Jynn vivait déjà depuis une semaine, cachée dans l'atelier de Gaius. Le vieil homme était très prévenant avec elle, et Merlin était devenu un véritable ami pour la jeune fille.
Dans 3 jour aurait lieu à Camelot un grand tournoi appelé le « Tournoi de la Victoire ». En effet ce tournoi avait lieu chaque année depuis la défaite des armées immortelles de Morgause et de Cenred. Lorsqu'Uther était encore roi, ce tournoi était réservé aux chevaliers et aux fils issus de la noblesse. Mais depuis le couronnement d'Arthur, ce tournoi était ouvert à tous les hommes qui voulaient y participer : chevaliers, seigneurs, serviteurs ou même fermiers. La seule condition était de posséder un cheval, une armure et des armes pour pouvoir se battre. Les serviteurs possédaient généralement des armes et des armures de moins bonne qualité et par conséquent, ils étaient très vite éliminés. Et encore, cela concernaient les plus chanceux qui atteignaient les dernières épreuves. Le vainqueur de l'an dernier était Arthur lui-même. Mais en tant que roi, il ne pouvait pas participer cette année. Ce tournoi consistait en 3 épreuves : la première était une course à cheval le long d'un parcours d'obstacle. Des anneaux étaient accrochés aux branches d'un arbre au bout du parcours d'obstacle. Les concurrents devaient décrocher un anneau et le ramener au point de départ. Le vainqueur serait le premier à revenir au point de départ avec un anneau. La deuxième épreuve était un concours de tir à l'arbalète ou à l'arc, selon ce que préfèrent les concurrents. La dernière épreuve est un tournoi de combats armés. Chaque participant peut choisir 3 armes à condition ce ne soit pas des armes de tir comme l'arc, l'arbalète ou la lance.
Merlin avait expliqué toutes les règles du tournoi à Jynn qui écoutait très attentivement.
- Si tu gagnes ce tournoi, Arthur sera obligé de reconnaître ta valeur ! dit le jeune magicien.
- Oui mais il ne voudra jamais que je participe.
- Il ne le saura pas. Pour le combat, tu porteras une armure et pour l'épreuve à cheval et celle de tir, nous allons te déguiser. Tu porteras un foulard autour de la tête qui ne laissera dépasser que ton nez et tes yeux. Ainsi personne ne connaîtra ton identité.
- Tu oublies un petit détail : où vais-je trouver une armure ? Je possède un cheval et des armes mais pour le déguisement et surtout l'armure, je n'ai rien.
- Ne t'en fais pas pour ça. Nous avons un allié de poids qui va nous aider. Je lui ai expliqué le plan et elle va nous aider en nous fournissant l'armure, le foulard et tout ce dont tu as besoin.
- Elle ?
- Oui. Tu la rencontreras le jour du tournoi, lui dit Merlin avec un clin d'œil.
Le jour du tournoi arriva. Chaque concurrent se préparait dans sa tente respective. Tous les chevaliers participaient, ainsi que quelques fils des seigneurs du royaume. Il y avait aussi un petit nombre de roturiers dont un forgeron, un écuyer et un fermier. Jynn était dans sa tente en train de se préparer pour la première épreuve avec l'aide de Merlin.
- Tu veux que j'aille préparer ton cheval ? demanda le jeune homme.
- Ce n'est pas la peine. Petit Frère n'acceptera jamais que je le monte s'il est harnaché.
- Tu veux dire que tu comptes faire la course à cru (sans selle) et sans filet ? Comment comptes-tu le diriger alors ?
- Je te l'ai déjà dit plusieurs fois : j'ai grandi avec ce cheval ! Je le connais et il me connait.
- Méfie-toi. Si on te voit diriger ton cheval sans harnachement, on risque de te prendre pour une sorcière.
- Ne t'en fais pas. Tout ira bien. Ah au fait, où est mon foulard ?
- C'est notre allié qui doit me l'apporter. Elle ne devrait pas tarder.
- Tu ne veux toujours pas me dire de qui il s'agit ?
- Bonjour Jynn, bonjour Merlin.
Jynn se retourna et aperçut la reine Guenièvre qui se tenait debout à l'entrée de la tente. Jynn salua respectueusement sa reine qui s'approcha d'elle. Merlin riait discrètement. Il savait que Guenièvre était toujours gênée quand on la saluait.
- Alors c'est elle notre alliée, c'est ça ? C'est la reine ? demanda Jynn à Merlin.
- Oui, répondit-il avec un grand sourire.
