2. L'Instant d'après

Le silence qu'Hermione laissait derrière elle était oppressant. Durant un moment Harry ne parvint pas à bouger. C'était comme si tout en lui était engourdi. Son visage aussi bien que son corps.

Silence. Ce silence. Les doigts fins, pâles de l'homme qu'il détestait par-dessus tout sur le visage éclaboussé de sang de sa meilleure amie. Le regard de ses yeux noirs, froids, complètement démasqués reposait sur elle. Cet homme respirait-il de façon aussi saccadée que lui ?

Ce fut seulement après un instant qui semblable à une éternité que Harry se força à faire sortir quelque chose de lui. Il sentait comment la douleur éclose en son for intérieur déformait son visage. De grosses larmes chaudes dévalèrent ses joues.

« Hermione. Oh, non. Non ! non. »Sa voix n'était guère davantage qu'un souffle. Ses mains vinrent avec un grincement sourd se poser sur le plancher de la Cabane pour y chercher appui. « NON !NON !Oh mon Dieu, NON ! » s'entendit-il soudainement crier.

Son regard empli de larmes glissa à nouveau sur l'homme vêtu de sombre, maigre, qui tenait son amie dans ses bras. Son visage. A peine plus qu'un masque fixe, blanc. On aurait pu croire qu'il était mort lui aussi, n'étaient ces yeux. Ces yeux complètement démasqués.

Harry et Severus se regardèrent durant un instant court, chargé de souvenirs, avant que son ancien professeur ne cache précipitamment son visage derrière son rideaux de cheveux noirs et gras.

Aucun des deux ne prêtaient attention au corps mort du Seigneur des Ténèbres qui gisait informe à l'autre bout de la pièce.

Seul le sanglot bruyant de Harry traversa la pièce.

Les souvenirs affluèrent à sa mémoire. Hermione dans le train. La façon dont elle pénétrait dans le compartiment et même quand elle les saluait d'un sourire légèrement sceptique. Hermione dont la main était toujours la première levée en cours. L'expression de colère renfermée contre les reproches de Rogue. Une fille qui aimait tellement se promener avec des livres, même si elle était au bord de l'effondrement sous le fardeau, dans la bibliothèque – le royaume, qui à Poudlard n'avait eu à partager son cœur qu'avec peu d'autres . Son sourire chaleureux, quand elle était amusée. Son regard sérieux, qui laissait deviner qu'elle était arrivée bien plus tôt que ses camarades dans le monde des adultes lorsqu'elle parcourait avec attention la Gazette des Sorciers. Ses cheveux qui après une longue et stressante journée de cours avaient l'air d'avoir été branchés sur une prise de courant, et que parfois elle ne parvenait à maîtriser que grâce à la magie.

Harry serra les lèvres, alors qu'un incroyable sanglot quittait sa gorge, accompagné d'un sourire pour le passé.

« Oh, Ron, comment – comment dois-je seulement - »

Le regard de ses yeux brun noisette. Ses sourcils froncés de concentration, pendant que sa plume grattait le parchemin avec application. Parfois elle avait même réussi à faire ses devoirs à lui ainsi que ceux de Ron encore le même soir.

Son sens de ce qui était bien. Probablement était-elle la seule élève de Poudlard qui avait su véritablement apprécier la formation scolaire, avant que le temps de l'école de s'achève, la seule qui ne pensait pas seulement au prochain match de Quidditch et qui pensait à surmonter la prochaine heure de cours.

Son sens de la justice. A chaque être elle avait promis la liberté et l'autodétermination. Combien elle avait lutté pour aider les elfes de maison. Et le peu de reconnaissance qu'elle en avait retiré. N'en avait-il pas lui-même ri ? Elle avait été si courageuse ! Elle n'avait pas hésité un seul instant à venir avec lui et à chercher les Horcruxes. A aucun moment elle ne s'était écarté de lui, même lorsque la dispute l'avait pratiquement coupée en deux.

« Hermione, non ! »

Son front vient se poser sur le plancher.

Encore quelques minutes plus tôt elle avait observé, cachée avec lui, le Seigneur des Ténèbres qui faisait l'oraison funèbre de Rogue. Elle avait vu comment le corps de Rogue commençait à trembler par peur de la mort. Alors que lui-même avait vu directement le visage de Rogue par devant ses yeux intérieurs – rien de plus qu'un masque de mort immobile, pâle, la dernière tentative de ne pas se faire remarquer, quand elle entendit le grattement des écailles de Nagini sur le métal et le plancher. La seconde d'après elle l'avait déjà poussé sur le côté et s'était découverte.

Pourquoi avait-elle fait cela ? « POURQUOI ? » cria soudainement Harry et leva en un mouvement nerveux son visage pour fixer Severus Rogue.

« POURQUOI A-T-ELLE DIT TON NOM ? » lui cria-t-il furieusement. Il se leva précipitamment et tendit sa baguette magique en direction de l'homme aux cheveux sombres et au nez aquilin.

Les yeux noirs l'observèrent calmement en retour. Cela n'était jamais arrivé auparavant qu'il y ait moins que de la raillerie ironique causée par la haine qui y brille. Même lorsque ils s'étaient retrouvés nez à nez lors de sa fuite de Poudlard ses yeux n'avaient pas été si vides, simorts.

Et maintenant pourtant. Un moment empli de douleur incommensurable. Un court frémissement laissa apparaître une grimace de désespoir.

