Hey hey! Un chapitre un peu plus court que ce qui est à venir, et qui met un peu les dynamiques de la fic en place ;)
Une nouvelle fois, rien ne m'appartient, etc.
Bonne lecture, et merci à Ishay Roslin pour sa review qui m'a beaucoup touchée! J'espère que ce chapitre te donnera quelques idées de la suite de la fic :)
Jetant un coup d'œil au dehors, tentant d'empêcher son cœur de faire un bond en croisant le regard du cheval attaché à l'extérieur -quatre ans qu'il n'en avait pas vu un seul, la rencontre était plutôt perturbante-, il comprit qu'elle s'était précipitée en apercevant qu'il ne pleuvait plus. Une brève accalmie, s'il avait bien compris, mais elle n'avait pas tort.
Il retourna s'asseoir avec lenteur.
Elle le trouva là, quelques dizaines de minutes plus tard. Il sentit la curiosité de son regard et releva la tête pour croiser ses yeux. Elle les avait bleus, d'un bleu très clair, lumineux. Un cercle d'or autour de l'iris accentuait cet aspect, et l'espace d'un instant ils virèrent à un vert qu'il ne connaissait que trop bien... il ferma les yeux.
« Vous étiez d'accord ?
Il sursauta. Elle ne l'avait pas quitté des yeux, et un vague sourire flottait sur ses lèvres.
-Toute l'histoire de lâcher la technologie, là, ajouta-t-elle. Tout recommencer au début. Vous étiez d'accord avec ça ? Parce que ça n'a pas l'air de vous plaire.
Elle l'étudiait, comprit-il en un éclair. La jeune fille ne le croyait toujours pas, mais elle entrait dans son jeu pour voir à quel point son « délire » était poussé.
-Je n'étais ni pour, ni contre, laissa-t-il tomber. Je n'en pouvais simplement plus. J'avais besoin de me poser.
-Et d'oublier un temps les épaulettes d'Amiral... c'est quoi, ça ? Le plus haut rang dans la Marine, non ?
-J'étais effectivement l'officier le plus gradé de la flotte.
-Et vous croyez que c'est le genre de choses qu'on peut un jour mettre de côté ?
Il croisa à nouveau son regard. L'aspect calculateur qu'il y lut le convainquit de sa théorie d'un peu plus tôt.
-On dit généralement qu'un officier ne quitte jamais vraiment l'armée.
-Qu'est-ce qu'un Amiral sans flotte, Mademoiselle, selon vous ? Je n'ai pas quitté l'armée. Si j'avais eu le choix, les Dieux savent que je serais toujours quelque part au-dessus de votre tête, ou très certainement mort. Mais je n'ai pas eu le choix. L'Humanité a eu besoin de moi, et finalement c'est l'armée qui m'a quitté.
-C'est rare qu'on entende des histoires qui se terminent dans ce sens-là.
-Oui, plutôt. Les 600 personnes qui servaient avec moi sur le Battlestar Galactica ont dû changer la donne, ne croyez-vous pas ?
-600 ? s'esclaffa-t-elle. Sur les millions de personnes qui ont dû mourir sur les champs de bataille au cours de l'Histoire ? Il y a eu des guerres depuis que l'Homme est Homme, Monsieur, et des armées depuis à peu près autant de temps, et des chefs pour ces armées avant même qu'on appelle ça des armées. Je doute que vos hommes fassent la différence.
Bill ne répondit pas. L'incongruité de la conversation était frappante. Un vieil homme en deuil d'un monde, et une jeune fille qui déclarait en connaître un autre... quelle rencontre !
Un réflexe bien installé le poussa à se lever avant même de réfléchir. Simons lui jeta un coup d'œil surpris, et il marmonna :
-J'ai des choses à faire. Faîtes comme chez vous.
Il était parti avant même qu'elle n'ait eu l'idée de lui demander des explications.
Il se redressa en arrivant en vue de la petite cabane qui se tenait, étrangement rassurante, au bord du lac. La silhouette assise au bord de l'eau et la sombre masse de sa monture derrière elle tranchaient singulièrement sur ce décor, inhabituelles, mais, comme le reste, elles paraissaient si paisibles qu'on n'aurait pu vraiment leur faire le reproche de leur présence. Rapidement, il essuya ses joues -il pleurait toujours sur le chemin du retour-, motivé par une espèce de pudeur qui l'étonna, toute disparue qu'elle avait été ces dernières semaines.
Non.
Pas ces dernières semaines.
Ces derniers mois.
Pensif, il se retourna encore une fois dans le noir. Étrange, que cette nouvelle dont il ne pensait pas qu'elle pourrait l'atteindre l'empêche finalement de dormir, contrairement à la jeune fille qui avait bien plus à perdre mais dont il entendait le souffle régulier à l'extérieur, lorsque la pluie cessait pour quelques minutes.
En quoi le fait que d'autres êtres humains soient finalement si proches de ce qu'ils avaient été quatre ans auparavant changeait quoique ce soit à sa situation ?
Il posait la question, mais il avait déjà la réponse. Il se connaissait. Si des hommes se trouvaient, ici et maintenant, sur le point de faire la même erreur que celle de ses compatriotes quelques générations auparavant, il ne pourrait pas rester à l'écart. Il ne pourrait que se mêler de l'affaire, tenter de les avertir. Parce qu'il était profondément humain, et qu'il ne voulait pas que la souffrance de cette histoire se répète encore et encore comme dans les prédictions macabres de Léoben.
