort noir, pour être sûr qu'elle ne repousse pas.

– Mon grand-père en entendra parler ! menaça Hanselm, qui bouillait.

– Ah ah, eh bien soit ! Il sera sûrement ravi d'apprendre que tu as insulté un prince Castle, avant d'en menacer un second ! Il t'accueillera certainement les bras ouvert, il ne pensera pas une seconde à te corriger avec le fouet du charretier. Quelle idée ai-je donc là !

En guise de réponse, Hanselm jeta un regard noir aux deux frères, avant de s'éloigner en direction du prof, bousculant rageusement un garçon étourdi qui ne s'était pas assez circulé à son goût.

– Merci, ne put s'empêcher de dire Andreas.

– De rien ! accepta Lothar.

– Mais à cause de toi, je me suis fait un ennemi dès le premier jour, et qui plus est le petit-fils du directeur…

– Ne t'inquiète pas pour lui, il a toutes les raisons du monde de se tenir à carreau, ricana Lothar.

La visite continua sur un ton plus calme. Greta Salers s'était isolée, agacée par le ton d'Anselm, et effrayée à l'idée que le frère d'Andreas revienne pour elle. Mais heureusement pour le blondinet, tous ses camarades n'avaient pas cette appréhension.

– Salut, moi c'est Jonah Burton, se présenta un colosse au sourire ressemblant à un coup de couteau dans un masque d'argile. Je suis honoré de rencontrer quelqu'un capable de tenir tête à ce sale mioche !

Et tout au long de la visite, Andreas et Jonah discutèrent, se racontant leurs origines, et leurs malheurs. Tous deux étaient atypiques : alors qu'Andreas était issu d'une large fratrie, ce qui était fort rare parmi les dynasties sorcières, particulièrement en Allemagne, Jonah était le fils unique d'un moldu Britannique et d'une ancienne élève de Mighty Adler. Celle-ci avait refusé que son fils étudie à Poudlard, alors avait-il été envoyé ici. La seconde surprise qu'eut Andreas fut de constater les capacités surprenantes du colosse. Alors que son allure mal dégrossie et ses origines étrangères et modestes semblaient crier à l'unisson qu'il serait un doux crétin, un faire-valoir musculeux pour le jeune prince, Jonah s'avéra incroyablement intelligent, bluffant Andreas de par ses connaissances de l'Alchimie. Andreas lui fit part de son admiration.

– Oh, tu sais, j'ai pas de mérite, rougit Jonah. Ma mère était troisième de sa promo, en Alchimie. Le second était un bulgare qui a fini à Nurmengard après avoir empoisonné à l'arsenic vingt-trois membres du gouvernement Serbe…

– Oh, par Agrippa, quelle horreur !

– Je te le fais pas dire ! Et la major de promo, c'était non moins que Skye Ingram en personne !

– Ah ! s'exclama Andreas, avant de se reprendre. Mais huh… c'est qui, en fait ?

– La prof de Métamorphose, pardi !

– Je n'ai pas le plaisir de la connaître. Et… elle tue des gens aussi, elle ?

– Pas plus que ma mère, sourit Jonah.

– Ça peut porter à confusion, marmonna Andreas, accentuant le sourire de son nouvel ami. D'ailleurs, c'est quoi le rapport entre l'Alchimie et la Métamorphose ?

– Le rapport ? C'est que Skye Ingram est probablement la sorcière la plus intelligente de tous les temps !

Après avoir visité le dédale de couloirs et d'étages de l'immense château, les nouveaux venus traversèrent la cour en direction d'une tour isolée du reste, probablement une ancienne tour de beffroi. Le professeur s'arrêta devant, et désigna la tour d'un large geste des bras.

– La tour du directeur, présenta-t-il. Pour ainsi dire le seul endroit de toute l'Académie où aucun élève est autorisé à entrer. Sous aucun prétexte.

– Et si on veut voir le directeur ? demanda une fille.

