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~ Playlist ~

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Heartbeat x Childish Gambino

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Summertime Sadness (Ryan Hemsworth Remix) x Lana Del Rey

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R U Mine ? x Arctic Monkeys

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Revolusion x Elliphant


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CHAPITRE 2

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De la Sixième jusqu'en fin Troisième, Draco Malfoy avait fait d'elle et de ses deux meilleurs amis ses souffre-douleurs attitrés.

Il n'avait pas manqué une seule occasion de les martyriser, de les humilier, que ce soit en cours comme en récréation en passant par les temps de repas ou même dans leurs propres dortoirs. Ni Harry, ni Ron ne s'étaient laisser malmener mais la plus indocile du trio fut incontestablement Hermione. Les joutes verbales sanglantes échangées avec le plus blond des Serpentards se comptaient maintenant par centaines, si ce n'est par milliers. Le simple fait qu'ils se croisent au détour d'un couloir pouvait faire des morts. La brune devait au jeune Serpentard l'usure de ses cordes vocales et de ses nerfs. En contrepartie, on pouvait dire qu'il avait contribué à forger son répertoire de répliques. Leurs altercations l'avaient formée au combat. Dès qu'il l'attaquait, elle savait dans la seconde quelle phrase lui répondre. Le but étant de remporter la victoire en réussissant à poignarder verbalement son adversaire tout en gardant le plus d'éloquence possible. Et Draco en avait, des coups de couteaux à son actif. Mais ce n'était pas pour autant qu'Hermione courbait l'échine. Plutôt mourir que de subir. De la sixième à la troisième, elle lui avait donc vaillamment tenu tête malgré l'acharnement croissant de son pire ennemi.

Et puis en Seconde...plus rien.

Plus aucune insulte, plus aucune pique, plus aucune provocation, plus aucune machination, plus aucun piège, plus aucune accusation mensongère, plus aucune vanne gratuite. Plus rien. Du jour au lendemain – ou plutôt d'une année à l'autre –, Draco avait rangé son uniforme de bourreau au placard pour revêtir celui du simple étudiant lambda de Serpentard. A présent, lorsqu'ils se croisaient, le lycéen ne leur adressait ni regards, ni reproches, comme si Harry, Ron et elle n'avaient jamais existé. Comme si toute cette période de constante oppression n'avait été qu'une vaste illusion. Il vivait sa vie de son côté, restait entouré de sa petite cour de Serpentards la plupart du temps, se préférant en général seul, acceptait la compagnie de X ou Y filles quand l'envie lui prenait, choisissait une bonne place pour dormir en cours pendant que Blaise notait tout pour lui, séchait même certaines classes sur un coup de tête, réussissait par on-ne-sait-quel miracle à maintenir sa moyenne trimestrielle au-dessus de 10, ne se présentait qu'à un repas sur deux, ignorait totalement, définitivement leur existence. Et toute l'année scolaire s'articula sans l'ombre d'un heurt.

Hermione ne s'en plaignait pas, grand Dieu non ! Combien de jours avait-elle rêvé de goûter à un tel répit ? Ne plus l'avoir dans les pattes lui donnait à présent une certaine idée du paradis. Mais plus le temps passait, plus elle ne pouvait s'empêcher de trouver ce revirement de situation étrange. Lorsqu'elle en fit part à Harry et à Ron, ceux-ci partagèrent aussitôt son avis. Il y avait effectivement quelque chose louche dans cette attitude. Tous trois restèrent alors vigilant, prêts à dégainer leur épée dès que l'ancien Malfoy réapparaîtrait. Mais le Grand Méchant Malfoy ne refit jamais surface. Et les deux garçons finirent éventuellement par baisser leur garde. Harry en raison de son affectation en tant que Préfet en Chef des Gryffondors début Terminale – Draco l'était également pour sa maison, ce qui avait donné l'occasion au brun de tâter un peu le terrain pour se rendre compte qu'une possibilité d'entente strictement professionnelle pouvait exister entre eux – et Ron en raison du 80D de Lavender Brown qui occupait à présent tout son champs de vision.

Hermione se retrouva donc seule avec ses soupçons. Mais ceux-ci finirent par s'atténuer au fur et à mesure des mois sans pour autant disparaître totalement. Elle se crispait toujours lorsqu'il était à un périmètre proche d'elle mais moins qu'avant. De même qu'elle perdait de plus en plus l'habitude de scanner les différentes têtes présentes dans la pièce où elle s'apprêtait à mettre les pieds – autrefois, si Malfoy s'y trouvait, la brune préférait encore s'installer dans la salle voisine ou même dans le couloir. Respirer le même air que cet homme aurait pu l'intoxiquer. Maintenant, elle pouvait suivre un cours et presque oublier qu'il était à trois pupitres d'elle, chose totalement impensable trois ans plus tôt.