La jeune fille, elle, ne savait pas où son monde, s'il existait, se rendait. Enfin, apparemment, elle était critique, mais pas sur le point qui gênait Bill. Les problèmes environnementaux, ils en avaient souffert, aussi. Jusqu'à ce qu'ils inventent des robots pour inventer des solutions à leur place.
Après réflexion, c'était peut-être bien là qu'ils avaient perdu le contrôle. Peut-être que le seul moyen de s'en sortir aurait été, plutôt que de rejeter les responsabilités sur une machine, que les humains réparent eux-mêmes leurs erreurs.
Une capacité dont ils semblaient singulièrement dépourvus.
09 mai :
Anastasia se retourna vers lui avec un sourire victorieux. Elle se sentait libre, libre et vivante comme chaque fois qu'elle effectuait une marche dans ce pays merveilleux. Libre et vivante comme elle n'avait pas pris le temps de l'être en France. L'esprit vacances, peut-être tout simplement. Ou une force plus profonde, un grondement de cœur qui n'aurait attendu que son arrivée pour se mettre à battre à l'unisson avec ses pas.
Elle observa le vieil homme la suivre tranquillement. Il n'avait pas de difficultés à effectuer l'effort, elle caracolait simplement plutôt vite, suivant le pas rapide de sa monture. Il prenait son temps, et elle sentait qu'il aurait pu continuer à marcher ainsi pendant des jours.
Mine de rien, son entraînement correspondait à ses dires.
Un trait de douleur se ficha dans son cœur à l'idée qu'elle n'allait pas tarder à détruire ses convictions.
Le vieil homme avait l'air si paisible, lorsqu'elle s'était aventurée jusqu'à sa porte. Bien sûr, il y avait ces larmes de temps en temps, et cette tristesse qu'il dégageait en permanence... un deuil, très certainement. La vérité serait-elle pour autant un bénéfice ?
Anastasia était une scientifique. Elle avait appris, lors de ses études, à rechercher, toujours, la faille d'un raisonnement, l'honnêteté intellectuelle à tous prix.
Parce que le mensonge coûtait toujours plus, au final. Le mensonge se comptait en vies humaines, là où l'honnêteté empêchait de perdre du temps sur une piste vaine. Elle en avait fait un principe qui guidait chacun de ses pas, un principe qu'elle comptait ne jamais trahir. L'Histoire était pleine d'exemples d'hommes qui avaient voulu accéder à la célébrité et dont les erreurs avaient éclaboussé jusqu'aux âmes les plus innocentes.
C'est pourquoi, lorsque le vieil homme lui avait servi son histoire abracadabrante sur un peuple humain venu de millions d'années lumières, son premier réflexe avait été de vouloir lui prouver qu'elle avait raison.
Elle se retourna une nouvelle fois vers celui qui l'accompagnait. Il portait un étrange vêtement, un débardeur resserré au niveau de la poitrine sur un marcel long. Elle n'avait jamais vu cette coupe auparavant, mais devait reconnaître qu'elle était bien pratique pour la marche... et, pour ce qu'elle en savait, pour dégainer une arme.
L'homme ne remarqua pas qu'elle l'observait. Il continua d'avancer d'un pas déterminé, apparemment lui aussi désireux de prouver son point de vue. La vision la rassura, et elle s'empressa de reprendre l'avance qu'elle avait perdue. Son cheval s'ébroua brusquement, la faisant sourire.
-T'en as déjà marre ? s'étonna-t-elle. T'inquiète pas, cette nuit on dort en ville. Dix kilomètres et tu es rendu !
Elle flattait son encolure lorsque la voix d'Adama lui parvint.
-C'est le vôtre ?
-Je l'ai loué, répondit-elle. Je n'ai pas les moyens matériels ou même le niveau pour en avoir un chez moi... mais cette brave monture me suit sans rechigner depuis un mois et demi, alors on s'est rapprochés, plaisanta-t-elle ensuite.
Adama la rattrapa et eut un drôle de sourire en caressant l'équidé.
-Cela fait bien cinq ans que je n'ai pas vu de cheval... murmura-t-il, le regard lointain.
La jeune fille ne releva pas et préféra désigner l'horizon :
-Dapaong est dans cette direction, à à peine dix kilomètres. Allons-y, on devrait pouvoir arriver avant une heure de l'après-midi.
Bill jetait des coups d'œil fréquents derrière lui. À cette heure-ci, il aurait dû être en train de partir en direction de la tombe, comme d'habitude, et pourtant il était là, à des kilomètres de la cabane, suivant une jeune fille dont le pas conquérant avait perdu de sa superbe au cours des dernières minutes.
Elle n'avait pas d'appareil lui permettant de se guider par la technologie, lui avait-elle expliqué. Elle avait tenu à se débrouiller seule, avec ses cartes et sa boussole.
Selon ses calculs, ils auraient dû arriver aux limites de la ville près d'un quart d'heure plus tôt.
Autour d'eux, la plaine ne s'interrompait que pour laisser place à des collines dont la hauteur était trop faible pour cacher l'activité d'une ville entière. Même si la scientifique s'était légèrement trompée de direction, ils aurait dû être capables de voir des signes d'urbanisme. Ils n'avaient pas croisé une route, pas un être humain, en venant.
Simons avançait de manière frénétique, à présent. Elle jetait des coups d'œil de tous côtés, et Bill comprit qu'elle commençait à paniquer lorsqu'elle sortit une paire de jumelles d'une des sacoches que portait le cheval pour scanner les environs.
Son cœur se serra encore plus quand elle laissa tomber l'objet à ses pieds et souffla, détruite :
« Il n'y a pas de ville... »
