Merci à toutes pour vos reviews, malgré cette longue absence sans poster quoi que ce soit ! Cela me fait très plaisir ! Voici donc le second chapitre, qui j'espère, vous plaira également !
Chapitre 2
Le jourallait bientôt se lever, lorsque Yukki rangea son portable dans sa poche. Il vibrait encore, mais il n'avait plus la force de décrocher. Il avait l'impression d'avoir dépensé toute l'énergie qui lui restait dans le premier appel de Nakahira, leur manager. Il ne voyait pas ce qu'il aurait pu lui dire de plus, désormais. Et faire des efforts, à ce stade, c'était trop... Il s'étira et réprima un bâillement. Etrange sensation. Il était fatigué par les émotions et le manque de sommeil, mais il n'avait pourtant aucune envie de dormir. Il savait bien qu'il n'aurait pas pu, de toute façon. Il avait envie d'être seul et à la fois, d'être entouré. Toutes ses émotions étaient contradictoires et franchement, sa tête menaçait d'exploser. Il réalisa alors que Hyde était dehors depuis plusieurs heures maintenant, et qu'à lui aussi, un peu d'air frais ferait peut-être du bien... Il s'apprêtait à sortir quand Ken vint le rejoindre :
Est-ce que toi aussi, notre manager te harcèle ? Soupira-t-il en regardant son portable vibrer dans sa main.
C'était à prévoir... Tetsu injoignable, c'est du jamais vu... répondit Yukki sur le même ton las. Il a tout de suite flairé le truc. Je vais le rappeler. Il a le droit d'être tenu au courant... Il est aussi un ami, après tout. Et il pourra certainement nous aider à... gérer certaines choses.
Bon courage. Je vais voir Hyde. Son absence m'inquiète.
Je préfère ma tâche que la tienne, je crois..
Le guitariste sortit, et l'air frais de la nuit le fit frissonner. Ce n'est pas qu'il faisait bien chaud dans les couloirs de l'hôpital, mais il y avait une différence notable. Mais ce petit vent le sortit un peu de sa torpeur. Il inspira profondément, ferma un instant les yeux et s'imagina combien ce serait super, si en les rouvrant, toute cette nuit n'avait été qu'un horrible cauchemar. Il les rouvrit, et eu un pauvre sourire : cela aurait été trop facile, pas vrai ? Mais rien de tout ceci n'était un rêve. La douleur des parents de son vieil ami, qu'il connaissait bien... Les larmes de sa sœur la plus âgée quand elle était arrivée dans la nuit, catastrophée... L'autre ne devrait plus tarder maintenant, et elle serait sûrement dans le même état. Et Ken n'avait plus le courage de regarder un tel spectacle. Il devait s'empêcher de craquer pour ne pas en rajouter, et rien que cela, c'était un véritable exploit... Ne pas écouter la petite voix qui l'incitait de céder à la panique, c'était d'une difficulté incroyable... Il finit par rencontrer Hyde, sur le parking, assis par terre contre sa voiture. Ne le trouvant nulle part, Ken avait fini par songer à cette possibilité, et il avait vu juste.
Je peux m'asseoir ? Demanda-t-il avec prudence, ne sachant pas dans quel état d'esprit le chanteur était.
Bien sûr, répondit ce dernier d'une voix que l'accumulation de cigarettes avait rendu rauque.
Comment tu te sens ?
Je crois que je ne suis pas celui dont il faut s'inquiéter, non ?
Sans doute, mais ça n'empêche pas. Etre sonné est normal.
Tu sais, expliqua Hyde sur un ton si posé que Ken le trouva très fort, tout à coup... ou très bon comédien, j'étais assis là, et tout ce que je pouvais penser, tu sais ce que c'était ?
Non, dis-moi.
C'était que c'était dur pour moi. Tu ne trouves pas ça drôle ? Reprit-il en tournant la tête vers Ken. Je savais que j'avais des défauts, mais je ne me pensais pas capable d'un égocentrisme pareil... Dur pour moi.
