Février

o Poudlard, mercredi 5 février

Je sens qu'une nouvelle fois la nuit va être longue. J'ai reçu ce soir une convocation au Ministère requérant mon expertise sur le stockage de potions confisquées durant des enquêtes. Kingsley Shacklebolt a bien travaillé : ce n'est pas une convocation de la Division elle-même, et c'est suffisamment large et flou pour justifier à peu près n'importe quoi.

Il y a là de quoi alimenter toutes les discussions du monde sur la fin et les moyens, si vous voulez mon avis : est-ce honorable de notre part de miner ainsi la crédibilité du Ministère ? Avons-nous le droit de détourner un Auror assermenté de sa mission ? Lupin ou Albus y répondraient avec leur étrange et sincère mauvaise foi habituelle, qui distinguerait entre un idéal inaccessible et les nécessités du moment.

Ce n'est pas ce qui m'empêche de dormir. Puis-je sereinement envisager de me dresser face à un Horcruxe du Seigneur des Ténèbres ? La vérité est que non. Malgré mes choix assumés, malgré mes nouvelles loyautés, malgré tout ce que j'ai construit, je ne peux que trembler.

Ai-je peur de la tentation ? Ai-je peur de me découvrir incapable de défendre mes choix ? Ai-je peur de la colère du Seigneur des Ténèbres ? Tout ça est un peu vrai.

Je sais que son discours a dans le passé profondément résonné dans mon esprit, au point que je le laisse marquer mon bras droit de manière irrévocable. Le discours du Seigneur des Ténèbres en appelait à mon envie de vengeance, de reconnaissance, de domination, et c'est pour cela que je l'ai suivi. Pas que ces envies aient totalement disparu de mon esprit aujourd'hui. Elles ont juste trouvé d'autres exutoires. C'est Lily aujourd'hui que je veux venger, c'est son sacrifice et les efforts de son fils appuyé par ses tuteurs pour qu'il n'ait pas été fait en vain que je voudrais reconnus. C'est Fudge et sa petitesse, Malefoy et ses machinations que je voudrais voir écrasés.

J'espère que je saurais m'en rappeler demain.

oo Poudlard, jeudi 6 février

Je viens de regarder un bon quart d'heure cette page blanche avant de me décider à y tracer ces mots qui disent d'abord mon désarroi.

Que dire d'aujourd'hui ?

Que finalement l'épreuve est devant nous et non derrière.

C'est sans doute un bon début.

J'avais peur hier d'être trop faible pour assumer une nouvelle fois mes choix, non plus devant le Seigneur des Ténèbres lui-même, enfin sa réincarnation, mais son Horcruxe, très ironiquement conservé au Ministère qu'il a tant essayé de faire tomber de son vivant. J'avais confusément peur que le Horcruxe, par nature, soit encore plus intransigeant avec moi.

Je ne sais pas ce soir si cette crainte était ridicule. Le Horcruxe, si nous ne nous trompons pas, ne m'a pas fait l'honneur de s'intéresser à moi d'aucune façon. A peine, le serpent du tableau donné à Fudge par les Malefoy a ouvert les yeux, après avoir réalisé qu'un humain attendait depuis sans doute une demi-heure, le coeur battant, que quoi que ce soit se passe. Ma marque est restée invisible et neutre sur mon bras. Pas même un picotement.

Et c'est finalement une mauvaise nouvelle, je m'en suis rendu compte depuis, et Remus est d'accord avec moi. Pas que ça lui fasse plaisir, mais il est homme à regarder en face les mauvaises nouvelles. Pas toutes, mais celles-là, celles qui concernent son fils adoptif, celui pour lequel il se bat depuis tellement d'années, oui.

Si seule la marque de Harry réagit à la présence de l'Horcruxe, c'est...

Merlin, je n'arrive même pas à l'écrire.

C'est que sa liaison avec le Seigneur des ténèbres est d'une autre nature que la marque qu'il a imposé à ses suivants.

Voilà, j'ai écrit la moitié de la vérité.

Reste le pire.

L'important n'est pas que la marque des Ténèbres ait été apposée à des sujets plus ou moins consentants alors que la cicatrice d'Harry provienne d'un affrontement non désiré. C'est ce que nous avons trop longtemps tous voulu croire. Et que Remus ait été le premier à réaliser que nous nous leurrions sans doute est... une marque de son courage.

L'important, ce sont les circonstances, les autres circonstances, qui ont amené Harry a être marqué par le Seigneur des ténèbres - "comme son égal" nous dit la prophétie. Le sort a rebondi sur Harry parce que Lily s'est sacrifiée. Sa vie à elle a été prise. Une vie pour un Horcruxe.

La cicatrice de Harry porte ainsi en lui, sur lui, un Horcruxe de son ennemi fondamental. C'est ce Horcruxe qui le rend, non réellement l'égal ,mais capable de sentir le Seigneur des Ténèbres sous toutes les formes que son âme peut encore prendre. C'est sans doute pour cette raison qu'il s'est révélé capable de détruire le Journal de Jedusor dans la Chambre des secrets quand il n'avait pas douze ans. Il est sans doute capable de détruire les autres.