- Merlin m'a expliqué ce que tu comptes faire. C'est très courageux. Exactement ce que ferais un chevalier de Camelot. De plus je pense que si une femme pouvait donner une bonne leçon à ces hommes un peu rustres, ça devrait être bénéfique pour tout le monde.
- Alors comme ça vous pensez que je ferai un bon chevalier ? demanda Jynn étonnée.
- Je ne sais pas, je ne t'ai jamais vu te battre. Mais je pense que si on ne te donne pas ta chance, ce serait de l'injustice. De plus j'ai été assez vexée par ce qu'Arthur a dit à propos des femmes qui ne peuvent pas affronter des hommes. Cela m'a étonné, venant de sa part. J'espère vraiment que tu vas réussir et prouver à tous ces hommes que les femmes sont aussi fortes qu'eux. Promet-moi que tu vas leur botter le cul ?
- Comptez sur moi Votre Majesté ! répondit Jynn en riant.
Guenièvre tendit alors un beau foulard noir à Jynn, puis elle fit venir entrer deux serviteurs qui apportèrent l'armure pour les combats. La reine ajouta :
- Je me suis renseignée. Il y a trente concurrents. Si tu parviens à finir parmi les vingt premiers à la course à cheval, tu es qualifiée pour l'épreuve de tir. Et si à l'épreuve de tir, tu finis parmi les dix premiers, tu pourras participer aux combats.
- Entendu !
- Une dernière chose : tu as pensé à un nom ? Je suppose que tu ne participes pas sous le nom de Jynn…
- Non. Merlin m'a inscrite sous le simple nom de Jean. Je suis censé être un marchand, de passage à Camelot.
- Très bien. Je donnerai ton nom à Arthur : Jean le Persévérant. Cela te caractérise bien, je trouve. Bon et bien je vous laisse, je dois rejoindre la tribune royale. Bonne chance !
Guenièvre quitta la tente. Jynn trouvait ce nom de "Jean le Persévérant" vraiment ridicule mais ne fit aucun commentaire. Elle finit de mettre son foulard sur sa tête. Elle enfila une veste de Merlin par-dessus sa chemise pour masquer sa poitrine et sortit. Elle enfourcha Petit Frère en sautant sur son dos. Un cheval ordinaire aurait pris peur et serait partit au triple galop, désarçonnant son cavalier. Mais Petit Frère ne bougea pas d'un pouce. Il attendit que sa cavalière lui dise : « Rejoignons la piste à présent. A nous de jouer Petit Frère ! ». Le cheval se mit en marche et se dirigea de lui-même vers le champ qui avait été emménagé pour la course. Il alla se placer à côté des autres concurrents. Jynn aperçut de loin Messires Léon, Perceval, Elyan et Gauvain. Merlin lui expliqua rapidement le parcours :
- Tu vois, tu dois sauter ces troncs d'arbres, puis tu devras traverser la mare. Tu devras ensuite slalomer entre les drapeaux qui ont été placés et après tu devras de nouveau sauter 3 obstacles. Ensuite tu arriveras à un grand sapin. Des anneaux sont accrochés aux branches. Tu ne peux pas les attraper en restant assise sur ton cheval. Ce sera trop haut. Il faudra que tu trouves un autre moyen. La plupart des concurrents descendront sûrement de cheval pour grimper à l'arbre, mais cela prend beaucoup de temps. Je te fais confiance, je sais que tu trouveras un moyen. Une fois que tu auras l'anneau, tu devras revenir jusqu'à la ligne d'arrivée à cheval, en ligne droit, en sprint. Bon je te laisse, je vais rejoindre Arthur. Vous allez avoir droit à son long discours sur le courage, la loyauté et tout ce qui suit. Bon courage et bonne chance !
- Merci Merlin.
Le jeune magicien avait raison. Arthur debout sur la tribune royale, à côté de Guenièvre, venait d'entamer un long discours sur les valeurs de la chevalerie, il vantait le courage, la force, la précision… Jynn s'ennuyait et sentait que Petit Frère n'attendait qu'une seule chose : que l'on donne le départ de la course. Au bout de plusieurs longues minutes, Arthur finit enfin de parler. C'était à Guenièvre de donner le départ de la course. Elle devait lancer un mouchoir en tissu en l'air. Au moment où celui-ci toucherait le sol, ce serait le top. Tous les cavaliers menèrent leurs chevaux devant la ligne de départ. Chacun observant ses adversaires. Elyan chuchota à Perceval :
- Eh, je pense que nous avons toutes nos chances, les paysans ne possèdent pas de pas de chevaux faits pour la course. Ils ne m'ont pas l'air dangereux.
