Hey :)
Avant tout, je tiens à m'excuser pour le temps monstrueux que j'ai mis pour sortir ce chapitre. Je l'avais fini il y a presque deux mois de cela mais j'ai décidé de le recommencer puisque il ne me plaisait pas.
Bref, voici la suite et j'espère qu'elle vous plaira.
Je vous souhaite une agréable lecture.
Réponse au guest : Je suis contente que cette fiction et son concept t't'intéresse et j'j'espère que la suite te plaira tout autant. Et, pas t'd'inquiétude à avoir sur un possible abandon, je ne laisse jamais tomber xD
Anamiya.
Disclaimer : One Piece appartient à Eiichiro Oda, je ne fais que me servir de certain de ses personnages pour mon bon plaisir.
Sur un tombeau de roses chapitre 2 : Déni
«Un amour ne vaudra jamais une vie.» Cela avait été le mantra d'Akane pendant un certain nombre d'années. Son avis n'avait guère changé sur la question depuis. Hisui Saena, sa mère, avait perdu la vie en persistant à aimer un autre homme que son mari et avait péri. Son fils ne pouvait déplorer la sottise dont elle avait fait preuve. Sacrifier tout pour une émotion aussi versatile et éphémère que l'amour... ce n'était rien de plus que de la folie. Bien pire que cela, outre l'adultère, sa mère en se laissant mourir, avait sciemment laissé ses enfants derrière. Que l'on ne vienne pas lui faire croire que Saena ne l'avait pas choisi. Si, à un seul moment, elle avait aimé ses enfants autant que cet homme, elle se serait fait opérer. Leur mère avait eu, dès le départ, le choix et les avait tous abandonnés. Akane ne pourrait jamais lui pardonner presque autant qu'il ne pouvait s'excuser lui-même d'avoir gardé le silence.
La marche à suivre, après cet évènement, avait paru comme une évidence. «Jamais je ne me trouverais dans cette situation!» Et quand bien même le rouge venait à tomber malade, la question de l'opération ne se posait même pas. Pour en arriver à de telles extrémités, c'est que le sentiment n'était pas partagé, tout simplement. Quelle personne saine d'esprit se laissait volontairement mourir pour une cause perdue? Bien qu'Akane s'obstinait à penser que le jour où l'on en viendrait à aimer quelqu'un comme lui était bien loin d'être venu.
À ce moment-là, tout devint flou pour Akane. Le décor de sa chambre s'évanouit peu à peu face à ses prunelles pour laisser place à ce qui reposait dans sa paume pâle. Une petite chose aussi fragile et douce que de la soie, un minuscule pétale de rose. Cela avait un quelque chose de très malsain à admirer la beauté de la chose qui allait vraisemblablement causer votre trépas. Combien de temps le rouge resta-t-il ainsi, l'information ayant du mal à procéder vers son cerveau? Le jeune homme n'en avait aucune idée. Pas plus qu'il n'eut conscience de s'être, à un moment donné, effondré sur la douce moquette de sa chambre. Ses jambes s'étaient faites flageolantes, sans même qu'ils ne le réalise et avaient cédées sous son poids. Alors seulement, son esprit parvint à saisir la signification derrière ce pétale. Les larmes quittèrent le coin de ses yeux pour perler le long de ses joues. Le rouge hurla à s'en faire éclater la poitrine, inconscient du reste. Peut-être cela y délogerait les roses qui étaient en train d'y pousser. Les corps humains n'étaient pas faits pour accueillir de la foutue verdure.
Peu de temps après, alors que ses cris se faisaient entendre jusqu'à l'autre bout de la maisonnée, on cogna à sa porte. Akane perçut vaguement Naoya lui ordonner de lui ouvrir tandis que ses autres frères lui beuglaient de fermer sa bouche. Ses hurlements leur cassaient les oreilles. Rien de nouveau. S'il ressemblait à Naoya et que ce dernier paraissait se préoccuper de lui, c'était bien loin d'être le cas de ses trois autres frères. Après un autre temps, les cris cessèrent, autant les siens que ceux derrière le bois et le rouge sombra dans une inconscience plus que bienvenue.
