Bonsoir !

Je tiens d'abord à vous remercier pour les reviews du chapitre précédent, merci de me soutenir dans ce projet, vous me donnez vraiment envie d'écrire.

Je vous laisse avec Sally et Percy. Si personne ne me demande autre chose, je pense écrire sur Silena au prochain chapitre !

Je vous embrasse et vous souhaite une bonne lecture.

Ps : L'action se passe après La bataille du labyrinthe. A la fin, vous trouverez hum un assez gros spoiler sur La marque d'Athéna. Donc au pire, ne lisez pas ce qu'il y a après la fin du dialogue, je vous aurais prévenu !

- AL


"Je crois que je me souviendrais toujours du jour où j'ai rencontré ton père.

Sa mère avait eu tout d'un coup l'air absent. C'était étrange de voir Sally Jackson avoir l'air absent. Si on lui avait demandé un mot, juste un mot, pour définir sa mère il aurait dit : présente. Présente. Sally Jackson était omniprésente. Au fond, c'était elle la vraie héroïne, elle arrivait à tout faire et à être partout en même temps. Comme les douze de l'olympe. Mieux que les douze de l'olympe. Mieux que tout.

- C'était à Montauk, n'est ce pas ?

- Oui, au port de pêche à deux pas de l'océan. C'était mon endroit préféré au monde à l'époque. J'adorais m'y promener en fin d'après midi, j'avais l'impression d'être une jeune fille normale, je me mêlais à la foule, je me sentais à ma place.

Il lui sourit. Mais ce n'est pas tant à elle qu'il pense, plutôt à son père, il découvre, non surpris, que comme lui Poséidon aime mener ses plus grandes batailles dans son élément : l'océan. Il ne savait pas très bien pourquoi il avait demandé à sa mère de lui raconter leur histoire, mais maintenant il comprend, il ne voulait pas juste passer le temps, mais apprendre à les connaitre tout les deux. En même temps.

- Tu venais d'avoir vingt et un ans ! Je suis sur que tu étais de sortie tous les soirs. Tu devais être la plus belle, tout le monde devait vouloir t'inviter.

Elle ébouriffe ses cheveux en rougissant. Elle sait qu'il a dit ça pour lui faire plaisir, il le sent. Il le pensait. Maman devait être la plus belle. Pour le reste, il le sait, elle n'a jamais su s'adapter nulle part. Comme lui.

- Non je n'étais pas invitée aux fêtes, je ne devais pas être assez drôle. Et puis, tu sais, je n'avais pas trop le cœur à la fête. Si je sortais c'était aussi pour me changer les idées. Je ne voulais pas forcément rencontrer de nouvelles personnes, mais juste les voir. Il m'a toujours semblé que si je pouvais voir le bonheur des autres, alors tout irait bien. Tout ira au mieux, tant qu'il y aura des gens heureux. C'est quelque chose que je me répétais souvent à l'époque. Sourire à quelqu'un me permettait d'illuminer une journée.

Elle a dit illuminer comme si elle voulait dire survivre. Il sait qu'elle venait de perdre son oncle Rich qui l'avait élevé. Elle ne lui a jamais parlé de ce qu'elle a ressenti à l'époque et il sait qu'elle ne le fera jamais. Elle est comme ça sa mère, elle ne parle que des jolies choses. C'est ce qui la rend si belle. A chaque fois qu'il pense à elle, à sa vie, perdre ses parents enfant, devoir quitter l'école qu'elle adorait pour s'occuper de son oncle malade, voir son oncle mourir, devoir enchainer des petits emplois, être seule, il sent une colère sourde lui déchirer les entrailles. Il ne supportera jamais l'injustice. Et la vie de sa mère était tellement injuste. Il sonne comme un enfant. C'est ce qu'il restera toujours, son enfant. Ils diront que c'était le plus grand. Ils diront qu'il était le tueur de titan. Ils diront qu'il était le maitre de l'océan. Ils diront que face à lui tout opposant était insignifiant. Mais lui c'est ce qu'il fera écrire sur sa tombe c'est "Sally Jackson était ma maman". Il restera toujours son enfant.