Peut-il survivre à l'élimination de tous les Horcruxes restant, telle est la question qui va nous priver de sommeil... Peut-être pour l'éternité.

ooo Poudlard, Dimanche 9 février

Je me suis réveillé avec une nouvelle certitude. La guerre qui m'a volé ma jeunesse, mon unique amour et mes espoirs, c'est aujourd'hui qu'elle va trouver sa conclusion. Pas dans les vingt-quatre heures qui viennent, non, mais dans un intervalle qui ne peut se mesurer au mieux que par mois. Soit je verrai mes amis, ma famille de coeur et mes dernières illusions être détruites - et moi aussi avant, sans doute ; d'ailleurs, si on doit en venir là, Merlin, qu'on ne me laisse pas seul debout, une nouvelle fois, à pleurer les autres ! - soit nous réussissons contre toute logique à avoir le dessus.

Nos ennemis sont si nombreux. Malefoy et son étrange rejeton à la mémoire modifiée ; Voldemort et ses Horcruxes ; Fudge et sa paranoïa ; Ombrage et son arrivisme. Aucun n'aura le moindre scrupule ou la moindre pitié. Nous devons regarder ça en face et en tirer les conséquences. Toutes les conséquences.

Un de mes maigres espoirs est que Lucius, malgré toutes ses préparations, n'ait pas été aussi loin dans ses déductions sur nos armes à nous - sur ce que peut Harry, et nous à travers lui.

Je ne sais pas si je dois m'en féliciter mais je ne suis pas le seul à penser que seule la rigueur peut nous faire avancer. Il suffit de voir de quelle manière Remus ou Nymphadora abordent l'entraînement des garçons pour s'en convaincre. Le temps de l'empathie, de la progressivité, de la mansuétude est totalement terminé.

Les paroles de Remus, hier, tournent dans ma tête - comme l'expression des visages de ses fils quand ils les ont entendues:

"Je propose que nous ne passions pas trop de temps à expliquer les règles. Dans la vraie vie, les combats n'ont pas de règles, et la magie noire est le pire des combats. Ceci est une attaque surprise."

Est-ce que ça suffira ?

Je préfère ne pas écrire ce que j'en pense aujourd'hui.

Je ne voudrais pas avoir à le relire.

oooo Poudlard, mardi 11 février (pleine lune)

Aujourd'hui, Poudlard était à moi ou en moi. Aujourd'hui, le château pesait sur mes épaules et, en même temps, me donnait sa force le temps de la pleine lune. Juste ce qu'il fallait pour que je réalise à quel point je négligeais mes responsabilités professorales depuis l'affaire du tableau.

Ce n'est pourtant pas sur mon travail - avec les garçons ou en général - que j'ai envie d'écrire ce soir. Je n'ai même pas envie de revenir sur l'aveu que j'ai fait à Cyrus sur mes activités de Mangemorts, sur les limites morales que j'ai dépassées à l'époque. Il n'y a pas grand-chose à analyser. J'ai choisi mon camp et je fais de mon mieux pour lui donner des chances de survie. Pas de place pour l'auto-apitoiement. Fixer le but des yeux et ne pas dévier.

Ce qui traîne dans ma tête ce soir, ce sont les paroles du Baron Sanglant. Et Il me semble révélateur qu'il m'ait approché ce soir entre tous les autres. Comme s'il avait attendu ce moment où je suis Poudlard plus que Serpentard.

"Rien qui ne concerne Serpentard", a-t-il d'ailleurs pris la peine de préciser.

Le Baron n'a pas été réellement plus clair sur ce qu'il voulait me dire. Il a parlé par allusions et énigmes, et je me suis laissé bien trop agacer au début, je me rends compte maintenant. Même si des choses m'échappent encore, il est néanmoins clair qu'il a voulu me faire savoir que les fantômes de ce château avaient gardé pour eux des choses du passé. Ils regrettaient de devoir sortir de leur réserve mais ils pensaient que certaines de ces choses étaient importantes pour comprendre les évènements actuels.

Je suis peut-être obnubilé par un seul dossier mais je ne vois qu'une explication : les reliques, ce que cherchent les enfants Malefoy, l'intuition de Harry et Cyrus. Pendant que j'écris, j'ai déplié sur ma table la Carte du philosophe réalisée par Cyrus et empruntée à Remus qui n'en a aucun usage ce soir. Je regarde les points quasi immobiles de tous les habitants de ce château et je me demande où se cache la solution.

ooooo Poudlard, mercredi 12 février

Je n'ai avancé sur rien aujourd'hui. Les paroles du Baron restent sibyllines et les agissements des Malefoy obscurs.

Je n'aurais rien de bien positif à écrire dans ce journal si ce n'était la séance de légilimancie avec Harry qui s'est révélée plus fructueuse qu'on aurait pu le craindre. J'ai réussi à redevenir son professeur plutôt que son tonton affolé à l'idée de le perdre. J'ai su le bousculer, le faire affronter sa vraie limitation : il ne veut pas utiliser la légilimancie, elle lui répugne. Il ne peut pas progresser dans ces conditions. Il n'a pas aimé ce qu'il entendu, mais il l'a entendu. Comme c'est un garçon plutôt obéissant quand on y réfléchit, un bon élève, il a fait de son mieux. Et il a avancé.