Akane ne rouvrit les yeux que le lendemain matin. Samedi matin, pour être un peu plus précis. Étrangement, il se sentait d'un calme olympien, ou plutôt, le jeune homme ne ressentait qu'un grand vide. Rien de bien, rien de mauvais, juste du néant. Malheureusement, ce ressenti demeurait familier pour lui, presque routinier. Quoi de plus naturel? Sa vie était morne... au moins jusqu'il y a peu. Akane resta, un long moment, recroquevillé dans le coin où il s'était effondré la veille. Genoux repliés contre son torse, tête reposant sur ceux-ci. Installé ainsi, il se sentait presque en sécurité. Comme si hier se révélait être qu'un vulgaire cauchemar. Rien de tout cela ne pouvait s'être véritablement produit de toute manière.
Aussitôt, tout lui revint brutalement. La promesse qu'il avait faite à Liz, ses crises de toux, Naoya, le pétale de rose... Hanahaki. La réminiscence fut si brusque que pour s'empêcher de hurler à nouveau, le rouge fut contraint de se mordre les lèvres jusqu'à ce qu'il sente un gout métallique lui envahir la bouche. Cependant, l'explosion ne restait pas bien loin et à peine il laissait vaguer son esprit vers ce pétale que son cœur se serrait et les larmes affluaient au coin de ses prunelles. Toutefois, il n'y avait aucune tristesse dans cette réaction.
Le rouge essuya, d'un geste brusque et rageur, les perles au creux de ses yeux. Il se leva de son coin, mais ce ne fut que pour arpenter brutalement la pièce de gauche à droite. Son mouvement rotatif paraissait sec et abrupt, mains fermement accrochées dans sa tignasse écarlate. Cela dépassait l'entendement. Rien que d'avoir un jardin lui poussant dans le corps était à la limite du compréhensible. Alors, ça, lié à une chose aussi désespérante et mièvre que l'amour et le jeune homme se sentait déjà nauséeux. L'amour... on ne pouvait contracter la maladie sans ressentir cette émotion de manière extrême et c'était bien ce point qui dépassait le plus Akane.
Qu'était-il arrivé à ses résolutions? «Ne te trouve jamais dans la même situation! » N'était-ce pas ce que le jeune homme s'était juré, après que Saena les ait tous abandonnés? Malgré tout, les faits étaient là, les fleurs étaient là. Pas besoin de tergiverser sur ce que cela signifiait. Son pas, déjà frénétique, prit bien plus de vigueur. Parvenant presque à créer des sillons dans la moquette de par la répétition et la force que le rouge mettait dans son geste. Là, en son creux, Akane sentait la chaleur monter insidieusement. Frôlant chaque fois l'éruption même s'il tentait comme il le pouvait de se retenir. Il était si pris dans sa volonté de ne pas hurler que le jeune homme n'avait remarqué qu'il avait ravagé ses paumes en y enfonçant ses ongles et que sa lèvre saignait d'avoir été mordu avec violence. L'incompréhension l'agaçait. De son point de vue, il n'existait aucune raison logique et possible à sa situation et le fait de voir ce ridicule petit pétale le narguer depuis le sol de sa chambre lui donnait envie de tout détruire.
Il n'y avait qu'une possibilité. Ce n'était un secret pour personne, Hanahaki n'apparaissait que dans cet unique cas et hors de question que le rouge l'admette. «Aimer», le terme était bref et sonnait étrange à son oreille. Akane n'avait eu de l'affection que pour peu de personnes durant ses dix-sept années d'existence et chacune d'entre elles avait fini par le trahir d'une manière ou d'une autre. Sa mère en les laissant tomber, son père en faisant comme s'il n'existait pas et ses frères avaient fini, à un moment donné, par le détester. Même Elizabeth finirait par l'abandonner au profit de Naoya. Les sentiments écœurants que son amie ressentait envers son ainé ne pouvaient pas être ignorés indéfiniment.
Ça le rendait dingue de se dire qu'une émotion aussi frivole, éphémère... répugnante que l'amour puisse causer sa perte. Aimer c'était douloureux. Aimer c'était se retrouver avec une épée plantée dans le dos. Il devait accepter de mourir ainsi? La question ne devrait même pas être posée! Comment trépasser d'amour quand vous vous sentiez incapable de passion? Hanahaki incarnait cela après tout. La passion, l'amour inconditionnel, démesuré et débordant. Le rouge se connaissait suffisamment pour savoir que rien de tout ceci lui correspondait, qu'il était incapable de s'éprendre avec tant de puissance. Aussi, il n'existait personne dans sa vie qu'il pouvait apprécier de cette manière.