Ne dis pas de bêtises. C'est dur pour toi, bien sûr. Pour moi aussi, et pour Yukki. Sans parler de sa famille. C'est normal de penser ça. Ca ne veut pas dire que tu ignores sa douleur. C'est juste que tu tiens à lui. Je suis comme toi.
Ken n'était pas persuadé d'être bien utile. Il pouvait dire ce qu'il voulait, aussi jusque que cela soit, cela ne réconforterait pas Hyde, il le savait. Mais il devait quand même le dire, parce que c'était vrai, et que c'était tout ce qu'il pouvait faire. Pourtant, il trouvait Hyde en « bon état », compte tenu des circonstances. En le voyant partir sans un mot un peu plus tôt, il s'était imaginé le retrouver en larmes, ou muré dans le silence... Mais pas ainsi. Quelque part, cela lui faisait même un peu peur. C'était comme le calme avant la tempête. Il était perdu dans ses pensées depuis plusieurs instants quand Hyde prit de nouveau la parole, une nouvelle cigarette au coin des lèvres :
Il est réveillé ?
Non... Mais tu sais, je crois qu'il ne se passera rien de plus cette nuit.
Je ne bougerai pas.
Moi non plus, s'empressa-t-il d'ajouter, je ne disais pas ça pour ça.
Quand il se réveillera... commença Hyde d'une voix tremblante, pour la première fois depuis le début de leur conversation. Je n'ose même pas imaginer...
Ca va être dur. Mais il a des parents géniaux et deux sœurs qui l'adorent. Ils ne le laisseront pas tomber.
Et ? Ca le fera remarcher ? En quoi ça l'aidera ? Rétorqua Hyde d'une voix dure que Ken ne lui connaissait pas.
Hyde, ne sous-estime jamais l'importance de l'entourage. J'ai vu ma tante malade durant des mois avant de partir. Elle a tenu le coup très loin, grâce à toute notre famille. Bien sûr c'est différent... Mais tout ce que je dis, c'est que s'il y a bien un moment où on se doit tous d'être là à 100% avec lui, c'est maintenant.
Je ne sais pas si j'en serai capable... conclut Hyde en faisant machinalement des ronds de fumée.
Hyde...
Quoi ? Fit-il brusquement. Moi au moins, j'ai l'honnêteté de le reconnaître, même si je dois baisser dans ton estime en disant ça. Comment je peux aller le voir, sourire en lui disant que ça va aller ? « Etre là pour lui » ? Ne dis pas n'importe quoi ! On n'imagine pas ce qu'il pourra ressentir, comment on pourra l'aider ? On n'est pas médecins !
Hyde...
Ken savait bien que ce n'était pas après lui que Hyde criait. Mais cela lui fit mal, de le voir ainsi. C'était plus comme cela qu'il s'attendait à le retrouver... Les yeux plein de larmes qu'il refusait de laisser sortir, de la colère qu'il retenait à peine... Les mains du chanteur tremblait, alors qu'il écrasa son mégot son sa semelle. Il dû les serrer l'une contre l'autre pour les faire arrêter. Ken comprit alors que tout ce temps qu'il avait passé dehors, il s'empêchait justement de faire cela. De penser. De ressentir. De craquer. Il ne savait pas s'il devait être désolé d'avoir été celui qui l'avait poussé à craquer un peu, ou bien s'en réjouir, car c'était une réaction plus seine que ce ton posé qu'il avait jusque là... De son côté, le chanteur réalisait ce qu'il venait de faire. Crier sur Ken sans raison, ce n'était ni le lieu, ni le moment. Quel imbécile. Il avait passé des heures à se promettre d'aller bien, de rester fort... Et au bout de deux minutes, il craquait. Il passage rageusement une main sur ses yeux comme pour leur ordonner de rester secs.
Je suis désolé, je ne voulais pas te crier dessus. Excuse-moi.
Tu n'as pas à t'excuser... Je comprends.
C'est juste... C'est trop fou tout ça. Je ne veux pas y penser. Parce que si je commence, je sais que je ne tiendrai pas. Tout ce que je sais c'est que... Ce n'est pas juste.
