Et on continue dans la fluffitude et le marysuage à fond! Huhu
Merci pour votre intérêt, bonne lecture!
Sleeping Nanny
Partie 1
Le massage Shiatsu
Je fermai mon journal après avoir lu la dernière ligne. Je ne me relisais pas souvent, mais parfois ça m'aidait à y voir plus clair quand un truc clochait chez un de mes Avengers.
Ce journal me servait pour faire le compte-rendu de l'évolution de mes petits guerriers. Je ne pouvais pas parler de ce que je vivais sur un blog ou une plateforme de média social quelconque, comme il était de coutume de nos jours de faire. La vie des Avengers était déjà scrutée à la loupe par tout le monde, l'armée, le gouvernement, les citoyens de toute la planète. Les yeux étaient rivés constamment sur eux et on était toujours en quête d'un fait saillant sur leur compte. Il n'était pas question que j'alimente les ragots en parlant d'eux sur Internet.
Le hic c'est que j'avais besoin de m'épancher. Je menais une vie hors de l'ordinaire pour une humaine aussi ordinaire que moi. Côtoyer l'insolite au quotidien était parfois, même souvent, un peu bouleversant pour moi. J'avais besoin d'extérioriser toutes les émotions que ces gens-là me faisaient vivre. Je ne pouvais me confier à personne, j'avais signé une clause de confidentialité qui m'interdisait de parler de ce qui se passait dans cette tour. Mais, même sans cette clause, je n'aurais pas eu le coeur de me confier à un ami. Je respectais trop les gens avec qui je travaillais pour parler d'eux dans leur dos. De toute façon, des amis, je n'en avais plus tellement. J'étais trop occupée. Mon boulot était un boulot à temps plein, 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Je n'avais plus le temps pour entretenir des relations. Par chance que je n'avais pas de famille non plus parce que je les négligerais bien malgré moi.
Bref, il ne me restait plus que ce journal pour extérioriser ce que je vivais. Un bon vieux journal intime, avec de vraies pages en papier.
C'était lui mon confident. L'ennui c'est qu'il ne me donnait pas beaucoup de conseils, ce confident...
Et aujourd'hui encore, je le fermai, bredouille, insatisfaite et toujours embêtée par le cas "Bucky". J'avais écrit plus sur lui que sur tous les autres membres du groupe réunis ensemble. Il était un mystère pour moi, une sorte de quête à accomplir et le nombre de pages que je lui avais consacré prouvait à quel point il me turlupinait.
C'était lui ma principale source de soucis ces temps-ci. Non qu'il le faisait exprès.
J'étais du genre... insistant. Quand un truc ne se passait pas comme je l'avais prévu, je voulais tout faire pour rectifier le coup. J'étais un peu trop acharnée.
Peut-être que je devais laisser tomber et arrêter de vouloir à tout prix devenir amie avec lui.
C'était tout de même perturbant; jamais de ma vie on ne m'avait rejetée jusqu'ici. Mon orgueil en prenait un coup.
Il fallait juste que j'apprenne à lâcher le morceau.
Ce que je fis au cours des semaines qui suivirent.
Je tins ma promesse; je continuai de faire mon boulot de nounou tout en faisant bien attention de disparaître de la vue de Bucky.
Il se passa trois semaines où je remplis ma mission à la perfection.
Et puis le destin a décidé de s'en mêler...
Steve était parti pour une mission d'espionnage. C'était la première fois qu'il laissait Bucky seul. Enfin... Il y avait Tony, mais ça ne comptait pas vraiment pour de la bonne compagnie étant donné leurs... différends. Docteur Banner était là aussi, mais il était toujours enfermé avec le Docteur Cho, pour faire des expériences qui dépassaient ma capacité de compréhension. Les autres Avengers étaient partis. Il restait quand même plusieurs personnes au quartier général. Elles ne vivaient pas toutes entre ces quatre murs comme moi, mais elles travaillaient ici tous les jours: des anciens agents du SHIELD, triés sur le volet, des employés de bureau qui s'occupaient de la paperasse diplomatique, des gens comme moi qui s'occupaient de l'entretien des lieux. On était peut-être une cinquantaine en tout.