– Si ce n'est pas urgent, il convient de prendre rendez-vous au secrétariat, répondit le vieux professeur en désignant d'un geste une petite bâtisse, sur laquelle figurait une pancarte indiquant sobrement : " Sekretariat ".

– Et si c'est urgent ?

– Si c'est urgent… il convient de prendre rendez-vous au secrétariat, en précisant que c'est urgent. Enfin, si c'est vraiment une question de vie ou de mort, vous pouvez toujours tenter de faire tinter la cloche du beffroi d'un sort. Mais soyez assurée que s'il n'y a pas de vie en jeu, celle de l'impudent se permettant de forcer la main au directeur se trouvera de fait dans la situation susmentionnée.

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– Pourquoi t'as pris Étude des Esprits ? s'étonna Jonah, en se penchant sur la feuille d'inscription d'Andreas. On a déjà Étude des Ombres…

– Ce n'est pas la même chose, ricana son camarade.

– Ah ?

– J'avoue que les intitulés sont trompeurs, car incomplets. En l'occurrence, l'un devrait s'intituler "Étude des Esprits, Non-Êtres et Manifestations Non Physiques", tandis de l'autre serait plutôt "Étude des créatures vivant dans l'Ombre, ainsi que des moyens connus pour les combattre".

– Tu m'en diras tant.

– Tu comprendras dans quelques temps.

– Au moins, on sera ensemble en Magie Combattive !

– Certes.

Junge Kinder ! les interpela Alistair Conis. J'espère que vous avez terminé de remplir vos fiches. (les "oui" fusèrent) Wunderbar ! Nous allons donc pouvoir nous rendre à la Cérémonie de la Statue !

La Cérémonie de la Statue était une coutume propre à l'Académie de Mighty Adler. Tous les ans, le premier jour de l'année, tout le monde se réunissait dans le grand hall, qui abritait la statue du fondateur. Chaque élève, dans l'ordre des grades puis alphabétique, allait déposer sa cape sur la petite tablette dorée devant la statue, avant de s'agenouiller. Un élève du grade supérieur venait alors prendre la cape, pour recouvrir les épaules de son cadet en prononçant la devise de l'école. Et ainsi de suite jusqu'aux élèves de grade 7. Ceux-ci avaient de privilège de désigner le professeur de leur choix, qui serait alors chargé de lui mettre sa cape. Le choix n'était pas innocent, car l'élève désignait ainsi le professeur qu'il considérait comme son mentor. La plupart des professeurs actuels, sinon tous, avaient d'ailleurs un jour désigné leur prédécesseur comme leur mentor. Le règlement de Mighty Adler définissait en effet que seul un élève diplômé de l'Académie pouvait un jour y enseigner.

La cérémonie était déjà bien avancée quand vint le tour de Hieronymos Castle. Andreas regardait son grand frère avec déférence. Celui-ci avançait d'un pas digne en direction de la statue. Il déposa sa cape devant la statue, avant de s'agenouiller. Sa cape, comme celle de tous les élèves, était noire à l'extérieur, et dorée à l'intérieur. Mais là où la cape de la plupart était en tissus légers tels le satin, l'organza… ou même la soie pour les plus riches, la cape des enfants Castle était en peau de dragon, plus précisément de Noir des Hébrides, et la doublure était en véritable fils d'or. Après avoir silencieusement remercié le fondateur de l'accueillir pour un an de plus, Hieronymos se redressa, et celui chargé de le couvrir de sa cape quitta le groupe des professeurs pour s'avancer vers lui. Jonah eut un sursaut de surprise à côté d'Andreas.

– M… mais, c'est le directeur en personne ! bafouilla le colosse.

– En effet.

– Ça veut dire…

– Je sais, Jonah, merci.