« Qu'est-ce que tu me proposes ? »

Hermione sortit de ses réflexions en un sursaut. Blaise était penché au-dessus des cinquantaines de bouteilles ouvertes, l'air indécis.

« Hmm, je ne suis pas une experte mais ce que je bois est plutôt pas mal. Ca brûle un peu au début, par contre. »

« C'est le principe de l'alcool. » lui fit remarquer Blaise avec un petit sourire amusé, inspectant toujours les divers choix de boissons s'offrant à lui.

« Oui eh bien comme je l'ai dit, je ne suis pas une experte. » se renfrogna la brune.

Blaise jeta alors un coup d'oeil au contenu de son verre.

« Tu as pris quoi, toi ? »

La brune lui montra d'où provenait son breuvage et le Serpentard attrapa la bouteille en question pour s'en servir un fond. Hermione s'attendit à ce qu'il s'éloigne juste après mais il s'adossa contre la table avec elle et regarda distraitement la piscine tout en buvant une première gorgée.

« Demain, tout se finit. » dit-il dans un soupir pensif avant de se tourner vers sa voisine. « Ca fait bizarre, hein ? »

Hermione haussa des épaules. Un peu plus loin, Harry discutait avec son ex, Cho, bien que tous les deux consciencieusement ignorés depuis la fin désastreuse de leur relation.

« Un peu. » concéda-t-elle. « Mais on peut aussi voir les choses d'une autre façon. »

« Laquelle ? »

« Demain, tout commence. »

Blaise hocha lentement la tête.

« Exact. » acquiesça-t-il.

Il y eut un petit silence pendant lequel Hermione but dans son gobelet avant de lui demander, pour alimenter un peu la conversation :

« Et sinon, où est-ce que tu vas l'année prochaine ? »

« J'ai été pris à l'Auror Academy. » répondit Blaise.

« Oh, félicitations ! » s'exclama sincèrement Hermione.

« Merci. » sourit l'afro-britannique. « J'ai entendu dire que Potter y allait aussi ? »

« Oui, il a été accepté. » confirma Hermione. « Il fera un excellent policier, j'en suis sûre. »

« Il peut même avoir plus d'ambition que ça. S'il s'en donne les moyens, il est même possible que le FBI ou les services secrets le recrutent. »

« S'il s'en donne les moyens. » souligna la brune car Harry pouvait être atteint de flemmardise aiguë, quelques fois.

« Et toi, où est-ce que tu vas ? » voulut savoir Blaise.

« Je ne sais pas encore. »

« Comment ça ? Aucun de tes choix n'a été accepté ? »

« Si, j'ai même eu sept réponses favorables. »

« Sept ? Wow ! Et ce sont quels types d'établissements ? »

« Deux prépas, deux grandes écoles et trois universités de la Coupe De Feu (1). Mais je ne sais pas encore laquelle choisir. »

« Tu hésites alors que tu as été prise dans trois facs de la CDF ? » s'exclama le métis. « Les dilemmes d'Hermione Granger ne sont définitivement pas les nôtres... »

Hermione eut un petit rire et porta à nouveau son verre à ses lèvres. Tout en buvant le fond de sa boisson, ses yeux firent un tour d'horizon du complexe. Et ils furent à nouveau captés en fin de course par ceux de Draco. Le blond avait beau se trouver dans un jacuzzi rempli de filles s'adonnant à un concours de gloussements, son attention était centrée sur Hermione et rien que sur elle. A peine s'il jeta un coup d'œil à Parvati Patil qui venait de faire tomber le haut de son maillot en minaudant « oups ! ». Ne voulant pas s'engager dans une nouvelle bataille visuelle, la brune tourna la tête et préféra fixer son regard sur Ron qui cabriolait comme un petit fou dans la piscine aux côtés de Dean.

« Malfoy me fixe depuis tout à l'heure. » informa-t-elle Blaise.

Le métis chercha son meilleur ami des yeux et constata par lui-même.

« En effet. » dit-il et, pour une raison inconnue, cela provoqua un infime rictus sur le coin de ses lèvres.

« Pourquoi est-ce qu'il me dévisage comme ça ? »

Blaise haussa nonchalemment des épaules.

« Peut-être meurt-il d'envie de savoir la marque de ton maillot de bain ? » suggéra-t-il.

« Ce doit être ça. » répondit Hermione, ironique.

