A/N : Bonjour, merci pour vos nombreux retours, je vais juste souligner que je n'aime pas trop les mots "salope" ou "pute" parce qu'une femme couche avec deux hommes. L'important est le consentement à vivre certaines choses et le contexte. Dans le cas précis, Emma, on va le voir, n'est pas forcément "consciente" de ses choix pour l'instant, mais en aucun cas elle ne mérite ce genre de qualificatifs, et aucune femme ne le mérite quelques soient ses activités sexuelles.
Nous faisons un petit coucou à Summerspell, merci pour la pub c'est très sympa. Si vous ne connaissez pas ses écrits, nous vous invitons à vite aller les lire, nous les aimons beaucoup.
Bonne lecture.
Épisode 1 – Deux sœurs, Partie 2/2.
Elsa avait rangé la maison, nettoyé les saletés laissées par les mecs d'Emma, elle était outrée d'avoir trouvé un préservatif dans la salle de bain, traînant sur le sol.
«- Bordel, j'en ai foutrement marre ! » Grogna-t-elle.
Elle devait parler d'une chose ou deux très importantes à Emma ; la maison de la plage se séparait au sud, dans une autre dépendance qu'elles n'avaient pas utilisé jusqu'alors, et Elsa avait trouvé une locataire pour cette partie indépendante de la maison. Il s'agissait de sa psychologue, car Elsa était arrivée en Californie dans l'idée d'en finir avec sa vie, plutôt que de la continuer. Elle avait été longuement suivie par un centre LGBT pour l'aider à faire face à ce qui la traumatisait à ce point. Elle avait refusé les groupes de parole et seule la psychologue avait réussi à la sortir de son silence après trois années de travail. Elles avaient fini par lier des liens en dehors de la thérapie, surtout que celle-ci avait trouvé sa fin il y avait quelque mois déjà.
Elsa avait fui le domicile de ses parents et avait quitté l'Idaho aussi vite qu'elle avait pu. Elle abhorrait les Andersen, ses parents ; ils n'avaient jamais réussi à la comprendre - et pire, ils l'avaient tellement méprisée qu'ils avaient adopté à nouveau une adolescente, à peine plus âgée qu'elle. Elsa vouait déjà une haine mortelle pour cette nouvelle enfant qui viendrait prendre sa place. Emma, qui était alors à l'université et en internat, ne la gênait plus dans sa quête d'amour de ses parents. L'arrivée d'une concurrente lui avait fait horreur. Mais ce qui s'était passé avait été tout autre. Elsa venait d'avoir quinze ans. De nature introvertie, s'habillant en noir juste pour faire hurler ses parents, elle était en pleine période d'affirmation, qui jusqu'ici ne l'avait pas conduite à réfléchir sur ce qui allait lui arriver.
L'autre gamine était descendue de la voiture de son père, une jeune fille de 14 ans, l'air perdue et avec une natte rousse de chaque coté du visage. Le cœur de la jeune blonde s'était arrêté de battre, son sang avait pulsé d'une manière étrange, elle avait eu froid puis subitement chaud à un endroit où il ne se passait généralement pas grand chose, l'air venait à lui manquer. Des papillons électriques avaient résolument décidé de faire leurs nids dans son ventre à la vue de la jeune fille qui se dirigeait timidement vers elle, portant sa valise à bout de mains. Anna s'était tenue devant elle, les yeux écarquillés elle aussi, elle n'avait jamais vu une fille avec des cheveux presque blancs et de grands yeux gris bleus métalliques. Anna avait tout de suite été effrayée par le regard étrange d'Elsa, totalement inconsciente du trouble qu'elle venait de faire naître dans l'autre jeune fille. Anna avait tendu sa main vers elle pour la saluer. Elsa n'avait pas bougé d'un poil, fixant outrageusement la rousse.
«- Euh... Ben salut » avait lancé Anna en continuant son chemin, suivant son « nouveau père », et déjà totalement apeurée par cette « sœur » qui n'avait même pas daigné lui adresser la parole.
Elle avait alors senti une main sur la sienne et Elsa s'était emparée silencieusement de sa valise.
«- Salut » avait marmonné cette dernière.
Son plan diabolique pour faire fuir la nouvelle venue était tombé à l'eau. Jamais elle n'avait souhaité autant l'arrivée d'Anna.