Ce que ça voulait dire, c'était que Hieronymos était nommé Préfet. En effet, les Préfets étaient nommés de cette manière. Devant le manque de réaction de son frère, Andreas devina qu'il s'y attendait, et râla intérieurement que celui-ci n'eût rien dit. Le directeur déplia la sublime cape, et recouvra le dos de Hieronymos, avant de passer sur le côté pour fixer une large broche d'or aux cordons de fermeture de la cape. La broche d'or, symbolisant le titre de Préfet-en-Chef. Celle-ci, en revanche, tira une réaction de surprise à l'aîné Castle. Enfin, le directeur prononça la phrase rituelle de sa voix grave :

– Niemals die Hoffnung verlieren, schauen immer auf das Beste. Was nicht tötet macht dich stärker*.

Ça y était. Hieronymos Castle était officiellement Préfet-en-Chef. Il serait donc officiellement le pire cauchemar du turbulent Lothar. Andreas soupira : comme s'ils avaient besoin de ça ! Une source de tension supplémentaire dans la famille…

Loin de toutes ces considérations, le temps continua de filer bon train, et ce fut rapidement le lendemain. L'année scolaire du groupe 1-1 commençait par un cours d'Alchimie. Quel ne fut pas le choc, pour la majorité des élèves, de voir un fantôme flotter dans les airs, en lieu et place du bureau professoral qui occupait d'habitude le centre de l'estrade. Lorsque tous les élèves furent rentrés, le fantôme-professeur prit la parole, d'une voix étrangement claire là où Andreas s'attendait à quelque voix éthérée d'outre-monde.

– Bonjour à tous. Je suis le professeur Johann Faust.

Des chuchotements s'élevèrent partout dans la salle. Une fille (toujours la même, remarqua Andreas), s'écria :

– Attends, t'es le Johann Faust ? Le célèbre alchimiste !?

– Je ne me connais nul homonyme dans le monde restreint de l'Alchimie, confirma le fantôme. Et toi, tu es ?

– Irene Eberhard, se présenta la curieuse.

– Enchanté. Tenez, il me vient une idée. Notez tous vos noms sur un bout de parchemin, que vous ferez tenir sur le coin de votre table afin que je puisse vous identifier. En attendant, je vais vous parler du noble Art qu'est l'Alchimie.

D'un geste, le défunt attira un tableau à roulette à lui, avant que ne s'y trace le mot "Alchemie". Comment un fantôme pouvait faire usage de magie ? Mystère.

– La noble discipline de l'Alchimie est basée sur la décomposition et la transformation d'éléments. Dans un premier temps, on scinde les éléments en unités alchimiques brutes : magie, matières pures, âmes, etc… Ensuite, l'opération de transformation peut commencer. On peut faire appel à de nombreuses techniques. Réactifs : sel, arsenic, auripigment… Rituels : opérations schématisées, litanies runiques, symbolismes… Magie, bien sûr : enchantements, transmutation induite, métamorphose… Exemple : qui peut me citer un alchimiste célèbre ? Moi excepté, bien sûr.

– Nicolas Flamel ! lança Jonah.

– Bien joué. Et tu sais ce qu'il a fait de particulier ?

– Il a réalisé la pierre philosophale.

– En effet. Tu sais de quoi il s'agit ? Je ne te demande pas ce qu'elle fait, mais bien ce qu'elle est.

– Euh… non…

– Nous y voilà ! Ce cher Nicolas a tout simplement trouvé le moyen de cristalliser la quintessence. Oui, la pierre philosophale n'est pas vraiment une pierre, mais bien un amas solide de quintessence pure. Quintessence ?

Cette fois-ci, personne ne répondit.

– Ouf, j'ai eu peur ! j'ai cru que je n'aurais rien à vous enseigner ! Hum, ton nom, jung Mann ? Il me semble ne pas voir votre nom inscrit sur un morceau de parchemin, tel que je l'avais demandé.

– Jonah Burton, répondit le garçon. J'ai pas fini de l'écrire, j'écoutais.

– Anglais, hein ? J'ai collaboré avec un Anglais, à l'époque. Amycus Langlefalls. Un fieffé salopard qui a essayé de voler mes recherches. Je l'ai empoisonné à l'arsenic. Dites-moi, jeune homme, êtes-vous un fieffé salopard ?

