28/VI/15


Voici le chapitre 2 !

Je remercie mes revieweurs pour leurs sympathiques encouragements.

Je ne vais pas trop m'étendre aujourd'hui : je vous laisse à votre lecture. On se retrouve en bas !


L'AMI IMAGINAIRE


2

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Un bouquet de fleurs déposé sur le guéridon du salon lui mit la puce à l'oreille. Il se fit la réflexion que l'air semblait plus dégagé, plus parfumé. Il y avait une espèce d'apaisement qui régnait sur le Square et Harry savait qu'elle n'était due qu'à une seule personne.

Brièvement, il se demanda comment aurait été sa vie si Ginny l'avait finalement épousé. Aurait-elle tenu la maison ? Y aurait-il eu des fleurs et de l'air frais et de la bonne humeur, comme quand Hermione était là ?

Il savait que non. Il savait que Ginny était indépendante et volage, qu'elle aurait été dehors à chaque instant de la journée, qu'elle aurait retardé la venue d'enfants parce qu'elle voulait profiter de sa jeunesse.

Hermione était la plus douce, elle était celle que Harry aurait préféré aimer dans d'autres circonstances.

Elle apparut en haut de l'escalier, resplendissante, comme à son habitude. Elle lui sourit. « J'arrive Harry ! Va dans le salon, il y a des macarons pour toi ! »

Hermione était à la fois son amie, sa sœur, sa mère et son amante. Elle représentait la figure féminine, un idéal que Harry ne pourrait jamais espérer toucher.

Lors de la guerre, il avait d'avantage tremblé pour elle que pour tous les autres réunis. Ron était un combattant, un héros qui s'ignorait et Harry savait qu'il s'en sortirait indemne. Mais Hermione, avec ses sourires lumineux, ses beaux yeux et ses bouclettes broussailleuses, elle avait parfois l'air d'une si minuscule petite fille, comme une fée qu'on écraserait par accident. Et Harry tremblait pour elle, pour son apparence si farouche et si orgueilleuse alors qu'un rien l'aurait renversée.

Les macarons étaient disposés sur une petite assiette délicatement ouvragée. Harry pensa à la vaisselle détruite dans la cuisine. Son héritage Black. Cette idée le fit pouffer et c'est ainsi que Hermione le trouva en entrant dans le salon.

Elle déposa un baiser éthéré sur sa tempe et serra brièvement sa main. Elle s'assit face à lui et entreprit de meubler le silence. Comme d'habitude, elle donna des nouvelles de tout le monde, amis et famille, et inconnus.

« Il s'est passé quoi dans la cuisine ? » finit-elle par interroger tout en avalant un délicieux macaron à la framboise. Harry n'était pas très fan de ces pâtisseries françaises mais il ne l'avait jamais avoué à sa meilleure amie.

« Rien. Je chassais un rat. Un très gros rat. »

Elle hocha la tête, les yeux soudain plissés. « Tu sais Harry » reprit-elle d'une voix lente. « Je t'ai appris le sortilège d'apparence. Je sais très bien que tu te l'es appliqué. »

Il porta instinctivement la main à son visage sur lequel il avait dissimulé les marques de coups portés par Malefoy.

Hermione soupira. « J'ai tout rangé en bas. Fais attention, la prochaine fois. » Il acquiesça. Elle s'inquiétait pour lui, c'était visible, presque risible. Il l'aimait son Hermione, il l'aimait affreusement fort.

Elle se releva. Il nota distraitement que ses visites étaient de plus en plus courtes. Parfois, il en était satisfait – cette godiche allait enfin lui foutre la paix – mais d'autres fois, comme aujourd'hui, il s'affolait et il avait envie de la serrer contre lui, de l'enlever loin d'ici et de la cacher comme on cache son trésor le plus précieux.

« Hermione » rappela-t-il alors qu'elle commençait à débarrasser les reliefs de leur goûter. Elle leva un regard attentif sur lui. « Tu crois que j'ai un côté sombre, violent, maléfique ? » lança-t-il dans un souffle.

Hermione fronça les sourcils et se redressa tout à fait. « Qui t'a dit ça ? »

« Personne. C'était une réflexion que je me faisais. Tu crois que je cachais la partie malhonnête de moi-même ? »

Son amie se rassit lentement, le front plissé par la réflexion. « Je crois Harry » commença-t-elle d'une voix lente « que ta connexion avec Voldemort te faisait ressentir des choses… mauvaises. » Ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Il la laissa pourtant continuer. « Tu n'es pas plus sombre que n'importe quel autre garçon, Harry. Tu as vécu des choses – ton esprit a été torturé, manipulé, violé par Voldemort. C'est normal que tu penses être maléfique, mais crois moi, ce n'est pas le cas. Tu me crois n'est-ce pas ? »

Il hocha la tête pour lui faire plaisir. Elle parut immensément soulagé et se fendit même d'un sourire. « Mais » reprit-il, têtu « et si ce n'était pas Voldemort le responsable ? Si… quelqu'un d'autre faisait ressurgir ce côté ? »

« Comme qui ? »

« Comme… » Il haussa les épaules. « Je ne sais pas. Quelqu'un d'autre. »

« Comme qui, Harry ? » répéta Hermione, un ton plus dur. Il la dévisagea.