Au même instant, le remix du mythique « Summertime Sadness » par Ryan Hemsworth passait dans la sono et les paroles furent scandées à tue-tête par la population lycéenne se trémoussant dans l'eau.

« J'ai remarqué qu'il a fini par se lasser de jouer aux tyrans. » glissa l'air de rien la brune, son index tapotant distraitement la mesure sur le rebord de son verre.

« Il n'est jamais trop tard pour prendre sa retraite. »

« Certes, mais j'aurais eu beaucoup moins de mal à imaginer Rogue se mettre à la danse classique plutôt que Draco raccrocher son uniforme de monstre. »

« ...et pourtant. »

« J'ai toujours du mal à l'imaginer, en fait. » continua la Gryffondor, pas prête de lâcher le morceau.

« Les gens changent, Granger. » se contenta de répondre Blaise. « Certains plus tard que d'autres. Mais les gens changent. »

« Pas lui. »

Là, Zabini se tourna vers elle. Et le sourire qui était présent sur ses lèvres était presque peiné.

« Surtout lui, justement. » la contredit-il avant de reposer son gobelet sur la table. « Nott m'appelle, il faut que j'y aille. Bonne continuation, en tout cas. »

« A toi aussi. » répondit Hermione.

Et il laissa la brune seule contre la table. Elle s'y adossa un peu plus et froissa son verre en plastique dans sa paume. Surtout Malfoy. Pfff, mon oeil. Un démon ne devenait pas un ange en un claquement de doigt. Encore fallait-il que Malfoy veuille devenir un ange, déjà, et rien que cette hypothèse aurait pu faire hurler de rire Hermione. Et même s'il pouvait le devenir, il resterait toujours une part de perversité au fond de lui. Cet homme était tout bonnement incapable de changer. Quand bien même si ce cas de figure hautement improbable s'avérait possible, la jeune femme refusait catégoriquement de réviser son jugement. A ses yeux, quoi que ce Serpentard fasse, il resterait exécrable. On ne pouvait pas effacer cinq ans de harcèlement quotidien.

Ce fut donc avec humeur que la brune se resservit un nouveau verre, piochant de nouveau au hasard parmi les bouteilles à demi-vides. Elle but ensuite le contenu cul-sec et effectua une petite grimaçe lorsque la brûlure désormais familière du liquide alcoolisé lui picota la gorge. Rouvrant les yeux, ceux-ci se posèrent sur Ron qui avançait vers elle d'une démarche incertaine tout en faisant des grands gestes, les yeux exorbités. Il ne fallait pas avoir bac plus sept en voyance pour deviner qu'il était à quelques verres de l'ivresse.

« Hermione ! » s'exclama-t-il en l'attrapant solennellement par les épaules. « Hermione, il faut qu'on parle. »

« ...ok ? » accepta prudemment la brune. « De, hum, de quoi veux-tu parler ? »

« De moi. »

« De toi. D'accord. »

« Et de nous. »

« ...nous ? »

« Et de Lavender. »

« Hors de question. » refusa catégoriquement Hermione.

« Si. Si, Hermione. Il faut qu'on en parle. » insista Ron en pressant à nouveau ses épaules.

« Ron, on s'est déjà tout dit à ce propos. Je ne t'en veux pas, tu es heureux avec elle, on reste les amis qu'on a toujours été et la vie continue. Il n'y a absolument rien à ajouter. »

« Non. Il y a encore beaucoup de choses à ajouter. » refusa Ron. « Hermione, écoute, je ne suis certes pas une lumière mais je ne suis pas totalement con non plus. Ni aveugle. Je sais que je t'ai fait du mal au début de ma relation avec Lav' et je sais aussi que tu m'as menti en me disant que tu le prenais bien... »

« Ronald Weasley, pour la dernière fois, je... »

« Hermione, je t'aime. » lâcha-t-il.

La brune resta la bouche grande ouverte.