Après le départ de Steve, Tony avait pris les rênes de l'établissement. Il devait manquer de bidules à réparer et de machinerie à démonter et remonter parce qu'il décida, pour tromper son ennui, d'organiser une session de cours obligatoires pour tous les occupants du site. Quand FRIDAY annonça dans les haut-parleurs que Tony exigeait notre présence dans la salle d'entraînement, ça ne me disait rien qui vaille.
J'eus raison de me pointer là-bas avec toute l'appréhension du monde parce que Tony décréta à l'assemblée qu'on devait subir un entraînement de base. Beaucoup d'entre nous n'étaient que de simples citoyens, comme moi par exemple, ou des scientifiques ou des médecins qui n'avaient aucune notion de self-defense. Tony avait engagé beaucoup de civils après le démantèlement du SHIELD, c'était un moyen comme un autre de s'assurer que le nouveau personnel n'était pas à la solde d'HYDRA. Mais voilà. Beaucoup de civils qui ne savent pas manier une arme, ça pouvait vite devenir problématique quand on travaillait au sein des Avengers. En bref, nous étions faibles et vulnérables, et Tony s'était mis en tête de faire de nous de bons soldats. À défaut d'être un bon Avenger, nous serions au moins capables de riposter si on attaquait le quartier général.
Je n'aimais pas ce plan du tout. Je déteste la violence sous toutes ses formes et si j'en jugeais la réaction peu enthousiaste dans la salle, c'était le cas de beaucoup d'entre nous aussi. Je n'étais pas en grande forme non plus. Je n'étais pas de ceux qui pouvaient faire un petit jogging revigorant tous les matins. J'avais une santé physique qui laissait un peu à désirer. Rien de bien méchant. De toute façon, je n'aimais pas l'exercice en soi, alors ça ne m'affectait pas vraiment de ne pas pouvoir faire de la natation ou du vélo. J'étais plutôt du type "prenons une grande marche de santé, de préférence sur un terrain plat, et respirons tranquillement le grand air".
On s'est plié aux exigences du grand manitou, malgré nos réticences. Il y avait des ex-agents qualifiés parmi nous et Tony désigna plusieurs d'entre eux pour diriger différents groupes d'élèves. Et bien sûr, Bucky fut l'un d'entre eux. Il n'était pas très enchanté de jouer les professeurs, mais il avait besoin de distraction pour oublier l'absence de son ami. Il n'aimait pas être laissé derrière quand Steve partait en mission, mais on ne lui avait pas encore donné le feu vert pour reprendre du service. Il n'était pas encore prêt. Bucky avait compris ça, mais il en demeurait tout de même très frustré. Et cette petite séance d'entraînement allait contribuer à lui faire oublier un peu de cette frustration, j'en étais sûre.
Hélas, je n'avais pas prévu que Tony forme les équipes lui-même et je me suis retrouvée malheureusement dans le groupe dirigé par Bucky. Moi qui voulais me faire oublier de lui, j'en étais pour mes frais...
La première heure d'entraînement fut pénible. Elle avait pour but de déterminer la force, l'endurance et l'habileté de chacun de nous. Après, nous serions tous classés en sous-groupes selon notre degré d'expertise. Je n'avais pas besoin de cette heure de supplices pour savoir déjà que je serais classée dans la catégorie débutante-nulle-en-tout. J'étais jumelée à d'autres civils comme moi qui n'avaient jamais donné un coup de poing de leur vie, mais il s'avéra que j'étais encore plus lamentable que tout le monde. Bucky me le fit bien sentir avec ses roulements d'yeux, ses claquements de langue désapprobateurs, sa tête qui faisait "non" d'un air excédé à chacun de mes mouvements. L'heure fut pénible, mais plus encore le regard de Bucky sur moi. Et plus il me regardait comme ça, plus j'enchaînais les erreurs. J'essayai malgré tout de garder le sourire parce que... Bah, parce que c'était tout moi ça; de sourire pour un rien tout le temps. C'était mon attirail pour contrer l'apitoiement.
