Titre: Violent Youth (jeunesse violente).

Auteur: Sweet Inksanity.

Musique: Suffocation - Crystal Castles.

Tout tournait. Tout était étrangement rond, en fait. Il ne savait pas trop pourquoi mais bordel, tout semblait devenir rond dès qu'il posait les yeux dessus. Il ne savait pas vraiment ce qui lui avait prit d'accepter le petit cachet que lui avait tendu les deux amis hippies ce soir-là. En fait si, il le savait. Le cachet l'avait amusé. Une tête de singe rose. C'était d'un absurde que ça l'avait amusé. Parce que oui, lui, le Gothique, l'éternel adolescent rebelle savait être amusé par certaines choses. Mais passons.

Le Gothique avait donc avalé le cachet. Il se doutait bien que ce n'était pas un truc clair, c'étaient des hippies qui lui avaient filé ce truc quand même, mais bordel. Jamais il n'aurait pensé que ça lui ferait cet effet. Tout devenait rond et putain c'était le truc le plus perturbant qu'il ait jamais vu. Il avait l'impression d'avancer dans un mélange de ronds et de couleurs trop vives pour sa pauvre tête habituée aux couleurs sombres.

Il voyait des visages qu'il connaissait se déformer sous ses yeux en des formes abstraites si grossières qu'il arrivait à échapper quelques éclats de rire rauques. Comment en étaient-ils arrivés là? Ah, oui. Mathieu. Aujourd'hui, le youtubeur fêtait ses trente ans. Il avait organisé une grosse soirée à l'appartement et tous ses fidèles amis s'étaient pointés. Bien sûr, ils étaient tous venus accompagnés de leurs personnalités du moins, pour ceux qui en avaient. En bougeant dans l'appartement on trouvait les personnages de Kris, ceux de Mathieu, celui de Victor et Samuel et Richard, les inséparables d'Antoine. Autant dire que c'était un capharnaum.

Mais la fête battait son plein et le bonheur se lisait sur le visage d'un Mathieu coomplètement bourré, qui semblait tenter de tenir un discours correct sans pouffer, ce qui relevait d'un défi impossible à relever. L'hilarité était générale et le Gothique, pour une fois, y était sensible. Quoique ces hippies aient pu lui donner, il avait eu raison d'accepter. Peut-être allait-il enfin passer une bonne soirée loin de sa morosité habituelle.

Sourire aux lèvres, il parcourait les couloirs, fixant sans gène les scènes qui accrochaient son regard. Dans un coin, Pinhead et le Patron s'adonnaient à des joyeusetés dont il valait mieux passer les détails, à en juger par les grognements animaux qui sortaient des bouches des deux sauvages. Ailleurs, les hippies fumaient tranquillement en tenant une conversation essentiellement composée de "gros" et de "man" entrecoupés de fourires. En tournant la tête, le Gothique put aussi constater que le Démon et le Geek semblaient bien s'entendre en partageant une partie de la console du Geek branchée à la tv du salon.

Tout le monde semblait heureux et détendu. C'était bizarre, mais le Gothique aimait bien cette atmosphère. Il aurait presque enfin de faire un câlin à quelqu'un! Mais tout tournait tellement que ça devenait difficile de s'arrêter, il doutait même de pouvoir réussir à aller parler à quelqu'un sans se prendre les pattes l'une dans l'autre et tomber. A l'idée d'une chute assez humiliante devant ses camarades de toujours, le Gothique éclata de rire, son qui surprit assez les protagonistes autour de lui quelques secondes avant qu'ils ne le rejoignent dans son hilarité.

"T'en as trop prit, gros." il entend dans son dos.

"On t'avait dit que c'était de la bonne, man. La drogue c'est pas capitaliste, man." il regarde le hippie de Kris, puis éclate de rire.

Le Gothique calme son fou rire et continue à avancer, il ne sait pas ce qu'il cherche mais il se dit qu'il finira bien par trouver. Et il avait tellement envie de faire un câlin à quelqu'un.. Tellement. Un vague sourire sur les lèvres, son regard explore la pièce jusqu'à ce que quelque chose retienne son attention.

Le Prof de philo.