- Oui. Le seul cheval qui semble assez rapide et puissant, c'est l'étalon noir, là-bas, répondit Perceval en désignant Petit Frère.
- Est-ce que tu sais qui est son cavalier ?
- Non. Mais en tout cas, il compte faire la course à cru et sans harnachement. Il n'avait sûrement pas assez d'argent pour acheter un bon cheval et son matériel.
- Ou alors c'est un fou ! Son cheval a beau être superbe et puissant, son cavalier ne tiendra pas dessus dix secondes s'il n'a pas de selle. Et même s'il garde l'équilibre, il ne pourra jamais diriger son cheval correctement. C'est un fou, je te le dis !
Guenièvre s'approcha du bord de la tribune, leva le bras en tenant fermement son mouchoir. Puis elle le lâcha. Les concurrents préparèrent leurs chevaux et se mirent en position pour partir le plus rapidement possible. Ils ne quittèrent pas le mouchoir du regard. Jynn chuchota à son cheval :
- Courage. Tu as compris ce que tu devais faire ? Le parcours est assez simple. Arrange-toi pour rester en troisième position pour la course d'obstacle. On passera en tête au moment du sprint final. D'accord ?
Le cheval secoua alors la tête, comme s'il avait compris ce que lui disais sa cavalière. Petit Frère commença alors à taper son sabot contre le sol, impatient de commencer.
Et c'est alors que le mouchoir de Guenièvre toucha le sol. Tous les chevaux partirent en même temps à une vitesse folle. Jynn se cramponnait à la crinière de Petit Frère qui était partit dans un galop rapide mais régulier. Celui-ci s'était rapidement placé en troisième position, suivant de très près Messire Elyan qui était second. Un peu plus loin devant se trouvait Messire Léon qui était le favori du tournoi, étant donné qu'Arthur ne participait pas.
Les concurrents sautèrent un premier tronc d'arbre, de taille moyenne. Jynn se hissa un tout petit peu grâce à la force de ses mollets afin de permettre à Petit Frère de sauter parfaitement et aussi pour ne pas être désarçonnée. Elle fit de même au second tronc d'arbre, un peu plus gros.
Dans la foule de spectateurs, c'était l'étonnement. Impressionnés par ce cavalier inconnu qui montait à cheval sans harnachement. Arthur se pencha vers sa femme et lui dit :
- C'est vraiment un très bon cavalier. Il monte à cru aussi bien qu'un cavalier monte en selle. C'est vraiment étonnant.
- Oui, n'est-ce pas ? C'est un marchant, de passage à Camelot. Il a entendu parler du tournoi et a voulu s'inscrire pour gagner un peu d'argent pour s'acheter un harnachement équestre.
- Hum… Mais ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est comment il fait pour diriger son cheval sans les rênes. Monter sans selle, d'accord, je veux bien. Mais comment guide t-il sa monture ? J'aurais tendance à penser qu'il s'agit là de magie.
Merlin qui était juste à côté, entendit la dernière phrase du roi et vint aider Guenièvre qui tentait de trouver une explication logique.
- Si je peux me permettre, j'ai parlé avec ce marchant avant le départ. Il m'a expliqué qu'il a dressé son cheval depuis qu'il était poulain. Il l'a toujours entraîné avec la voix. Son cheval s'est habitué et il se dirige seul à présent.
- Hum… Si tu le dis Merlin, dit Arthur.
Ils reportèrent leur attention sur la course. Jynn avait passé le dernier tronc d'arbre sans problème. Elle était toujours en troisième position mais Gauvain la suivait de près. Guenièvre et Merlin retenaient quasiment leur souffle, inquiets à l'idée de penser que Jynn pourrait perdre. Gaius, assis à côté d'eux, les rassura discrètement afin qu'Arthur ne s'aperçoive de rien.
- Ne vous inquiétez pas. La course n'est pas finie. Et puis souvenez-vous que ce sont les 20 premiers arrivés qui sont qualifiés. Jynn a de la marge !
Merlin et la Reine reconnurent le bon sens du vieil homme. Ils étaient si enthousiastes qu'ils avaient oubliés ce détail. Rassurés, ils regardèrent alors la course sans inquiétude.