Au terme de cette heure, nous eûmes une pause où j'en profitai pour boire de l'eau et ramener mon inhalateur -je n'étais pas au bord de la crise, mais valait mieux prévenir que guérir. Et, réflexe de nounou, je ramenai des gourdes pour mon groupe. Même pour Bucky. Il n'a pas apprécié, on dirait, parce que la gourde resta sur un banc, pleine.
Je me retrouvai dans un autre groupe composé des élèves les plus nuls. Nous avions ri de la situation. Nous nous savions pathétiques, mais, après tout, on ne pouvait pas être tous des combattants-nés. On ne nous avait pas engagés pour nos talents au combat, nos qualifications se trouvaient ailleurs. On voulait bien apprendre quelques tactiques de défense, il fallait être paré à tout étant donné avec qui et pour qui on bossait, mais nous ne nous faisions pas d'illusions; on ne serait jamais doués.
Malheureusement, notre nouvel entraîneur ne l'entendait pas de cette oreille. Nous avions hérité d'un jeune ex-agent du SHIELD pas très content d'avoir les pires élèves de la classe sous ses ordres. Bradley qu'il s'appelait. Il nous traitait comme si on était dans l'armée. Je me prêtai au jeu quelque temps et j'eus le malheur d'interrompre une séance de pompes pour aller boire de l'eau. Le type n'apprécia pas du tout mon attitude et décida que je serais son cobaye pour les démonstrations de corps à corps.
Je me prêtai encore une fois au jeu sans broncher. A la première prise, je me retrouvai avec le souffle coupé, sur le dos, les bras et les jambes en étoile. J'éclatai de rire. J'avais un grand sens de l'autodérision et ma position était tellement ridicule qu'elle valait bien une petite risette.
Et le type a encore moins apprécié.
« Tu trouves ça drôle, hein? On va voir si tu riras encore après qu'un ennemi ait fait ça. »
Il m'a tout à coup attrapé par la gorge et il a tiré vers le haut pour me lever. J'ai bien été obligée de suivre le mouvement sinon il m'aurait décroché la nuque des épaules. Pendant ce temps, des exclamations désapprobatrices retentirent autour de nous, ce qui attira l'attention au-delà de notre groupe d'élèves.
J'eus droit à une autre prise de lutte qui me fit perdre le souffle, pour de bon cette fois, alors qu'il maintenait son genou sur ma poitrine, le bras tordu au-dessus de ma tête.
« On rit moins, la nounou, hein? »
Il postillonnait à deux pouces de mon visage et pourtant il ne réalisait pas que j'étais en train de devenir bleu. Des points noirs dansaient devant mes yeux, et je perdis un peu la notion de ce qui se passait autour de moi. J'entendis de loin les protestations de mes camarades d'infortune. Il y eut une certaine agitation et le visage du type disparut de mon champ de vision de plus en plus floue. J'eus l'impression qu'il avait disparu rapidement, comme si on l'avait arraché de sa position.
Je savais qu'il n'y avait plus de pression sur ma poitrine et je savais que j'aurais dû me sentir un peu mieux, mais ce n'était pas le cas. J'avais toujours la sensation qu'on me comprimait les poumons.
Mon manque d'air avait une autre origine... Je commençais à ressentir des symptômes que je connaissais bien...
Mon inhalateur. Il me fallait mon inhalateur et vite.
Une fille de la compta se pencha sur moi.
« Léa? Léa, ça ne va pas? »
Elle leva la tête et cria à la cantonade.