Soudain, alors que cette certitude lui apparaissait comme immuable, le jeune homme se figea, une image s'imposant à son esprit. Une silhouette grande et massive se dressa de toute sa splendeur derrière ses rétines. Des traits légèrement bourrus, mais qui en restaient captivants, une chevelure qui paraissait douce et flamboyante, deux billes de cuivres étincelantes, hypnotisantes. Tant de prestance en une seule image. Il était charismatique, éblouissant et, tel un moustique, Akane se sentait attiré par cette lumière. Eustass Kidd s'était imposé à son esprit de manière si brusque et nette que le rouge en resta un moment abasourdi. Puis, ce fut cette seule silhouette qui causa son éruption.
Pendant un instant, le jeune homme vit rouge. Sa vision se brouilla pour ne laisser place qu'à Kidd, Kidd et toujours Kidd et ça lui foutait la haine. Il la sentait encore grimper des échelons jusqu'à ce qu'elle l'envahisse totalement. La rage débordait par tous les pores de sa peau, lui faisant tourner la tête, lui donnant envie de hurler ou bien de tout détruire sur son passage. Un bruit brusque fit revenir la lumière à ses rétines. Dans son brouillard, un livre avait volé à travers la pièce jusqu'au mur d'en face. À partir de là, le reste s'enchaina. La bibliothèque fut renversée, ses précieux livres balancés, ses quelques bibelots s'éclatèrent en mille morceaux sur la moquette en un bruit sourd. En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, sa chambre fut complètement saccagée de sa propre main. Pourtant, ça ne lui offrit qu'une libération minime comparée à tout ce qu'il bouillait encore en lui.
Eustass Kidd, Eustass Kidd, pourquoi lui? Cela en était presque risible. Les choses semblaient claires pourtant. La seule chose que le jeune homme ressentait envers Eustass, c'était de l'admiration. Kidd était un soleil alors qu'Akane se complaisait dans l'ombre. Quoi de plus naturel que d'être attiré par la lumière que le roux dégageait? De là à en tomber malade, c'était tout simplement ridicule. À nouveau, alors que le jeune homme persistait à vouloir se convaincre lui-même, son esprit le ramena à l'ordre. Cette fois-ci, ce fut Elizabeth qui fit une apparition, ainsi que ses quelques paroles de la veille. Si même sa meilleure amie se convainquait de telles inepties et tentait de le persuader d'aller draguer Eustass. Où allait le monde? Elle se fourvoyait, son corps de fourvoyait. Désormais, seul son esprit paraissait capable de voir clair. Ce n'était rien de plus que de l'admiration, bientôt Akane se réveillerait de cet immonde cauchemar et cette situation insensée prendra fin. Aussitôt, un nouvel objet quelconque alla s'écraser sur le mur en face puis un coup brusque fut porté au bois de sa porte.
– Akane? Retentit la voix grave et douce de Naoya de l'autre côté. Qu'est-ce que ce vacarme ?
Merveilleux, en plus de tout, il fallait que celui-là s'en mêle. Monsieur parfait dans toute sa splendeur. Sa Sainteté Hisui Naoya, moralisateur par excellence, qui ne pouvait s'empêcher d'étaler sa perfection à la face du monde. Le jeune homme était persuadé que son ainé allait lui tenir la grappe pendant il ne savait combien de temps en l'assommant avec toute une série de morales dont le rouge se fichait.
- Akane, ouvre cette porte! ordonna brusquement son frère, la douceur qu'il s'obstinait à garder dans son ton, lui enlevant toute crédibilité.
– Comme si j'allais t'obéir... Répliqua effrontément le plus jeune. Utopiste!
– Akane... Réitéra plus calmement Naoya, puisque la méthode forte ne semblait pas fonctionner. S'il te plait, ouvre-moi.