– N…non, n…non Herr F…Faust, bégaya Jonah, figé sur sa chaise comme une statue de glace.

– Appelle-moi Johann, corrigea le professeur, hochant cependant la tête pour apprécier la politesse du garçon. Les autres ne s'en gênent pas !

En effet, aussi choquant que cela semblait aux yeux de leurs voisins, tels les hautains Anglais, ou les ennuyeux Français, les élèves Allemands avaient pour habitude d'appeler leurs professeurs par leur prénom, et de les tutoyer. De même, ils prenaient librement la parole en cours, même s'ils évitaient de discuter entre eux d'autre chose que le cours. La mentalité allemande avait de quoi perturber. Mais à ne pas s'y tromper : tous les Allemands n'étaient pas habitués. Andreas était même presque choqué à l'idée de devoir tutoyer un professeur, lui qui avait vouvoyé ses parents depuis qu'il savait parler.

Pour leur faire pratiquer l'alchimie de manière simple pour le premier cours, Faust leur demanda à tous d'aller chercher une planchette de sapin et un globe de verre dans le fond de la salle. Ils durent ensuite placer la planchette, où étaient gravés d'étranges symboles qu'Andreas, malgré ses quelques connaissances en runes, n'avait jamais vus, à plat sur leur table, avant d'y poser le globe de verre. Puis il devait envoyer des étincelles magiques sur la planchette. Pour cet exercice simplissime, la plupart y arrivait du premier coup. Échouer à jeter des étincelles magique avec sa baguette signifiait que la baguette refusait de nous obéir, ce qui n'était pas bon signe du tout.

Andreas, sans surprise, fut un des premiers à y parvenir. Alors que les étincelles touchaient la planche de bois, le bois se mit à fumer là où les symboles étaient gravés. Puis il y eut comme une petite explosion de fumée blanche. Lorsque celle-ci se dissipa, la sphère était opaque, d'une teinte jaunâtre, et semblait granuleuse. Andreas essaya de la toucher, et la sphère tomba en poussière. Non, pas en poussière, en sable ! Le globe de verre s'était changé en sable !

– Rétrovitrification, expliqua sobrement le fantôme. Un des phénomènes alchimiques liés à la thermodynamique les plus simples à observer.

– C'est vrai que certains géomanciens arrivent à le faire comme ça, sans même utiliser leur baguette ? demanda un gros garçon roux.

– En effet… Kristoff, acquiesça Faust. Le terme de géomancien désigne les sorciers maîtrisant la magie élémentaire de la terre, et par extension de la roche. Le sable est de la roche. Donc par extension, le verre est de la roche. Mais tu as bien fait de préciser "certains". Cela nécessite une maîtrise incroyable de l'élément, plus encore que pour manipuler les métaux. Cependant ! Nous ne sommes pas ici pour parler de magie élémentaire ! Ici, on fait de l'alchimie, nom d'un alchimiste mort depuis 475 ans ! Alors reprenons du point de vue qui nous intéresse. La rétrovitrification est un phénomène de la classe des transformations inverses. Il s'agit de faire littéralement appel à la mémoire de la matière. Ces globes de verre se souvenaient tous avoir été un jour du sable ! Il nous suffisait de leur montrer comment le redevenir. Ces symboles, qui ornent les planches, ce sont des runes chinoises. Ce peuple est comme qui dirait expert, dans le domaine de la mémoire matérielle. On raconte même qu'un alchimiste de chez eux aurait trouvé le secret de la jeunesse éternelle, en transformant régulièrement son corps en un corps plus jeune. Soyez-en assuré : ce sont des foutaises. Seul Nicolas Flamel a trouvé le secret de la vie éternelle, et ce vieux fou emportera le secret jusqu'en Enfer, s'il n'est pas déjà mort. La dernière fois que je l'ai vu, sa femme a essayé de m'exorciser. M'exorciser ! Quelle idée saugrenue. Je suis mort, pas possédé !

– Johann, ça fait quoi, d'être mort ? questionna Irene-la-curieuse.