« Elle ne peut plus respirer! Allez chercher le docteur Cho! »
Je n'avais pas besoin du docteur Cho. J'avais juste besoin de mon inhalateur. Mais le faire comprendre aux autres était difficile quand on ne pouvait qu'ouvrir la bouche comme un poisson hors de l'eau.
Des mains me tirèrent pour m'asseoir. Des mains bizarres. Une froide et une chaude. Mon inhalateur apparut devant moi et je m'en emparai avec reconnaissance.
« Expire ce que tu peux, avant. » Le propriétaire des mains bizarres m'ordonnait doucement, mais fermement, de rejeter ce qu'il me restait d'air avant d'inhaler le spray. Effectivement, c'était ce que je devais faire même si j'avais l'impression que je n'avais plus du tout d'air à rejeter. C'était la procédure à suivre quand un truc du genre m'arrivait, mais il était difficile de s'y conformer quand on avait la sensation de se noyer.
Je finis par obéir puis j'actionnai mon spray avec une inspiration chevrotante.
« Allez, encore une fois. Expire. Inspire. »
J'obtempérai du mieux que je pus. Je pris trois inhalations, mais je savais que ça allait prendre un certain temps avant que ça aille vraiment mieux. Et le propriétaire des mains bizarres le savait aussi apparemment.
« Inspire seulement par le nez maintenant. Lentement. Et expire par la bouche. Voilà, comme ça. »
Ma vue se fit de moins en moins troublée à mesure que mes respirations étaient moins haletantes. Je pus retrouver la faculté d'analyser convenablement mon environnement.
Je réalisai que Bucky était à genoux, près de moi, une main de métal dans mon dos et l'autre sur mon épaule. Il me regardait de ses yeux bleus acérés, agrandis par un reste... d'inquiétude?
« Ça va mieux? » qu'il demanda doucement.
J'acquiesçai d'un petit signe de tête. Je me rendis compte que j'étais au centre d'un cercle de témoins. Plus loin hors du cercle, il y avait Tony et Maria Hill qui passaient un savon à l'ex-agent. Le pauvre type se tenait le bras en grimaçant de douleur, et sa manche déchirée au niveau du coude me permit de voir un début d'hématome qui serait gigantesque demain.
Quand Buck fut certain que je pouvais me tenir en équilibre sur mon séant, sa main gauche se retira de mon dos pour se poser sur son genou. Il ne semblait pas se rendre compte qu'un bout de tissu déchiré était coincé entre deux plaques de métal de sa paume. Il ne faisait que me regarder intensément, sans se soucier du reste. Et ce fut là que je réalisai, en additionnant A + B, que c'était lui qui avait arraché l'ex-agent de sur moi, en empoignant son bras et en tirant tellement fort que sa manche avait déchiré.
Je ne sus pas vraiment comment interpréter la situation à ce moment-là. Il était vraiment surprenant que Bucky vienne me porter assistance et je n'aurais jamais cru qu'il irait jusqu'à malmener un collègue de travail dans le processus.
Bon. Pour l'heure, ça n'avait pas d'importance. Il me regardait un peu trop et ça me mettait mal à l'aise.
« Merci. » lui souris-je faiblement. « La crise est finie. » J'embrassai la foule du regard. « Allez, circulez tout le monde, y a rien à voir. »
Je m'étouffai au dernier mot. Bucky me tendit la gourde que je lui avais précédemment offerte et qu'il avait snobée. Je bus quelques gorgées. Ma gorge me faisait mal. Ça n'avait rien à voir avec la crise, par contre. Le fait que le type m'avait empoignée par la gorge pour me lever expliquait la situation.
Je tentai de me relever et j'accueillis avec reconnaissance la main de métal tendue vers moi.
Ce n'était pas le moment pour ça, parce que, bon, j'étais quand même en post-crise, mais je fus absurdement heureuse que Bucky ait utilisé la main qu'il détestait tant pour me relever. Il était sans doute trop préoccupé par mon état pour se rendre compte quelle main il me tendait, mais je choisis de croire qu'il avait juste évolué et accepté que ce bras fasse partie intégrante de son corps.