Les cavaliers se rapprochaient de la mare. Tous les chevaux sautèrent dans la mare et continuèrent leur course au milieu des éclaboussures pour en ressortir immédiatement. La mare n'était pas immense. Jynn se hissa alors comme elle l'avait fait pour les troncs d'arbre et Petit Frère, au lieu de galoper dans l'eau comme les autres, fit un bond immense et survola littéralement la surface de l'eau pour atterrir juste derrière. Les spectateurs applaudirent ce qu'ils considéraient comme un saut exceptionnel. Petit Frère perdit un peu de temps avec le slalom car à cause de sa vitesse, cela rendait le slalom un peu difficile. A la sortie de cette épreuve, Jynn et Petit Frère étaient cinquièmes ! Gauvain était passé devant eux, ainsi qu'un jeune écuyer apparemment nommé Peter. Jynn récupéra une place lors du saut des trois derniers obstacles. Elle était donc quatrième pour le moment.
Lorsque le grand arbre avec les anneaux fut en vue, Jynn fit quelque chose d'étonnant qui provoqua des « ohhhh » de stupeur dans la foule. L'arbre était à environ une vingtaine de mètres. Messire Léon venait de descendre de cheval pour grimper à l'arbre afin de récupérer son anneau. Jynn commença alors à se mettre debout sur le dos de son cheval, qui galopait toujours. Elle se tenait debout mais comme son équilibre était encore un peu fragile, elle se tenait toujours d'une main à la crinière de sa monture. Heureusement pour elle, la crinière de Petit Frère était assez longue. Lorsque l'arbre fut tout proche, Petit Frère ralentit l'allure afin que Jynn puisse se saisir d'un anneau sans tomber. Une fois debout sur son cheval, les anneaux étaient tout à fait à portée de main. Les autres concurrents la regardèrent avec des yeux ronds. Ils la vire arracher son anneau à sa branche et se laisser retomber sur le dos de son cheval. Une fois assise, sa monture fit demi-tour et partit à toute vitesse en direction de la ligne d'arrivée. Messire Léon était toujours devant eux car il avait eu le temps de remonter à cheval avant que Jynn n'arrive. Elyan et Gauvain se dépêchèrent de descendre de l'arbre avec leur anneau pour remonter à cheval et ils se lancèrent à la poursuite de Jynn. Perceval, malgré sa grande taille, n'arrivait à attraper d'anneau. Grimper aux arbres n'avait jamais été sa spécialité ! Il perdit un peu de temps.
Jynn avait très rapidement rattrapé Messire Léon. Gauvain et Elyan les suivaient mais restaient assez éloignés. Gauvain, à cause de la vitesse et du bruit, dût crier à son ami :
- Qui c'est ce mec ? D'où il sort ?
- Je n'en sais rien. Mais en tout cas, son cheval n'était pas à fond tout à l'heure. Il gardait de la ressource pour le sprint final. Regardes, il a rattrapé tout son retard sur Léon.
En effet, Jynn et Messire Léon étaient désormais au coude-à-coude. Jynn regarda son adversaire et vit que son cheval ne pouvait pas aller plus vite. Elle se pencha alors et chuchota à Petit Frère :
- Vas-y !
Le cheval noir commença alors à doubler l'allure. Il accéléra de façon spectaculaire. Un cheval ordinaire, à cette vitesse-là, aurait été hors de contrôle. Aucun cavalier ne peut diriger un cheval à cette vitesse. Toute la foule pensa que le mystérieux cavalier avait perdu le contrôle de sa monture. Jynn distança rapidement Sir Léon et les autres chevaliers et franchit la ligne d'arrivée. Petit Frère commença alors à ralentir, à passer au trot, puis au pas. Il s'arrêta finalement en face de la tribune royale. Jynn se retourna et aperçut Messire Léon qui franchissait la ligne d'arrivée. Elyan arrivait en troisième. Gauvain en quatrième. Perceval finit la course en septième position. Ils étaient tous qualifiés !
Guenièvre et Merlin étaient heureux et soulagés. Ils tentèrent de masquer leur joie. Guenièvre feignit même d'être déçue que son frère n'ait pas gagné. Mais en réalité, ils étaient très fiers. Jynn ne leur avait pas menti : elle était vraiment la meilleure cavalière !
Arthur dit alors à son valet :
- Ce marchand est extraordinaire !
- Vous n'avez même pas idée, répondit Merlin en souriant.
