(Spin-Off ''Dans l'Ombre de la Souveraine'')

Ce récit se place entre le moment ou Syndra accepte de travailler avec Auguste Lapierre et la naissance de son premier enfant.

Enjoy ! :D


Le démon de la bibliothèque

Voilà environ un petit mois que Syndra évolue au milieu des étagères qui constitue la modeste bibliothèque de la petite île sur laquelle elle a trouvé domicile. Avec deux piles de livres la suivant en lévitant elle se prépare à finir sa journée qui a été plus que tranquille.

La population insulaire est très réduite et ce faisant il n'y a pas souvent du monde pour prendre des livres. Ce qui ne dérange pas la puissante magicienne qui apprécie ce calme et surtout il n'y a pas de place pour l'ennui car malgré qu'il n'y ait pas foule il y a beaucoup d'entretien à faire.

C'est une bibliothèque assez petite au niveau taille mais les rayons étant très grand et très proche les uns des autres il y a au final un très grand nombre d'ouvrage. Il faut ranger tous ces livres qui ne sont plus à leur place mais surtout faire beaucoup de ménage et de restauration. Actuellement avec une cadence bien supérieure à celle d'un être humain normale la Souveraine n'a fait qu'environ sept à huit pour cent du total.

Alors que les piles qu'elle amène se rangent toute seule sur les rayonnages elle se demande encore comment on peut laisser des archives finir en un capharnaüm pareil. D'après le responsable du bâtiment cela vient du fait qu'il est bénévole et que la plupart du temps il s'occupe de sa boutique d'antiquités.

L'autre problème étant que seule la section utilisée par l'école primaire de l'île est à jour. Le reste est un désordre sans nom dû au passage des différents ''propriétaires'' durant le dernier siècle qui n'étaient pas vraiment intéressés par l'entretien global. Ce qui a passablement énervée la mage quand on lui a dit. Elle a d'ailleurs catégoriquement refusé de ''nettoyer les immondices d'autres personnes'' dans un premier temps.

Puis quand on lui a dit qu'elle serait libre d'utiliser ses pouvoirs tant qu'il n'y a personne et que si des ouvrages l'intéressait elle serait libre de les prendre et de les garder elle a changé d'avis. La voici donc avec le plus grand sérieux s'atteler à cette tâche. Elle voit son ''patron'' apparaître au bout la rangée. Celui-ci ne s'étonne même plus de voir des livres voler.

« Je vous cherchais Syndra. » Dit Auguste Lapierre. « Il y a eu un changement dans l'agenda de cet après-midi. » L'informe-t-il. « Mme Guis va venir avec sa classe de CM1 pour faire une étude d'histoire. »

« Très bien. » Répond Syndra sur le ton de la conversation. « Je vais préparer ce qu'il faut. »

Quand quinze heures sonne à la vieille pendule de grand-mère une vingtaine d'enfants entrent dans la bibliothèque en discutant bruyamment. Leur professeure entre en dernière et leur demande de poser leurs affaires correctement dans l'entrée. Alors qu'ils sont prêts la magicienne décide de sortir de derrière son rayonnage.

Le silence s'installe presque instantanément. La plupart des enfants regardent la responsable d'un œil attentif comme s'ils regardaient leur mère arriver alors qu'ils savent qu'ils ont fait quelque chose de mal. Leur enseignante est toujours impressionnée de cette incroyable capacité à obtenir le calme. La jeune femme n'a pourtant jamais élevé la voix et bien que son expression soit au mieux neutre et au pire renfrognée elle n'a pas non plus eue recours à la menace d'une punition.

« Bonjour Mme Darmon. »Dit-elle poliment en donnant le nom de famille donné par commodité à Syndra

« Bonjour Professeure Guis. » Répond Syndra avec courtoisie.

« Je suis désolé de venir à l'improviste. » S'excuse la nouvelle venue. « Notre matériel informatique est tombé en panne. » ''Voilà pourquoi je préfère le papier'' pense fortement la Souveraine sans le montrer. « Pouvez-vous nous indiquer les rayons dans lesquels mes élèves pourront emprunter des livres concernant la France au milieu du Moyen-Âge ? »

La magicienne leur donna les références et rapidement les enfants allèrent touts seuls chercher ce dont ils ont besoin. Après une petite demi-heure passée par les deux adultes pour aiguiller les recherches dans les rayonnages la séance d'étude peut commencer, quoique la plupart des écoliers n'ont rien demandé à la bibliothécaire.

Alors qu'elle continue à ranger de son côté tout en restant assez proche de la petite assemblée la ionienne entendu un groupe qui chahute pas loin. Avançant avec l'intention de les réprimander elle tombe sur une scène qui la met en colère.