– C'est le pied, ma petite pie bavarde. Je suis immortel, je n'ai plus besoin ni de manger, ni de respirer. Je peux traverser la matière, et terroriser les chats. Et je suis quasiment insensible à la magie. Un sortilège de mort se contentera de m'envoyer dans les bras de Morphée pour quelques heures. Certes, il y a un… léger désavantage. Tout d'abord, je suis coincé ici. Seule une cloche des esprits peut me permettre de quitter cet endroit.

– Une quoi ?

– Une cloche des esprits. Certains lieux magiques possèdent une cloche en argent qui, si elle est sonnée le jour de la Toussaint, jour où les frontières entre notre monde et le vôtre sont les plus fines, permet d'ouvrir une voie qui nous permet de temporairement rejoindre le lieu qu'elles occupent. L'année dernière, par exemple, je suis allé fêter l'anniversaire de Sir Nicholas de Mimsy-Porpington au sein même de l'École de Poudlard. Ce maudit château écossais est bourré de courants d'air, mais il faut avouer que c'est un paradis pour les fantômes !

– Et… comment t'as fait, pour déplacer le tableau ? T'as même pas de baguette.

– Eh bien, horripilante curieuse insatiable, l'avantage en tant qu'esprit d'être lié à un lieu magique, c'est qu'on peut directement en puiser l'énergie. Le château devient le sorcier, et moi la baguette. Simple et efficace.

Andreas sourit. Avec tout ça, il serait au point pour le cours d'Étude des Esprits !

– Et comment t'es mort ?

Cette fois-ci, la question venait d'une autre fille. Une minuscule brune, qui, à quelques centimètres près, aurait pu passer pour une gobeline.

– Empoisonné, au cyanure. Quel manque de subtilité !

– Dit-il alors qu'il empoisonnait les gens à l'arsenic, chuchota Andreas à l'adresse de Jonah.

– Ça explique au moins d'où le bulgare tenait ça, répliqua le colosse.

– En effet.

Les deux garçon se regardèrent… et partirent dans un fou-rire incontrôlable.

– Qu'est-ce qui vous amuse tant ? s'intéressa Faust.

– Le cyanure, monsieur, répondit Andreas d'une voix calme et posée.

À côté de lui, Jonah pleurait. Il suffit d'un simple coup d'œil vers son camarade affalé sur la table pour qu'Andreas craque, et que son fou-rire reprenne de plus belle. Le prof se méprit sur l'origine de l'hilarité, et ricana à son tour.

– Je partage votre point de vue ! C'est tellement risible. Du cyanure… quel blague.

La tête fortement concernée du fantôme provoqua une nouvelle vague de rire aux deux compères. Décidément, il n'y avait bien qu'avec un fantôme qu'on pouvait autant rire de la mort !

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Cela faisait maintenant trois semaines que la rentrée avait eu lieu. Les élèves de Mighty Adler rentrant le premier dimanche de septembre, et leur emploi du temps étant réparti sur deux semaines, le groupe d'Andreas avait déjà eu tous ses cours. Grade 1, groupe 1. Un simple découpage alphabétique. Cela n'avait aucun sens, pour Andreas. Mais il n'était pas là pour débattre. Il était là pour apprendre, et surtout comprendre. Et là… il ne comprenait pas.

Herr Conis ! C'est quoi, ça, un strangulot !?

Béni soit ce crétin de Niels Durhart ! Non pas qu'Andreas ne connaisse point l'étrange bête aquatique, mais, connaissant son camarade, ses yeux de merlan frit de dégonfleraient pas avant que le prof n'ait expliqué la moitié du Monde Magique. Avec un peu de chance, Andreas aurait la réponse à sa question avant la fin du cours, sans même avoir à la poser.