« Comme Malefoy » lâcha-t-il. « Tu ne crois pas que Malefoy était mon moi démoniaque ? »

Hermione ne le quittait pas des yeux. Il imaginait presque les rouages de son cerveau se mettre en marche à toute vitesse et fumer sous l'effort. Il eut envie de lui dire, ne t'inquiète pas pour moi, Hermione mais il n'y parvint pas.

« Je ne comprends pas » avoua-t-elle après un silence.

« Et si… Malefoy et moi avions été les deux côtés d'une même pièce ? » C'était ridicule, cette conversation était ridicule.

« Harry… » murmura Hermione, visiblement angoissée. « Harry, dis moi que tu ne crois plus que Malefoy est vivant…. Parce qu'il est mort, tu as vu son corps, pas vrai ? »

Harry se rappela de sa dernière discussion avec Malefoy - ne te voile pas la face. Je suis ton ami imaginaire. Il reporta son regard sur Hermione, son Hermione, son Hermione qu'il aimait plus fort que tout. Il avait envie qu'elle foute le camp tout à coup.

Mais si elle partait, Malefoy reviendrait. Il se releva, subitement agité, et marcha sur quelques mètres, nerveux.

« Harry ? » appela Hermione, lourdement. « Harry, Malefoy est mort. Pourquoi est-ce que tu parles tout le temps de lui ? »

« Je sais qu'il est mort » dit Harry en lui souriant – ah, vil sourire faussé. « Simplement, en ce moment, je me pose beaucoup de questions sur… sur la vie en général. Introspection potterrienne » précisa-t-il. Hermione acquiesça lentement. « Qui dit introspection dit retour à Poudlard. Malefoy était plus présent dans ma vie à cette époque que n'importe qui d'autre. C'est tout. »

Nouvel hochement de tête de la part de la jeune femme. « C'est vrai. Tu étais complètement obsédé par lui, à un moment. » Il sourit encore. La sérénité retomba sur la pièce et Hermione termina de nettoyer.

Avant de partir, elle se retourna, agita les doigts. « Samedi, une soirée qui réunit plusieurs anciens de Poudlard. Tu devrais venir. Je te ferai parvenir l'adresse. »

Il accepta, conscient que s'il refusait, elle ne le lâcherait plus.

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Qu'est-ce que tu peux bien foutre dans une maison qui s'appelle Grimmaur ? D'où que tu sais que la mort est grise d'ailleurs ?

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Ginny avait entretenu une liaison avec Théodore Nott alors même qu'Harry et elle, organisaient leur futur mariage. Ou plutôt, Molly organisait leur mariage, pendant que Harry dormait et Ginny sortait. Et puis, un soir, elle était rentrée, un peu ivre, un peu chancelante et elle lui avait dit, je te quitte Harry, je ne t'aime plus, je ne t'aimerai plus jamais.

Il avait à peine réagi quand elle avait claqué la porte, en pleurs. Il était remonté dans sa chambre et s'était écroulé sur son lit. Et il avait dormi.

Il ne savait plus faire que ça le héros des sorciers. Dormir toute la journée et toute la nuit et manger à peine et sortir encore moins. Le scandale avait été terrible, d'après Hermione, de voir Ginny, ancienne futur Mrs Potter au bras de Théodore Nott.

Harry n'en savait pas plus – il se fichait un peu des aventures amoureuses de Ginny Weasley et Hermione l'avait bien compris. Elle ne lui parlait plus des rumeurs qui courraient au sujet de son ex fiancée. Harry oubliait parfois que Ginny et lui, ça avait été à la vie, à la mort, et puis à l'ennui, à la routine et à la trahison.

Il ne pouvait même pas lui en vouloir, à Ginny. Elle était si jolie et si vivante, en feu tout le temps, à danser et à s'agiter et à chantonner et il ne voulait pas l'enfermer dans la mort grise, là où lui-même était retenu. Elle avait trouvé le moyen de s'enfuir toute seule et Harry en était satisfait. Il préférait le silence pour dormir.

Elle lui manquait un peu parfois mais c'était une sensation brève et insolite. Il clignait des yeux et cette idée s'estompait et il ne restait plus que le visage de Malefoy qui ne disparaissait jamais vraiment.

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« C'est très bien d'avoir des amis imaginaires. J'en avais des tonnes quand j'étais petit » fit Malefoy sur le ton de la conversation.

« Je n'ai pas d'ami imaginaire » siffla Harry entre ses dents serrées.

Il haussa les épaules. « C'est ce qu'on dit Potter. Moi, je disais qu'ils n'étaient pas imaginaires. N'empêche que mon père me cognait pour me faire passer le message. Au final, ils se sont tous enfuis, la queue entre les jambes. Tous, sauf toi Potter. »

Harry lui glissa un coup d'œil interloqué. « Je n'ai jamais été imaginaire… »

« Nous n'avons jamais été amis. Tu étais mon ami imaginaire Potter, pour la vie, tu peux me croire. Maintenant je suis le tien. Pour la mort, ah ça oui. »

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Lentement, cette idée traçait insidieusement son chemin dans l'esprit de Harry. Depuis que Malefoy lui avait certifié être son ami imaginaire, il était plus présent qu'avant, attendant Harry quand il rentrait.