Le jeune homme ignora une nouvelle fois la demande bien que, cette fois-ci, il ne fit pas l'effort de répondre à son ainé. Il se contenta de le laisser baragouiner de l'autre côté du morceau de bois. Il sentait un quelque chose de désagréable lui remonter le long de la poitrine jusqu'à aller se loger dans sa gorge. Cela grimpait, grimpait et était prêt à exploser brutalement. Le rouge savait que cela n'avait rien à voir, comme précédemment, avec de la colère. Du moins, cela n'en était pas totalement. Et tandis, qu'Akane tentait désespérément de faire refluer cette espèce de poids, il ne revenait qu'avec plus de force. Rendant, au passage, sa respiration difficile aussi bien que le faisait Hanahaki... Quel merdier! Puis, faisant encore sciemment fit de son grand frère, le rouge lança le premier objet à portée. Comme cela, sans raison apparente juste, un peu perfidement, en sorte que cela se fasse bien entendre de l'autre côté de la porte. S'en suivit un long silence pesant. Naoya devait être sous le choc d'un geste si brusque et Akane en ignorait la raison. Tout ce qu'il désirait était de faire disparaître ce pincement dans sa poitrine et le poids au creux de sa gorge puis son corps avait bougé, seul. Comme si, pendant un instant, le jeune homme avait espéré que sa douleur parvienne au-delà du mur qui le séparait de son frère. N'importe quoi! Qui avait besoin de l'aide de quelqu'un comme Naoya ?
– Ce n'est pas parce que tu es en colère que tu dois t'en prendre au mobilier! L'invectiva avec force son ainé.
À nouveau, un quelque chose vint lui pincer avec violence sa poitrine. Le rouge grimaça, porta une main à son cœur pour tenter d'endiguer la douleur, mais elle ne reflua pas. La douleur remonta une nouvelle fois le long de son cœur et alla s'agglutiner au poids dans sa gorge. Ce fut la goutte d'eau et Akane explosa, encore.
– C'est tout ce qui te préoccupe ? Hurla le jeune homme, yeux fermés, main crispées sur sa poitrine. Les foutus meubles ? Arrête de me faire chier pour si peu, ça se remplace.
– Ce n'est pas une raison pour mettre un bazar pareil.
– Qu'est-ce qu'on en a à foutre putain ? Le mobilier n'a pas d'âme! Ce n'est pas grave s'il casse, il peut être remplacé. Pas comme moi...
La dernière phrase avait été murmurée si bas, que le rouge était certain que son ainé n'avait pu l'entendre. C'était pour le mieux. Un coup sec sur la porte le fit revenir à lui puis suivit la voix pressée de son frère lui ordonnant une énième fois d'ouvrir.
– Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais... poursuivit Naoya avant d'être brusquement interrompu.
– Le problème, c'est que tu ne sais jamais rien! Mais bien sûr, Sa Sainteté ne peut s'empêcher de se faire mousser en faisant semblant d'être intéressé par le pauvre petit être pitoyable que je suis.
Silence. Le rouge perçut rapidement un coup bref, mais bruyant sur le poids, mais rien de plus, et ce, pendant un petit moment. Et, alors que le poids s'amenuisait, Akane prit enfin conscience de l'état dans lequel il se trouvait. Chacun de ses membres était tremblant, ses joues étaient inondées de larmes et son cœur lui semblait être une plaie béante. Tout ceci sonnait comme un appel à l'aide, mais Akane avait l'impression qu'il n'y aurait personne pour y répondre de l'autre côté... Il n'y a jamais eu personne.
– Akane... Se fit de nouveau entendre la voix douce de Naoya. Je sais que tu souffres depuis le décès de maman, mais...
– Je ne veux pas entendre parler d'elle! S'égosilla le jeune homme. Je ne souffre pas! Elle ne mérite pas que je souffre de sa mort. Elle nous a abandonné, comme tous les autres et tu ne vaux pas mieux. Alors, je ne veux pas t'entendre me faire une morale à la con!
Un bruit de verre brisé se fit immédiatement entendre à la fin de ses cris, vite suivi d'un piaillement de surprise de la part de son frère. Une fois de plus, sans s'en rendre compte, un objet avait volé à travers la pièce pour aller s'écraser contre la porte. Akane ferma les yeux, respira une ou deux fois et fit enfin face au carnage qu'il avait lui-même commis. Sa chambre était devenue un véritable désordre et son tapis était enseveli d'objet brisé ou renversé. Mais ce qui le choqua le plus fut le dernier objet qu'il avait jeté. Un cadre photo, l'unique image qui lui restait de sa mère. Le rouge ne pouvait s'empêcher d'être frappé par l'ironie de ce geste. La seconde chose qui le frappa fut le nouveau silence qui prit place dans la pièce. Naoya était toujours présent de l'autre côté du mur, mais apparemment, lui-même ne savait à présent, que faire ou que lui dire. Quel cas désespéré était Akane. À un moment donné, après de longues minutes de silence, le jeune homme alla se jeter en un bruit sourd dans son lit. Il enfonça sa tête dans son oreiller, se servant de ce dernier pour étouffer le moindre cri ou sanglot qui risquait de franchir la barrière de ses lèvres.