- C'est en te promenant sur la baie que tu t'es faite repérée par Poséidon ?

- J'adore comment tu dis ça ! On dirait que j'ai été repérée par un photographe de mode pour participer au casting de Top Model USA.

Voilà quelque chose que beaucoup de gens ne soupçonneraient pas chez sa mère : son sens de l'image. Percy tenait d'elle assurément. Annabeth lui avait souvent dit qu'elle ne comprenait pas les trois quart des références qu'il utilisait dans ses combats et qu'elle comprenait encore moins comment elles pouvaient lui venir à l'esprit aussi facilement. Il avait haussé les épaules et lui avait souri en pensant à sa maman qui sentait bon le chocolat et la bonne repartie.

- Tyra aurait trouvé que tu manquais d'attitude. Tu es trop gentille.

- C'est drôle que tu me dises ça, parce qu'en fait c'est moi qui ai repéré ton père et j'ai été tout sauf gentille.

Il a failli casser l'assiette qu'elle lui avait tendu sous l'effet de surprise. Il avait entendu des histoires à la colonie et c'était toujours l'immortel qui chassait la mortelle. Non l'inverse. Peut-être dans les anciens temps, mais plus maintenant. Surtout pas sa timide maman. Avec sa hantise de déranger, son impression d'être toujours de coté, de trop, elle n'aurait jamais appelé un des trois consciemment.

- Ok, maintenant, tu as toute mon attention.

- Il faudrait que je donne la technique à tes professeurs. Fais attention à bien essuyer les assiettes, mon chéri ! Oui, voilà, comme ça. Donc, je te disais, je n'ai pas été des plus aimables avec ton père la première fois que je l'ai rencontré. J'étais bouleversée. Non pas que ce soit une excuse ! On n'a jamais d'excuse pour être désagréable. Il n'y était pour rien en plus. Il n'aurait pas pu aider. En fait si, étant qui il était il aurait pu aider, mais comme je ne savais pas qu'il était, je ne savais pas qu'il pouvait aider. Mais en fait il aidait, sans avoir l'air d'aider. Tu vois l'idée c'est...

Sa mère a toujours eu cette tendance à parler vite et beaucoup quand elle est stressée. Elle ne va pas s'arrêter.

- ... et puis de toute façon, je ne l'ai pas attaqué sans raison. Est-ce qu'on peut dire que je l'ai attaqué ? En fait c'est juste que...

- Ici l'océan, allo maman ?

- Oh pardon, mon Percy chéri. Tu sais comment parfois je peux me perdre. Il vaut mieux que je te raconte ça étape par étape. J'étais au port donc et je ne sais pas, j'ai ressenti une telle vague d'amour pour l'océan, j'avais l'impression de tout voir, sa lumière, ses habitants, sa vie. Il était sublime. J'avais l'impression que c'était la chose la plus précieuse au monde. J'ai vu l'océan comme tu dois le voir tout le temps. Et là, les pécheurs ont sortis un animal énorme. Ils étaient excités par leur prise. Ils vantaient son poids, la rigidité de ses écailles, la bonne mine, l'absence de maladie. J'ai compris qu'ils ne voyaient pas ce que je voyais. Ce n'était pas la première fois que cela m'arrivait. Je ne savais pas ce que la brume les faisait voir. A l'intérieur de leur filet se débattait la bête la plus magnifique au monde. Un hippocampe à corne. Pas un hippocampe comme les autres, mais un vrai cheval des mers avec un torse de cheval multicolore et une longue queue de poisson d'un bleu profond et entre ses deux yeux verts sans pupille, une corne d'une beauté infinie. Elle était de tout les bleus du monde. Je n'ai pas eu besoin de les entendre, j'ai compris ce qu'ils allaient lui faire, ils allaient le tuer. Personne ne semblait voir la scène comme je la voyais. Personne ne s'y intéressait. A part cet homme à coté de moi. Il devait avoir une trentaine d'année, très brun, une barbe de trois jours, la peau bronzé des surfeurs de Californie, pourtant il n'avait rien d'un jeune surfeur de la cote est, une telle force se dégageait de lui, quand j'ai croisé son regard vert profond, j'ai cru que j'allais me faire anéantir par sa puissance. J'ai su. Il était cet océan brillant. Tout de suite j'ai su. Il n'était pas humain, il était au delà. Mais ce que j'ai surtout su c'est qu'il voyait ce que je voyais et qu'il ne faisait rien.