Non, ce n'est pas juste, admit Ken.
De toutes les personnes que je connais, c'est celui qui mérite le plus d'être heureux. Il n'a jamais rien fait pour mériter ça.
Je ne sais pas quoi te dire...
Alors ils ne dirent plus rien. De toute façon, l'épuisement tant physiquement que moral les gagnait petit à petit... Sans cesse, les mêmes pensées revenaient : se dire que ce n'était pas vrai, se demander quand leur bassiste reviendrait à lui, se convaincre que ça irait... A force, tout ne semblait plus avoir aucun sens concret. C'est à peine si Hyde sentit que Ken, à un moment donné, l'aidait à monter dans sa voiture et à s'allonger sur la banquette arrière. Il n'aurait pas cru qu'il arriverait à fermer l'oeil de sitôt, mais les émotions eurent raison de sa résistance et le jour était levé quand il s'endormit ainsi, Ken assis sur le siège à l'avant. Il avait l'impression d'avoir juste fermé les yeux quand il sentit une main secouer son bras frénétiquement. Hyde ouvrit les yeux, un peu dérouté de se trouver là.
Que... Qu'est-ce que... Ken ?
Il est réveillé !
Et tu me laisses dormir ! S'écria Hyde en se redressant si vite qu'il en eu le tournis.
Je viens de l'apprendre, expliqua Ken d'une voix plus aiguë qu'à l'ordinaire. Il est avec ses parents et le médecin pour le moment. Je ne sais mêle pas si c'est possible de le voir si on n'est pas de la famille. J'ai couru pour te prévenir.
C'est vrai... On ne pourra peut-être pas le voir immédiatement. « Ca dépendra de son état », ne put-il s'empêcher de penser.
Bois ça. J'étais parti t'en chercher un, fit Ken en lui tendant un café.
Merci.
Tetsu était donc conscient. Une vague de chaleur envahit le corps de Hyde, et il était sûr qu'il en était de même pour Ken, qui s'assit de nouveau dans la voiture. Quelle heure pouvait-il être ? Aucune importance, au fond... Tetsu s'était réveillé... Et le cauchemar commençait, pour lui, songea Hyde en réprimant un frisson. Pourvu qu'il n'ait pas d'autres séquelles. Quand Ken lui avait dit qu'il s'était réveillé, Hyde avait eu instinctivement le réflexe de bondir jusqu'à la chambre, pour le voir. Maintenant qu'il y pensait, il se sentit fléchir... Une fois là-bas, que ferait-il ? Que dirait-il ? Comment pourrait-il regarder Tetsu et garder son calme ? Il ne fallait pas paniquer, pas pleurer, surtout pas devant lui... Et Hyde ne savait pas s'il pourrait faire cela. C'était bien la première fois que Tetsu lui faisait presque peur. Qu'il n'osait le voir. Il voulait être présent pour lui, mais il ne savait pas comment, ni s'il en était capable. C'était autre chose que d'écouter un ami parler de ses problèmes, autre chose que de débarquer chez lui à toute heure s'il n'allait pas bien... C'était une autre échelle, et Hyde n'avait jamais eu autant le vertige... il se demandait si Ken ressentait cela aussi où s'il savait déjà quoi faire. Et Yukki ? En parlant du loup, le voilà qui venait vers eux, l'air aussi fatigué et pâle que ses camarades :
Impossible de tirer quoi que ce soit aux médecins. Si tu n'es pas de la famille, c'est impossible, bougonna-t-il.
C'est normal, ça.
Je sais, mais ça m'énerve. Je n'en peux plus d'attendre, ça va me rendre fou.
Il s'est réveillé, Yukki, fit posément Ken. Et je prends ça comme une première bonne nouvelle.
Tu as raison, bien sûr... Oui... Vous devriez venir, se ressaisit-il. Ses parents auront peut-être besoin de soutien. Ils ne pourront pas lui parler longtemps d'après ce que j'ai compris, il faut qu'il se repose.