« Je t'aime comme jamais je n'aimerai quelqu'un d'autre au monde. »

« Ron...tu...tu ne peux pas dire ça...je...tu es mon meilleur ami...on en avait parlé...et tu es avec Lavender ! »

« Et je l'aime aussi ! Et je t'aime aussi ! »

« ...ok, je ne comprends plus rien. »

« Mais c'est simple, pourtant ! Je t'aime ! Voilà ! Tu es belle, tu es intelligente, tu es affectueuse, tu ne te laisses pas marcher sur les pieds. Tu es unique. J'aime Lavender aussi. Elle est mignonne, elle me fait rire, elle est affectueuse tout comme toi, parfois même un peu trop, mais c'est un réconfort de l'avoir à mes côtés. J'aime également t'avoir à mes côtés. Tu es bien plus qu'une simple amie ou qu'une potentielle amoureuse. Tu es...je ne sais même pas comment le dire...tu es juste...tu es tout. Tu es 50% de ma personne et Harry correspond aux 50% autres. Et j'aime Harry, putain, je l'aime de tout mon coeur. Je ne sais pas ce que j'aurais été sans lui. Je ne sais pas ce que j'aurais été sans toi, sans nous. Je nous aime à la folie. Il faut qu'on reste ce que l'on est. » dit-il alors et sa voix était presque suppliante. « Il faut que rien ni personne ne change malgré les années qui passent. Et il ne faut pas qu'on se fasse du mal, ok ? Si je t'en ai fait Hermione, pardon. Pardon mille fois. Ce n'était en aucun cas intentionnel. Je ne serai jamais, jamais capable de faire quelque chose dans le but de te voir souffrir. De même pour Harry. Je ne pourrais jamais lui faire du mal consciencieusement. Tout ce que je veux, c'est qu'on reste soudés, tous les trois. Comme au collège. Je veux qu'on reste les différentes parties d'un seul et même corps. Parce que je ne pourrais pas survivre sans vous. Ce n'est pas possible. Je ne pourrais pas survivre sans toi. Autant demander tout de suite à mon coeur d'arrêter de battre. »

Face à ce flot de sentiments bruts, Hermione ne put s'empêcher d'être gagnée par une vive émotion, une boule obstruant à présent sa gorge. Elle hocha la tête de plus en plus vite, un sourire aux lèvres malgré ses yeux humides.

« Et je ne pourrais pas survivre sans vous non plus. » murmura-t-elle. « Vous comptez tellement pour moi. »

Hermione enroula ses bras autour de son torse et Ron répondit à son étreinte avec force tout en prenant une grande respiration. Ils restèrent comme cela pendant près d'une minute jusqu'à ce que la voix d'Harry ne vienne les interrompre.

« On fête la mort d'Ombrage ? » demanda-t-il, faisant référence à l'espèce de mégère fanatique de rose bonbon qui avait été directrice de Poudlard pendant leur année de Seconde.

Hermione et Ron se détachèrent, le bras du roux restant toujours autour des épaules de son amie et Harry arriva à leur niveau.

« Elle a voulu provoquer une licorne sauvage et a terminé en brochette sur sa corne. » répondit Hermione.

« Ooooh ! » exulta presque Harry en lui frappant énergiquement dans la paume avant de faire s'entrechoquer leurs poings. « Qu'on donne à cette licorne une médaille. »

« On lui a déjà décerné la Légion d'Honneur, il me semble. » dit Ron.

« La Reine d'Angleterre s'est déplacée elle-même pour aller l'accrocher à sa crinière. » renchérit sa voisine.

« Rien de tel qu'une bonne nouvelle comme celle-ci pour bien finir l'année. » jubila Harry avant de boire une gorgée de vodka sans coller la bouche à la bouteille. « Ah ! Ca met tout de suite de bonne humeur. »

« Et que fait-on lorsqu'on est de bonne humeur..? » dit Ron tout en lançant un regard de connivence à Harry.

« Oui...que peut-on bien faire lorsqu'on est de bonne humeur ? » feignit de s'interroger le brun en lui faisant un clin d'œil en guise de réponse.

Hermione fit la navette entre ses deux meilleurs amis, suspicieuse.

« Qu'est-ce que vous mijotez encore, tous les deux ? » suspecta-t-elle.

« Rien du tout, voyons... » répondit innocemment le roux bien qu'il desserrait lentement son bras d'autour d'elle.

« Comment ça : rien du t...non ! » protesta-t-elle immédiatement lorsqu'il l'attrapa par les avant-bras. « Non, non, non, non, non ! » se débattit-elle quant Harry prit la relève en attrapant ses jambes.

« A L'EAU ! » hurlèrent les deux lycéens avant de se diriger à toutes vitesses vers le bassin, hilares.

« Vous allez me le... »

La brune s'enfonça dans l'eau à l'instant où les premières percussions de « R U Mine ? » faisaient trembler le dôme vitrée de la piscine.

« ...PAYER ! » rugit-elle en refaisant surface pour se lancer à leur course.