– Akane... Je ne sais que faire... Débuta lentement son ainé après de longues minutes silencieuses. À vrai dire, ça va faire un moment que je ne sais plus quoi faire avec toi... pour t'aider...
Pitié... qu'il se la ferme! Akane serra fortement son coussin entre ses bras fluets, le corps pris de soubresaut alors, qu'à nouveau, les larmes coulèrent. Mordant fermement dans le morceau moelleux d'étoffe, il s'en servit pour étouffer ses geignements pathétiques. Pas besoin de donner des armes en plus à Naoya pour lui balancer sa pitié au visage.
– Je ne sais pas ce qu'il te fait penser que je ne me soucie pas de toi. Poursuivit son ainé plus bas, mais, à son grand regret, le rouge entendit le moindre de ses mots. Tu es mon petit frère et... je t'aime. Tu vas mal et j'aimerais pouvoir te venir en aide, mais, pour ça, il faut que tu me laisses faire.
Mensonges! Qu'il la ferme! Bientôt, son oreiller fut inondé de ses sanglots silencieux et le rouge dut se séparer de ce dernier tant ses pleurs prenaient d'ampleur et qu'il commençait à étouffer. Ses sanglots déchirants se firent brusquement entendre à tous les habitants de la maisonnée. Un brusque coup dans le bois lui apprit que Naoya les percevait aussi, mais le jeune homme ne s'en soucia que peu.
– FERME — LA! hurla en réponse le rouge. Ferme-la, putain! Casse-toi et fiche-moi la paix !
De nouveau, le silence se fit pendant un instant, suivi d'un profond soupir de l'autre côté de la porte. La voix étouffée de son ainé lui parvint une dernière fois avant que ce dernier ne tourne les talons et s'en aille. Enfin.
– D'accord, je vais te laisser tranquille. J'aimerais juste que tu saches que tu n'as pas à traverser ça seul. J'ignore ce qu'il se passe dans ta vie, mais si tu as besoin, je serai là pour t'épauler. Je serai là pour toi, qu'importes l'image que tu as de moi.
Naoya ne s'en souciait pas, il ne pouvait pas. Ce n'était que de l'hypocrisie... Personne ne le devait. Quelqu'un d'aussi parfait que son ainé n'avait pas à se préoccuper de quelqu'un comme Akane. «Tout comme Eustass Kidd ne porterait un seul regard à un raté tel que toi». Lui rappela assez perfidement son esprit, incapable de laisser l'autre rouquin en paix. Akane n'était que le mec bizarre de l'école, celui qui possédait des notes plus que correctes et qui passait son existence à dessiner ou à la bibliothèque. L'ombre, le gars que personne ne regardait jamais. Le rouge ne possédait rien d'attirant non plus. Petit, maigre chétif avec une tignasse légèrement ondulée et écarlate. Ainsi qu'une peau aussi pâle que celle d'un cadavre et des yeux rentrés dans leurs orbites d'un ton jade fadasse. Cela, sans mentionner ses vêtements informes et trop grands qu'il s'obstinait à porter et qui faisaient apparaitre le jeune homme plus nain qu'il ne l'était déjà.
Le rouge aimerait tant pouvoir croire aux mots de son ainé, que quelqu'un perçoive son appel de l'autre côté du bout de bois. Ce n'était rien de plus qu'une utopie. Akane était tout simplement incapable de se reposer sur ces quelques paroles en l'air. Cela lui semblait improbable que Naoya veuille lui tendre volontairement la main sans que ce ne soit de la pitié. Quand avait-il développé une haine aussi féroce envers son ainé ? Le jeune homme avait du mal à trouver le moindre souvenir où il ne ressentait pas cette rage brulante envers lui.