Ils se disputaient beaucoup, comme au temps de Poudlard. Mais ils ne se battirent plus – Harry avait peur de le toucher encore et de se rendre compte qu'il était parfaitement réel.

Toute cette histoire le dépassait. Il ne pouvait pas avoir d'ami imaginaire, c'était insensé. Parfois, le soir, il se répétait, il va disparaître, il va disparaître, c'est un cauchemar, un cauchemar, demain il sera parti. Quand Malefoy lui prenait trop la tête, que leurs disputes atteignaient des proportions inouïes de violence, Harry fermait les yeux et priait pour que l'autre disparaisse. Mais Malefoy se contentait d'éclater de rire.

C'était un cauchemar, ni plus ni moins.

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« Qui aurait cru que le héros du monde sorcier serait un être aussi misérablement pathétique ? »

Harry fit semblant de ne pas entendre et observa plutôt la conserve qu'il tenait à la main. Des haricots. Il ne savait pas de quand datait cette chose.

« Plus important encore, qui aurait cru que le Survivant était un habitué des fourneaux ? »

Malefoy paraissait d'excellente humeur – ce qui était paradoxal. Après tout, s'il était l'ami imaginaire de Harry, il aurait dû se caler sur les humeurs de ce dernier or Harry n'avait rien d'enjoué en cette fin de soirée.

Sauf que les amis imaginaires n'étaient pas une étude très précise. Harry se demanda si quelqu'un avait déjà écrit là-dessus et si Hermione en savait quelque chose. Mais il se voyait mal demander à sa meilleure amie de faire des recherches sur les amis imaginaires.

« Tu as de nombreuses facettes cachées, Potty. Est-ce que tu as séduit la belette femelle en lui faisant un petit cake ? »

« Je sais faire la cuisine depuis que j'ai six ans Malefoy. Alors, ferme la un peu, tu veux. »

Ce type lui tapait sur le système. Il ne savait pas comment s'en débarrasser. Une moue victorieuse éclaira le visage de Malefoy à l'idée qu'il était encore une fois parvenu à déranger ce cher vieux Potter. Le balafré ne pouvait pas éternellement l'ignorer et c'était le plus drôle, voir jusqu'où il pouvait pousser.

« Tes moldus devaient vraiment tenir à cœur ton éducation, Potter. Ils ignoraient que tu aurais tout plein d'elfes imbéciles pour te servir ? »

« Où vois-tu tout plein d'elfes imbéciles, Malefoy ? Je ne vois qu'un connard de Serpentard. »

« Et bien loin est l'envie de te servir, le balafré » précisa l'ami imaginaire de sa voix traînante. Harry lui jeta un coup d'œil avant de reporter son attention sur la casserole.

« Je cuisinais parce que ma tante voulait me trouver une utilité. Je ne savais pas que j'étais un sorcier. »

Un silence incrédule s'abattit sur la cuisine. Malefoy était assis sur la table – sa mère ne lui avait donc pas appris combien c'était impoli de caler son petit cul d'aristocrate prétentieux sur la table à manger d'autrui ? Harry lui tournait le dos, c'était plus facile pour l'ignorer.

« Tu ne savais pas que tu étais un sorcier à l'âge de six ans ? » répéta Malefoy. « Tu veux dire que tu n'avais jamais fait de magie et que ta tante pensait que tu étais un cracmol ? »

« Je veux dire que je croyais que mes parents étaient morts dans un accident de voiture. Mon oncle et ma tante bannissaient la magie, je n'ai jamais rien su de qui j'étais vraiment avant que Hagrid ne vienne me chercher pour mes onze ans et qu'il m'apporte ma lettre de Poudlard. »

Il sala un peu ses haricots à l'odeur bizarre. Il avait découvert une quantité non négligeable de boîtes de conserve qui traînaient dans une pièce attenante à la cuisine. D'après Malefoy c'était un garde manger présent dans toutes les demeures de Sang-Pur qui se respectaient. Lui-même n'avait jamais pénétré dans celle de son manoir, territoire domestique oblige. Harry espérait juste que ces conserves dataient de l'Ordre et non pas du règne terrible de Walpurga Black.

« Je me disais aussi » reprit Malefoy d'un ton sarcastique. « Personne ne peut avoir l'air aussi humble et aussi naïf. Tu étais l'enfant le plus célèbre de toute la Grande-Bretagne et tu paraissait aussi au courant que si tu descendais tout droit de Alpha du Centaure. »

Harry haussa un sourcil sous la comparaison mais ne répliqua rien. « Ta modestie n'avait rien à voir avec une noblesse d'âme. Tu étais juste un parfait ignorant. »

Malefoy avait l'air particulièrement soulagé. Harry glissa un regard dans sa direction. Il était toujours assis sur la table avec ses longues jambes qui se balançaient lentement.

« C'est Ron qui m'a parlé des Maisons, de Poudlard et de la magie en général, quand nous étions dans le Poudlard Express. Et pour trouver le quai 9 ¾, je ne te raconte pas la galère que ça a été. » Il sourit délicatement à ce souvenir. Une envie violente et déchirante de revoir Poudlard lui étreignit soudain la gorge.