Pour l'heure suivante, Hermione comprit ô combien Harry avait eu raison en lui assurant que si elle se laissait un peu aller, l'amusement serait au rendez-vous. Car pour s'amuser, elle s'amusa. Ses chamailleries en compagnie de ses deux meilleurs amis la faisait presque retomber en enfance et elle faisait avec eux toutes sortes de cabrioles aquatiques sans peur du ridicule, riant à gorge déployée toutes les trente secondes. L'alcool commençait à faire doucement son effet, remplissant son corps tout entier d'une chaleur agréable la rendant plus légère et moins soucieuse. Ainsi, elle put trouver le courage d'aller à la rencontre de n'importe qui croisant son chemin pour discuter de choses et d'autres de façon totalement aléatoire et spontanée. Elle sut ainsi que Kevin Entwhistle des Serdaigles avait été en journalisme à Las Aldeas tandis que Cho se tournait quant à elle vers le mannequinat, ses jambes interminables ayant déjà séduit certaines agences, que Dean préférait prendre une année sabbatique et explorer le monde avant de se tourner vers la sphère universitaire, que Seamus partait en Australie pour deux ans de commerce, Berlin serait la nouvelle maison d'Anthony Goldstein, Stephen Cornfoot avait quant à lui gagné sa place pour l'Etablissement Supérieur de Poudlard...

La meilleure partie de chaque conversation restait tout de même celle où les souvenirs des années passées étaient évoqués. Il y en avaient franchement de très hilarant.

« ...oh, bon sang, vous vous souvenez du jour où Seamus a essayé d'enlever le turban de Quirell avec une canne à pêche, en Sixième ? » s'exclama Lee Jordan, créant un fou rire général.

« La tête qu'a fait le prof en découvrant l'hameçon juste sous ses yeux...je regrette chaque jour de ne pas avoir pris cette scène en photo. » soupira Harry.

« J'avais pourtant tout prévu ! » plaida Finnigan, un rictus aux lèvres malgré tout. « Mais il a fallu qu'il se retourne juste au dernier moment. Mon karma était vraiment mauvais, à cette époque. »

« Non, la meilleure chose dont j'ai été témoin, c'est sans conteste le jour où Lockhart s'est ramené en cours avec des cheveux rose bonbon ! » s'exclama Lee.

« Je plussoie. » confirma Hermione. « Ca a été mon plus gros fou rire du collège. »

« Plus gros fou rire de ma vie, tout court. » dit Ron.

« On n'a toujours pas retrouvé le génie qui a mis de la teinture dans son shampoing, d'ailleurs. Non ? » demanda Harry.

« Toujours pas. Mais à mes yeux, ce mec est une véritable légende. » le loua Seamus.

« C'est qu'on leur en a fait baver, à ces profs de langues. Y'en a pas un seul qui est resté plus d'une année. »

« Tu m'étonnnes ! » pouffa Lee. « Et le pire, c'est quand même le... »

« RUSARD ! » hurla soudainement quelqu'un et l'instant d'après, ce fut la débandade.

Dans un mélange d'exclamations empressées et de fous rires nerveux, tous les lycéens désertèrent bassins, jacuzzi et gradins pour courir vers toutes les sorties possibles. Certains s'étalaient par terre dans la précipitation, d'autres faisaient des crochets par le bar improvisé pour emporter deux ou trois bouteilles avec eux au passage. L'un des Serdaigles entreprit de désinstaller les enceintes mais les hurlements lointains furieux de Rusard le poussèrent à détaler la seconde suivante en n'ayant eu le temps que de baisser la musique de quelques volumes. Hermione s'extirpa hors de l'eau le plus vite possible et scruta partout autour d'elle dans l'espoir d'y repérer la chevelure rousse flamboyante de Ron ou les cheveux noirs en pétard d'Harry. Ils étaient à côté d'elle il y avait à peine trente secondes, pourtant.

« Hermione ! » l'interpella alors une voix depuis l'autre rive de la piscine.

Parmi la cohue, la brune aperçut alors Harry lui faire vivement signe. Il pointa ensuite du doigt la sortie de gauche et la jeune femme hocha la tête, s'empressant de suivre le chemin qui lui était indiqué. Mais c'était sans compter le monstrueux mouvement de foule que cette évacuation soudaine des lieux avait créé. Hermione eut beau jouer des coudes, crier « pardon ! », en pousser certains, forcer un passage à l'aide de vigoureux coups d'épaules, rien ne changea. Sa petite taille jouant en sa défaveur, la brune fut forcée d'avancer au rythme de la masse compacte d'étudiants. Au bout d'une longue poignée de secondes, elle put enfin trouver une brèche et s'échapper vers la sortie qu'avait désigné Harry. Mais arrivée sur les lieux, la jeune fille ne trouva le brun nulle part. Sans doute s'était-il déjà enfui en pensant qu'elle était à sa suite. Mais par s'était-il enfui, pour commencer ? Par les vestiaires ? Par les douches ? Par la salle des casiers ? Par le couloir principal ? Immobilisée au carrefour de ces quatre chemins, la brune regardait consécutivement les voies qui s'offraient à elle, incapable de choisir. Soudain, la voix tonnante de Rusard se fit à nouveau entendre en ces termes :