Et le prof continuait, continuait… décidément, le vieil Alistair était indécourageable. Et devant l'air ahuri de l'idiot de service, il se lançait dans une énième explication d'explication, lorsqu'Andreas capta enfin la réponse qu'il attendait. Ainsi, les kelpy étaient bien des démons, mais des démons métamorphes appréciant la forme du cheval aquatique. Ce qui expliquait les illustrations. Difficile de demander au professeur d'Étude des Ombres : "pourquoi disent-ils que c'est un démon, mais montrent toujours un cheval mouillé sur les illustrations ?" sans passer pour un crétin ! Et Andreas abhorrait de passer pour un crétin. Il avait beau être le fils cadet du fils cadet du fils cadet de la branche principale de la famille, il restait un Castle, un prince, supérieur à ses semblables… Sérieusement, qui croyait à ces conneries !?

Jonah Burton était le fils d'un moldu et d'une née-moldue. Niels Durhart était un sang-pur Autrichien. Jonah ressemblait à un golem d'argile mal dégrossi, sur la tête duquel on avait collé une touffe noire et deux cailloux noirs en guise d'yeux. Nils avait les traits fins de l'artistocratie, avec les cheveux blonds pâles et les yeux gris au regard froid et hautain qu'Andreas retrouvait chez certains de ses cousins. Et pourtant… Jonah était déjà considéré comme un des meilleurs élèves de la classe, et Niels comme le crétin de service. Et ne se voyant briguer aucun de ces deux postes, Andreas se posa comme le garde du corps de son ami.

La situation pouvait prêter à sourire, à voir le gabarit des deux individus. Mais Jonah était d'une gentillesse désarmante, et ne savait pas se défendre des insultes. Un jour, Andreas l'avait retrouvé dans une cage d'escalier abandonnée (elles étaient légions dans le château !), pleurant comme tout enfant de onze ans un peu fragile le ferait si une bande d'élèves plus âgés s'amusaient à le persécuter gratuitement et impunément. Alors Andreas était allé voir ladite bande, quatre garçons de grade 3 ayant à peine un cerveau entier pour tous. Et il les avait tous envoyés à l'infirmerie, couverts d'étranges brûlures violacées, dont les cloques contenait un acide rendant toute tentative de perçage vouée à l'aggravation des blessures. C'était là le lourd patrimoine des princes. Alors que les enfants de son âge n'auraient pas le droit de faire de magie en dehors de l'école avant leur majorité, Andreas pratiquait déjà la magie depuis qu'il avait cinq ans, et maîtrisais surtout tout un panel de sorts noirs, destinés à punir les serviteurs récalcitrants. On leur apprenait à être des monstres bouffis de suffisance et de morgue dès leur plus tendre enfance.

Andreas avait honte. Lothar prenait ça à la rigolade, se fendant de commentaires douteux sur la nécessité de régner sur le monde à coup de cravaches. Kirsten… est-ce que Kirsten y pensait ? Elle était sûrement trop occupée à manipuler son entourage pour se poser des questions existentielles. Quant à Hieronymos, hé bien disons qu'il fallait toujours un essai réussi, pour que la race des connards suffisants soit perpétuée.

– À quoi tu penses ? s'enquit Jonah.

– À ma famille de tarés, soupira Andreas. Au fait que le simple fait de ne pas être puni peu importe ce que je fais m'exaspère.

– Tu exagères !

– À peine… Il faudrait que je lance un sortilège de mort à un prof pour qu'ils daignent me tapoter sur les doigts. J'ai l'impression de ne pas exister.

– Ça n'a pas l'air si horrible, à t'entendre !

– On parie ?

Andreas sortit sa baguette, et visa Niels.

Anteoculatia ! lança-t-il.

Une lueur rougeâtre traversa la salle, allant percuter l'arrière de la tête de Niels, où des bois de caribou de mirent à pousser. Le professeur Conis jeta un regard surpris aux bois, puis à Andreas, qui avait toujours sa baguette à la main. Il soupira, en sortant sa baguette.

Finite.

Et il reprit son cours comme si de rien était.

– T'as raison, c'est effrayant, souffla Jonah. Il a rien dit du tout !