Les semaines avaient passées et Elsa était juste adorable et serviable envers Anna. La rousse riait de ses bêtises, Elsa s'essayait à toutes les gammes de séduction tendre envers la nouvelle venue. Incertaine, la blonde ressentait quelque chose de nouveau qui pouvait se résumer en une seule chose, l'amour. Si Elsa aimait Emma d'un amour fraternel farouche et parfois teinté de rivalité, ce qu'elle ressentait pour Anna était une toute autre chose. L'odeur d'Anna, ses rires, sa pensée, sa façon d'être la fascinait ; elle avait envie de la saisir dans ses bras, de la câliner et de l'embrasser... Et pour sa plus grande crainte, cela n'avait rien avoir avec des envies chastes. Anna quant à elle, était semblait-il d'une naïveté à toute épreuve ; elle prenait la main d'Elsa pendant l'office, câlinait le bras de sa « sœur » avec tendresse, elle était toujours littéralement collée à Elsa.
Ses parents étaient heureux ; Elsa semblait s'assagir et montrer son bon cœur à sa nouvelle sœur. Quoi de plus beau. Le mouton noir rentrait dans les rangs, Anna avait fait un miracle et Elsa gagnait l'amour de ses parents.
La naïveté joyeuse d'Anna avait cessé de faire effet avec le temps sur Elsa, qui culpabilisait de plus en plus d'avoir des désirs inavouables envers la jeune fille rousse. Elle avait l'impression de lui mentir, de la tromper outrageusement. Elsa pleurait parfois à chaudes larmes, seule, recroquevillée dans son lit. Anna ne disait rien et lui caressait les cheveux, persuadée que sa sœur adoptive avait connu quelques affres amoureux dont elle gardait le secret.
«- Qu'est-ce qui se passe Elsa ? » demandait inlassablement la jeune femme, et Elsa se taisait dans un silence de plus en plus effrayant.
À dix-sept ans, Elsa avait eu sa prise de conscience. Elle était amoureuse d'Anna, ce qui faisait d'elle une lesbienne. Elle était donc maudite doublement, au regard de Dieu et de ses parents, voilà qu'elle était une perverse absolue, nourrissant un amour incestueux envers sa sœur adoptive. Car bien qu'elle fut adoptée et non du même sang, la famille Andersen avait également donné son nom à Anna, la liant à jamais à Elsa. Cette dernière était encore croyante, toute son enfance s'était passée au presbytère et il lui était difficile d'assumer quoi que ce soit dans ce contexte étouffant.
Elsa avait tout tenté et avait fréquenté un garçon dénommé Kristoff, dont Anna était aussi l'amie. La jeune blonde avait tenté de ressentir quelque chose pour ce garçon, mais en vain. Elle avait fui lors de son premier rendez-vous avec le garçon et s'était réfugiée dans le cabanon au fond du jardin de ses parents, pleurant plus que de raison. Elle avait saisi un bout de verre pour se cisailler les veines, Elle avait alors pensé qu'elle ne méritait en rien de vivre. Anna était venue derrière la porte, écouter et consoler Elsa, sans saisir la difficulté atroce que tout cela devait revêtir. Emma qui était présente ce week-end là, avait fait irruption dans la cabane, avait saisi Elsa par le col et l'avait embarqué dans sa voiture.
Elles avaient longuement discuté, le caractère violent d'Emma tranchait avec celui d'Elsa, plus introvertie. Celle-ci avait dit être tombée amoureuse d'une fille, sans préciser qu'il s'agissait d'Anna. Emma avait soupiré et dit « ça va pas plaire à nos parents ça... Mais c'est comme ça Elsa... Accepte-toi, ou sinon ils auront ta peau ici. Je ne suis pas partie pour rien, tes parents... Ils ne sont pas sains, tu n'as rien à te reprocher bordel... » Elsa avait fondu en larmes dans les bras de sa grande sœur.
Depuis cet incident et ce coming-out assez terrible, les deux sœurs avaient fui ensemble les parents après avoir laissé une lettre, parlant de liberté et de tolérance sans préciser réellement de quoi il en retournait, discours qui n'allait sûrement pas dans le sens des parents. Anna partait à l'université d'ici quelques mois, et les deux blondes étaient soulagées de ne pas la laisser seule avec ces fous.