« ET CA NE SERT A RIEN DE VOUS CACHER, PETITS SCÉLÉRATS ! JE VOUS RETROUVERAI TOUS, JUSQU'AU DERNIER ! »

Le bruit de pas boiteux mais rapide du concierge se rapprochait de plus en plus, forçant Hermione à se décider immédiatement. Vestiaire ? Douche ? Casiers ? Couloir ? Douche ? Couloir ? Casiers ? Vestiaire. La brune courut s'y réfugier. C'était une grande salle aux murs bleus carrelés qui s'étendait tout et sentait le chlore. Elle était toute en longueur et peuplée de cabines s'alignant par rangées de cinq de part et d'autre d'une longue allée principale. Son pas précipité sécurisé par le sol antidérapant, la Lionne longea l'allée principale, le souffle court, ne sachant pas quelle cachette choisir. D'abord elle décidait d'aller tout au fond puis elle revenait soudainement sur ses pas, ouvrait une porte dans la rangée de gauche, choisissait plutôt de continuer, s'arrêtait d'un seul coup pour ouvrir une cabine à droite, puis une autre encore, dépassait trois rangées, faisait marche arrière,...

Quelqu'un la tira brusquement en arrière par le bras. Et avant même qu'elle ne puisse comprendre quoi que ce soit, la voilà qui était enfermée dans un des boxs puis plaquée sans douceur contre le mur. En se retrouvant nez à nez avec Malfoy, sa première réaction fut tout naturellement de crier. Problème : le blond avait plaqué sa paume de main contre sa bouche, étouffant tout son susceptible de sortir de sa gorge. A défaut de ne pouvoir user de ses cordes vocales, Hermione décida alors de se débattre. Mais la voix de Rusard provenant cette fois-ci de l'entrée des vestiaires réussit à l'en dissuader.

« Je sais qu'il y en a qui se cachent ici... » susurrait-il d'une voix malicieuse. « Vous ne m'échapperez pas. »

Malgré la musique qui retentissait toujours dans la salle de piscine, on pouvait entendre distinctement le bruit des pas du concierge progresser dans la pièce. Il se rapprochait avec lenteur, signe que chaque allée était minutieusement vérifiée. La brune retînt son souffle au maximum. A côté d'elle, Draco était aussi immobile qu'une statue de pierre et fixait la porte de la cabine sans ciller, sa main bâillonnant toujours la Gryffondor. Et les pas de Rusard se rapprochaient. Il devait être à trois ou quatre rangées de la leur, à présent.

« ...AHA ! » cria-t-il soudainement, faisant sursauter les deux adolescents.

Bruit de porte s'ouvrant à la volée. Le concierge venait apparemment de découvrir l'un des fêtards car quelques secondes plus tard, une voix masculine un peu plus jeune plaida :

« Je vous jure que j'étais là depuis hier, m'sieur ! J'ai eu cours de piscine et je me suis endormi dans les vestiaires ! »

« Et vous êtes aussi nés dans ces vestiaires, pendant qu'on y est ? » ricana Rusard. « Gardez donc vos salades pour votre prochain rendez-vous chez le Principal. »

« Oh non, Monsieur, je vous en supplie... »

« Silence. Rangez-vous sur le côté, le temps que j'aille dénicher le reste de vos autres petits camarades. »

Et il continua à progresser lentement dans le couloir central de la pièce. Lorsqu'il atteignit l'avant-dernière rangée, à savoir celle où se cachaient Draco et Hermione, la jeune fille tressaillit. Son mouvement nerveux attira l'attention du Serpentard qui tourna alors la tête au ralentis vers elle. Leurs yeux se connectèrent d'emblée.

Si Hermione avait déjà trouvé son regard intense quelques heures plus tôt, alors que plusieurs mètres les séparaient, elle ne sut pas comment qualifier leur contact visuel maintenant qu'ils étaient pratiquement collés l'un de l'autre. Ses yeux gris étaient si perçants que ça en devenait dérangeant. Mais maintenant qu'Hermione y repensait, elle ne savait même pas pourquoi cela la surprenait. D'aussi longtemps qu'elle puisse se souvenir, il avait toujours eu ce regard. Le temps mort de ces trois dernières années le lui avait simplement fait oublier.