« Et tu sais quoi, Malefoy ? » reprit-il après un silence. Il se retourna, oubliant presque ses haricots qui grillaient tranquillement dans leur couche de beurre. « Tu as été le premier enfant sorcier que j'ai rencontré. »

Le regard de Malefoy brilla. C'était une vision insoutenable, Harry se détourna pudiquement.

« Pourquoi tu me dis tout ça Potter ? »

« Tu es mon ami imaginaire, Malefoy » susurra Harry, histoire de lui clouer le bec. « Si je ne peux pas me confier à toi, à qui donc puis-je me fier ? »

Il savait que Malefoy souriait dans son dos, de ce sourire ignoble et sarcastique qui n'appartenait qu'à lui.

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Les verres cognaient les uns contre les autres, les couverts cliquetaient et les gens riaient, parlaient fort de l'avenir et de la beauté du monde. Ils jetaient à peine un coup d'œil vers l'arrière – le passé était à oublier, il n'y avait que les fous pour marcher à reculons.

Quelques uns essayèrent de parler à Harry mais son visage creusé, ses paupières lourdes, ses yeux vaguement menaçants et cette frange noire qui rebiquait comme pour mieux leur montrer la mythique cicatrice, tout l'être de Harry Potter les rebutait et ils s'éloignaient prudemment comme si le héros allait soudain bondir sur la table, brandir sa baguette et tous les tuer dans une gerbe d'éclairs émeraudes.

Harry avait le crâne pris dans un étau et cet étau se resserrait autour de ses tempes, menaçant de tout faire éclater. Les bulles des alcools pétillants lui donnaient la nausée et tous ces rires et cette joie et cette fausseté l'imprégnaient à la façon d'un poison redoutable.

« Il loue une petite baraque derrière le chemin de traverse. »

« Elle a affreusement vieilli, tu sais ! »

« Déjà enceinte, si ce n'est pas malheureux…. »

« J'ai appris pour ta promotion, félicitations ! »

Ils étaient jeunes et ils reconstruisaient leur monde sans regarder en arrière. Harry se sentait vieux d'un millier d'années. Il aperçut la crinière flamboyante de Ron au loin et son rire pareil à un rugissement de géant. Ron était le plus grand de tous les invités – il ne pouvait pas ne pas avoir vu son meilleur ami.

Hermione repassa, adressa un sourire lumineux à Harry et disparut à nouveau dans la foule. Il reconnut un groupe d'anciens Poufsouffle – Ernie Macmillan, Susan Bones et Hannah Abbot entre autres – quelques Serdaigle, des Gryffondor des années inférieures. Il y avait plus de cinquante personnes, tous d'anciens élèves, tous jeunes et contents d'être là.

« Alors, Harry, comment ça se passe au Bureau des Auror ? » demanda une jeune fille que Harry reconnut comme étant à Gryffondor avec Ginny.

« Bien » répondit-il en se demandant quel était son nom.

« Ça doit être du gâteau pour toi, non ? » rit-elle, toute en fossettes charmantes.

Il secoua la tête. Elle était vraiment jolie. « Pas vraiment…. »

« Tu es le premier sorcier à avoir été accepté depuis cinq ans, tu te rends compte ? Et puis, on dirait que tu as ouvert la voie : depuis, quatre autres élèves ont été acceptés. Tu te rappelles de Luke Sullivan ? »

Premier à entrer chez les Aurors depuis cinq ans, le plus jeune attrapeur depuis un siècle, le premier à être lié par une cicatrice à un monstre, le premier – le premier – le premier.

« Excuse moi » dit-il brutalement en se levant. La petite brune arrêta de parler et lui coula un regard ébahi tandis qu'il s'éloignait précipitamment en direction des toilettes.

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Ron se lavait les mains quand Harry entra, à bout de souffle. Ses mains tremblaient et il se répétait à mi-voix qu'il détestait ce genre de festivités, ces grands rassemblements qui faisaient comme s'il ne s'était jamais rien passé.

Ron se figea et observa son meilleur ami à travers le miroir. Depuis quand n'étaient-ils plus sur la même longueur d'ondes tous les deux ? Après la guerre, tout avait été parfait pourtant, Harry était parvenu à fermer les yeux et à faire semblant la journée – c'était le soir que la réalité le rattrapait et qu'il avait l'impression d'étouffer.

Mais avec Ron, il riait, tous deux partaient dans leurs grands projets d'avenir, leurs rêves enfin réalisables, ils traçaient leur chemin avec Hermione et Ginny à leurs côtés et c'était magnifique, c'était la vie à nouveau.

Ensuite, Harry s'était fatigué. Il était las de faire semblant. Ron comprenait – il comprenait que le survivant veuille prendre un peu d'air et il compatissait, mais à la manière d'un ami un peu rude qui dit, courage, ça va passer.

Ça ne passa pas. Ginny s'en alla à son tour, perchée sur ses talons bringuebalants. Harry s'enferma un peu plus, Ron vint moins souvent, déléguant la sage et patiente Hermione à sa place.

Et aujourd'hui, ils se faisaient face à la manière de deux étrangers qui ne se regardent pas vraiment droit dans les yeux.

« Salut » souffla Harry, un peu surpris.

« Salut vieux » répondit Ron de sa voix rauque en s'essuyant les mains. « T'as pas l'air dans ton assiette » ajouta-t-il un brin bourru.