Akane se rappelait vaguement avoir un jour admiré son ainé. À une époque où tout était plus simple et où le sourire de sa mère demeurait le soleil de sa vie. Puis, le rouge avait cessé d'être un petit idiot naïf et la vérité était venue le heurter telle une brutale gifle. Naoya, à l'instar d'Eustass Kidd, était un astre lumineux bien haut dans les cieux, le narguant de sa place privilégiée. Akane ne pouvait que le maudire de son petit recoin de ténèbres. Après tout, combien de fois avait-il entendu cette maudite phrase ? «Il lui ressemble tant, pourquoi est-il si incapable ?» Le rouge avait dû se faire à la triste idée que jamais il ne serait à la hauteur de son frère et qu'il était bien plus aisé de le jalouser et le haïr que de s'obstiner à l'admirer tout en ayant parfaitement conscience qu'il était hors d'atteinte.
À un moment donné, entre deux séances bruyantes de pleurs et d'auto apitoiement, la fatigue pris le dessus sur le reste. Akane s'effondra littéralement de sommeil. Il n'avait bougé d'un iota, allongé en position fœtale dans son lit, élançant avec fore son oreiller, son unique confort.
Deux prunelles papillonnèrent, bien des heures plus tard puis s'ouvrirent brutalement sur deux orbes jades. Le rouge se releva lentement sur ses draps, porta une main un tantinet tremblante à son front moite et soupira. Sa tête l'élançait légèrement, mais il ne s'en soucia guère : c'était chose commune chez lui après une crise comme celle qu'il avait faite la veille. Il tourna avec douceur la tête vers la gauche puis vers la droite pour constater, à travers la fenêtre qu'il faisait nuit noire et que son réveil affichait trois heures du matin. Génial. Nous étions dimanche et les seules choses que le rouge avait faites depuis vendredi étaient de hurler, dormir et chialer comme un gosse.
Akane grogna, ses doigts pâles venant enserrer la literie en un geste rageur. Ça ne pouvait pas durer. Le jeune homme repoussa avec violence ses draps, se leva d'un bond et se rua vers la porte. Ce n'était pas lui ça. Le jeune comme l'admettait, il avait tendance morfondre et se lamenter, mais pas à ce point-là et encore moins à éclater d'une rage aussi féroce. Le rouge gardait tout pour lui, intériorisait et trouvait un autre moyen de laisser sortir sa frustration tout en gardant sa foutue dignité. De toute manière, montrer une seule once de faiblesse, c'était risquer de se faire lyncher par au moins deux de ses frères.
Akane allait ouvrir la porte d'un geste brusque quand une réalité vint le frapper. S'il sortait de cette pièce, le jeune homme risquait de croiser l'un des membres de sa famille, même à trois heures du matin. Le connaissant, Naoya devait certainement, veiller, attendant que le rouge sorte de sa tanière pour l'épingler et le forcer à cracher le morceau. Et dire que son ainé n'habitait plus avec eux depuis longtemps. Si ce n'était ça, l'un de trois autres devait peut-être faire nuit blanche. Yuuto sortait souvent en Week-end quand il ne regardait pas l'une de ses séries débiles jusqu'au petit matin. Akane ne savait jamais ce que trafiquait le plus jeune, Kaoru. Quant au jumeau de Yuu, Kuu... le rouge eut un frisson de dégout rien qu'à la mention de ce nom dans sa tête. Ce crétin était suffisamment tordu pour errer telle une âme en peine dans tous les couloirs de la maison. En temps normal, le jeune homme leur aurait fait face avec effronterie et panache, mais, au vu des derniers évènements, il ne se trouvait pas le courage de se prendre la tête avec eux. Hors de question que le jeune homme ne sorte de cette pièce dans ces conditions.
Il regagna tout aussi vite son lit. Le rouge se jeta dedans, pris son oreiller et étouffa un cri de rage avec, battant violemment d'endiguer la frustration qu'il ressentait. Une fois, pas entièrement, mais un peu plus calme, il relâcha son coussin et se tourna sur le dos. Le rouge resta ainsi au moins une heure, jouant avec es mèches en guise de seul calmant. À plusieurs reprises, son estomac se rappela avec violence à lui, mais le jeune homme ne trouva pas force de s'en soucier. Encore et encore, son esprit ressassait les mêmes questions en boucles. Sans toutefois y trouvait réponse satisfaisante. La principale demeurait : «Que puis-je faire ?". Mais même en se questionnant ainsi, sa décision était déjà prise, depuis longtemps. Akane se fera opérer et ce cauchemar incompréhensible prendra fin. D'une aisance effarante. Il admettait que sa connaissance de la maladie ne se limitait qu'à sa mère cependant, il ne fallait pas être idiot pour réaliser que c'était la seule option possible. Pas besoin de tergiverser plus loin.