Lorsque vous vous confrontiez verbalement à Malfoy, il vous fallait deux éléments pour être de taille dès le départ. La rhétorique et le regard. S'agissant de la rhétorique, il fallait être vif et toujours avoir deux ou trois phrases prévues à l'avance de façon à ce que ça fuse en permanence. Il ne fallait jamais perdre la main ou être à court de répliques parce qu'à l'instant où la répartie ne suivait plus, Malfoy triomphait. Le regard restait cependant l'élément le plus difficile à maîtriser. Parce que ce n'était pas tout de répondre du tac au tac ; il fallait aussi soutenir le contact visuel. Et, Hermione était la première à l'admettre, ce n'était pas chose facile. Le regard du Serpentard était virulent, glacial, débordant de mépris. Mais au-delà de ça, il vous clouait littéralement sur place. Vous aviez intérêt à savoir parfaitement ce que vous vouliez dire avant qu'il ne vous fixe droit dans les yeux parce qu'une fois que ces deux billes anthracites vous paralysaient, c'était déjà perdu d'avance.

« HA ! »

Hermione étouffa de justesse un petit cri. Rusard venait d'ouvrir à l'improviste la porte de la cabine se situant juste à leur gauche. Pour tenter de calmer son stress et échapper à l'emprise visuelle de son voisin, elle ferma les yeux très fort. Se concentrant exclusivement sur le bruit que faisait Rusard, la lycéenne l'entendit longer la rangée, passer juste devant leur porte, s'arrêter trois secondes plus tard, ouvrir d'un seul coup la cabine de droite, cette fois-ci, puis reculer en pestant, n'y trouvant personne. Soudain, un bruit de pas précipités se fit entendre depuis l'entrée des vestiaire. L'instant d'après, Rusard criait :

« Eh ! EH ! REVENEZ ICI TOUT DE SUITE ! JE VOUS AI DIT D'ATTENDRE SUR LE CÔTÉ ! REVENEZ ICI, PETIT DÉSOBÉISSANT, SI VOUS NE VOULEZ PAS QUE JE VOUS FASSE LA PEAU ! MISS TEIGNE, ATTRAPE-LE !... »

Et il partit manifestement à sa poursuite car, une minute plus tard, plus aucun bruit ne régnait dans le complexe tout entier. Hormis celui de la musique qui leur parvenait en sourdine. Malfoy libéra alors la bouche d'Hermione mais lui fit signe de rester silencieuse d'un geste de la main. Il ouvrit au ralenti la porte du box et s'engagea prudemment dehors après avoir fait une halte. Hermione le regarda disparaître dans l'allée et entendit son pas feutré faire le tour des vestiaires.

« C'est bon. » la prévînt-il depuis l'autre bout de la salle.

Hermione s'engagea alors dehors à son tour et suivit Draco dans le couloir, veillant à garder une distance de sécurité entre eux. Tous deux marchèrent silencieusement en direction de l'entrée de la piscine, vérifiant toutes les cinq secondes qu'il n'y ait aucun Rusard à l'horizon. Arrivés devant la porte vitrée par laquelle tous les Terminales étaient entrés, Draco actionna la poignée. Bloquée. Il l'actionna de nouveau avec un peu plus de force. Même résultat. Qu'il pousse, qu'il tire de toutes ses forces, qu'il appuie contre la vitre, rien à faire. La porte demeurait verrouillée. Derrière lui, le visage d'Hermione se décomposa.

« ...c'est fermé ? » demanda-t-elle avec effroi.

« Sers-toi de tes yeux. Déduis. » répliqua Draco sur un ton de voix agacé, ne cessant pas ses efforts pour les sortir de là.

Hermione poussa un juron tout en se passant la main sur le front. C'était à croire à un gag. Une caméra cachée. Déjà, le simple fait de se retrouver enfermée le jour même de la fête de fin d'année relevait du cauchemar mais l'être en compagnie de Draco Malfoy...le suicide était très clairement envisageable.