Les concurrents éliminés regagnaient leurs tentes, déçus et fatigués. Le roi se leva et s'adressa alors aux concurrents qui venaient de se qualifier pour le tir :
- Félicitations à tous ! Vous venez de prouver votre adresse à cheval et vous nous avez offert une course absolument superbe. Nous allons maintenant passer à l'épreuve de tir. Vous avez le choix : vous pouvez choisir l'arc ou l'arbalète. Seuls les dix meilleurs d'entre vous pourront se qualifier. Cette épreuve se déroulera en deux temps : d'abord sur des cibles immobiles. Les quinze meilleurs pourront alors tirer sur des cibles mouvantes. Les cinq autres seront éliminés. Même fonctionnement pour les cibles mouvantes. Si votre flèche ne touche pas la cible, ou bien si elle ne s'y plante pas, vous serez immédiatement disqualifiés. Je vous souhaite à tous bonne chance !
Les concurrents se mirent à la file indienne. Ils tireraient un par un sur la même cible. Ainsi les juges pourront comparer les flèches. Les chevaliers réalisèrent des tirs superbes, tous très proches du centre. La plupart des concurrents avaient choisis l'arbalète. Seul un paysan choisit l'arc. Mais il n'avait pas assez tendu la corde et sa flèche, pas assez puissante, n'atteignit même pas la cible. Jynn était la dernière, juste derrière Perceval. Celui-ci choisit de prendre l'arc. Avec sa force et sa puissance, il tendit la corde de son arc, visa et tira. Sa flèche se planta alors en plein centre de la cible. La foule acclamait le chevalier. Fier de lui, il se retourna vers Jynn, sans savoir qu'il s'agissait d'elle, et lui dit :
- A toi de faire mieux ! Tu as beau être un cavalier remarquable, tu ne peux pas mettre une flèche plus au centre que ce que je viens de faire.
- Tais-toi et observe ! lui répondit sèchement Jynn, un peu agacée.
Un juge s'approcha d'elle et lui demanda :
- Monsieur, prendrez-vous l'arc ou l'arbalète ?
- Arc. Je veux prouver à ce grand balourd que je peux faire mieux que lui, avec la même arme !
Elle se saisit de l'arc qu'on lui tendait, choisit une flèche qui lui paraissait assez légère mais en même temps assez solide. Elle tendit son arc aussi fort qu'elle le pouvait, elle ajusta son tir, ferma un œil, retint son souffle, visa, et tira. La foule suivit la flèche des yeux et poussa alors un cri d'allégresse. Tous les spectateurs se levèrent et acclamèrent alors l'archer qui venait de tirer. En effet la flèche de Jynn, parfaitement centrée, venait de transpercer celle de Perceval. Jynn venait de faire mieux que le chevalier. Elle se retourna vers lui et lui dit :
- Tu disais ?
Le chevalier ne répondit rien. Il était encore sous le choc. Il était impossible de tirer une flèche comme celle-là. Arthur de son côté, ne put s'empêcher d'applaudir. Les dix meilleurs tireurs allèrent se reposer sous leurs tentes avant de commencer les combats dans quelques minutes. Parmi les qualifiés, il y avait bien sûr Messires Léon, Gauvain, Elyan et Perceval, Jynn, quatre nobles et un soldat de la garde. Tous savaient très bien se battre et Jynn pensa que le plus dur était à venir.
Elle se dirigea vers sa tente. Petit Frère avait été nettoyé et il mangeait à présent des légumes qu'on lui avait apportés. Jynn s'approcha de lui et le félicita pour la course qu'il avait accomplie. Puis elle retourna sous sa tente, où l'attendait Merlin et Guenièvre qui étaient entrés discrètement, sans que quiconque les aperçoive. Ils la félicitèrent pour ses performances remarquables. Elle les remercia, un peu gênée. Ils l'aidèrent alors à enfiler son armure.
De leur côté, les chevaliers discutaient sous leur tente commune de ce mystérieux concurrent qui étonne tout le monde. Arthur entra à ce moment-là.
- Alors comme ça mes nobles chevaliers sont incapables de gagner face à un simple marchand ? plaisanta-t-il.
- Vous l'avez bien vu Sire, répondit Elyan. Il est meilleur que nous à la course. Et pour ce qui est du tir, reconnaissez que vous n'auriez pas fait mieux.
- Je le reconnais, admit Arthur.
- Si vous voulez mon avis Majesté, ce n'est pas comme vous l'appelez un « simple marchand ». De plus, personne n'a encore pu voir son visage. C'est étrange, ajouta Messire Léon.