« Merci. » répétai-je encore avec un sourire. Cette fois ma voix sonna mieux. L'eau m'avait fait du bien.
Bucky voulut retirer sa main quand il réalisa laquelle il avait utilisée pour me relever et je fus chagrinée par sa répulsion.
J'avais eu tort; il était toujours complexé par cette prothèse.
Je l'empêchai de fuir et tirai doucement sa main entre nos deux corps. Il parut très perplexe quand j'ouvris sa paume pour décoincer le bout du tissu. Je pris mon temps pour être certaine qu'il comprenne que ce bras-là, moi, il ne me faisait pas peur et il ne me répugnait pas.
« Voilà, c'est fini, on n'en parle plus. »
Je laissai retomber sa main alors qu'il me dévisageait toujours. C'était un peu troublant de se faire regarder ainsi. Peu importe ce qui se tramait dans sa tête, j'espérais juste qu'il ne me trouvait pas trop agaçante encore une fois.
« Par précaution, tu devrais aller voir Cho. »
Tony était apparu devant moi. Son sermon était terminé. L'ex-agent n'était plus dans les parages.
« Où est passé mon masseur shiatsu personnel? J'ai encore quelques noeuds dans le dos à dénouer.
-Viré.
-Tu plaisantes? » m'alarmai-je, reprenant mon sérieux. « Allons, Tony, tu ne vas pas le mettre à la porte pour une prise de catch!
-Je fais ce que je veux. Ma tour, mes règles. »
Bucky était toujours planté à côté de moi. On aurait dit qu'il s'attendait à ce que je retombe en crise. Il guettait chacune de mes respirations.
« Terminator, tu peux reprendre ta séance d'entraînement. Vous autres aussi. » dit-il aux badauds.
Bucky semblait réticent à me laisser entre les mains de Tony. Il était affecté par un truc qui m'échappait. J'aurais bien voulu savoir quoi, mais Tony me poussait gentiment dans le dos.
« Allez, hop. Terminé les pompes pour aujourd'hui. En fait, je crois que tu seras exemptée des douze travaux d'Hercule. Et vous autres, si vous feignez un problème de santé quelconque pour bénéficier du même traitement de faveur, je vous ferai faire trois fois le tour de l'édifice au pas de course! » cria-t-il à la foule récalcitrante qui m'enviait.
Tony était hilarant. Il se comportait en tyran, mais il aurait été le premier à se plaindre si on l'avait obligé à faire de l'exercice. Il adorait nous faire tourner en bourrique. Ça l'amusait follement.
« Va voir Cho, et demande-lui qu'elle me retape ma nounou préférée. J'en ai besoin pour faire le ménage de mon labo.
-Contente de constater à quel point je suis essentielle à ta vie, Tony.
-Tu n'as pas idée, gamine. »
J'entrai dans l'ascenseur et, avant que la porte se referme sur le petit sourire en coin de Tony, je vis Bucky par-dessus son épaule, les bras croisés, qui me fixait encore. Je lui souris brièvement avant de me rappeler que mes sourires serviles lui tapaient sur les nerfs.
Je n'avais pas vraiment besoin de voir Helen, mais connaissant Tony il allait demander un compte-rendu au docteur et il m'enverrait GodzilPepper pour me mettre du plomb dans la tête s'il apprenait que j'avais sauté le contrôle et elle était bien capable de me traîner de force jusqu'au docteur Cho.
« FRIDAY vient de me prévenir de la situation. » dit-elle d'emblée lorsque j'arrivai à ses quartiers.
« Suis-moi, je vais t'examiner. »
Elle me traîna vers la salle d'examen sophistiquée. Bruce me salua au passage. Il avait des tas de documents en mains.
« Alors, vous avez percé les mystères de l'univers, Docteur Banner?