« Ouais. Une fille qui me parlait de – peu importe. »

« Vicky » acquiesça Ron. « Elle en pinçait pour toi à Poudlard, c'est Hermione qui me l'a dit. »

« Ah. »

Ron pivota sur ses talons, fuyant le regard de Harry qui préféra s'intéresser aux pots de cactus rabougris. « Tu peux y aller, j'ai fini » indiqua Ron en indiquant d'un geste vague les toilettes dans l'angle de la salle de bain.

« Ouais merci » murmura Harry en se raclant la gorge.

Son vieil ami hocha la tête et ils se contournèrent maladroitement, changeant de place. Ron allait sortir quand Harry le rappela, avec un accent désespéré.

« Il s'est passé quoi, Ron ? »

« Il s'est passé que tu as déterré un cadavre, Harry » répondit le rouquin sans lui accorder un regard.

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Isolé dans un coin du jardin, Harry s'était assis sur une grosse pierre, à l'abri d'une plante non identifiée. Un groupe de fumeurs venait de sortir, badinant tranquillement de l'autre côté de la plante. Personne ne remarqua l'ombre survivante.

« Il a l'air bizarre quand même. »

« Déjà à Poudlard, il n'était pas très sain…. »

« Oh, je t'en prie, tu étais jaloux qu'il soit avec Ginny Weasley ! Il était beaucoup plus normal à Poudlard. Tu l'as vu ? Il a l'air d'une crevette dans un aquarium. »

Ils rirent un peu. Harry tendait l'oreille. « Une crevette… drôle de comparaison…. »

« Comprenez bien qu'il a vécu des choses très dures aussi » dit une voix que Harry reconnut comme étant celle de la fille de tout à l'heure, cette Vicky.

« Et ? »

« Un peu de compassion. »

Harry devina que les autres haussaient les épaules. Il se dit qu'il ne voulait pas que Vicky tombe amoureuse de lui parce qu'il lui ferait du mal – ou alors elle lui en ferait en mourant stupidement par sa faute à lui.

Les fumeurs dérivèrent sur d'autres sujets. Harry rêvassa un peu, observant distraitement les étoiles, se remémorant les cours d'astronomie que le professeur Sinistra leur dispensait à Poudlard. Il songea qu'il aurait aimé être à Poudlard, là maintenant.

« … copains de Drago Malefoy… »

Il sursauta et se cogna la tête contre une pierre qui dépassait du mur.

« Je l'ai croisé l'autre jour, il entrait dans une maison sur River Street. La plus misérable, si vous voulez tout savoir. »

« Une rue moldue en plus. »

« Mandy voulait y habiter mais quand je lui ai dit que ce type louche y créchait déjà, elle s'est rabattue sur Beavest Avenue. »

« C'est tellement charmant en plus ! »

« N'est-ce pas ? Oh, elle va beaucoup s'y plaire, j'en suis sûre. »

Harry n'écoutait plus. Il songeait aux copains de Malefoy et à ce type louche qui habitait la maison la plus misérable de River Street. Il y avait peut-être un moyen de se débarrasser de Malefoy.

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Il avait de nouveau disparu. Harry se fit la réflexion qu'il n'avait pas besoin de se rendre à River Street finalement et ce lui fut une pensée extrêmement agréable.

Il vaqua de nouveau à ses occupations toutes justicières. Dwight lui jetait des regards de travers, persuadé que son bleu débloquait et qu'il allait bientôt se mettre à hurler et à se rouler par terre.

Un matin où Harry était particulièrement enjoué, il intercepta un regard entre Dwight et Hudgens. Il leur offrit un sourire malicieux et agita le doigt.

« Ne vous inquiétez pas, ma cicatrice n'est plus qu'une simple marque. Je ne vais pas me remettre à jouer les déments » assura-t-il dans un petit rire et là-dessus, il mima le dément en question, roula des yeux et bava pour la forme.

Les mines horrifiées des deux Aurors le firent éclater de rire et il s'éloigna d'un pas sautillant.

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La déprime finit fatalement par revenir. Un matin, il n'arriva pas à se lever et il resta à fixer son plafond, morose.

Il appela tout doucement : « Malefoy ? Malefoy, tu es là ? » Mais seul le silence lui répondit. Alors, le héros des sorciers se roula en boule dans son lit et ferma très fort les yeux.

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Malefoy n'en faisait qu'à sa tête. Harry jugeait que s'il était réellement son ami imaginaire – ce dont il continuait de douter avec la force du désespoir – alors Malefoy aurait dû être là quand il se sentait seul et déprimé. De même que Malefoy n'aurait jamais dû être de bonne humeur quand Harry se sentait au trente-sixième dessous.

Il songea qu'au fond, ça aurait été plus facile pour lui s'il s'était trouvé un autre ami imaginaire. Un qui soit coordonné à ses propres humeurs et qui vienne le consoler et qui le comprenne.

Et puis, il se gifla mentalement. Il n'avait pas d'ami imaginaire, c'était complètement fou.

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« Tu ne crois pas que si tu étais mon… » Il mima un air dégoûté « ami imaginaire, je pourrais décider de quand tu apparais ou non ? »

« C'est possible » répondit succinctement Malefoy en admirant ses ongles.