- Tu as vu une licorne-hippocampe, chose que moi je n'ai jamais vu et dont je n'ai même jamais entendu parler, déjà je suis jaloux. Je te préviens quand tu auras fini cette histoire, il va falloir que tu me fasses un dessin très précis. J'irais cogner aux portes du palais de papa avec comme un avis de recherche. Ensuite, on martyrisait une créature mythique des sept mers et papa ne faisait rien ?

- Absolument rien ! J'étais tellement en colère. Je crois que j'en avais marre de voir toutes les jolies choses mourir.

Elle a dit ça en souriant, comme si elle voulait dire merci, maintenant, c'est passé, je me sens mieux, ne vous inquiétez pas pour moi voyons. Sally, si présente, si discrète. Percy, lui, comprend pourquoi Poséidon a voulu lui rendre tout son crédit.

- Comme je te comprends...

- Oh ne sois pas amer, mon cœur. Je n'aurais pas dû l'être, j'étais entrain de rencontrer ton père. Je me souviens tellement bien. Je ne me suis pas laissée démonter par son regard. Je me suis avancée et je me suis mise là, comme ça, je l'ai regardé dans les yeux, prends une fourchette que tu viens d'essuyer pour faire le trident, tu a ses yeux ça sera parfait. Oui voilà, comme ça, je l'ai regardé et je lui ai murmuré d'une voix assassine, arrête de sourire reste dans le personnage, je peux faire une voix assassine. Je lui ai dit : Vous, là, avec le trident ! Vous vous la jouez dieu de la mer et vous ne faites rien ! C'est bien joli de se promener sur la plage avec une fourchette à trois dent et de regarder nostalgiquement l'océan, mais faut se battre pour ce qu'on trouve beau ! Vous allez pas la sauver cette bestiole ! Arg, je ne supporte pas les lâches comme vous ! Vous êtes plus fort qu'eux, vous pouvez leur parler. Ils vous écouteront. J'en suis sur. Allez l'aider !.

Elle se tait un instant et retourne à son évier. Percy ne sait pas s'il doit rire ou pleurer.

- Tu as dit au dieu de la mer qu'il était lâche ?

Elle le regarde éberluée, comme encore étonnée de ce qu'elle a fait. Il comprend que ça a beau faire quinze ans, elle ne se remet pas de sa propre audace. Et puis presque fièrement elle acquiesce.

- De qui tu penses tenir ta faculté de ne pas te taire quand tu le devrais ?

- Et il ne t'a pas foudroyé ?

- Non il m'a embrassé.

- Dégoutant.

- Ne fais pas l'enfant ! Je suis sure qu'à ton camps tu embrasses ta petite amie Annabeth tout le temps !

Il se souvient avoir rougi jusqu'à la pointe de ses cheveux. La pression de l'eau s'était faite plus forte dans l'évier. Sa mère avait souri comme si son embarras était la preuve qu'elle avait marqué un point.

- Maman, pour la centième fois, Annabeth n'est pas ma petite amie.

- Si tu veux mon chéri.

- Maman !

- Quoi, j'ai dit : si tu veux mon chéri. Je n'ai pas dit : moi aussi je porterais la voute céleste de façon non romantique pour n'importe qui à n'importe qu'elle occasion. Je n'ai même pas fait d'ironie.