-Pas encore. » dit-il avec un clin d'oeil complice.
« Tu devrais faire une pause.
-La science n'attend pas.
-Les sudokus non plus. »
Son regard s'éclaira d'intérêt et je lâchai un petit rire.
« Je t'ai trouvé une nouvelle grille "Méga-Supra-Ultra Expert" à faire. Je te l'apporterai. »
J'avais découvert que les sudokus étaient la seule chose qui faisait décrocher Bruce de ses expériences. Il pouvait passer des jours sans manger, ou presque, tellement il était accaparé par son travail. Même si l'autre gars l'empêchait de se détériorer physiquement, je trouvais son train de vie malsain. Les sudokus, c'était mon arme fatale pour le forcer à se changer les idées, à manger, à se laver et à dormir.
« Léa, tu es ici en tant que patiente, pas en tant que nounou. » me morigéna Cho. J'envoyai la main à Bruce avant de la suivre docilement dans le couloir. « A plus tard! »
Je me laissai examiner la gorge. Cho me dit que j'aurais quelques bleus demain, mais rien de bien méchant. Ensuite elle m'ausculta. En temps normal, j'aurais insisté pour passer outre tous les examens que me fit passer Cho. Je connaissais mon problème, je n'avais pas besoin de tout ça.
« Pourquoi ton état de santé ne figure-t-il pas dans ton dossier? Mlle Potts est pourtant très rigoureuse sur les détails quand elle engage quelqu'un.»
Je haussai les épaules.
« Parce que ça n'entre pas en conflit avec mon boulot. Si j'avais postulé pour devenir un agent de terrain, je dis pas, mais faire des crêpes et passer l'aspirateur ne demande pas un niveau de forme physique très exigeant.
-Quand même, si on avait su plus tôt, M. Stark ne t'aurait pas soumis à cet entraînement.
-Je suis désolée. » dis-je penaude.
« Je vais augmenter la dose de ton inhalateur et t'en donner un deuxième pour les bronches. » conclut Cho à la fin des examens.
Ça, je ne m'y attendais pas.
« Ah bon? Celui que j'ai est pourtant très efficace, il me semble. » dis-je à travers le masque d'inhalothérapie qui me donnait l'impression de parler comme Darth Vador.
« Si c'était le cas, tu n'aurais pas besoin de ce traitement d'inhalo en ce moment. »
Elle observait une photographie de mes poumons sur un mur au néon.
« Je n'aime pas du tout ce que je vois.
-Mais... Rien de sérieux, quand même?
-Ça pourrait le devenir. À quand remonte ta dernière visite chez un médecin?
-Quelques années. Je me suis contentée de renouveler mes prescriptions puisque je me sentais bien. Je ne voyais pas l'utilité d'être examinée encore pour ça.
-Tu as présentement un spray qui convient aux poumons d'un enfant asthmatique. Ils ne sont pas assez forts pour un adulte. »
Cho agita un doigt plein de reproches sous mon nez.
« Cesse de te soucier de nous tous et pense à ta santé, d'abord. Je ne veux pas que ton état se détériore davantage et que je sois obligée de te forcer à prendre de longues vacances loin d'ici, car la vie ne vaut pas la peine d'être vécue sans ta préparation de thé quotidienne. »
Je rougis sous mon masque.
« Tu sais, c'est un bon vieux twinnings tout ce qu'il y a de plus ordinaire, Helen.
-C'est ta façon de le faire qui fait toute la différence. » dit-elle avec un sourire indulgent. Elle retira l'attirail qui couvrait mon visage. « Terminé. Tu peux disposer. Ta prescription arrivera demain. En attendant, retourne à ta chambre. Fais ce que tu veux du moment que ça n'implique pas d'effort physique.
-Compris.
-Allez, ouste. »
Je regagnai sagement ma chambre, mais je me tournai vite les pouces. J'avais besoin de faire quelque chose de mes dix doigts.