Il est tout seul, un énorme bouquin entre les mains, assit sur un des fauteuils de la salle. Un pli dû à sa concentration barre son front, il a l'air plongé dans ses théories tirées par les cheveux. "Ce type vit constamment dans le même état d'esprit que des gens morts, comme moi." il croit qu'il le pense mais il l'a dit à voix haute tout en s'approchant, interrompant le Prof qui a tout entendu.

"Je ne suis pas sûr que le courant de pensées gothique puisse avoir quelque chose à faire avec ma philosophie, tu sais."

"Gothisme, satanisme, c'est une façon de voir les choses, donc c'est de la philo.. Tu m'fais un câlin? J'ai tellement envie d'un câlin.. Pour une fois que la vie est pas nulle!"

Le Gothique fait un grand sourire niais et s'approche de la personnalité d'une rare violence de Kris, les bras grands ouverts. Mais il trébuche et tombe en avant, cognant son front contre le coin de la table. La douleur du coup se répand dans sa tête comme un mauvais poison et le Gothique reste au sol, assomé, les larmes aux yeux. C'est parce que le sol a tourné.

"Méchant sol, méchaaaaaaaant..!" Le Gothique frappe le sol et s'énerve alors qu'une larme roule sur sa joue rougie par les effets de la drogue.

Il entend le Prof soupirer et refermer son épais bouquin quelques secondes avant que deux bras ne viennent le relever et l'asseoir correctement. Il met quelques secondes à intégrer son changement de place, puis il sourit bêtement.

"Merci."

"Fais-moi voir ton front." Le Prof inspecte rapidement puis soupire. "Faut désinfecter. J'reviens, bouge pas de là."

Le Gothique regarde le Prof s'éloigner vers le couloir de la salle de bain, et il est déjà loin quand il répond que d'accord, il ne va pas bouger, promis, pas d'un millimètre. Tellement pas que le Gothique se force à rester immobile et à ne pas éclater de rire, inconscient du filet de sang qui est en train de sécher sur le côté droit de sa tête, tranchant violemment avec la pâleur glacée de sa peau, pâleur qu'il entretient depuis de longues années.

Le Prof finit par revenir au bout d'un temps qui semble pour le Gothique tant interminable que trop court. Quand l'adulte vient s'accroupir devant l'adolescent en ouvrant la bouteille de désinfectant pour en verser sur un coton, le plus jeune sourit, tout content.

"T'as vu? J'ai pas bougé!"

"C'est bien. Continues, fais attention, ça va piquer un peu."

Le Gothique sourit un peu plus, il n'avait pas vraiment comprit sa dernière phrase, il était trop occupé à regarder les lumières se refléter sur toutes les surfaces possibles et inimaginables. Tant et si bien qu'il sentit plus qu'il ne vit le coton se poser sur son front. Et bien que le Prof avait annoncé que ça piquerait, la drogue avait décuplé la douleur, et le Gothique eut l'impression que le Prof venait de lui verser de l'acide droit sur son front. Un glapissement plus tard et le Gothique sautait à la gorge du Prof, attrapant violemment sa gorge entre ses dents pour y imprimer la jolie marque de sa parfaite dentition. Le Prof, lui, réussit à se débarasser de l'énergumène assez vite, il avait plus de force que le petit être chétif qui venait d'à moitié lui arracher la jugulaire mais tout de même!

"Eh gamin, tu te prends pour un vampire maintenant? Si t'aimes ce genre de pratiques j'connais des endroits que tu pourrais adorer." Alors que le Gothique s'apprêtait à hurler sur le Prof, la voix bien caractéristique du Patron qui remontait sa braguette d'un air satisfait vint les interrompre, et c'est un regard incrédule que les deux lancèrent à l'intrus avant de se désintéresser de lui totalement alors qu'il s'éloignait aussi vite qu'il était arrivé.

Fronçant les sourcils, le Gothique retourna pourtant au sujet premier de son tourment : le Prof. Aussi vite qu'il lui avait sauté à la gorge, il avait oublié la scène et était repartit dans son propre délire. C'est sous le regard exaspéré d'un Prof de Philo qui se frottait le cou que le Gothique se redressa en tendant les bras, tout sourire, en essayant de se jeter au coup de l'autre personnalité sans se manger le sol une nouvelle fois.

"Allez, Prof, sois pas buté, fais-moi un câliiiiiiiiiiiiiiiiiiiin..!"