Note : Alors oui, c'est le bordel, ça c'est sensé être le chapitre un après l'Introït (qui est devenu prologue), MAIS j'ai carrément la flemme de décaler TOUS mes chapitres d'un rang et de devoir updater vingt fois, donc merde, hein…

Donc voilà… bonne lecture aux nouveaux, s'il y en a...

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Prologue : Ciel métallique…

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« Je t'ai vu comme une bête curieuse, un monstre de foire. Ton indifférence était comme un havre de paix, alors que ton mépris à mon égard aurait dû être une insulte.

Le ciel était lourd, ce jour-là, comme si tes prunelles lui avaient volé son bleu.

Je ne sais de quoi tu rêvais, mais je voulais t'accompagner dans ton pays imaginaire, quel qu'il soit. Tu étais seul, comme toujours. Parce que tu n'étais pas comme les autres.

Comme moi, tu n'étais pas de leur monde... »

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Ils se sont tous jeté sur moi, tels des nuées de mouches sur pot de bon miel.

Les boulets.

Je suis à peine arrivé, et Londres me manque déjà. Sa grisaille, son brouillard glacé qui ne se lève que quand la pluie perce, sa tristesse... les bras de mes amantes, là-bas.

Je regrette que Kurenai et moi ayons terminé ce travail si tôt. J'aimais la douceur des bras de Cassandre, et la violence des étreintes de ma coéquipière. J'aurais dû l'accompagner à Paris, chez elle, plutôt que de revenir ici.

Mais Lúa me manquait.

Cela fait dix ans... pourquoi cette bande de stupides gamins n'ont-ils pas oublié mon existence et mon nom ?

Ils ne me connaissent pas encore, mais sans doute seront-ils moins enthousiastes, lorsqu'ils saisiront quel être détestable je suis.

Je n'aime personne.

Je ne ferais pas cette bêtise.

Je ne sais si aimer est une faiblesse ou une force, je ne veux pas le savoir. Dans un cas comme dans l'autre, je suis persuadé qu'il fait mal. Trop mal pour que je le tolère. Je n'ai pas le temps de souffrir, j'ai d'autres préoccupations autrement plus importantes.

Faire attention à ces hordes de potentiels amis ne fait pas non plus partie de mes priorités. Pourquoi Diable sont-ils tous persuadés que nous faisons tous partie du même monde ?

Ils ne savent rien, de moi, de tout ce qui me fait.

Pourtant, ils pensent savoir.

Ils escomptent que je suis l'un de leurs semblables, simplement parce que mon nom leur est familier. Ils veulent toujours s'attirer mes faveurs, sans comprendre que je n'en ai pas à offrir.

Tous, en particulier les filles, me trouvent beau, ou séduisant, ou charmant, voire agréable à regarder. Le monde semble basé sur fond de paraître et de faux-semblants. Depuis toujours. Quelle bêtise. Le monde est basé sur la bêtise humaine.

Peu me chaut.

Dès mon arrivée, la grande majorité du troupeau s'est agglutinée autour de moi, violant mon espace vital et personnel, quémandant quelques sourires à se mettre sous la dent tels de vulgaires charognards en mal de chair fraîche, cherchant, vainement bien sûr, à m'attirer dans l'un ou l'autre de leurs groupes. Mais je n'ai que faire de leur compagnie.

Je n'aime pas les troupeaux.

J'aime la beauté. Je préfère la compagnie, fort plus intéressante, des personnes d'exception.

Comme lui.

Je ne sais pas encore quel est son nom. Je sais juste qu'il ne ressemble pas aux autres. Qu'il ne s'est intéressé ni à mon nom, ni à mon titre. Tous souhaitent me connaître, et surtout, que moi, je les connaisse. Mais lui, avec ses cheveux couleur de soleil, il est passé au loin, daignant à peine m'adresser un regard. J'aurais pu dire qu'il était hautain, voire méprisant, mais à la vérité il n'en est rien.

Il n'était juste pas intéressé.

Il ne fait pas non plus partie du même monde.

Il a disparu au détour d'un couloir, emportant avec lui une part de moi que je pensais éteinte depuis fort longtemps. C'est la première fois depuis des lustres que qui que ce soit attise ma curiosité, au point que celle-ci me dévore. J'ai envie, Dieu seul saurait pourquoi, de savoir... savoir qui était donc ce garçon aux yeux d'un bleu si éclatant.