Je me relis et je me trouve méprisant. Est-ce que je préférerais qu'il le fasse par ambition ?

Non, je veux que Harry reste Harry. Voilà une autre certitude. Qu'il soit armé contre les Horcruxes mais qu'il reste lui-même. Qu'il garde sa défiance éthique envers des savoirs faire qui donnent trop de pouvoirs. J'ai mis tant de d'années, voire de décennies, à l'apprendre.

En me coltinant Harry, son éthique et ses peurs enfantines, j'ai pu aussi mesurer ce que Remus réussit quand il fait de même. Si souvent. Il faut tellement enfouir ses propres émotions, refuser trop d'empathie, aiguillonner sans décourager...

S'oublier soi-même pour fixer le but et ne pas dévier.

Je pourrais recopier cette phrase jusqu'au bout de la nuit et remplir ce cahier.

ooooo o Poudlard, samedi 14 février

Le soleil se lève très lentement au dessus de la forêt interdite. A peine une lueur comme un espoir lointain.

Pourtant l'espoir est mort.

Nadedja, ses secrets, ses rêves, sa douleur, a donc disparu.

Le message laconique annonçant sa disparition m'est arrivée tard dans la nuit d'hier. Juste après que j'ai refermé mon journal. Finalement, quand on a écarté les excuses faciles et les distances factices, je me déteste d'avoir été tellement moi. Un Remus, un Sirius, que dis-je, un Arthur, l'auraient ramenée avec eux. Voilà, c'est dit.

Quand je l'ai eu entre les mains, ce message, je n'arrivais pas à y croire. Malgré le code, malgré la probabilité non nulle que quelqu'un - bel euphémisme - s'en prenne à Nadedja et ses secrets, mon cerveau ne voulait pas accepter la nouvelle. J'ai fini par aller à la bibliothèque pour vérifier que mon sortilège de traduction ne se trompait pas. J'aurais aussi pu aller marcher dans la forêt ou faire des potions - il fallait que je fasse quelque chose, je crois.

Je ne sais pas si le destin - ou Poudlard - s'en est mêlé, mais Madame Pince était là elle aussi, au beau milieu de la nuit. Elle m'a incidemment appris que quelqu'un fouille depuis des semaines dans les vieux parchemins sur l'histoire de Poudlard. Elle a mis de son propre aveu au moins plusieurs semaines à s'en rendre compte ! J'espère que Remus saura faire le directeur et l'amener à mesurer combien elle a été inconséquente d'abord en minimisant les évènements puis en les taisant pour mener seule sa petite enquête ! Je n'ai rien de personnel contre Madame Pince, je tiens à le répéter ici comme je l'ai dit à Remus quelques minutes après.

Je n'ai en effet pas pu faire l'économie de réveiller le directeur de Poudlard pour lui raconter. Tout lui raconter. Il m'a promis d'enquêter et auprès de Madame Pince et auprès des fantômes dès la première heure. Comme moi, il a fait le lien entre les paroles sibyllines du Baron et la mystérieuse passion de quelqu'un pour le passé de Poudlard :

"Le passé", il a répété. "Le passé ne nous lâche pas. A se demander qui sont les fantômes ici..."

Ça m'a fait frissonner et je n'ai rien trouvé à lui répondre.

ooooo oo Poudlard Dimanche 15 février

Raconter tout ce qui s'est passé ce week-end dépasse ce que je peux humainement faire ce soir. La fatigue obscurcit mon jugement, l'adrénaline m'empêche de dormir. Mettre quelques mots sur tout ça, recréer une distance et prendre une bonne dose de sommeil sans rêve est mon projet.

Hier et aujourd'hui, on a fait une étape de plus dans la guerre, c'est un fait. Il faut toujours commencer par les faits. On peut également et objectivement dire que nous avons gagné plusieurs batailles. Mais la victoire à long terme reste incertaine.

On a évité le pire : Dora n'a pas perdu la vie ; Nero n'a pas reçu ses pouvoirs iniques, a priori. On a aussi capturé Brytan qui se cachait en Angleterre - tellement près de moi que je ne peux qu'en frissonner en écrivant ces mots. Tout cela sont des victoires.

Viennent ensuite les incertitudes et en particulier le suicide de Lucius. Il s'est suicidé plutôt que de se faire prendre. Sans doute pour préserver les secrets de Nero. Un acte désespéré mais plein de morgue.

Lucius savait que nous ne serions pas aussi violent et cruel avec ce gamin qu'il l'a été avec Nymphadora. Il a compté sur nous en quelque sorte. Albus et Remus répètent que notre différence est notre force - je l'ai moi-même affirmé à Drago. Dans le fond bien gris de mon âme, je ne suis pas totalement sûr que ce soit le cas. Mais j'ai choisi mon camp, fixé mes objectifs, il ne me reste qu'à suivre ceux qui pensent savoir ce qu'ils font. C'est une lâcheté mais l'alternative serait trop dangereuse pour moi. Elle me demanderait des choix que je ne sais pas faire.