- Je crois que tu porterais le poids de la terre pour n'importe qui à n'importe quel moment.

- Je porterais la terre, le ciel et les océans pour toi.

- J'ai l'impression que c'est ce que tu as toujours fait. Faire passer les autres, moi, avant toi.

- Oh crois moi à ce moment je n'ai pas fait passer ton père avant moi, avant ce que je voulais. Je l'ai repoussé, je lui ai écrasé le pied, j'ai pensé à le gifler, mais au lieu de ça, je l'ai poussé vers les pécheurs. Il leur a parlé. Je ne sais pas ce qu'il leur a dit. Mais ils ont eu l'air tellement apaisés. Oh Percy mon chéri, si tu avais vu leurs regards ! C'est l'une des plus belles choses que j'ai vu dans ma vie. Un instant avant, il n'y avait que le désir de tuer, annihiler et puis tout s'est illuminé. Il m'a semblé que je pouvais voir ce qu'il voyait, leur bateau, la mer, le large, leur maison. Loin du commerce des hommes, loin de leurs vicissitudes, juste eux et la nature, leur nature. Ils ont dégagé le merveilleux animal, se sont inclinés devant ton père et sont remontés sur leur bateau.

- Papa leur avait donné sa bénédiction.

- Oui, mon chéri. C'est ce qu'il a fait. La bête est venue frotter son museau contre ses chevilles, il a caressé sa corne et elle est retournée dans la mer. Aujourd'hui encore je regrette de ne pas l'avoir touché.

- Et après il est revenu vers toi ?

- Je m'étais enfuie en courant ! Je n'avais jamais parlé à quelqu'un comme ça de ma vie et puis je t'ai dit même s'il ne ressemblait pas aux monstres que je voyais habituellement, je savais qu'il n'était pas humain, pas mortel. Puis, j'avais trop aimé ce furtif baiser. Je crois que tu sais ce que c'est, non, de devoir fuir après un baiser ?

- Q-q-quoi ?

- Oh rien, laisse. Tu ne me dirais pas de toute façon. Le fait est que je n'aurais pas dû voir ton père à ce moment là, j'aurais dû être aveuglé par la brume. Comme je te l'ai déjà dit mon don de vision claire a attiré ton père. C'était sensé être ma dernière nuit à Montauk. Je n'avais pas pu me payer plus d'un week-end de trois jours cette année là. Je devais retourner à New-York dans l'appartement vide de Rich et me trouver un nouveau petit boulot. Mais j'étais heureuse d'être venue.

- Pour le baiser ou pour l'hyppocampe-licorne ?

- Les deux. Je m'étais sentie revivre. Vivre. Je me suis dit ce soir là en faisant mes bagages que je pouvais peut-être être heureuse, ne pas simplement me contenter du bonheur de ceux qui m'entourent. Vivre pour moi même.

Silencieusement il continue d'essuyer la vaisselle qu'elle lui tend pendant un moment. Sa mère est la personne la plus indépendante qu'il connaisse. Il ne l'a jamais vu comme ces filles d'Aphrodite qui ont forcément besoin d'un homme pour exister. Même Silena lui semblait avoir totalement changé depuis qu'elle sortait avec l'ainé des fils d'Héphaïstos. Elle était toujours aussi adorable et belle, mais elle avait pris en consistance, en assurance. Sally elle n'avait jamais semblé avoir besoin d'un compagnon pour ça. Elle se battait pour elle et son fils, seule. Elle avait épousé Gaby non pour avoir un soutien mais une planque. Paradoxalement Percy comprenait aussi tout ce qu'un baiser donné au bon moment pouvait vous apporter. Vous rendre.

- Mais tu n'es pas partie cette nuit là ?

Elle lui avait toujours dit qu'elle avait passé un été entier avec Poséidon.