« Ne te rends pas ridicule, Potter ! » répondit l'homme maigre aux cheveux sombres d'un ton plat, qui ne trahissait que peu de son agitation intérieure.

La main d'Harry qui tenait la baguette magique trembla. « Je vais te tuer, espèce de bâtard ! »

« ALORS FAIS-LE RAPIDEMENT , ET AVEC PEU DE MOTS ! »cracha son ancien professeur d'un coup. La grimace de désespoir, elle était encore là, mais cette fois-ci couverte d'un rideau de colère. Rogue souleva le corps mou d'Hermione dans ses bras, sans quitter Harry de son regard brillant de colère. « PARLER,POTTER ! Parler, c'est tout ce que tu sais faire ! »

« Ferme ton écœurante bouche ! »grogna Harry. Dès l'instant suivant Rogue sentit douloureusement la baguette magique sur son front. Harry s'arrêta net. Regarda dans ces yeux. Qui l'avaient tant de fois dévisagé froidement qu'il ne pouvait plus les compter. Regarda dans les yeux qui avait regardé Dumbledore avec tant de haine, avant d'observer sa mort.

« FAIS-LE , POTTER ! » cracha Severus Rogue. Il était à nouveau là, cet éclair noir et froid.

Une pression douloureuse de la baguette fit frémir son visage. « Je ferais presque tt-tout , dit Harry une voix tremblante de colère et de chagrin, pour que tu retires tes mains repoussantes d'elle ! »

«Il y a une chose que je sais, Potter. Le courage de me tuer, tu ne l'as pas. Même si je l'accepterais volontiers. »

Les doigts gourds de Severus caressèrent la chevelure brun noisette parsemée de sang d'Hermione. Il écarta son visage de la baguette d'Harry, qui fit immédiatement un pas en arrière, sans toutefois baisser son bras.

« Non, je ne suis pas comme toi ! Je ne suis pas un meurtrier. Le Ministère va déjà s'occuper de toi ! »

Quand il vit que Rogue n'avait prêté que peu d'attention à ses mots, mais s'était entièrement concentré pour fermer les yeux d'Hermine, cria-t-il : « Retire tes sales mains d'elle ! » Il sentit à nouveau de grosses larmes chaudes rouler sur ses joues. Penser qu'elle était morte était insupportable. Penser qu'elle était couchée morte dans les bras de cet incroyable bâtard lui faisait quasiment perdre la raison. Il lui sembla presque qu'il voulait à nouveau prononcer un Avada Kedavra, de façon à ce que Severus Rogue se retrouve immédiatement couché à côté de l'autre, son maître mort. « Tu ne sais rien, Potter. » entendit-il dire par une voix rauque, résignée derrière le rideau de cheveux, derrière lequel seul le nez aquilin perçait. « Tu ne sais vraiment rien ! » cracha soudain Severus Rogue avec une voix empreinte d'un chagrin inconsolable.

« Tu n'as jamais vu au-delà de ton horizon limité ! Hermione - »

« Ne prononce pas son nom ! » cria Harry.

Harry se souvenait encore du nombre incalculable de fois où Hermione avait dû subir dans le cours de Rogue des moqueries sur son intelligence absolument inconcevable.

Que s'était-il donc passé, pour qu'elle se sacrifie pour cet incroyable bâtard ?

Hermione. Leur Hermione. Son Hermione et celle de Ron. Le trio Potter.

N'avait-il véritablement pas connu cette Hermione qui était morte pour Severus Rogue en cherchant son regard ?

Cette Hermione, était-elle la même qui avait marché avec lui à travers les couloirs de Poudlard en riant et en le rappelant à l'ordre ? Il ne pouvait même pas exprimer cette pensée. Tout aussi décontenancé qu'au début il baissa les yeux sur son corps mince, dont le visage était posé sur l'étoffe noire de la robe de Severus Rogue, dont le visage ne pouvait plus sentir le frémissement de la poitrine de l'homme dont la main lui repoussa tendrement une mèche de cheveux du visage.

Soudain Severus Rogue attira son corps encore plus près de lui, de façon à ce que sa tête repose à présent sur son épaule.

Harry regarda interdit comment le maigre homme sombre enfouit son visage dans ses cheveux et enveloppa sa main dans son pullover. Etait-ce un tremblement dans les épaules de son ancien professeur ?

Harry n'entendait rien d'autre que le bruit d'une respiration précipitée qui n'était pas la sienne.

La vision qui s'offrait à lui le fit reculer. Il ne pouvait plus arrêter de pleurer. Tandis qu'il glissait au sol, il mordit ses lèvres pour se rendre maître de sa colère, de son chagrin et de la découverte qui s'était imposée à lui. Il n'avait pas besoin de poser la question à l'homme devant lui. Il était l'homme qu'il détestait. L'assassin de Dumbledore. Un Mangemort, depuis sa jeunesse. Un homme sombre qui s'était caché dans les cachots et qui n'en était sorti que pour aller rendre compte au Seigneur des Ténèbres ou pour transformer les cours en enfer pour les élèves de Poudlard.

Il était l'homme qui avait réussi à se faire aimer d'Hermione Granger.

« . Non. MERDE ! »

Quand Harry leva son visage il vit que Severus Rogue se tenait debout devant lui. Il portait dans ses bras le maigre corps d'Hermione. Son masque était tombé.

« Nous devons la rapporter au château , Potter. Et nous devons leur dire que le Seigneur des Ténèbres est mort. Faites attention à ne pas croiser de Mangemorts ! »