– C'est déprimant. Je ne suis que l'ombre d'une ombre. Et même le prof d'Étude des Ombres ne me calcule pas. C'est dire à quel point la déchéance est grande !

– Pauvre de toi. Tu veux qu'on aille en ville ? Il y a une confiserie géante, à Fribourg-en-Brisgau !

– Comment ça, maintenant ?

– Ben, si c'est vrai que tu fais tout ce que tu veux, tu n'as qu'à me couvrir.

– Tu serais en train d'essayer de me corrompre ?

– De profiter de la situation, corrigea Jonah en souriant avec provocation.

– Deal ! Hé, Alistair !

– Je t'écoute Andreas, s'interrompit le professeur, souriant.

– Jonah et moi partons pour l'après-midi. Je tiens particulièrement à ce qu'il ne soit pas blâmé. J'en prends toute la responsabilité.

– Hum… soit.

– Parfait !

Et les deux garçons disparurent.

Ils reparurent dans une petite ruelle brumeuse de ce qui devait être une grande ville. Jonah tomba à genoux, et ne put se retenir de vomir.

– C'est quoi ce bordel !? hurla-t-il.

– On a transplané, expliqua Andreas d'une voix posée. À dix minutes de marche du district sorcier, au maximum. Tu ne crois tout de même pas qu'on allait prendre le funiculaire ! Et après, quoi, le bus moldu ?

– Attends, t'es en train de me dire que tu peux transplaner ? Avec un passager ?

– Pour faire court : chez moi, rien que l'aile des serviteurs fait la taille de Mighty Adler. Donc quand tu as accès à des cours de magie très avancées, et que l'autorité de ta famille surpasse celle du ministère… tu comprends très vite tes priorités, notamment la nécessité de trouver un moyen de déplacement plus rapide. Je sais transplaner depuis que j'ai neuf ans et demi. Je connais des dizaines de façon de torturer voire de tuer un homme. Même le vieux Conis ne pourrait pas briser mes barrières occlumantiques. Et je suis totalement incapable de faire léviter une damnée plume, sans parler du gouffre phénoménal dans mes connaissances de l'alchimie et des potions. À chacun ses priorités. Celle de mes parents était de faire de moi une machine de guerre. On dirait qu'ils ont échoué, du moins pour le côté belligérant de la chose.

– … Ce n'était pas court, constata Jonah, moqueur.

– La ferme et suis-moi.

Comme l'avait prédit Andreas, ils mirent moins de dix minutes à atteindre une ruelle en cul-de-sac, dont le fond dissimulait une porte désillusionnée menant au district sorcier. Le district était un ancien village exclusivement sorcier, qui avait été au fil des années avalé par la croissance de la grande ville. Il avait alors fallu compter avec les moldus, et leur insatiable soif de domination de la nature. Pas étonnant que les druides les haïssaient tant.

Et comme l'avait prédit Jonah, le district abritait un immense bâtiment rose bonbon, qui était à la fois une confiserie et une chocolaterie artisanale, proposant des sucreries uniques au monde.

– Alors ? s'enquit Jonah.

– C'est merveilleux, acquiesça Andreas, des étoiles dans les yeux.

– Super. Tu viens, pour la visite guidée ? il y a une dégustation gratuite, à la fin ! Et puis… on peut toujours piquer un peu de chocolat dans la rivière…

C'est à cette occasion que Jonah put montrer ses talents. D'un sort, il faisait léviter une grosse boule de chocolat liquide, qu'il faisait ensuite tourner à vive allure. Le chocolat, ainsi refroidit, devenait dur à l'extérieur, mais encore fondant et mousseux au cœur.

– Mon père est chocolatier, expliqua l'Anglais. Un chocolatier moldu, certes, mais doué de ses mains. Mais c'est ma mère qui m'a montré ce tour. D'ailleurs, mon père s'est mis à vendre ces bulles, et ça lui a valu un joli regain de succès, qui a notamment permis de payer mon voyage ici.

– Ton voyage ?

– En avion. Je suis venu en avion, tout seul.