Je m'égare. On se fiche des mes craintes et de mes limites. On doit plutôt regarder en face ce qu'il nous reste à accomplir. Notre petite opération de sauvetage et la mort de Lucius nous ont mis en droit ligne de mire du Ministère - comme si nous avions besoin de ça. Fudge ne sait plus où il en est - s'il l'a jamais su. Quand je l'ai croisé à Saint Mangouste où j'accompagnais Drago voir ce qu'il reste de sa mère, Narcissa, il s'est jeté sur moi pour me dire qu'il se croit victime d'un complot - sans que l'identité des comploteurs supposés soit bien claire. Est-ce nous qu'il soupçonne ? Pourquoi me le dirait-il alors ? Pense-t-il que je peux être retourné contre Lupin et Dumbledore ? J'ai beau y réfléchir tout ça a peu de sens pour l'instant.

La question de Drago est presque plus claire, c'est dire. J'ai été l'ami de ses parents qui me voulaient son parrain quand ils me pensaient appeler à un avenir radieux de second du futur maître du monde. Est-ce qu'ils voudraient le voir se tourner vers moi maintenant ? J'en doute. Est-ce que je lui dois quelque chose ? J'y répugne. Je n'ai trouvé aucun mot pour l'aider quand je l'ai accompagné à Sainte Mangouste voir sa mère. Je n'en suis pas très fier. Quand je vois les Lupin l'accueillir chez eux et essayer de le convaincre de les aider - de nous aider - j'ai cette impression tenace que je passe à côté de quelque chose d'important... Quelque chose que le jeune Severus aimerait que je sois capable de faire aujourd'hui. Pourquoi est-ce que ça reste impossible ?

J'ai un peu la même sensation quand je lis ce hibou arrivé dans le week-end et que je n'ai eu le temps d'ouvrir que ce soir, en revenant de Londres. C'était un message chiffré selon la méthode d'Albus. Mais il provenait de ce docteur Smiley. Susan, il me semble - elle signe docteur Smiley.

Albus lui a parlé de la disparition de Nadedja, et elle semble touchée de la nouvelle. Peut-être ne sait-elle pas toutes les épreuves que nous traversons - d'un certain côté je l'espère -, mais elle est la seule à regretter ouvertement cette disparition.

Les autres ne la connaissaient pas et ont des craintes plus proches. Même Harry. Je ne dois pas leur en vouloir.

"J'imagine que vous devez vous en sentir confusément responsable", écrit le docteur Smiley. Elle est étonnamment lisible pour un médecin, ou elle a utilisé une plume papote.

"Ce sera sans doute d'aucune utilité, mais je tiens à vous écrire que moi aussi je partage ce sentiment. Vous nous avez montré ses souvenirs, ses douleurs, les épreuves qu'elle avait traversées. Nous en savons trop pour l'oublier ou la tenir pour un dommage collatéral dans une affaire plus vaste. Elle est au coeur de cette histoire. Vous devriez en parler à cet étrange enfant que je regrette une nouvelle fois de ne pouvoir rencontrer. Je suis à votre disposition pour une analyse plus avancée des options qui s'offrent à vous."

La vérité est que Cyrus m'a déjà poussé à parler de Nadedja à Nero et qu'effectivement, c'est ce qui a fait basculer les forces ce week-end. Peut-être pas tout, mais une partie. L'histoire de Nadedja reste au coeur de notre guerre et l'oublier serait une erreur. Demander au docteur Smiley plus d'analyse... me paraît malgré tout extravaguant. Que se croit-elle capable d'analyser ? l'ampleur du gâchis ?

ooooo ooo Poudlard, Lundi 16 février

Samedi - avant que tout parte en vrille, Albus nous a donné à chacun de nous un étrange document - un de ces textes réputés disparus quand la mémoire humaine en a encore conservé la trace. Seul lui sait les retrouver. N'avait-il pas déjà trouvé les travaux de Russes qui au 17e siècle avaient travaillé sur une potion proche de celle que j'ai utilisée pour Cyrus ?

Le petit volume recouvert de cuir brun contient la traduction réalisée au XIIIe siècle et recopiée par un moine écossais des travaux de Thymos de Sparte. Ce dernier avait réuni ce que la Grèce antique savait des Horcruxes.

"La Grèce antique connaissait les Horc...", a presque balbutié Remus, trop saisi par l'information pour réaliser que le Seigneur des Ténèbres ne pouvait avoir inventé un truc pareil. Un peu comme Albus, que Merlin me pardonne la comparaison, ce dernier était plutôt - je n'arrive pas à écrire 'homme'- mage à débusquer d'anciennes magies et à les tourner à son avantage plutôt que de créer de nouvelles choses.

"Remus, les magies anciennes...", a commencé à lui répondre Albus avec cette infinie compassion que je déteste.

"... sont les plus puissantes, bien sûr", s'est repris Lupin - lui non plus ne voulait pas être plaint. Pas maintenant.

"Et les sacrifices humains ne les rebutaient pas", j'ai obligeamment rajouté.

Avec cette érudition universelle qui est la sienne, Albus a souligné que Thymos voulait dire "esprit fort" - Exactement ce qu'il nous faut, j'ai évité de commenter.

"Vous trouverez sans doute cocasse que ce soit un Spartiate qui ait réuni les moyens connus pour diviser l'âme et lui offrir une éternité - Sparte valorisait le corps bien plus que l'âme", nous a-t-il encore raconter. "A moins que justement, ce mépris pour le spirituel leur ait permis de faire de l'âme un objet..."