(1) : La Coupe De Feu (CDF) est ici l'équivalent de l'Ivy League aux Etats-Unis – à savoir le regroupement des plus prestigieuses universités américaines réunissant critères d'entrée très sélectifs et niveau d'excellence. La CDF comprend six écoles :

_ L'Académie française de Beauxbâtons

_ L'Institut ukrainienne de Durmstrang en Ukraine

_ L'Ecole anglaise de Poudlard

_ Vinden Blåser – Grenier Venteux – en Suède (© Madelight)

_ Las Aldeas – Les Hameaux – en Espagne (© Madelight)

_ Zufluchtsort Blau – Les Havres Bleus – en Allemagne (© Madelight)

Ces établissements, tels que je les conçois dans cette histoire, fonctionnent selon le même schéma binaire. Le premier enseignement dispensé va de la Sixième jusqu'à la Terminale. Commence ensuite l'enseignement supérieur. Pour y accéder, il existe trois voies : la première concerne les élèves déjà inscrits au lycée de l'établissement en question. L'accès aux classes universitaires se fait par dossier et ce dossier se constitue dès la Seconde. Les deuxième et troisième voies concernent les élèves originaires d'un établissement extérieur. L'entrée peut dans un cas se faire également par dossier si le candidat s'y prend tôt et si le dossier qu'il possède est excellent en tout point. Sinon – et c'est la troisième voie – le concours d'entrée est ouvert à tous. Ceux qui l'auront réussi passeront ensuite un entretien avec le comité d'admission qui décidera de leur ouvrir leur porte de l'université ou non (cf. processus d'entrée à Science-Po). L'enseignement supérieur universitaire de la CDF s'effectue en quatre années et se clôture par un prestigieux diplôme à valeur internationale.


En espérant que vous aimiez toujours ! J'ai eu pleins de questions concernant les quatre Maisons ainsi que la spécialité qui leur ont été attribuée, étant donné qu'il s'agit ici d'un UA, et j'y répondrai un peu plus tard en détaillant comme je viens de le faire avec la CDF. A dans quelques semaines pour le commencement officiel du huit-clos Hermione/Draco ;)

xo.

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Rar :

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Salomtex : Ah oui ! L'épisode où ils font une fête et qu'un des mecs se blesse dans l'eau c'est ça ? Pour l'As De Pic, ma motivation est proche de zéro, malheureusement...

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LaLouLiwa : Haha oui c'est ma grande spécialité, ça : commencer dix mille fanfics et n'en finir que cinq. J'espère que tu auras également apprécié ce chapitre :)

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Diane : Merci beaucoup ! :)

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Pocus : Merci ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaît :)

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Fathou : Je crois que « ravissement » se dit...non ? Du coup j'ai un doute, haha. Draco a l'air étrange comme ça, haha, mais attendez un peu de le connaître. J'espère que tu as aimé la suite et merci pour ta review !

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Florigeon : Ah, ça fait plaisir de se sentir attendue ! :)

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Marion : Oui, une très belle époque...mes années de Première-Terminale (surtout Terminale) me manque vraiment quelques fois. J'espère que tu as apprécié ce chapitre !

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Juliette : Merci beaucoup, hope you liked it :)

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Stipou : Oui j'avoue que les chapitres courts comme ceux-ci peuvent frustrer haha, mais au moins maintenant, pour patienter, vous n'aurez pas un chapitre à relire mais deux ! Et c'est pas génial, ça ? ;)

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Malfoy 34 : Merci !

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Hon-Hey : Haha c'est vrai que Crabbe et Goyle en S, ce n'est pas très crédible mais je connais pourtant (de très loin cela dit) des gens qui sont passés en S sans être des Prix Nobels de la chimie non plus donc ça pourrait être envisageable pour ces deux surdoués ! J'espère que tu as apprécié ce chapitre en tout cas & merci pour ta review !

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Carotte Des Champs : Meuuuh non, je ne vous oublie pas ! Comment oserais-je ? Je mets certes 160 ans à poster sur Le Contrat mais je vais terminer cette fanfic, c'est sûr et certain !

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Sumphora : Oh, merci beaucoup ma chère, c'est de très gentils mots que tu m'offres ! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira autant :)

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Eva : Tu es la deuxième personne à citer cette scène de GG ! Peut-être que mon esprit s'en est inspiré inconsciemment. Le fait est que j'ai un truc avec les piscines de nuit. J'ai un truc avec la couleur bleue aussi donc tout est lié, haha. Ah, je t'encourage très, très fortement à visionner Virgin Suicides ! C'est du bon Sofia Coppola en tout cas. Merci pour ta review !

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Felicia : Allez, courage, plus que trois (ou quatre) petites semaines avant le prochain chapitre ! Juste un zeste de patience ;)

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Guest : Oui, le ton de cette fiction sera beaucoup plus léger, détendu et réel que mes autres fanfictions ! Enfin il y aura des petites pointes de gravités ici et là mais rien de grave, qu'on se rassure, haha. Merci pour ta review :)

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Hasta siempre (que viva la revolución)

xo.