Les Andersen, sous leurs aspects gentil et protecteur, étaient des personnes peu ouvertes sur le monde, restant dans leur communauté religieuse. La télévision avait été proscrite et ils limitaient les connexions internet, comme si elles avaient été des enfants toute leur vie.
Emma avait été la première à s'échapper pour suivre des études liées au sport, les compétitions de gymnastique lui ayant permis de décrocher une bourse. Revenue voir ses sœurs régulièrement, elle avait fini par espacer les contacts avec ses parents adoptifs, se souvenant encore de la ceinture du père qui s'était trop souvent trouvée en contact avec son dos lorsque, épuisée, elle refusait les exercices d'assouplissement. Elsa, si elle n'était pas battue, se prenait des réflexions acerbes de ses parents, destructeurs et violents moralement.
Anna était la seule à échapper à ce genre de choses, son arrivée ayant curieusement apaisée le couple. Anna était parfaite, gentille, polie, agréable en société, elle faisait la fierté des Andersen. Mais par dessus tout, Anna aimait Elsa d'un amour tendre et affectueux, elle avait une admiration sans borne pour elle. Elsa savait couper du bois avec un hache, Elsa savait dépanner le tracteur quand il était en rade, Elsa, Elsa... Elle n'avait que le prénom de sa sœur à la bouche. Et Elsa jouait les princes charmants, jusqu'à ce que le jeu se révèle plus réaliste que convenu, voire malsain par son coté mensonger, effrayant Elsa elle-même. Son brusque retrait de leurs jeux habituels avait fini par blesser Anna, mais qui, armée de son bon cœur, mettait cela sur les difficultés d'Elsa à exprimer ses sentiments, comme ses opinions.
Elsa avait quitté la ferme un beau matin, laissant un baiser chaste en apparence sur les lèvres d'Anna endormie, glissant un courrier vaguement explicatif sur son départ, la laissant sans adresse. Elle savait qu'elle briserait le cœur d'Anna, mais leur relation n'était qu'un mensonge, un mensonge qu'elle n'aurait pas sut garder et qui aurait brisé l'âme innocente d'Anna. La rousse finirait par la haïr, et cela était presque mieux ainsi. Emma avait récupéré sa sœur dans la ville la plus proche dans son Bug, cadeau d'un ex inconnu dont elle refusait de parler à Elsa. Celle-ci, engoncée dans son siège, avait laissé les larmes couler le long de ses joues ; elle avait pensé à sa mère, qui avait été incapable toute sa vie de faire preuve d'amour, et surtout à Anna qu'elle perdait à jamais. Jamais ses 19 ans ne lui avait paru aussi lourd à vivre que ce jour-là.
Arrivée en Californie, Elsa avait commencé une dépression nerveuse, et Emma avait payé les séances chez un psychologue. Peu à peu, la plus jeune sœur avait à nouveau fait surface, mais concrètement, l'amour qu'elle vouait à Anna ne s'éteignait pas ; il avait le parfum de l'innocence, de la fin de leur enfance, des moments rares et heureux où Elsa s'était sentie aimée de ses parents, même si c'était une illusion. Anna l'avait rendu heureuse. Aucune autre jeune fille ne trouvait grâce à ses yeux, ni Ariel, ni Ruby, ni toutes les autres. Non, aucune ne surpassait ou ne faisait le poids face à cet amour d'adolescence qui ne voulait pas mourir.
Emma n'avait pas gardé contact avec ses parents adoptifs, et encore moins avec Anna qu'elle ne connaissait à vrai dire pas du tout. Elle avait même retrouvé les origines de ses parents biologiques et avait fait les démarches pour porter leur nom.
Au fur et à mesure, Elsa s'était enfermée dans une solitude glaçante, où les filles qui tombaient amoureuses d'elle se fracassaient inlassablement sur un mur si haut que rien ne semblait pouvoir le franchir. Seule sa thérapeute l'avait petit à petit aidée à vivre, ou du moins à essayer de ne pas s'auto-détruire à cause de cet amour tortueux.
Elsa avait une admiration sans borne pour celle qu'elle appelait dorénavant Regina.