Je n'ai pas eu le temps de me pencher sur cette cocasserie avant. Mais je vais le faire ce soir. L'étude pour calmer l'effroi et tromper l'inaction.

ooooo oooo Poudlard, Mardi 17 février - 6h30

Je n'ai pas lâché le livre de Thymos de toute la nuit. J'ai surmonté mon écoeurement à certains moments, mon agacement à d'autres - certaines présentations étaient un peu trop empreintes de naturalisme à mon goût - voire mon amusement pour des explications que la théorie a détruites depuis belle lurette. Mais la vraie lutte était celle contre la fascination. Que ce Thymos en ait su autant sur les Horcruxes... qu'il ait eu accès à tant de variantes... bien sûr, ça expliquait une bonne partie de la mythologie grecque moldue. Rien de mieux que quelques Horcruxes pour se faire passer pour un fils de dieux de l'Olympe, voire un dieu lui-même. Mais l'époque laissait les sorciers assez libres de profiter de leurs pouvoirs, mon jugement rétrospectif doit en tenir compte.

Quand j'ai eu fini, j'ai recommencé en prenant quelques notes cette fois. J'ai bu une nouvelle potion et j'ai repris le livre pour la troisième fois. J'ai un paragraphe à offrir à Rémus pour le petit déjeuner :

"Le sorcier peut choisir de faire porter le Horcruxe à l'objet de son choix mais également à un être vivant : un animal de compagnie mais aussi un être humain proche. Il n'y a pas de conséquence néfaste pour cet être vivant. Leur esprit reste libre et leur santé entière. Le Horcruxe crée seulement un lien fort, spirituel entre le porteur et le sorcier..."

Le Horcruxe et le porteur restent deux entités séparées.

HARRY N'EST PAS UN HORCRUXE. IL LE PORTE.

Ne pas l'oublier.

Garder courage.

ooooo ooooo Poudlard, Mardi 17 février (23H)

Juste avant de laisser un vrai sommeil naturel gommer ma nuit de travail d'hier, je griffonne quelques mots sur les derniers développements de nos affaires.

Rufus Scrimgeour est venu à nous - enfin aux Lupin- aujourd'hui.

Qu'il se soit grimé en tenancière des Trois Balais pour le faire ne constitue qu'une péripétie prompte à amuser les esprits faibles.

Après tant d'années passées à faire attention à refuser la main tendue par Remus, Scrimgeour s'est pointé offrir son aide, partant du principe que des ennemis communs crée une solidarité de fait. Je ne saurais trop écrire combien sa démarche me laisse sceptique.

Remus veut y croire. Il veut écrire ses combats personnels dans l'histoire collective.

C'est une tentation que je ne veux plus avoir. Je ne dis pas qu'il a tort. Scrimgeour peut faire des choses dont nous ne pouvons même pas rêver. Il a l'aura, il a les connexions. Il a même la colère nécessaire pour le faire.

Avons-nous à y gagner ? Remus a haussé les épaules à cette question. C'est assez sage de sa part. On a de toute façon plus à faire. Plus important, plus dangereux, plus vital... je pourrais remplir la page d'adjectifs ... que de la politique.

Ce qui nous intéresse c'est que Scrimgeour nous amène le ou les Horcruxes que Lucius a caché chez lui selon Drago. Rufus devrait savoir comment contourner les scellés posés sur le manoir et s'il est pris, il n'a pas grand-chose à perdre. Il pourra même dire sous Veritaserum qu'il cherchait le moyen de se dédouaner des accusations de Fudge. S'il réussit nous aurons fait un pas en avant. S'il échoue nous en serons juste au même point : le Horcruxe sera toujours bien caché.

Notre mission à nous, c'est de trouver comment amener Harry à avoir le dessus sur les Horcruxes, quelque en soit le nombre ou leur nature.

Il n'y a aucune autre alternative.

Le but est identifié. Reste à l'atteindre.

ooooo ooooo o Poudlard, Jeudi 19 février

Remus sort d'ici. Il a lu Thymos - sans doute plusieurs fois, lui aussi, et il voulait me soumettre sa théorie.

"Si nous comprenons bien - et je comprends comme toi, les Horcruxes sont des entités indépendantes les unes des autres", il a commencé en marchant de long en large dans mon salon après avoir refusé de s'asseoir ou de prendre un verre de cherry.

"Il me semble en effet", j'ai reconnu, planté debout devant la bibliothèque et regrettant sincèrement que Lupin ait refusé mon cherry. N'avons nous pas droit à un peu d'oubli facile et de réconfort ?

"Alors... alors, si cela est vrai, on doit pouvoir les monter les unes contre les autres , non ?!", il a continué ne s'arrêtant de marcher que pour marquer la fin de sa question.

"Comment cela ?"

« L'âme séparée de son corps ne peut jamais retrouver la paix », a alors lu Remus à haute voix en tirant Thymos de sa poche. « Elle aspirera toujours à retrouver son empire sur le corps dont elle a été séparée, à regagner le contrôle des cinq sens donnés par les dieux."

"Oui je me souviens", j'ai commenté sans comprendre où il voulait en venir.