- Mais je ne suis pas partie cette nuit là. Le gérant des bungalows est venu me voir dans un état second et m'a dit qu'on avait réglé pour deux mois alors il ne voyait pas pourquoi j'emballais mes affaires. J'ai cru à une erreur. Je lui ai fait sortir ses livres de comptes. Je ne voulais pas rouler ce pauvre petit homme. Je le connaissais depuis que j'étais petite, il a dû mourir quand tu avais quoi, six ans ? Tu ne t'en souviens pas. Mais c'était un homme bon, je ne voulais pas l'arnaquer. Tout était en règle. J'avais un mystérieux protecteur. Je crois qu'encore une fois j'ai tout de suite compris qui avait payé. Je savais qu'il viendrait cette nuit là. J'ai laissé la porte ouverte.

- Tu n'avais pas peur ? Il aurait pu s'en prendre à toi.

- Je ne sais pas si ça te fait ça parfois, mon chéri, mais quand j'ai le cerveau qui s'agite tellement fort sur une seule idée, une idée fixe, je ne vois plus que celle la. Et puis, dans les yeux de ton père, je n'avais rien vu d'inquiétant. On dit souvent que les yeux sont le miroir de l'Âme, c'est encore plus vrai pour les créatures magiques. Dans ceux de ton père il y avait la mer, terrible et nourricière. Il y avait l'endroit où je préférais être au monde. C'est quelque chose que je lui a dit après, quand on était ensemble, que j'aurais pu passer ma vie dans ses yeux. Mais ça ne suffisait pas. Enfin, je ne m'inquiétais pas.

- Il est venu ?

- Bien sur. Il portait un costume. C'est ridicule, ça m'a fait sourire. Je me suis souvenue de Rich qui criait après ses assureurs en costume, il me disait de ne jamais croire un homme qui portait une chemise blanche autre part qu'à son mariage. J'avais trouvé ça insensé. Alors j'avais développé un sorte de faible, plus une addiction, aux hommes en costume. Je les regardais prendre le métro à New-York et où qu'ils aillent, j'avais l'impression qu'ils allaient y faire des choses merveilleuses.

- Comme quand tu as décidé que Gaby avait tord et que la nourriture bleue existait ?

Ils échangent un sourire complice.

- Et n'avais-je pas raison ? Je crois que cette passion pour les hommes en costumes et la seule fois où j'ai tenu tête à ton grand oncle. Je l'adorais. Ton père ne lui ressemblait en rien. Je ne l'aimais que plus, de me faire un instant oublier toute cette peine. Il s'est assis sur l'unique chaise du bungalow, il avait des chocolats à la main. La boite était bleue. Du même bleu que la corne de l'animal de l'après midi. J'ai explosé de rire. Là assis sur cette chaise, il ressemblait à tout le monde et pourtant je n'ai jamais réussi à trouver une personne qui lui ressemblait. Il m'a demandé si je voulais la vérité.

C'est quelque chose qu'on lui demande jamais à lui, s'il veut la vérité. On le protège. On l'a protégé elle aussi. On ne lui disait rien de son destin. On ne lui dit rien de son destin. Ils sont pareils. On veut se battre pour eux. Mais ils doivent mener leurs propres batailles pour gagner la guerre. Sa bataille a elle avait été d'élever le sauveur de l'humanité. Rien que ça. C'est ce qu'il avait pensé à l'époque.

- Qu'est-ce que tu as ressenti quand il t'a enfin expliqué tout ce que tu voyais ?

- Ça m'a semblé sensé. Je veux dire c'était insensé. Mais tout mon monde semblait prendre sens. J'ai rien trouvé de mieux à dire que quand j'étais encore au lycée j'avais fait un projet sur la mythologie grecque et que mon préféré c'était Poséidon.

- Tiens c'est marrant moi ma préférée c'était Artémis

- Ah bon, pourquoi ?