– Oh. Ah.

– C'était sympa, les hôtesses étaient à mes petits soins. Faut dire aussi que ma mère a insisté pour que je voyage en première classe. C'était la condition sine qua non pour que je monte dans "une de ces saloperies de boites de ferraille volantes qui ne comportent même pas le moindre enchantement anti-chute".

– Mais… ta mère n'est pas née-moldue ? s'étonna Andreas.

Jonah haussa les épaules.

– Faut croire que Mighty Adler pourrit l'esprit de tous.

– Hé, c'est moi, le cynique désabusé de la bande !

– J'crois pas, non !

– Tsss…

Après ces péripéties, les deux garçons rentrèrent au château. Malheureusement, s'il était possible d'en sortir, il était en revanche impossible de rentrer dans l'enceinte de l'établissement en transplanant, celui-ci étant incartable. Ils durent alors transplaner au poste de funiculaire, ce qui permit à l'estomac de Jonah de se remettre lors du long trajet dans la cabine suspendue.

En arrivant au château, nulle surprise pour Andreas. Un professeur qu'il ne connaissait pas fut surpris de les voir débarquer par la grande porte, et la simple mention de son nom permit à Andreas d'effacer toute suspicion sur le visage de l'enseignant, remplacée par une déférence nonchalante, quoique nerveuse. Écœurant.

Le lendemain, ils revoyaient enfin Hermina Salerst, la prof de Sortilèges. Ah, la belle Hermina ! Elle faisait baver les garçons, rendait nerveuses les filles… et ce peu importait leur âge. Elle avait quelque chose… d'inhumain.

– Tu crois que c'est une vélane ? demanda soudain Niels, à la table d'à côté.

– T'as déjà vu une vélane rousse, triple-buse hydrocéphale ? s'agaça Andreas.

– J'ai jamais vu de vélane, répliqua le garçon.

– Beh c'est simple, expliqua Jonah. Une vélane, c'est blond. Elle, elle est rousse. Fin du calcul, c'est pas une vélane, bonjour chez vous.

– Elle s'est peut-être teinte en rousse ?

– Tu tiens vraiment à le savoir ? Demande-lui ! ricana le petit Castle.

– Iiiihh, non ! couina Niels, horrifié par l'idée.

– Alors la ferme, et laisse nous faire semblant d'écouter.

La prof était en train de leur expliquer l'utilisation du sort Lumos. Andreas regardait la prof d'un air agacé, en faisant clignoter sa baguette aussi vite que sa langue lui permettait de répéter Lumos ! Nox ! Lumos ! Nox ! etc… Heureusement qu'il ne maîtrisait pas les sorts informulés, sinon il se serait sincèrement demandé ce qu'il faisait là. Même si, en l'occurrence, cette question restait en suspens.

Du haut de ses onze ans et demi, Andreas était déjà comme mort à l'intérieur, rongé par des ambitions qui n'avaient jamais été les siennes. Cadet du cadet du cadet, il aurait pu devenir, qui sait, druide ou secrétaire. Ses parents, eux, avaient voulu faire de lui une arme. Mais là, en regardant son nouvel ami, qui souriait en réalisant un petit dragon en origami, Andreas se prit à rêver d'un autre avenir pour lui. Un avenir plein d'entraves au règlement couvertes par son maudit nom de riche, de sorties clandestines à but chocolatesque, et de tentatives ratées de transformer un caillou en soupe à l'oignon à l'aide d'un rituel alchimique de transition cyclique. Pas une vie de château. Pas la vie d'un Castle. La vie rêvée d'Andreas Castle-Niafasen, le petit prince ironico-dépressif, et de son ami Jonah Burton, l'homme-golem alchimiste Anglais.

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*Ne jamais perdre espoir, toujours rechercher le meilleur. Ce qui ne tue pas vous rend plus fort.


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Voilà pour cette fois ! Pour le prochain, rien d'inédit, puisqu'on file au pays de Cromwell. Poudlard, me voilà !