Chapitre 2 : Départ pour les montagnes

Cela faisait vraiment une impression étrange de sentir de nouveau le souffle du vent sur son visage. Sa décision prise, Mablung avait de nouveau ceint Aranruth et avait passé le portail que Manwë avait ouvert devant lui. Et à présent, l'elfe observait le paysage qui se présentait devant lui. Une large vallée, au fond de laquelle coulait une rivière claire comme il en avait rarement vu, même en Doriath. Une forêt de pins la bordait, et un pont l'enjambait à quelques mètres de lui. Derrière ce pont, une porte décorée et grande ouverte, comme si les habitants de la demeure qui se dressait derrière ne craignaient pas que des intrus y pénètrent. L'elfe souffla un coup et passa le portail.

Il ne fit pas trois pas qu'un elfe de haute taille s'avança vers lui. Il portait une tunique rouge brodée, qui allait à merveille avec son air fier et son port de tête royal. Une légère couronne d'argent retenait ses cheveux mi-longs d'un noir de jais, dont deux mèches tressées pendaient sur ses épaules. Il fixa Mablung d'un regard pénétrant, qu'il lui rendit de toute la force de son âme. Alors un sourire éclaira le visage sévère du maître de la maison.

- Vous êtes exactement comme les anciens écrits le disent, Mablung de Doriath. Je suis heureux que les Valars s'intéressent encore assez à notre cas pour nous envoyer un héros de jadis, tombé courageusement en combattant la fourberie de Morgoth. Bienvenue à Fondcombe, la dernière Demeure Simple à l'ouest des Monts Brumeux. Je suis Elrond, mais je suppose que cela, vous l'aviez deviné.

- En effet, cousin. Votre réputation vous précède, même à Valinor.

- … Cousin ?

- Si je ne me leurre pas, vous êtes le petit-fils de Tuor, le fils du frère du fils adoptif de Thingol, ce qui fait en quelque sorte que nous sommes cousins.

Un grand rire partit à la droite de Mablung, et un humain grand et mince, mais néanmoins musculeux, se présenta à lui. Il portait des habits de voyage usés, une longue épée et deux couteaux à lame courbe à la ceinture, ainsi qu'un arc passé en travers de ses épaules. Une courte barbe soigneusement taillée soulignait ses traits d'une élégance rare chez les humains, et pourtant il appartenait indubitablement à leur espèce.

- J'ai rarement été témoin de présentations aussi compliquées ! Estannen Aragorn, Arathornion, dit l'homme dans un elfique parfait. Et comment dois-je appeler celui qui a si bien su répliquer au seigneur de Fondcombe ?

- Je me nomme Mablung, des anciennes forêts de Doriath, et je viens escorter un certain anneau jusqu'à un pays où la mort et le désespoir règnent en maîtres, et où un vieil ennemi de ma connaissance a autrefois été vaincu.

Aragorn resta interdit face à cette déclaration, incapable de déterminer si son interlocuteur était sérieux ou le faisait marcher, ce qui était plus probable. Mais l'air sérieux de l'elfe lui faisait croire qu'il était bel et bien venu à Fondcombe dans le but de se joindre à la communauté.

- Et bien alors, bienvenue parmi nous, Mablung. Malheureusement, nous allions partir et je doute que vous ayez le temps de vous reposer avant notre départ…

- Ce n'est pas un problème. J'ai dormi bien assez comme ça, répondit l'elfe avec un sourire.

A ce moment, quatre petits hommes sortirent du bâtiment principal et rejoignirent Aragorn. Devant l'air étonné de l'elfe, il se livra à une petite explication.

- Ces semi-hommes sont des hobbits, et Frodon, ici présent, est le porteur de l'Anneau Unique.

Le hobbit en question salua Mablung. Il semblait pris dans des pensées bien trop sombres pour un tel endroit, comme si la relique passée à un collier autour de son cou pesait bien plus que son poids sur les épaules du frêle porteur. Le hobbit qui se tenait juste à ses côté s'appelait Sam Gamegie, et était d'une constitution bien plus forte que son ami. Les deux autres étaient Meriadoc Brandebouc, ou Merry, et Peregrin Touque, ou Pippin. Ils semblaient bien plus joyeux que leurs compagnons. « Avec eux, aucun risque de s'ennuyer », pensa l'elfe.

A peine les présentations étaient-elles finies qu'un second humain arriva, en compagnie d'un vieil homme se présentant comme le magicien Gandalf le gris. Ce nom ne lui disait rien, et pourtant Mablung était certain de l'avoir déjà vu quelque part… dans une autre vie.

L'humain était étonnamment grand, dépassant d'une tête Mablung, qui pourtant ne se plaignait pas d'être petit. Il portait une tunique de voyage richement décorée bien que déjà visiblement utilisée souvent, par-dessus de laquelle était passé un grand manteau lui aussi très élégant. Ses cheveux étaient bruns, parsemés de reflets roux, et son épée reposait dans un fourreau d'acier, à côté duquel était accroché un grand cor de guerre. Un grand bouclier rond était attaché dans son dos. Immédiatement, l'elfe fut pris de sympathie pour cet homme qui lui rappelait les habitants du Brethil, loin dans le passé. Il se présenta comme étant Boromir, fils de l'intendant du Gondor, nation qui tenait tête à Sauron depuis des siècles.

Puis des cris de chamailleries et de railleries se firent entendre à leur gauche. Un elfe blond arriva et se présenta en tant que Legolas Vertefeuille. Bien qu'étant de la même race, il leur suffit d'un regard pour qu'un climat de défiance s'installe entre eux. Les elfes verts, habitants des forêts, s'étaient lâchement en refusant d'affronter Morgoth, et le souvenir de cette couardise pourchassait Mablung. Ils se saluèrent froidement, mais plus froid encore furent les salutations suivantes, avec un nain, Gimli fils de Gloïn. L'elfe ne lui tendit même pas la main. Jamais il n'oublierait ce que ceux de son peuple avait fait subir à la magnifique forteresse de Thingol et aux forêts de Doriath, et tout cela uniquement pour un joyau disparu depuis.

Voyant la tension qui s'installait dans le groupe, Gandalf les pressa de se mettre en route, et ainsi ils partirent vers les contreforts des Monts Brumeux, première étape de leur voyage.