Trois garçon et une fille sont en train d'en martyriser une autre. Faisant claquer ses talons sur le dallage pour avertir de son arrivée elle alerte les fauteurs de troubles qui sont pris d'un peur presque panique et s'enfuient à toutes jambes en laissant la pauvre malheureuse sur le sol. Ayant d'abord envie de les poursuivre pour leur infliger une punition dont ils se souviendront toute leur vie Syndra finit par se raviser pour essayer de réconforter la victime qui reste accroupie sur le sol sans rien dire ni faire.

Avec le sourire le plus doux qu'elle puise montrer la Souveraine se baisse vers la fillette qui doit avoir neuf ans tout au plus. Elle lui tend la main pour l'aider à se relever. Au bout d'une longue hésitation l'élève finit par accepter l'aide qu'on lui propose tandis que la mage comprend pourquoi elle est effrayé hormis évidement le fait qu'elle vient de se faire agresser.

Les enfants sont capables de sentir de manière inconsciente, presque comme de l'instinct, l'immense puissance magique qu'elle dégage en permanence. D'après ce qu'elle a pu trouver dans les recherches de celui qui est venu ici avant elle il s'agit d'un phénomène naturel. La disposition physique innée nécessaire pour pratiquer la magie est étrangement présente chez touts les êtres humains bien qu'extrêmement atrophiée et se développe légèrement durant l'enfance. Culminant entre six et neuf ans cette particularité finit par disparaître entre vingt et vingt-cinq ans. D'après l'auteur de cette découverte cela vient du fait que ce monde a perdu ses Lignes Telluriques il y a bien longtemps suite à un cataclysme non précisé.

Pourtant lorsque la fillette se redresse Syndra comprend que ce n'est pas tellement son aura mais plutôt la propre apparence de la jeune fille qui la fait agir de façon aussi craintive. Elle est brune avec de beaux yeux verts et globalement très mignonne. Cependant la moitié gauche de son visage est presque complètement recouverte de ce qui ressemble à un cuir fin de couleur brun-marron... Elle a été gravement brûlée il y a longtemps...

Nullement dérangée par ce qu'elle voit, conséquence d'une vie passée à subir la discrimination, la magicienne ne réagit même pas quand elle voit les cicatrices qu'elle porte. La fillette de son côté cache son visage avec son bras pendant qu'elle remet ses longs cheveux en place pour dissimuler cette preuve de sa souffrance.

« Je.. Je vais tout ranger Mme la bibliothécaire. » Dit-elle, effrayée. « S'il vous plaît ne me punissez pas... » Supplie pratiquement la jeune élève.

« Syndra. » Répond chaleureusement la Souveraine en se baissant pour ramasser son bonnet. « C'est comme ça que je m'appelle. » Elle lui tend son couvre chef avec un geste doux. « Et toi comment t'appelles-tu ? »

« A... Amélie... » Fait timidement la fillette, un peu moins mal à l'aise.

« C'est un joli prénom. » Assure la magicienne. « Ça vient du germain ''amal'' qui signifie travailleuse ou courageuse. » Lui dit-elle en souriant chaleureusement. « Alors dis-moi, pourquoi une si jolie petite fille avec un aussi beau nom se laisse embêter ? »

Au lieu d'avoir une réponse comme elle l'avait prévue la jeune fille se met à pleurer et Syndra de son côté, à paniquer. Rependant rapidement aux paroles de William qui lui avait dit que lorsque l'on demande quelque chose de personnel aux gens il faut être prêt à céder quelque chose de même valeur à son tour. Avec un geste un peu brusque la Souveraine essuie les larmes de la fillette et s'excuse.

« Tout va bien. » Rassure la mage. « Je ne voulais pas te faire de peine. » Elle sourie de manière un peu forcée tandis que sa petite interlocutrice parvient à calmer ses sanglots. « Tu sais quoi ? Je pense que l'on peut devenir amies. »

Se laissant guider par les émotions qui circulent dans sa poitrine la puissante femme décide de prendre le problème dans un autre sens. Bien que le mot ''amies'' sonnent étrangement à ses oreilles après autant de temps à se méfier des gens qui l'entoure il y a cependant quelque chose qui l'invite à faire confiance à cette petite âme.

« Vraiment ? » Demande l'élève encore un peu sur la défensive.

« Bien sûr ! » Affirme Syndra sans se départir de son sourire. « Pour te le prouver je vais te confier un de mes secrets puis tu me diras l'un des tiens. Tu es d'accord ? » Amélie hoche la tête pour acquiescer et son interlocutrice sourie de plus belle.