« Alors pourquoi est-ce que je ne peux pas décider que tu disparaisses ? » fit Harry, les sourcils froncés. « Et ne me dis que c'est parce que je me sens seul ou une connerie du genre ! »

Malefoy esquissa un rictus malhonnête et fit tomber un lourd regard sur le héros qui s'efforça de ne pas broncher. « C'est peut-être parce que » Harry lui adressa un regard menaçant « je ne suis pas imaginaire. »

Harry soupira violemment et ferma les yeux plusieurs fois d'affilée. « Tu vas me rendre fou » marmonna-t-il.

Malefoy ricana. « Qui sait Potter » dit-il de sa voix traînante. « Tu l'es peut-être déjà. »

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Il avait parfois envie de le tuer. Il voulait se débarrasser de ce Serpentard de malheur, de ce sale Mangemort – peut-être, peut-être… non cette idée le révulsait mais peut-être qu'au final, il n'avait pas vaincu Voldemort et qu'il se trouvait dans une geôle du mage noir à être torturé mentalement.

Cette idée était la plus horrifiante de toutes.

Il se décida à aller à River Street, voir ce « type louche » qui avait été un « copain de Malefoy ».

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Théodore Nott lui ouvrit. Harry se rappelait à peine de lui. Il avait toujours été très bizarre comme garçon, très invisible. Mais en y repensant, tout le monde avait été très invisible à Poudlard – il n'y avait que Malefoy qui existait, Malefoy et les quelques amis de Harry.

Alors quand Nott apparut dans l'encadrement de la porte, Harry papillonna un peu des cils, se demandant brièvement qui était ce garçon qui lui paraissait vaguement familier. Nott était très grand, très haut perché sur des jambes interminables et gringalettes. Des bras très longs aussi qui lui donnaient une silhouette maladroite, un peu gauche. L'ancien Serpentard était légèrement voûté vers l'avant, pas de beaucoup et puis, l'élégance noble qui se dégageait de sa personne faisait oublier son mauvais maintien.

Théodore Nott ne parut pas surpris une seule seconde. Il battit des paupières, une fois, deux fois et garda la main sur la poignée de la porte. Harry se gratta la gorge sans le quitter des yeux.

Et puis son nom lui revint en mémoire, foudroyant et il lâcha un « Nott ? » incertain. L'autre acquiesça, très économe dans ses gestes. En se rappelant de ce nom, Harry se rappela aussi que c'était pour lui que Ginny l'avait quitté. Il se demanda si Ginny était quelque part dans la maison de Nott et il hésita à entrer. Sauf que Nott n'avait pas l'air très enclin à le laisser entrer, Ginny ou pas.

Les deux handicapés sociaux restèrent plantés face à face sans un mot.

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« Y a des courants d'air ! Tu regardes quoi avec ton air d'écureuil mort ? »

C'était une voix aiguë et désagréable. Malgré lui, Harry grimaça et bizarrement, un éclat passa sur le visage de Nott, comme s'il s'amusait.

Une chose bondissante bondit justement derrière Nott et s'accrocha à ses épaules, jetant un coup d'œil à Harry. Coup d'œil qui se figea et se mua en une œillade meurtrière. « Toi ! » gronda la jeune fille en contournant Nott, toutes griffes dehors.

Nott attrapa son poignet. « FOUS LE CAMP POTTER ! » cingla Pansy Parkinson.

Il broncha à peine, trop occupé à la dévisager. Elle serrait le poing gauche contre sa poitrine, retenant ainsi la serviette blanche qui cachait sa nudité. L'autre main était prisonnière de la poigne inflexible de Théodore Nott. Harry se rappelait d'une fille disgracieuse, à l'air dogue et agressive. Devant lui, se trouvait désormais une jeune femme charmante, le nez un peu écrasé peut-être pour rappeler ce surnom de bouledogue que les Gryffondor lui avaient jadis attribué et des yeux noirs cachés derrière une frange de la même couleur.

A côté de l'efflanqué Nott, elle paraissait petite et peut-être avec quelques formes – même si Harry était sûr qu'elle avait le physique parfait de la plupart des jeunes femmes de leur âge.

« On peut t'aider, Potter ? » demanda enfin Nott tandis que la furie qui se débattait à côté de lui faisait clairement comprendre que personnellement, elle n'aiderait jamais ce sale rat.

Harry, la gorge sèche, hocha la tête. Nott ordonna à Parkinson d'aller se rhabiller et levant très haut le visage, elle disparut avec brusquerie.

« Est-ce que Ginny est là ? » demanda un Potter à côté de ses pompes.

Nott le regarda, impassible. « Non. Elle m'a quitté pour Olivier Dubois. Ils sont au Sénégal. »

Harry dut faire une drôle de tête car Nott haussa un sourcil, l'air de se demander d'où débarquait ce héros. Il entrouvrit finalement plus largement la porte et d'un signe de tête, invita Harry à entrer. La tête rentrée dans les épaules, l'Auror s'exécuta et frotta consciencieusement ses pieds sur le paillasson. La porte se referma dans son dos.