Le rouge ne sut déterminer si le lundi arriva avec une vitesse incroyable ou une lenteur insupportable. Ce week-end avait été un véritable enfer qui se faisait désormais entier, avec brutalité, dans le moindre centimètre de son corps. Akane paraissait plus pitoyable qu'à l'accoutumée. Ses yeux avaient gonflé et rougis à force de sanglot. Ses cheveux écarlates, ses prunelles jade en avaient perdu tous leurs éclats et semblaient ternes à vue d'œil. «J'ai l'air malade» se dit-il en passant devant une fenêtre de son école... a peau lui apparaissait véritablement translucide. Malade... c'était bien le terme. Que le jeune homme l'accepte ou non.
- Quel merdier ! cracha Akane dans sa barbe inexistante.
Il se porta d'un pas mou vers son casier. À peine était-il arrivé qu'il se fît alpaguer par une furie blonde. Elizabeth se tenait de toute sa splendeur à ses côtés, le brûlant de ses saphirs. Ces derniers ne le lâchaient pas, l'observant avec minutie, assez suspicieusement. Le rouge fit ce qu'il put pour éviter ce regard, il savait que ses prunelles le trahiraient, surtout face à sa meilleure amie. Le problème lorsque vous fréquentiez quelqu'un depuis aussi longtemps était que vous le connaissiez tous deux sur le bout des doigts. À un point tel que le jeune homme savait où allait mener cette entrevue avec la blonde ou plutôt ce qu'elle allait mettre sur le tapis.
– Tu n'oublies pas que tu m'as fait une promesse, n'est-ce pas Akane ? Souleva d'une manière agaçante son amie.
– Je ne vois pas ce que ça a à voir maintenant.
- Tu te fous de moi ? s'énerva la jeune femme, frappant avec violence sur le métal de son casier.
La totalité du couloir se tourna vers eux, mais le rouge pris sur lui pour les ignorer. Avec le plus grand calme, le jeune homme rassembla ses affaires et ferma doucement son casier. Ensuite, il se tourna assez brusquement vers la blonde, la défiant du regard. Dès que leurs prunelles se croisèrent, que Liz eu tout loisir de constater son visage, il la vue pâlir aussitôt. Akane ne savait quelle conclusion elle avait pu tirer en le voyant ainsi. Tout ce dont il avait conscience était qu'à présent, elle n'allait plus lui ficher la paix.
– Je te l'ai déjà dit : avec l'hiver qui arrive, j'ai attrapé froid. Éluda rapidement le jeune homme en s'éloignant de son casier.
- Menteur ! répliqua sèchement la blonde. Naoya m'a appelé ce week-end, me demandant si j'avais remarqué quoi que ce soit d'étrange chez toi dernièrement. Il a aussi dit que tu n'étais pas sorti de ta chambre ni mangé, que tu avais fait une crise de colère et tout démoli. Ne me prends pas pour une idiote avec cette histoire d'avoir attrapé froid.
Akane stoppa tout mouvement, en plein milieu du couloir, à deux pas de son amie. Il resta ainsi stoïque pendant une ou deux minutes, entendant vaguement Liz fulminer dans son dos. Le rouge pourrait juste ouvrir la bouche et tout lui avouer. La blonde était débrouillarde, elle pourrait aisément lui venir en aide dans sa démarche d'opération. D'un autre côté, le jeune homme savait pertinemment qu'elle allait s'empresser de tout rapporter à Naoya. Et Dieu seul sait que le rouge ne voulait pas devoir gérer son frère avant que cet enfer ne se termine. Il y avait aussi plus de chance que Liz tente de le jeter dans les bras de Kidd que d'abonder dans son sens. Akane savait bien qu'il avait fait une promesse à la jeune femme, mais d'ici peu, cette histoire sera derrière lui. Pas besoin de l'inquiéter plus qu'elle ne l'était déjà pour quelque chose qui n'aurait bientôt plus lieu d'être.