"Thymos dit aussi que l'âme ou ses fragments 'perd toute prudence si elle sent cette réunion possible'", m'a répondu Remus avec une certaine précipitation, rare chez lui. "Sauf que cette réunion est impossible - il l'explique plus loin pour conclure que 'De cette réunion ne peut donc sortir que la destruction'.»

"Réunion". "Destruction". Les mots ont tourné dans mon salon, empoisonnant l'air.

"La destruction de qui?" , j'ai demandé puisque Remus semblait attendre cela de moi.

"Des Horcruxes", il s'est écrié avec des yeux un peu fous. "Réunis, ils se détruiront entre eux pour avoir Harry, pour avoir accès à l'âme complète d'un humain !"

J'ai longuement pesé ce qu'il venait de me dire. J'avais lu le texte, plusieurs fois, mais je n'avais pas été aussi loin que Remus dans son interprétation. Le propos de Thymos n'était nulle part de détruire les Horcruxes. Je crois même que le projet l'aurait chagriné. Il les tenait pour de belles choses, utiles, "des choses qui nous mettent à l'égal des Dieux", écrit-il plusieurs fois. Est-ce l'inquiétude paternelle qui a mis Remus sur la voie ? Est-il meilleur que moi dans la Défense contre les forces du mal ?

"Fascinant", j'ai fini par lâcher, et Remus m'a regardé comme si je venais de briser tous ses espoirs.

"Tu penses... tu penses que c'est ridicule ?", il a trouvé le courage d'articuler.

Je me suis dit que Remus était venu à moi pour tester sa théorie n'osant pas instiller un quelconque espoir infondé à sa jeune compagne ou voir ses hypothèses détruites par un Dumbledore compatissant. Il m'avait préféré moi. Son ancien ennemi, son adjoint parfois agaçant, son ami finalement... Ça m'a touché comme je ne savais plus pouvoir l'être.

"Au contraire, Remus", j'ai décidé d'être chaleureux puis qu'il semblait en avoir besoin. "C'est sans doute la seule voie possible".

Pendant un instant sans doute très court mais finalement très long, j'ai cru qu'il allait tomber dans mes bras et fondre en larmes. Finalement et heureusement, il a réussi à dominer ses émotions et a accepté avec un rire nerveux le verre de cherry qu'il avait plus tôt refusé.

On a parlé de tout cela pendant des heures, commentant Thymos phrase après phrase, regrettant de ne pas avoir le texte originel et seulement une traduction, puisant dans ma bibliothèque au besoin pour vérifier ce que l'histoire des sciences magiques avait gardé en mémoire des connaissances grecques antiques.

Nos étudiants auraient été sidérés de nous voir bosser autant, j'en suis sûr. On a fait de notre mieux pour être critiques et systématiques dans notre réflexion. Je ne dis pas qu'on a détruit toutes les objections mais, même maintenant qu'il est parti, je ne vois pas d'autres voies possibles.

Nous avons le but depuis trop longtemps.

Nous avons maintenant la voie.

Reste à trouver le courage de l'utiliser.

ooooo ooooo oo Poudlard, Vendredi 20 février (6h30)

Cette nuit, Harry a affronté l'anneau que Scrimgeour nous avait amené jeudi dans la soirée.

Nous l'avons tous fait, même Drago. Mais ce n'est pas l'important. Nous ne sommes pas si importants. Harry lui, lui qui a une connexion malheureusement plus intime et plus dangereuse, l'a affronté et il a résisté à sa force maléfique.

Je suis fier de lui. Je n'arrive pas à trouver un autre mot.

Je ne peux pas écrire que je le savais, que j'en étais sûr. Quand je lui ai annoncé l'arrivée de l'anneau un peu plus tôt dans la journée, il m'avait paru si incertain des buts et des moyens - si Remus l'avait entendu douter de Cyrus comme il l'a fait, il aurait sans doute annulé la confrontation et perdu le sommeil. J'ai pris sur moi de ne rien dire, de croire en Harry, en sa capacité à surmonter le trac et ses questionnements intimes par amour pour nous tous.

Telle est notre arme : notre amour mutuel.

Aurais-je jamais cru écrire une chose pareille ?

Mais j'en suis venu à penser que Albus avait raison. Face à la volonté de domination et de destruction, seuls l'amour, l'union et le don de soi pouvaient triompher. Je l'ai même dit à Harry malgré le risque que la phrase comportait. La sincérité et la vérité sont souvent plus dangereuses que le mensonge maîtrisé. C'est un fait.

Harry a tiqué mais n'a pas relevé. Remus pense qu'il ne veut pas réellement comprendre :

"Je compte sur sa confiance", il m'a avoué. "Il ne peut pas penser que nous pouvons accepter de le mettre en danger."

"Et tu dors la nuit ?", je suis arrivé à lui demander.

"Très mal", il a avoué avec un sourire presque amusé.

Il y a moins d'une heure, Remus qui ne dort plus et ment en permanence, m'a aussi remercié. Et je pense qu'il était sincère.

"Sans toi, il n'y serait jamais arrivé" - a-t-il dit dans un souffle quand Minerva est repartie avec les garçons épuisés.

Je ne ferai pas de fausse modestie. Je déteste la fausse modestie.