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Le salon n'était pas très grand. Nott s'assit dans le fauteuil, face au canapé qu'occupait Harry, tendu comme un arc. Il se demanda encore pourquoi il était venu. Puis dans la fenêtre, il aperçut le reflet du visage de Malefoy et il secoua la tête.

« Tu n'as pas l'air dans ton assiette, Potter » murmura Nott qui l'observait par en dessous. Harry haussa les épaules pour toute réponse. C'était vrai, cependant qu'il n'avait pas bonne mine. « Tu dors mal ? » insista le Serpentard. Harry dormait même trop mais il s'abstint de l'avouer à l'autre homme.

Une porte claqua, un juron fit sursauter Harry et des bruits de pas agressifs se rapprochèrent du salon. Parkinson réapparut, vêtue d'une petite robe noire, les cheveux humides et les yeux maquillés outrageusement.

Elle se laissa tomber sur l'accoudoir du fauteuil de Nott. Harry se demanda s'ils étaient en couple mais trouva bizarre que Nott remplace Ginny par Parkinson. Puis, il se dit que le monde entier avait dû trouver bizarre que Ginny remplace Harry Potter par un fils de Mangemort et le tout ne lui sembla plus si absurde.

« Je suis bien contente que les remords t'empêchent de dormir Potter » attaqua la jeune femme en scrutant ses yeux gonflés, ses traits tirés et son allure de fantôme qui se traîne.

« Je dors très bien » certifia-t-il et Parkinson plissa les yeux, venimeuse.

« On peut t'aider, Potter ? » répéta Nott tandis que Parkinson se mettait à jouer avec le bracelet qui entourait le poignet maigrelet de son ami – ou amant.

« Oui, si tu veux que je te mette un bon coup de pelle dans la tête et que Théo t'enterre dans la cave, on peut t'aider. »

« Pourquoi est-ce que je creuserais à ta place ? » s'enquit Nott, distraitement indigné.

« Tu ne me gâcherais pas le plaisir de réduire Potter en bouillie, quand même ? »

Harry assistait à la conversation avec un détachement perturbant. Il avait l'air d'être ailleurs. Cette constatation irrita Parkinson qui se releva, faisant cliqueter ses nombreux bracelets.

« Parle ou fous le camp, Potter, on n'a pas besoin d'un énième fantôme ! » cracha-t-elle férocement.

« Est-ce que vous avez vu Malefoy, récemment ? » interrogea Harry Potter, héros et Auror.

Le silence tomba sur la pièce – on entendit plus que le sifflement de la bouilloire et Harry se demanda quand diable ses hôtes avaient mis de l'eau à bouillir.

Et puis, Parkinson bondit en avant, telle un chat furieux qui vous crève les yeux.

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« Excuse la » fit platement Nott en lui tendant une serviette. Harry hocha faiblement la tête et jeta un coup d'œil au reflet que lui renvoyait le miroir dans la minable salle de bain. Deux griffures ensanglantées lui barraient la joue droite, une autre faisait plisser son œil gauche. Ses lunettes en s'envolant sous l'attaque de la Serpentard avaient éraflé son nez. Il sourit tristement à l'idée que Hermione lui demanderait contre qui il s'était battu. Après elle ajouterait de sa voix mourante et maternelle, sois prudent.

« Elle est sensible depuis la fin de la guerre. »

Harry ne trouvait pas sa réaction très sensible mais plutôt proche du violent sanguinaire et du psychologiquement déplacé.

« Tu n'es pas bien malin, Potter » ajouta Nott charitablement. « Tu débarques la bouche en cœur et tu nous parles de Malefoy comme si on l'avait vu hier. »

Moi, je l'ai vu hier, songea amèrement Harry en épongeant ses blessures de guerre. Il n'était plus à une cicatrice près.

« On est au courant de ta petite scène au cimetière. Qu'est-ce qu'il t'arrive Potter ? Tu perds la boule ? » Harry n'aurait jamais deviné que Nott puisse s'avérer aussi bavard.

« Je l'ai vu » murmura-t-il en fixant Nott via le miroir. « Il vient chez moi. Il est aussi chiant qu'avant. »

« Malefoy est mort » fit Nott d'une drôle de voix.

« C'est pas lui dans le cercueil. C'est un clone de lui mais c'est pas lui. »

« Tu perds les pédales » souffla sévèrement le Serpentard.

« Fais le partir ! » piailla Pansy Parkinson de loin. Nott l'ignora, dévisageant gravement Harry comme si c'était la première fois qu'il le voyait.

« Pourquoi Ginny t'a quitté ? » demanda Harry.

Nott haussa les épaules et amorça un mouvement de tête bizarre. « Parce qu'elle n'aime plus les gens gris et tristes. Elle veut de la couleur et des sourires. C'est pour ça qu'elle a été avec Dubois. Dubois est un grand enfant naïf. »

« Elle t'a dit quoi quand elle est partie ? »

« On va vraiment parler de la façon dont ton ex-copine m'a plaqué ? »

Harry ne répondit pas mais lui tendit la serviette. Nott s'en empara et posant les yeux sur elle, ajouta : « Je te quitte Théodore, je ne t'aime plus, je ne t'aimerai plus jamais. » Harry fut secoué d'un rire nerveux et grotesque. Oui. Mot pour mot.