Akane soupira et se retourna vers son amie, la toisant. Liz restait fidèle à elle-même. Belle blonde aux boucles toujours parfaitement arrangée, élégamment habillée même en Uniforme et bien maquillée. Cette fille était tout le temps tellement propre sur elle-même. Il adorait Elizabeth, mais son choix était fait, quand bien même son silence venait à la blesser pendant un temps.
– Rien qui te regarde, Liz. Répliqua-t-il froidement.
La jeune femme le foudroya avec virulence de ses saphirs. Ils se jaugèrent pendant un long moment de leurs prunelles avant que le rouge ne détourne les talons sans un mot sous les cris outrés de sa meilleure amie. Un attroupement s'était peu à peu formé autour d'eux, à force de cris. Akane les ignora et tenta vainement de se frayer un passage. Derrière lui, Elizabeth poursuivait ses vociférations, lui ordonnant de revenir vers elle.
Le rouge tourna une ultime fois la tête vers la blonde, constatant de loin son air échevelé et ses joues rouges de fureurs. Il était rare de voir la blonde perdre autant son sang-froid. Cette vision réchauffait autant son cœur que cela le rendait triste. Leurs prunelles se rencontrèrent à nouveau et le jeune homme tenta de lui offrir un regard qu'il espérait désolé. Le rouge tentait surtout, par le biais de celui-ci le fait qu'il ne voulait pas se montrer aussi dur avec sa meilleure amie, sa seule amie. Peut-être cela l'arrangeait-il un peu qu'elle ne sache rien de la situation, mais devant tout, Akane ne voulait pas l'inquiéter pour rien. La jeune femme sembla capter toute l'intensité de son regard et le lui rendit avec un rien de tristesse et de résignation, ses beaux saphirs s'empilant de sanglots silencieux. Cette seule vision lui retourna l'estomac, la culpabilité ébranlant tout son corps. Néanmoins, dans le bleu de ce regard, Akane y perçut un petit rien qui le rassura. Du dépit, tout simplement. Malgré la colère, la blonde lui faisait comprendre qu'elle ne s'attendait à rien d'autre de sa part, qu'il était tellement fier et buté que le rouge n'avouait jamais rien de son plein gré, mais qu'elle restait présente pour lui. Elizabeth ne demeurait pas sa meilleure amie, sa presque sœur pour rien.
Avec douceur, à la suite de cet échange interminable qui n'avait pourtant duré qu'une poignée de secondes; le rouge se détourna définitivement pour poursuivre son chemin. Cependant, il n'avait pas remarqué, lors de sa discussion muette, que la foule s'était resserrée autour d'eux, s'attendant probablement à une dispute en bonne et due forme. Le jeune homme heurta quelqu'un et tomba les fesses les premières sur le carrelage. Il grimaça de douleur, releva aussitôt la tête pour hurler sur l'abruti qui s'était tenu là, mais se figea immédiatement. Deux billes de cuivre, sublimes, étincelantes, le brûlant de leur douce fusion. Seigneur, Akane niait la réalité et pourtant, il ne suffisait que de ça. Eustass n'avait, pour le moment, pas fait le moindre mouvement ni ouvert la bouche et le rouge était déjà dans tous ses états. À peine ces prunelles s'étaient déposées sur sa personne que son corps entier s'embrasait. Le moindre de ses membres semblait pris de tremblements incontrôlables, son cœur battant furieusement dans sa cage thoracique à un point tel que cela en devenait douloureux. Un curieux fourmillement vint inonder me creux de son ventre et l'euphorie réchauffer son âme. Cela en devenait fou. Tout, chacune des sensations agitant son maigre corps, chacune de ses émotions... tout était si intense. Trop... à un point tel qu'Akane se sentait incapable de tout contenir en lui. À un moment, inéluctablement, cela finirait par déborder. L'image d'une montagne de roses rouge sanguinolent s'imposa à son esprit. Ce fut un coup de plus envoyé à son estomac alors que le rouge se sentait d'un coup nauséeux, de la bile lui remontant dans la bouche ainsi qu'un chatouillement désagréable au fond de sa gorge. Une sensation qu'à force, le rouge commençait à reconnaître, la cause première de ses tourments actuels. Une trainée humide et brulante vint inonder ses joues. Quand bien même tout ceci lui paraissait incompréhensible et le dépassait totalement, ces sensations, se sentir aussi vivant pour la première fois depuis très longtemps, que ce soit dû à la présence d'Eustass en face de lui, le rendait plus tangible que jamais, Hanahaki.