Lorsque le professeur me présente à la classe, tous ont, une fois encore, les yeux rivés sur ma pauvre personne. Pas que cela m'incommode, après tout, je devrais finir par en avoir l'habitude. Ils se lasseront. Mais tout de même, subir les regards d'un troupeau de benêts salivant d'anticipation à l'idée, toute hypothétique soit-elle, que je puisse devenir leur compagnon de colportage de ragots et autre potins juteux, a quelque chose de vaguement horrifiant.

Ils sont horrifiants de bêtise.

-Nous accueillons parmi nous un nouveau camarade, qui nous vient d'Europe. Voulez-vous vous présenter à la classe ?

-Uchiha Sasuke, dis-je simplement.

-Oui, mais encore ? demanda le professeur, déstabilisé par mon asociabilité.

Comme je n'ajoutais rien, lassé déjà de subir l'attention de ces regards bovins, ce furent les autres qui posèrent leurs questions :

-Aimes-tu le basket ?

-Que fais-tu de tes week-ends ?

-Préfères-tu les fraises ou le chocolat ?

Mon silence fut ma seule et unique réponse à chacune de ces questions. Arborant mon masque de neutralité le plus impénétrable, je restais stoïque et muet à toute tentative de rapprochement de quelque part que ce soit.

Je venais de remarquer, à l'instant, l'éclat d'une chevelure blonde, tout au fond de la classe. Ce garçon, encore. Le seul à avoir dédaigné mon accueil tantôt, le seul à ne me prêter visiblement aucune attention. Le bleu de ses yeux se perd dans le gris du ciel de fer.

On me demande de prendre place. Il reste une chaise libre, à côté d'une jeune fille aux longs cheveux blonds luxuriants, qui me sourit d'un air bienveillant, voire gentil, mais ne tente apparemment pas de me séduire.

Toutefois, malgré l'indéniable beauté de la jeune femme et son air avenant, je préfère me poser près de mon mystérieux jeune homme blond, tout au fond, devant la fenêtre. Sentant un mouvement près de lui, il daigne enfin m'adresser la parole :

-Es-tu certain de vouloir t'asseoir ici ? demande t-il de sa voix grave et douce, avec un faible sourire rêveur.

-Oui, répondis-je simplement.

Après un ultime sourire, il retourne à sa contemplation des nuages, sans rien me demander de plus.

Une heure durant, je griffonne un amas de traits sur un morceau de papier, tout à fait inattentif aux cours, pour, au bout du compte, m'apercevoir qu'il s'agit du visage de mon nouveau voisin, des larmes roulant le long de ses joues lisses. Je regarde mon dessin avec stupeur, songeant que le Diable doit habiter ses yeux bleus pour pouvoir me captiver de la sorte dès les premiers instants de notre rencontre.

J'avais tempêté, râlé maintes et maintes fois, arguant que je n'avais pas besoin de continuer mes études pour faire ce que je fais, et à raison. Je n'ai aucune envie de me retrouver coincé des journées entières au beau milieu d'une foule de crétins pédants et pétris de mauvaise foi, s'accrochant à mes basques comme une moule à son rocher. Je me portais très bien, en Europe, loin de toute la connerie absurde qu'est le système de mon beau pays natal.

Mais il fallait que je revienne.

Parce que c'est dans cette ville que se trouve la place des personnes de mon acabit. Parce que c'est ici que tout à commencé pour moi, et que c'est aussi ici que tout doit finir, paraît-il.

Mais il n'était certes pas dans mes projets de tomber sous le charme solitaire et empli d'innocence de mon voisin de classe...

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Lorsque cet élève est arrivé dans la classe, il a regardé tout le monde avec ce qui ressemblait fort à un profond mépris. Il a du charme, un charisme époustouflant, et il est beau, incroyablement beau. Et enfin, contrairement au paria que je suis, il possède un titre. Pour se présenter, il a juste dit son nom. Le professeur a semblé un brin surpris, déstabilisé par tant de lassitude venant d'un homme si jeune, mais il aurait du comprendre que cela suffirait amplement.

Uchiha.

Qui ne connait pas ce nom ? Nul besoin d'autres paroles, le commun des mortels ne le mérite sans doute pas, à ses yeux. Il n'a pas non plus répondu aux questions des autres, qui semblaient lui paraître futiles et terriblement ennuyeuses. Je le conçois tout à fait, les questions étant vraiment d'un ridicule consommé, il faut le dire.