Harry a réussi et j'y suis pour quelque chose.

Que ça me donne la force de continuer de lui mentir, de le pousser, de peut-être le sauver et nous tous avec. La fin, les moyens. Aucun moyen de délier tout cela.

ooooo ooooo ooo Vendredi 20 février (23h)

J'écrivais ce matin que j'étais fier de Harry, voire de l'aide que j'ai pu lui apporter pour trouver la force de faire face au destin cruel qui est le sien. J'écris ce soir pour dire que son père adoptif m'a encore bluffé aujourd'hui. Et cette fois, je n'y suis pour rien.

Je ne peux pas croire qu'il l'ait anticipé. En fait je sais que non. Remus a improvisé avec ce courage et cet aplomb de Gryffondor, avec cette audace de Maraudeur, avec son amour pour sa famille, sa loyauté pour Poudlard, son besoin de revanche. Avec tout ce qu'il est qui le différencie de moi bien plus que sa lycanthropie.

Il a accepté la demande d'Ombrage - elle va mener une inspection de plusieurs semaines sur le fonctionnement de l'école. On peut dire qu'on savait ce qu'elle voulait avant sa venue, qu'on l'a vue venir même, et qu'on avait peu de chance d'y échapper. Refuser n'aurait fait que reculer le problème, voire le radicaliser. L'accepter rapidement est le plus sage. La preuve ? Elle-même était surprise.

Tellement surprise qu'elle a accepté les conditions de Remus dont la plus importante - tellement importante que je ne sais comment il a osé la formuler : elle va amener le tableau du serpent à Poudlard. Nous aurons ainsi deux Horcruxes (je devrais dire trois mais je n'y arriverais jamais) sous la main.

Je ne sais pas si nous serons capable de faire plus mais c'est déjà tellement que je suis content de l'écrire dans mon journal. Oui, content.

Peut-être ne devrait-on pas le brûler, finalement, si quelque chose m'arrive. Il faut que quelqu'un puisse savoir ce que nous avons accompli : réunir trois des Horcruxes du pire mage noir britannique depuis plusieurs siècles au même endroit dans l'espoir de les détruire tous.

Ma main tremble et je dois la forcer à continuer.

Les détruire tous à n'importe quel prix.

Identifier le but.

Réunir les moyens.

Trouver le courage.

Ne pas dévier.

ooooo ooooo oooo Poudlard - Mardi 24 février

Ombrage a commencé à distiller son poison dans les veines de Poudlard. On n'est pourtant que le deuxième jour. Est-ce elle ou la présence du tableau contenant un fragment de l'âme du Seigneur des ténèbres ? Ce serait un peu superstitieux de le croire mais pourtant. L'air lui-même semble changé.

Mes chers collègues se comportent à de rares exceptions comme des enfants ; comme si Ombrage allait vraiment décider de leur avenir ! D'autres batailles plus souterraines sont autrement plus décisives. Si Remus n'est plus là pour les protéger, c'est qu'on aura perdu bien plus qu'une inspection. Voilà comment je vois les enjeux.

Mais ça ne s'arrête pas là. Cyrus - Cyrus ! - a eu besoin que Remus le rassure parce qu'Ombrage l'avait pris à parti sur ses bonnes notes en potions, sa ressemblance avec les Black, mais surtout sur la ressemblance entre Tonks et cette fable de Laelia. Il l'a fait devant moi sans fausse pudeur ou gêne. Comme chaque fois que je me retrouve spectateur de leurs relations, j'étais intimidé et fasciné.

Je ne sais pas quelles relations avaient Sirius et Remus entre eux. Lupin était alors plus timide et en retrait. Il m'avait toujours paru moins stupidement Gryffondor que la petite bande des Maraudeurs et, d'ailleurs, Albus l'a fait préfet. Pas que je me rappelle qu'il ait été très efficace à ce poste. Mais ça, c'était ce qu'on pouvait voir en public. Quelle était leur relation quand ils n'étaient pas en représentation ? A priori plus équilibrée, si j'en crois ce que l'un et l'autre ont pu faire l'un pour l'autre même des années après le drame, après la trahison, la douleur et la désillusion.
Oui, j'en ai été jaloux.

Mais quelle qu'ait été cette relation, je ne crois pas que Lupin ait rassuré Black, qu'il lui ait apporté un sentiment de sécurité. L'amitié d'un rejeton même déshérité d'une grande famille sorcière était plus prompte à rassurer un jeune lycanthrope sur son humanité que le contraire.

Cyrus et Lupin ont eux une vraie relation filiale, qui n'est pas la transposition de l'amitié qui a uni, et unit sans doute encore, Sirius et Remus. Pas que j'ai jamais eu une telle relation avec mon propre père, non, mais c'est une autre histoire.

Je n'ai pas l'ambition de Thymos de coucher sur du papier tout ce qu'on pourrait écrire sur Cyrus pris comme expérience magique. Reste que son évolution me fascine. C'était une page quasi blanche, et il a développé une personnalité où l'on retrouve des influences de Sirius mais tellement de Remus aussi... C'est fascinant. Je ne trouve que ce mot.

L'enquête de Ombrage sur Cyrus a néanmoins fait prendre à Remus la décision de précipiter les évènements. Quelque part, il ne fait que cela depuis une semaine.