- Ne vous en faîtes pas. De toute façon, je sais très bien que vous êtes les meilleurs au combat. Il n'y a aucun risque. Ce qui compte dans ce tournoi ce n'est pas le nombre d'épreuves remportées, c'est surtout de gagner la dernière. Ce n'est pas le départ qui compte, mais l'arrivée ! C'est Gaius qui m'a dit ça un jour.
Le roi quitta alors la tente de ses chevaliers et retourna dans la loge royale. Peu de temps après, il fut rejoint par Guenièvre et Merlin qui avaient laissé Jynn un peu seule dans la tente. Il fallait qu'elle vide son esprit avant d'aller combattre. Arthur, qui n'étaient pas au courant qu'ils avaient quitté la loge, leur demanda alors :
- Vous étiez vous passé ?
- Euh… nous… hésita Guenièvre.
- J'ai accompagné la Reine qui avait besoin de se rafraîchir un peu, dit Merlin.
- Te rafraîchir ? Mais tu es la reine, bon sang ! Si tu as besoin de te rafraîchir, dis-le et on t'apportera de quoi boire ou autres. Tu n'as pas besoin de te lever.
- Je ne veux pas profiter de privilèges que d'autres n'ont pas, répondit Guenièvre sur un ton un peu sévère.
- Tu as raison, reconnut Arthur.
- Et toi ? Où étais-tu ?
- Je suis allé voir Perceval et les autres. Ils sont vraiment surpris par ce marchand. Mais bon, il a beau être très fort au tir ou à la course, c'est la dernière épreuve la plus importante et personne n'est aussi fort que mes chevaliers.
- C'est ce que nous verrons, ajouta Merlin en souriant.
- Tu veux peut-être parier mon cher Merlin ? demanda Arthur en souriant. Je te propose ceci : si un de mes chevaliers gagne, je doublerai tes tâches et je t'enlèverai les deux serviteurs qui t'aident. Si c'est un autre concurrent, je te laisserais tranquille pendant toute une journée.
- Entendu ! répondit Merlin.
Les concurrents arrivèrent alors. Tous portaient une armure. Arthur s'adressa alors à eux, un par un :
- C'est maintenant l'heure de la dernière épreuve, ma préférée. Le combat singulier. Vous avez le droit de choisir trois armes chacun à condition que ce ne soit pas des armes de tir. Le bouclier est compté comme une arme. Messire Léon, que choisissez-vous ?
- L'épée, le bouclier et la masse, Mon Seigneur.
- Messire Elyan, que choisissez-vous ?
- L'épée, le bouclier et le poignard.
- Messire Gauvain ?
- La même chose que Messire Elyan.
- Messire Perceval ?
- Je prendrai la hache, le bouclier et la masse.
Cela se poursuivit ainsi pour chaque concurrent. Ils prirent tous une épée, un bouclier et une troisième arme de courte portée. Même le soldat. Les fils de nobles prirent le bouclier pour avoir la fierté de porter leur blason. Quand Arthur s'adressa à Jynn :
- Et vous Marchand ?
- Je choisis mes deux épées et mon fouet Messire !
Tout le monde fut assez surpris de ce choix. Personne n'avait jamais assisté à un combat au fouet. De plus lorsque le mystérieux marchand prit ses épées, la foule fut étonnée de voir qu'elles étaient plus petites que des épées normales. Les chevaliers se mirent à rire en voyant ces épées :
- Oh que c'est mignon. Des cure-dents ! plaisanta Gauvain.
Jynn, bien qu'agacée, ne répondit rien. Elle ne voulait pas gaspiller de l'énergie pour un frimeur comme lui.
- Et attention les gars, méfiez-vous. Il possède une ficelle ! Il va sûrement nous mettre au pas, et puis si ça se trouve on va même devoir faire le beau, continua Gauvain.
- Gauvain cela suffit ! intervint Messire Léon. Chacun est libre de choisir ses armes. Tu ferais bien de te méfier. S'il a choisit ces armes-là, c'est qu'il y a bien une raison. Et n'oublie pas qu'il s'agit de ses armes, il doit sûrement savoir les utiliser.
Gauvain ne rajouta rien. Ils se tournèrent alors vers le tableau des combats. Au premier tour, Gauvain devait affronter le comte Henri de Meynard, le fils aîné d'un seigneur voisin. Messire Léon affrontera le soldat de la garde. Jynn affrontera Gabriel de Meynard, le frère cadet de l'adversaire de Gauvain. Les deux autres nobles encore en course se battraient l'un contre l'autre. Et malheureusement pour eux, Perceval et Elyan s'affronteraient dès le premier tour !
