Chapitre 1
Voilà plus de quatre heures que Uriel était enfermé dans l'ancien bureau de Sévy à plancher sur divers dossiers. Notamment sur ceux traitant des Aïons et des mesures qui avaient été prises afin d'améliorer leurs conditions de vie. D'ailleurs, Gabriel devait le rejoindre pour y travailler elle aussi; surtout que c'était elle qui avait fait ouvrir ces dossiers, et que ce projet lui tenait énormément à cœur. Et puisqu'on parlait du loup, la voilà qui justement arrivait.
Il ne fallut pas longtemps à Uriel pour se rendre compte que quelque chose n'allait pas.
Pour commencer, elle était entré en coup de vent sans même frapper, avant de refermer la porte derrière en la claquant. Et ce genre de comportement ne lui ressemblait vraiment pas.
Ensuite, elle avait marmonné un « B'jour », après s'être installée en face de lui et attrapé le premier dossier venu.
C'était sûr : elle était méga en colère. Et vu la façon dont elle semblait remontée, Uriel ne connaissait qu'une seule personne capable de la mettre dans un tel état de rage.
Il se laissa aller bien au fond de son fauteuil en soufflant.
-Qu'est-ce qu'il t'a encore fait? Il a une fois de plus réussi à te bloquer dans un coin? - interrogea t-il aussi exaspéré qu'elle.
Elle jeta violemment le dossier sur le bureau.
-Mais quel pauvre type ce Raphaël! - s'écria t-elle furibonde. Il ne changera jamais décidément! Je regrette le temps où il était encore en sommeil : parce que là au moins j'avais la paix!
-Comment tu t'en ais sorti cette fois? Tu lui as carrément mit une droite comme l'autre jour? - sembla s'amuser Uriel de ce détail.
-Figure-toi que j'étais sur le point de lui en coller une autre, quant Michael sorti de nul part, l'attrapa par le col et s'en alla en le traînant derrière lui. D'ailleurs, je ne sais même s'il a remarqué que c'était moi la victime du moment de Raphaël.
-Tu sais, je pense que ça fait longtemps que Michael a cessé de faire attention aux femmes que Raphaël tente de séduire. Faut dire aussi qu'il y en a tellement que je suis certains que même toi tu saturerais.
-Ce comportement de débauché n'est vraiment pas digne d'un ange. De plus, il ne se rend même pas compte du mal qu'il fait à Babiel cet idiot! - s'exclama t-elle révoltée.
-Babiel? - répéta Uriel visiblement perplexe.
-Voyons, tu es aveugle ou quoi?! Ça crève les yeux qu'elle est folle amoureuse de lui. Oh bien sûr, elle fait l'indifférente voire même l'amusée face aux travers de Raphaël. Mais c'est évident que ce n'est là qu'une façade.
-Peut-être. Néanmoins, je ne crois pas que cela nous regarde, dit Uriel avec sagesse.
-C'est vrai. Il n'empêche que je suis quand même triste pour elle, se résout Gabriel en faisant une moue bougonne.
Il y eut un bref silence durant lequel ils avaient chacun reprit l'étude d'un dossier.
-Au fait, ce n'est pas pour changer brutalement de sujet; mais avec cette histoire j'ai oublié de te dire que j'ai décidé de me présenter moi aussi aux prochaine élections, pour être le nouveau premier ministre. Ça ne te dérange pas j'espère?
-Bien sûr que non! - répondit Uriel avec enthousiasme. Au contraire, ça m'arrangerait que tu sois élue parce que tu es mieux placée que moi pour occuper ce poste. Et puis, je ne pouvais rêver d'un meilleur adversaire.
-Tu exagères. Il n'y a pas que nous deux dans la compétition.
-Tu m'excuseras, mais Nelchaël et Saël sont du menu fretin à côté de toi.
-Arrêtes tes idioties! Tu vas me faire rougir! - ria t-elle en se cachant derrière la pochette de son dossier.
-En parlant de te faire rougir, c'est probablement ce que je risque de faire, mais néanmoins de colère, lorsque je vais t'annoncer ça, lui assura t-il en se pinçant la lèvre inférieur d'un air anxieux.
-Comment ça?! - s'inquiéta t-elle subitement en baissant violemment la pochette de devant son visage.
-Et bien, pour que les Aïons puissent intégrer sans danger notre système, ils doivent en premier lieu passé un examen médical complet. Par conséquent, je suppose qu'il est inutile de te préciser avec qui tu dois arranger ce détail.
Pendant un moment, il vit le visage de Gabriel devenir blême et se décomposer.
-Oh non, se laissa t-elle aller au désespoir.
… à suivre