Demain, Ombrage dînera avec lui ; Nymphadora, Harry et moi iront dans son bureau voir le tableau.

Il n'y a plus à reculer.

Nous devons vérifier que nos théories construites sur les écrits de Thymos ne sont pas que du vent. Mener une expérience basée sur des hypothèses théoriques fondées sur des écrits vieux d'une bonne vingtaine de siècle et traduits dans notre langue sans que nous puissions juger de la validité de la traduction - j'ai essayé vainement d'imaginer ce qui pouvait traverser l'esprit du moine copiste qui a reproduit les paroles de Thymos dans son abbaye écossaise au XIIIe siècle...

Une expérience a-t-elle jamais aussi dangereuse ?

ooooo ooooo ooooo Poudlard, Jeudi 26 février

Voilà.

Les mots me manquent pour parler de l'épreuve qui nous a tous été imposée ce soir.

Suffit-il de se féliciter que la traduction de Thymos ne devait pas être trop fausse et nos hypothèses trop ridicules ?

Suffit-il de dire que nous sommes tous vivants ?

Sommes-nous vraiment vivants ?

Nymphadora a-t-elle cessé de trembler d'avoir dû couper en deux la main de Harry ? Je me demande. En fait, j'ai peur qu'elle tremble pour le reste de sa vie.

Harry est-il vraiment sauvé ? Le Horcruxe qui s'était collé à lui a-t-il vraiment disparu ?

Il n'y a aucune raison de penser le contraire. Mais sera-t-il changé ? Obligatoirement. Je peux me mentir encore, penser au fait qu'on l'a sauvé plutôt qu'au fait que je lui ai menti.

Mais il a vécu des choses qui changent un homme - et je sais de quoi je parle. On l'a peut-être débarrassé des Horcruxes mais on a aussi entamé son innocence. Et je ne peux que le pleurer. Comme j'ai pleuré la mort de Nadedja.

Oui, exactement de la même façon.

Harry m'adressera-t-il de nouveau la parole ? Dans dix ans ? Dans six mois ? Jamais.

Je pleure sur la certitude que ce sera sans doute jamais.

On a atteint notre but, reste à payer le prix.

ooooo ooooo ooooo o Poudlard Vendredi 27 février

Cyrus campe au pied du lit de Harry. Remus m'a avoué, avant de partir une nouvelle fois mentir et s'excuser auprès de Ministère de crimes imaginaires plutôt que des vrais, qu'il n'avait pas eu le coeur de l'envoyer en cours.

Pas le coeur.

Cyrus en vigile comme une excuse vivante de tous nos mensonges, je me suis dit. Je l'ai gardé pour moi. Enfin presque. Quand Cyrus a essayé de me rassurer en disant que Harry avait la peau dure et qu'il allait se réveiller pour engueuler tout le monde comme un préfet qu'il est, j'ai secoué la tête.

"Je n'aurais peut-être pas cette chance", j'ai soufflé.

"Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?", il s'est alarmé - parce que Cyrus Mélanio Lupin peut s'inquiéter pour moi d'une façon que Sirius n'aurait même jamais pu envisager. C'est une vérité qui me touche plus que je ne saurais l'écrire.

"Je veux dire qu'il n'aura peut-être pas envie de m'engueuler", j'ai explicité.

"Ah ce point ?", il a compris. Je ne sais pas si Black avait cette subtilité ; peut-être la réservait-il pour ses amis. Cyrus peut être très subtil.

"Seul l'avenir le dira", j'ai répondu, et je ne pouvais pas me montrer plus optimiste.

Pendant ce temps-là, Harry dormait, et Poppie y veillait jalousement. Un énorme bandage sur sa main droite comme unique rappel de l'épreuve, du choix, de la victoire. Nymphadora et moi sommes allés régulièrement le voir. Si nous avions tous campé dans l'infirmerie, Radio Poudlard finirait par douter de la version officielle - Harry s'est coincé la main dans la porte de Gryffondor.

"Gryffondor y était bien pour quelque chose", a murmuré Dora quand Cyrus a trouvé que l'excuse était un peu courte.

"Les mensonges les plus gros passent souvent mieux que les trop subtils", j'ai soutenu Nymphadora. Elle a apprécié, je l'ai lu dans ses yeux.

Le reste de la journée, en l'absence de Remus, j'ai dû faire mine de mener Poudlard, de gronder Peeves, de faire la leçon au Chevalier au catogan, de faire taire les bavardages dans les couloirs et de faire souffler un vent glacé sur les amourettes, les plaisanteries et autres gamineries quotidiennes. C'était une torture méritée. Je l'ai endurée les dents serrés ce qui ne gâchait rien à l'effet recherché.

Si Harry ne me parle jamais plus, je serai triste mais le savoir libre est une victoire, une revanche, que nul ne pourra m'arracher. Lily... Lily, ton fils est finalement libre. En colère contre moi, mais libre.

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Mars est un mois extrêmement riche en rebondissements. Je pense que je vais le couper en deux pour ne pas avoir un chapitre démentiellement long et surtout poster plus tôt... Je ne m'engage à aucune date pour l'instant parce que je pars en vacances...

Alixe et Dina ont été là durant l'écriture...