Sans que personne ne comprenne ses motivations, pour peu qu'il en ait, il décida de prendre place à côté de moi, plutôt que près d'Ino, qui aurait certainement mieux convenu. La chaise à côté d'elle est libre parce qu'elle ne s'assied pas près des êtres inférieurs. Celle voisine à la mienne est vide parce que personne ici ne voudrait passer sa journée assis à côté d'un inférieur.

Je suis heureux qu'il m'ait choisi, bien que je sache pertinemment que cela ne saurait durer bien longtemps. Il ne tolère ma présence que parce que je ne l'embête pas avec des questions aussi stupides qu'inopportunes, j'en ai tout à fait conscience. Mais il s'éloignera vite lorsque les autres lui auront dit qui je suis. Il fera juste comme tous les autres. Parce qu'ils sont tous pareils, ce que les plus forts font, ils le font aussi.

Cette école semble avoir été bâtie pour l'élite suprême des moutons de Panurge, voyez-vous. Il n'y a rien de plus désolant que de voir ça au quotidien. Vraiment.

Lui fera comme les autres. Que ce soit un Uchiha ou non n'y changera rien, n'est-ce pas ? Ce n'est pas parce qu'on porte le nom des héros de l'ancien temps que l'on est meilleur que les autres, pour autant que je sache...

Pendant tout le cours, je gardais les yeux fixés sur les lourds nuages de plomb, sans plus prêter attention à mon nouveau voisin de table. C'est ce qu'il désirait, en venant ici, non ? Ce n'est pas comme si Sasuke Uchiha et moi pouvions devenir amis, de toute façon...

La tempête menace, cela se sent. Je savoure cette présence près de moi, car c'est trop rare pour que je ne m'en délecte pas. Le regard perdu dans l'immensité du ciel, j'écoute d'une oreille distraite la douce musique de son stylo grattant la feuille. Lançant un regard en biais à son travail, je remarque qu'il ne suit pas plus les cours que moi. Serait-ce un cancre ? Non, cela ne colle pas à son image de marque...

Dans ses gribouillis, je reconnais le tracé superbe d'un visage baigné de larmes. Monsieur serait donc artiste ? Rapidement, mon regard dévie sur son visage à lui. Il a de beaux traits fins, presque féminins, lui conférant un aspect quelque peu fragile, trompeur, démenti par la noirceur de ses prunelles sur son visage semblant aussi clair et lisse que la soie de sa chemise. Une poupée de porcelaine taillée dans le granit. Son indescriptible beauté, à la fois inexplicablement frêle et inexorablement empreinte de puissance, ferait sans doute pâlir de honte les anges de Botticelli...

Malgré tout, dans le fond de ses yeux aussi sombres que l'onyx, et par-delà le masque que lui impose sa fierté, je perçois les abysses de cette tristesse que je ne connais que trop bien, pour voir cette même lueur dans le bleu de mes propres yeux, chaque matin, dans mon miroir...

Je ne saurais dire pourquoi, inexplicablement, moi qui déteste cordialement chacune des personnes hypocrites présente dans cette pièce, j'ai envie de croire qu'il existe en celui-ci la vérité qui n'existe dans aucun de ces autres.

J'ai envie de croire qu'il n'est pas un mouton de Panurge.

Après tout, c'est un Uchiha. Le dernier d'entre eux, même. C'est un leader dans l'âme. Rien que par son attitude dédaigneuse, il me laisserait penser qu'il ne fait pas partie des hypocrites, qu'il est bien plus que l'un de ces nobles héritiers parmi tant d'autres, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Les autres ne sont rien. Ils ne m'intéressent pas, nous ne sommes certes pas du même monde.

C'est du moins sur ce point que nous nous entendons le mieux. Je ne suis, et ne serais certainement jamais, l'un d'entre eux.

Mais lui non plus, ne fait pas partie de ce monde. Cet univers de futilité et de paraître. Je le sens, comme je peux sentir des tas d'autres choses. Non, il fait partie de l'autre monde. J'en suis certain, aussi certain que je sens mon sang se glacer dans mes veines au moindre de ses regards.

Il faut connaître l'Enfer, pour avoir des yeux si noirs...

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Dès la sonnerie, tous se sont agités, s'apprêtant à courir dans leur cafétéria grand luxe dans le but, pour les filles, de picorer quelques graines en faisant mine de manger, dans l'espoir d'alléger leur sac d'os décharnés, et pour les garçons, d'engloutir les quantités les plus inhumaines possibles dans l'espoir de faire gonfler leurs muscles tout en gonflant leurs estomacs avec des entrecôtes de premier choix.