- Je sais pas, elle m'a toujours paru tellement libre, elle faisait ce qu'elle avait envie. Papa, Zeus, Hadès ils avaient des mondes sous leur responsabilité, Apollon a le soleil, Héra était trop sévère, Aphrodite ne me parlait pas, j'ai horreur des conflit donc Ares non merci, je m'imaginais Athéna comme une première de la classe qui me mépriserait, on ne m'invite pas aux fêtes et je me suis fait trop de fois traité de fou pour vouloir être dans la team Dionysos. Alors qu'Artemis, elle était toujours représentée entrain de courir, volontaire, courageuse, en action. Elle était tout ce que je voulais être à l'époque, forte et héroïque.

Elle a encore ce regard. Il se demande si toutes les mères ont ce regard ou si c'est juste elle. Ce regard qui dit "c'est mon fils, je l'aime, j'en suis fier". Mais il a été à la colonie, il sait que non, malheureusement, elles ne l'ont pas tous. La vie est injuste. Et sur ça, c'est lui qui a eu toute la chance. Il ne le regrette pas.

- Ton père m'a demandé pourquoi je préférais Poséidon, j'aurais aimé avoir une aussi belle réponse. Il m'a dit qu'en general les gens préféraient Zeus parce que c'est lui le patron. Je lui ai expliqué que mes parents étaient morts dans les airs et que les seuls souvenirs que j'avais d'eux étaient au bord de la mer. En un sens Poséidon était le garant de mes meilleurs souvenirs. C'est le moment qu'il a choisi pour me dire qui il était. Je n'ai pas été étonné. Il avait l'air un peu déçu. Et puis il a eu ce drôle de sourire, tu l'as aussi parfois, il m'a demandé si je voulais un autographe. Je l'ai trouvé affreusement maladroit et totalement irrésistible.

- ... Et voilà c'est à nouveau dégoutant.

- Passons sur la suite. Tu sais, je ne ne connais pas d'autres mortelles qui ont eu d'aventures avec une divinité...

Furtivement il a une image d'une sorte de réunion tupperware où des femmes parlent du manque de considération des douze et de combien leur fils était le plus bruyant, le plus fringuant, et que oh oui c'est sur il faisait les plus belles bêtises. Il a froid dans le dos.

- Hum, c'est peut-être mieux ainsi.

- Oh, tu crois ? Je ne sais pas. Quoiqu'il en soit, je ne sais pas s'il y avait quelque chose d'atypique dans mon histoire avec Poséidon. Il m'avait parlé de la malédiction. De la prophétie. Qu'il ne fallait pas que cette union porte des fruits. Il avait l'air tellement triste en disant ça, comme s'il me privait de quelque chose, la plus jolie des bénédictions. Je le rassurais en lui disant que je ne voulais rien de lui.

- Il en a de bonnes papa, un gosse super actif, avec le poids de l'humanité sur les épaules, que tu ne pourrais pas voir tout le temps, géniale bénédiction.

Ils ont terminé la vaisselle, elle caresse sa joue du bout de ses doigts rendus rugueux par le liquide vaisselle. Ils s'assoient sur les chaises de la petite cuisine.

- Il avait raison. Je crois que j'aurais pu lui en vouloir toute ma vie de ne pas t'avoir. Et je ne suis d'une nature très rancunière. Il m'a donné la plus belle chose au monde. La seule qui importe, toi. Je me rappelle l'avoir vu dans son regard, l'éclair passé, il était près à tout laisser tomber. Le lendemain matin, je le savais, j'étais enceinte. Oh Percy, j'aime Paul. Sincèrement je suis folle amoureuse de Paul. Je ne sais pas qui remercier pour ce bonheur, tout ce bonheur que j'ai, toi, Paul, mon livre. Mais je crois aussi que je ne pourrais jamais aimer quelqu'un comme j'ai aimé ton père. Comme il m'a aimé. Ce qu'il a fait c'est insensé. Il était près à tout faire basculer, l'humanité, elle aurait pu plongée.

- Elle peut encore le faire, je peux encore faire tout foirer.