Alors qu'il ne se passait rien depuis environ une seconde la jeune fille voit avec stupéfaction les livres tombés sur le sol se soulever comme portés par une main invisible, les pages cornées se remettre en place toutes seules et dans un mouvement fluide retrouvent leurs emplacements d'origines sur les rayonnages en se refermant. Complètement enchantée par ce à quoi elle vient d'assister la fillette n'arrive pas à cacher son admiration.

« Vous... Vous êtes une magicienne ? » Demande-t-elle, émerveillée, des étoiles dans les yeux.

« C'est exact. » Murmure Syndra. « Mais c'est un secret. » Dit-elle en posant un doigt sur ses lèvres.

Tenant sa promesse la fillette lui raconte à son tour son secret. Comment lors d'une nuit comme toutes les autres des gens qui faisaient la fête avait voulu lancer des feux d'artifices sans regarder la notice. Comment l'une de ces fusées était passé au travers de sa fenêtre et a explosé dans sa toute petite chambre alors qu'elle était bébé. Son lit ayant pris feu elle fut gravement brûlée au niveau du visage. Ses parents ayant réagit aussi vite qu'ils le pouvaient en entendant le verre se briser mais qu'il était déjà trop tard.

D'après les médecins elle avait beaucoup de chance de survivre et de ne pas perdre un œil mais que malheureusement absolument rien ne pourrait cacher cette marque indélébile. Ainsi durant un grande partie de son enfance ses camarades avaient peur d'elle et l'évitait. Pourtant parfois ils venaient se moquer d'elle et la bousculer en la traitant de ''lépreuse''.

Bien qu'ayant réussi à remonter le moral de la jeune fille Syndra resta intérieurement dépitée et pleine de ressentiment. Le soir venu il fallu beaucoup de persuasion à William pour l'empêcher d'aller rendre une visite discrète aux quatre qu'elle avait vu plus tôt dans la journée et leur faire une peur bleue au point qu'ils n'en sortent plus de chez eux pendant longtemps. Il réussit à la convaincre de trouver un autre moyen d'agir.

Durant le mois qui suivit Syndra et Amélie se virent un grand nombre de fois et de plus en plus la jeune élève laissait la partie brûlée de son visage à découvert. En présence de la magicienne qui la voyait pour ce qu'elle était la petite ne se sentait pas différente. Finalement au bout de cette période la puissante mage finit par persuader sa protégée de montrer aux autres cette différence et d'en faire sa force. Que la cacher ne ferait que la rendre plus faible et que si elle voulait être respectée par les autres il fallait les affronter. Pour appuyer son propos la Souveraine passa de longues heures à lui raconter sa jeunesse.

Encore un mois plus tard les parents de la fillette vinrent en personnes pour la remercier, la larme à l'œil, d'avoir aidé leur enfant à trouver le courage de reprendre une vie aussi normale que possible. Étrangement mal à l'aise, non pas par ce qu'ils connaissaient sa vraie nature, Amélie ayant gardé le secret comme promis, mais par ce que des inconnus venaient la voir pour la féliciter au lieu de l'insulter où de la traquer, elle rectifia simplement un point en particulier. Que leur fille était quelqu'un d'exceptionnel et pas juste ''normal''.

Une petite semaine encore plus tard ce fut au tour de la professeur de présenter ses remerciements lors d'une visite scolaire. Que la jeune fille avait même conquit le cœur de ses camarades car ceux-ci avaient violemment rabroué le groupe de quatre qui en faisait un souffre douleur. Repensant à ça Syndra scanne la pièce et ne trouve ni son amie ni les fameux bourreaux.

S'excusant auprès de l'enseignante la puissante femme s'enfonce entre les étagères. Au bout d'une trentaine de secondes elle trouve les cinq personnes manquantes. Amélie, le dos contre les rayonnages, au centre du demi-cercle formé par ses quatre tourmenteurs. Alors qu'elle allait s'interposer sans vraiment prendre de gants elle sentit une grande fierté lui emplir la poitrine en voyant son amie ne pas se laisser marcher sur les pieds.

« Laissez moi tranquille ! » Dit-elle sans la moindre appréhension. « Je ne suis pas votre jouet ! »

« Non mais écoutez moi ça, » Dit l'un des garçons. « La lépreuse nous donne des ordres. »

Prêt à en découdre si besoin Amélie voit soudain Syndra au bout de l'allée qui lui fait un clin d'œil avant de faire un geste. Un livre s'envole d'un coup de son rayon et heurte avec force la tête de celui qui la menaçait à l'instant. Complètement abasourdit il se masse le nez avec des larmes qui commencent à se former aux coins de ses yeux. Le groupe n'arrive pas à comprendre ce qu'il se passe. C'est alors que leur prétendue victime se met à rire de façon moqueuse en le narguant de faire le dur alors qu'il va pleurer comme un bébé pour un simple livre.