Tous se jettent littéralement sur moi, me proposant de manger en leur charmante compagnie, de partager leur activité favorite de l'heure du déjeuner, autrement dit le cancanage. Détail lamentable, la plupart de ces femelles assoiffées de pouvoirs souhaitent m'attirer dans un recoin sordide pour quelques ébats dont je ne veux connaître ni les tenants, ni les aboutissants.

Je les ai, bien entendu, toutes royalement ignorées.

Rompu à l'exercice de l'esquive, je disparais de leur vue, las de leurs assiduités, sans leur adresser ni un traître mot, ni même un regard. Fichtre, c'est qu'ils se montrent collants, les bougres !

Optant pour la fuite, je m'éclipse en direction des escaliers, gravissant les étages, jusqu'à arriver au toit, seul havre de paix semble t-il dans cet asile pour abrutis congénitaux. Couché à même le sol, dissimulé derrière les bouches de ventilation, je me laisse aller à un repos bien mérité après une matinée si éreintante. Faire face à toute une horde de fils à papa et autres jeunes filles de bonne famille a quelque chose de fatigant, voyez-vous.

Et je regarde le ciel.

Ce même ciel métallique et menaçant dans lequel ce beau jeune homme blond perdait son regard tantôt... un ciel ensoleillé qui scrutait l'orage...

J'entends la porte du toit s'ouvrir doucement, comme si le nouvel arrivant ne voulait perturber ce calme, cette sérénité que confère l'absence de nuisance humaine. Je me prends à prier pour qu'il ne s'agisse pas de l'un de mes poursuivants, je ne saurais où dénicher une autre cachette...

Je ferme les yeux, attentif aux moindres vibrations du sol. Un pas léger, discret, s'avance dans ma direction, avant de se figer, à ma vue sans doute.

Me reconnaîtra-t-on ? Me laissera-t-on la paix à laquelle j'aspire si désespérément ?

Les pas s'éloignent, puis j'entends la personne escalader la grille du bord du toit. J'ouvre les yeux, alarmé, pour me tourner dans cette direction, un mauvais pressentiment me tordant l'estomac. A raison. Cette personne au pas léger n'est autre que mon mystérieux et charmant voisin de classe, mon âme solitaire aux cheveux nacrés...

-Arrête ! criais-je tout en me redressant d'un bond.

Il tourne son regard vers moi, un sourcil haussé. Interloqué ou moqueur ? Je ne saurais vous le dire. Ses yeux d'un bleu cristallin posés sur moi affolent, sans que je n'en saisisse la raison, les battements de mon cœur ; moi qui me pensais irrémédiablement insensible à quoi que ce fut, je paniquais à la vue de ce garçon, debout sur la corniche, de l'autre côté du grillage.

Honnêtement, je ne sais lequel de nous deux fut le plus surpris de mon intervention. Inconsciemment, je tends la main vers lui, souhaitant que la chaleur de sa paume me rassure, me dise qu'il ne sautera pas. Une peur tout à fait irrationnelle me noue la gorge, et mon cœur, le traître, ne se calme dans sa course effrénée qu'une fois le garçon repassé du bon côté de la grille, fourrant sa main dans la mienne.

Je tressaille à son contact. Sa main est douce, sa peau, tiède. Cela faisait longtemps que quelqu'un ne m'avais tenu la main de la sorte...

Je dois avoir l'air totalement ridicule, pour qu'il me scrute de la sorte.

-Tu sais, j'ai l'habitude de déjeuner sur le bord du toit, je n'allais pas sauter... lance t-il avec un immense sourire.

Qui sonne faux. Aussi faux que si je disais, avec des étoiles dans les yeux, que j'éprouve l'irrépressible envie de me faire siliconer et de me teindre en blonde. Aberrant. Dans le fond de ses yeux incroyables, je lis le message se cachant derrière cette aberration : sa mort serait un service à rendre...

-J'ai peur que tu tombes.

Sa surprise semble encore s'amplifier.

-Les autres ne t'ont donc pas dit qui je suis ?

-Parce que je suis sensé savoir quelque chose ?

Il hésite un moment. Nul besoin d'être un génie pour comprendre qu'il regretterait que je m'éloigne, que je change de place en classe à cause de ce que j'apprendrais. Que me cache t-on de si terrible ? Qu'est-ce qui serait odieux au point de me convaincre de délaisser l'agréable car silencieuse compagnie de ce garçon ?