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Pansy tapait du pied avec agacement. Harry en revenant dans le salon, la trouva vraiment jolie, la nuque courbée, les joues dans l'ombre, avec tout ce gris et ce sinistre qui l'entouraient. Elle pinça les lèvres et lui adressa un regard meurtrier.

« Barre toi Potter. »

Il voulait de l'aide, bon sang. Il voulait qu'on le débarrasse de Malefoy, ce faux mort qui s'était bien foutu de la gueule du monde.

« Écoute Parkinson » reprit-il et il sentit Nott se placer juste derrière lui. « Malefoy est là. Il est tout le temps là, il m'emmerde avec ses questions et ses rictus et il faut que tu lui parles, il t'écoutera, il t'aimait bien Malefoy, pas vrai ? »

Pansy blêmissait au fur et à mesure.

« Ta gueule ! » siffla-t-elle en se redressant. « Arrête de dire ça ! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans ta sale caboche de balafré ?! Tu crois que j'ai peur de te tuer ? Tu crois que je crains de finir mes jours à Azkaban ?! FOUS LE CAMP POTTER ! » hurla Parkinson avec des airs de démente.

Il ouvrit la bouche, la referma presque aussitôt. Ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas regardé de cette façon. Les autres gens le vénéraient et l'adulaient et ses amis fuyaient son regard parce qu'il était triste, Harry Potter. Il n'y avait que cette petite sorcière avec des trous dans le corps qui le fixait avec l'envie de l'écraser du bout du talon, de lui – de le réduire en bouillie à coups de pelle, tiens !

Il se sentait vivant.

« Ce jour-là, que s'est-il passé ? » demanda-t-il d'un ton pressant en avançant d'un pas. « Quand il est mort, je n'ai jamais su – on me l'a dit après mais il n'est pas mort, je te dis. Comment – comment a-t-il été tué ? »

Oh, il le savait – Malefoy aimait lui susurrer des paroles empoisonnées, le soir. Mais il voulait être sûr.

Parkinson le dévisagea froidement et il lut dans son regard combien elle le pensait fou. « Tu rigoles Potter ? » cracha-t-elle, les yeux réduits à deux fentes. « Il quittait le Seigneur des Ténèbres, il courrait vers l'Ordre du Phénix, il fuyait ! »

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C'est fou que tu sois mort. Je n'y ai pas cru. Tu venais vers nous. Non. Je venais vers toi, Potter.

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« Il courrait rejoindre ta misérable carcasse ! Alors cesse de prétendre que Drago est en vie, parce qu'il est mort, mort, bel et bien mort, Potter, et j'ai vu son cadavre encore chaud et – »

La jeune femme parut chercher ses mots, la gorge grande ouverte, les yeux écarquillés, cherchant de l'air et des paroles à balancer à ce salaud de Potter mais rien ne vint et elle suffoqua et en deux pas, Nott fut devant elle, réceptionnant le paquet sanglotant. Elle s'accrocha à ses épaules, secouée d'irrépressibles sanglots.

Potter ne bougea pas, un peu hébété.

Nott le vrilla d'un regard pâle. « Je crois que tu devrais partir, Potter. »

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« Déjà, à l'époque, elle était complètement hystérique. Elle hurlait beaucoup sur Zabini, ça le faisait mourir de rire. Je suppose que ça n'a pas beaucoup changé. »

« Qu'est-ce que tu fais encore là ? » murmura Harry en gardant un bras replié sur ses yeux épuisés. Ses lunettes lui meurtrissaient la peau mais il n'avait pas la foi de les enlever.

Il avait envie de dormir.

« Laisse moi, Malefoy… s'il te plaît, va-t-en. »

« Tu crois que la politesse va te servir à quelque chose ? » fit la voix glaciale de Malefoy. Harry ne répondit pas. Il se sentait sombrer. Il aurait aimé que Malefoy soit vraiment là il serait aller chercher Hermione et Harry aurait dormi dans les bras de sa meilleure amie.

« Tu m'épuises, Malefoy. Arrête de me regarder. Tu me fais des trous dans le corps, tu m'as toujours fait des trous dans le corps. A l'époque, rien qu'à te regarder, j'avais mal au cœur, tu me donnais continuellement mal au cœur. Arrête de me regarder, je te dis, je sens que tu me regardes, je me sens troué de partout. Arrête. »

Il bafouillait, parlait dans sa manche. Il pensa à Pansy Parkinson qui lui avait arraché une partie du visage parce qu'elle avait été amoureuse de Drago Malefoy. Il pensa à Théodore Nott qui lui avait arraché Ginny et qui maintenant, vivait avec Parkinson qui se baladait en serviette de bain dans leur maisonnette.

Harry songea que tout ça, c'était vraiment le bordel et que –

Il sentit le matelas pencher sur le côté quand Malefoy s'y installa. Harry respira très fort. Malefoy s'allongea juste à côté en silence.

Son regard lui trouait toujours la peau. Harry préféra s'endormir.


Voilà voilà. Pas spécialement un début de réponse, sauf que visiblement, tout le monde sauf Harry est persuadé que Malefoy est mort...

On se retrouve le week-end prochain (samedi probablement, car je serai en stage de calligraphie le dimanche et les jours suivants).

Des bisous ! (J'espère que vous avez bien profité de la fête du cinéma.)