Il ne s'attendait pas à ce que sa voix sonne aussi brisée, il voit qu'il l'a bouleversé. Ça y est, il va encore culpabiliser.

- Tu ne le feras pas, j'ai confiance en toi. Tu es mon fils. C'est pour ça qu'on t'a eu, parce que j'étais moi. Ton père avait l'habitude de dire que j'étais la femme la plus gentille que Gaïa est jamais portée. Je ne pense pas que ce soit vrai. Mais il a dit que moi seule pourrait t'élever. Qu'avec moi, tu t'en sortirais, tu les sauverais. Que ce serment serait brisé à un moment ou à un autre. Pourtant, si c'était moi qui portait cet enfant, il naitrait sans vices. Il avait raison, en un sens. Tu es parfait. Même si tu me dis pas tout sur les filles !

- Maman !

- Quoiqu'il en soit, même s'il me faisait confiance pour t'éduquer, il voulait m'emmener avec lui. Il disait que Zeus s'en prendrait à moi si jamais il apprenait de qui j'étais enceinte. Et puis, il disait que je méritais mieux, qu'il pourrait ouvrir la mer et m'y construire le plus beau des palais, qu'il pouvait me donner l'immortalité. Je n'en voulais pas. Je voulais juste rester là, encore un instant, sa main dans la mienne, son regard sur moi, toi grandissant dans mon ventre. Et je ne voulais pas rester là pour toujours. Je voulais vivre. Il m'avait rendu une vie, je voulais en faire quelque chose. Moi même. Il m'a dit que si je n'acceptais pas, je ne le reverrais sans doute jamais. Il n'était pas énervé, plus résigné. Rien pour lui sur terre ne pouvait durer. Je lui ai répondu que ce n'était pas grave si je ne revoyais plus jamais son visage, il m'avait donné déjà plus que je n'avais espéré.

- Il m'a toujours dit que tu étais une reine parmi les hommes. Et puis sa tête quand il t'a vu avec Paul tout à l'heure...

Elle fait la moue. Il sait à quoi elle pense. Elle a été flattée, mais elle se sent mal pour Paul. Encore une fois, elle ne peut pas totalement vivre que pour elle.

- Ce n'était pas très élégant de sa part !

- Qu'est ce que tu fais de l'image du grand chevalier près à sacrifier toute notre civilisation pour juste avoir un enfant avec toi ?

- Je la garde. Je pensais que la vie était peut-être injuste, qu'elle m'avait abandonné, que je ne verrais plus jamais rien de bons, que je sombrais dans un puis sans fond. Je la garderais toujours, Percy. Je te garderais pour toujours, si je pouvais. "

C'est à ça qu'il pense en tombant. A cet après-midi d'été. A Sally Jackson lui racontant comment elle était devenue sa maman. A son père, capable de tout faire sombrer, juste pour une femme. Juste pour une femme. Il a eu un trident au dessus de son crane, il a respiré sous l'océan, il a commandé les mers, il a fait jaillir de l'eau d'un volcan, il a dirigé des bateaux sans rien savoir de la navigation, il a charmé des sirènes, mais c'est maintenant qu'il en est sur, il est le fils de Poséidon. Le monde va surement sombrer avec eux. Athéna lui avait dit qu'un jour le monde serait anéanti à cause de sa loyauté. Il ne finira pas cette quête. Le monde est perdu. Mais quand il sent la main d'Annabeth se resserrer sur la sienne pendant leur longue chute, quand elle passe son bras autour de son torse, quand il sent ses larmes tremper son cou, quand il ressent tout son amour, il voudrait rester là, suspendu pour toujours. Et pas seulement parce que le Tartare se dessine en dessous d'eux de plus en plus nettement. Pour un futur avec cette fille, il aurait laissé le monde bruler. Pour quelques instants de plus avec cette fille, il laisse le monde bruler. Jason n'a qu'à tous les sauver. Percy, lui, il est comme son père.