Ils vont se rebiffer contre elle quand ce n'est pas un ni deux bouquins qui s'envolent mais plusieurs rayonnages complets. Ils se font alors attaquer par ces livres qui se comportent comme un essaim de guêpes enragées. Ils hurlent de peur au milieu du bruit incessant du papier qui frappe le papier et pourtant au milieu de ce spectacle inhabituel se trouve une petite fille qui rigole à pleins poumons.

Ça ne dure qu'une dizaine de secondes et tout s'arrête. Syndra fait alors signe à son amie de venir près d'elle. Moins d'une minute plus tard la professeure arrive sur les lieux avec pratiquement toute la classe qui l'a suivit. Ils trouvent les quatre fauteurs de troubles debout au milieu d'un pile de livres sens dessus-dessous. La Souveraine s'étant arrangé pour juste les effrayer ils apparaissent comme les parfaits coupables.

« Qu'est-ce que c'est que ce foutoir !? » S'exclame l'enseignante, outrée de voir un tel saccage. « C'est vous qui avez fait ça ? » Demande-t-elle pour leur laisser une chance de s'expliquer.

« Ce n'est pas nous ! » S'écrie la seule fille du groupe. « C'est Amélie qui a fait ça ! » dit-elle en la pointant du doigt.

« Je peux vous assurer que Amélie n'a rien fait. » Répond simplement la bibliothécaire sans détourner le regard.

« Mais si c'est elle qui a fait ça ! » Affirme de nouveau l'un des garçons. « Elle a fait voler les livres pour qu'ils nous frappent ! »

« Elle a fait quoi... ? » L'interroge l'institutrice qui commence à s'échauffer.

« C'est la vérité maîtresse ! » Tente vainement de se défendre un autre membre du groupe. « C'est elle qui... »

« Assez ! » Hurle l'enseignante, excédée. « Non seulement vous abîmez ce qui ne vous appartient pas mais en plus vous accusez avec un mensonge grossier votre camarade ! » Dit-elle en leur faisant la morale. « Croyez moi vous allez être puni et vos parents seront mit au courant de cette histoire ! »

Les deux amies passe le reste de la séance à s'envoyer de petits signes victorieux et amusés de voir enfin ces quatre là subir le châtiment qu'ils méritent. A partir de ce jour Amélie ne fut plus jamais maltraitée à l'école, ni ailleurs et l'amitié entre les deux ne fit que se renforcer. Chacune apprenant de l'autre telles deux sœurs.

Pour son anniversaire un peu plus tard dans l'année Syndra offrit à la jeune fille un pendentif en argent formé de trois perles d'améthyste d'un violet profond gravitant autour d'une jeune femme aux longs cheveux. Amélie en retour lui offrit une broche formée de deux femmes : l'une en or fin, comme bénie par le soleil, en tenant une plus petite, faite en partie d'obsidienne au niveau du visage.

Les deux étaient devenues inséparables...


Alors qu'elle va se coucher la Souveraine est perdu dans ses pensées en regardant la fameuse broche posée avec une délicatesse et un grand respect sur un petit rayon qui lui dédié dans son armoire personnelle. Passant un doigt distrait sur les contours de la plus petite figure des deux elle sourie de manière mélancolique en pensant à cette petite fille qui a quitté l'île à la fin de de l'année scolaire pour suivre ses parents.

« Je ne t'ai pas oublié Amélie... » Murmure la puissante magicienne.

« Tout va bien ? » Demande William qui se demande pourquoi elle met autant de temps à se déshabiller.

« Oui, » Répond-t-elle avec un sourire devenu radieux. « tout va bien. »

Sur ces mots elle referme la porte et va retrouver son époux qui l'attend. Elle ne sait pas pourquoi mais elle est sûre et certaine que la fillette est heureuse et bien portante.


Très loin de là dans un autre monde une collégienne qui fête son admission au lycée sent une douce chaleur se répandre dans sa poitrine. Sortant l'une des choses les plus précieuses à ses yeux elle sent le médaillon se réchauffer progressivement le temps d'un seconde tandis que les trois gemmes pulses doucement comme s'il s'agissait d'un cœur.

Sans s'expliquer pourquoi elle tourne la tête vers les étoiles et murmure de manière quasi-imperceptible...

« Merci Syndra... » Dit-elle en souriant, l'air comblée. « Moi non plus je ne t'ai pas oublié... »


Et Fin !

Ne quittez pas il y a un autre récit qui arrive juste après ! :D