Mordant dans son sandwich, il s'assied près de moi, derrière les bouches de ventilation, son regard se perdant dans le ciel aux nuages lourds. Il reste ainsi, perdu dans les méandres de ses pensées, avant de murmurer enfin, comme s'il s'agissait du plus honteux des secrets :

-Je ne suis pas noble. Je ne possède aucun titre.

Je me fige, abasourdis.

-Et alors ? demandais-je en fronçant un sourcil.

Qu'est-ce que ça peut bien me faire, qu'il ne soit pas noble, je vous le demande...

-Je suis ici car l'homme qui m'a adopté est un homme riche, c'est tout. Je n'ai pas de parents. Pas de famille. Le peu de personnes dignes de porter le nom d'amis dans mon entourage ne sont pas franchement du genre fréquentable. Ici, ils me méprisent tous, même s'ils prétendent parfois le contraire... mais je t'avoue que je n'en ai cure, je ne les porte pas non plus en très haute estime. Je ne suis qu'un orphelin du monde d'en-dessous, pris en charge par un généreux mécène. Un garçon comme toi ne devrait pas se préoccuper de moi...

-Foutaises.

Ma simple parole le fait sursauter. Je comprends néanmoins sa surprise à ma réaction. Nous sommes dans le dernier pays au monde dans lequel la séparation entre la noblesse et le tiers-état est aussi vive. Un véritable fossé. Que dis-je, un fossé, c'est un gouffre, effroyablement large et vertigineux. Mais je n'ai que faire de cette séparation. Je ne suis pas de ce monde.

-Confidence pour confidence, moi non plus, je ne suis pas vraiment quelqu'un de fréquentable, lâchais-je négligemment. Cela fait bien trop longtemps que j'ai quitté ce foutu pays pour avoir encore le loisir de suivre ses règles les plus absurdes, si tu veux mon avis...

Il éclate de rire. Un joli rire tintinnabulant à mon oreille et émerveillant mon cœur de pierre, bien que si triste, trop triste à mon goût.

-Je vais mourir... ajoute t-il d'un ton léger.

-Comme tout être humain normalement constitué, ai-je rétorqué narquoisement.

Pourtant, je sentais bien, au fond, qu'il ne me lâchait pas une banalité bassement biologique. Mon cœur le sent, et se fait plus lourd. Moi qui pensais qu'il s'était fossilisé, depuis le temps qu'il ne s'était manifesté, le voilà qui rapplique de la plus désagréable façon... comme si un bloc de glace me réveillait d'une longue hibernation en me dégringolant sournoisement sur la figure. Charmant. Je déteste avoir de mauvais pressentiments. Va-t-il finir par me cracher le morceau ou compte t-il attendre que je meure d'angoisse ?

-Il y a longtemps, j'ai eu un accident dont je ne garde aucun souvenir. Il reste des éclats de métal dans mon corps, que l'on n'a pu m'ôter, et dont certains menacent de remonter jusqu'à mon cœur, déjà abîmé, pour me faire mourir dans d'atroces souffrances, énonce t-il avec un sourire criant de fausseté.

Pourtant, je ne détecte aucune peur dans sa voix, ni dans sa posture. A peine une once de regret. Se pourrait-il que ce garçon ait si peu à perdre pour prendre la chose si bien ? Je me refuse à le croire. Il est trop beau pour n'avoir rien à perdre...

Le soir venu, je rentre chez moi, songeur. Regagnant ma demeure, je m'affale sur mon beau canapé blanc flambant neuf, poussant le volume de ma chaîne stéréo jusqu'à ce que la musique Trance me pénètre au plus profond. Et je reste là, désorienté, je reste ainsi toute la soirée, un verre de scotch dans les mains.

Ses paroles sonnèrent comme le glas de ma propre vie. Pendant des jours et des nuits, elles résonnèrent dans ma tête. Ce ne pouvait être vrai. C'était un cauchemar.

Encore.

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Il y a des gens qui prétendent être seuls au monde. Parfois, c'est vrai. Être seul, c'est d'être rejeté de tous, et n'avoir personne à qui confier sa solitude.

Parfois, c'est aussi nous qui rejetons autrui, pour nous isoler dans notre forteresse de solitude et épargner à notre entourage notre présence, notre peine.

Parfois encore, nous ne désirons que la solitude pour ne simplement plus avoir à penser, ressentir, souffrir... ce sont de profondes blessures qui nous contraignent à rester solitaires, quand bien même notre corps se perdrait dans la foule, ce sont ces blessures qui nous font parfois sombrer à jamais dans le néant...

Jusqu'à ce qu'un ange nous sauve.

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oO°Tsuzuku...°Oo