Je voulus sortir pour aller aux cuisines principales. Préparer un bon repas me tiendrait occupée et quelque chose me disait que les résidents de la tour auraient besoin de reprendre des forces après une journée d'entraînement pareil. Ce n'était certainement pas la bouffe immonde de la cafétéria qui leur ferait du bien.
« FRIDAY, à la cuisine centrale, s'il te plait. » demandai-je, de retour à l'ascenseur.
« Je suis désolée, Mlle Thompson. Je ne suis pas autorisée à vous conduire en cuisine.
-Pardon? » répondis-je, ahurie. « C'est quoi cette histoire?
-On m'a ordonné de restreindre vos allées et venues jusqu'à demain matin. »
Ça, c'était le bouquet.
« Et pourquoi diable je suis prisonnière de mon propre appartement, tout à coup?
-La haute probabilité que vous n'obéissiez pas aux recommandations du docteur Cho a conduit à la mise en place de ce protocole auquel je suis soumise.
-C'est ridicule... » m'exaspérai-je. « J'allais cuisiner, pas courir un marathon!
-Cuisiner pour 49 personnes ne constitue pas une façon adéquate de prendre du repos, Mlle Thompson. »
Je soupirai, contrariée. Je rebroussai chemin et retournai à mon salon.
« Et si moi j'ai faim?
-Votre congélateur contient les éléments suivants : une soupe au potiron, une salade d'épinards, des pâtes alfred...
-Ça va, ça va. Je sais ce que contient mon frigo, merci. » la coupai-je, agacée. Je n'aimais pas ces repas surgelés que je prenais juste quand je manquais de temps devant moi pour faire à manger. Le mess avait son propre personnel cuisinier, mais seulement les jours de semaine et on était dimanche. Il n'y avait que la cafétéria qui était ouverte. J'aimais faire à manger pour tout le monde quand même. C'était un de mes dada et je trouvais idiot que ce passe-temps soit considéré comme de l'exercice proscrit.
Je pianotai sur l'accoudoir, boudeuse.
« Il va me payer ça, tu peux me croire. Pfeuh, changer tes paramètres juste pour m'empêcher de sortir, c'est tellement...
-Paternel? Prévenant? Attentionné?
-Puéril.
-Dois-je informer le Sergent Barnes de vos mécontentements, Mademoiselle?
-Fais donc ça, tiens. » Je tiquai. « Hein? Qu'est-ce que tu dis? »
Je me redressai, les yeux au plafond (pourquoi on avait toujours le réflexe de regarder en l'air pour parler à FRIDAY?).
« Le Sergent Barnes? Mais... C'est pas Tony qui t'a modifié?
-En effet, il l'a fait.
-Alors, pourquoi tu... mais... Il n'a pas...
-À la demande du Sergent Barnes. » poursuivit-elle, ignorant mon babillage.
Je clignai des yeux, abasourdie.
Bucky avait demandé à Tony de m'enfermer dans ma chambre?
Cette information me laissa pantoise.
Bucky était inquiet à ce point-là?
Wooh.
Je ne sus pas trop pourquoi, mais un grand sourire étira mes lèvres à ce moment-là.
J'avais peut-être réussi à percer sa carapace, tout compte fait.
Bon, j'aurais préféré que ça ne me prenne pas une crise d'asthme pour qu'il s'intéresse à mon cas, mais tant pis.
Peut-être même qu'il ne serait plus aussi rebuté qu'avant par ma présence désormais?
L'espoir faisait vivre.
Je me résignai alors à mon sort de prisonnière sans trop de chichis et j'allai au lit ce soir-là la tête légère.
Je m'emparai de mon journal et écrivis juste quelques mots avant de m'endormir. Des mots qui étaient hors contexte avec mon compte-rendu quotidien alors je choisis de les écrire à la toute fin du journal.
« L'Hiver s'achève. Le Printemps se pointe enfin. »
A suivre
