OCCULTIC FAKE
I.
OCCULTE
Ce qui est caché ou mystérieux, en raison de sa nature inconnue ou non dévoilée.
SCIENCES OCCULTES
Ensemble des connaissances ésotériques qui ne sont reconnues ni par la science ni par la religion, et qui requièrent une initiation des pratiques secrètes touchant à la magie et aux arts divinatoires.
Octobre **** : le corps d'une jeune femme a été découvert dans son appartement du quartier d'Ikebukuro. Sa disparition fut signalée le jour-même par son employeur. On conclut à un suicide, et les enquêteurs ne qualifièrent que de « singulier », le mot que la victime serrait encore entre ses doigts. « Deux tombes pour une malédiction." Le même jour, un employé de la même compagnie se jeta de la fenêtre de son bureau, onze étages au-dessus du sol.
Novembre **** : Confession d'un agent de police : « Ce matin, j'ai reçu la plainte d'un chauffeur de taxi qui pense avoir été victime d'escroquerie. Le passager l'aurait payé sans faire d'histoire avant de lui donner une adresse qui n'existait pas. Lorsque le chauffeur s'en est aperçu, le client avait disparu, l'argent aussi. C'était la troisième plainte du genre que je recevais ce mois-ci. »
Décembre **** : Mayumi Fugimi – 15 ans. « Elle a commencé à revendiquer ses talents de médium peu après la rentrée. Personne ne la croyait vraiment. Peut-être qu'elle n'y croyait pas non plus, et faisait juste ça pour se rendre intéressante. Mais lorsque plusieurs de ses visions se sont avérées exactes, nous avons commencé à douter. Moi, j'ai commencé à y croire pour de bon le jour où elle a vu près de moi une femme très maigre au crâne rasé. Une femme que personne d'autre ne voyait. Ma mère était morte d'un cancer quatre ans auparavant. J'étais la seule à le savoir. »
PROLOGUE
Ce que nous avons laissé derrière…
Ses matinées seule, les réveils un peu douloureux parfois, mais tranquilles surtout. Le quotidien bien réglé, celui des études, des efforts constants et de l'absence. C'est tout.
Bien son chignon. Ses petites chaussures ajustées, ses lunettes sur son nez. Le sourire laconique que lui reflétait le miroir de sa salle de bain. Léger clin d'œil. Un claquement de talon et de porte. Elle faisait presque son âge. Vingt quatre ans. Et quelques mois. Mais dans sa tête elle n'avait toujours que seize ans.
Seize ans et l'expérience d'une femme de presque trente. Trop de pertes et de soupirs. Combien de fois avait-elle oublié de regarder vers le ciel ?
Ce qu'elle avait laissé derrière elle, Mai ne le savait que trop bien. Elle s'en rappelait chaque jour, et chaque fois que quelque chose lui faisait peur ou la rendait triste, elle se forçait à sourire. C'était sa façade à elle, sa manière de lutter, de dire « je suis », « j'ai le droit », « je vis », jusqu'à ce que le sourire redevienne naturel.
Ce que nous avons laissé derrière… c'était cet homme aux yeux de nuit. C'était cette histoire que personne ne croirait jamais. Ce parfum de fleurs fanées et surtout, surtout, ce souci de ce qui n'existait plus. Mai se l'était juré le jour où elle avait revu le soleil se lever sur les grattes-ciel de Tokyo elle ne s'occuperait jamais plus que des vivants.
Un pétale de merisier s'était posé sur ses doigts, et dehors il y avait un air de pastel. Les cerisiers en fleur couvrait le gris citadin de blanc et de rose, et quand le vent soufflait, on aurait dit qu'il neigeait.
Mai sourit, les yeux perdus dans l'horizon qui se profilait par la fenêtre, tandis que derrière son bureau, son professeur causait toujours.
Voilà quelques années qu'elle s'accordait désormais ce luxe de ne plus écouter.
Une averse tomba en début d'après-midi, et quand le soleil revint, le soir tombait doucement. Elle avait récupéré son vélo. Le vent faisait onduler quelques mèches échappées de son chignon, et pour la première fois depuis plusieurs mois déjà, Mai constata qu'elle n'avait pas froid. C'en était bien fini de l'hiver.
Leurs visages. Ce quelque chose de familier qui rassure et qui réchauffe. Comme une sensation de déjà vu, comme si on ne s'était séparé que la veille.
– Je croyais que tu voulais les couper ! » s'exclama Ayako.
Elle parlait de ses cheveux.
– Non, finalement longs c'est bien.
– De toute façon ça te va bien », renchérit Bô-san.
La dernière fois qu'elle les avait vus, c'était pour leur mariage, huit mois plus tôt.
Yasuhara et John étaient arrivés en retard, grandis, un peu plus sérieux. Une fois de plus Osamu se désola de son célibat, et John était heureux. Rien ne changeait.
– Et toi ? Les études ?
– Bientôt terminées !
– Tu dois être contente.
– Tu n'imagines pas à quel point…
Six ans d'études acharnées après le lycée, à plancher des heures durant le dos courbé au-dessus de son bureau, oui, il était temps d'en finir. Démarrer une nouvelle vie, tourner la page comme on disait. Définitivement.
– Et vous alors ?
– Tu as devant toi la nouvelle directrice de la clinique Matsuzaki !
– Mes félicitations ! Et toi Takigawa ? Toujours une rock star ?
– Ah… je commence à devenir vieux pour ces trucs là… et un homme marié ça marche toujours moins bien auprès de la gente féminine. Je crois que je deviens ringard…
Il avait coupé ses cheveux et retiré tous ses piercings.
– Ça te va pas le style « rangé »…
– Le tiens non plus ! On dirait une secrétaire !
– C'est les lunettes…
Trop d'écran. La maladie du siècle. Mais tant qu'il n'y avait que ça.
– Et toi Osa-kun ? Bientôt terminé aussi ?
– Si je décroche mon contrat doctoral j'en aurais encore pour trois ans…
Mais son air accablé ne trompa personne, il en rêvait depuis bien trop longtemps.
– On croise les doigts !
– Si je l'obtiens tu me paie un resto.
– Adjugé !
– Et toi John ?
Et ainsi de suite…
– Tu as meilleure mine je trouve.
C'était devenu son refrain quotidien, mais pour une fois, Mai su qu'Osamu était sérieux. Elle l'avait constaté elle-même après tout, qu'elle avait le teint plus frais et les joues moins creuses.
– Ça va mieux », acquiesça-t-elle.
– Trois ans… c'est le temps qu'il faut.
– Je crois que oui. Je me sens prête à aller de l'avant maintenant.
– Tu ne fais plus de cauchemars ?
– Non. Je dors comme un bébé.
– Merci le chat.
– Ça doit être ça !
Et leur rire éclata comme une étincelle.
Tokyo la nuit, c'était les rumeurs incessantes, ce brouhaha de la ville et qui ne cesse jamais vraiment, les visions hallucinatoires des postes publicitaires, les soupirs des gens fatigués qui rentrent du travail, la lumière d'une lampe de chevet derrière un rideau, l'odeur d'un bol de ramen, cet éclat des petites choses qui n'apparaissent que le soir tombé et qui se détachent des ombres comme des petits bouts d'étoiles.
– On se revoit bientôt ? » murmura Osamu lorsqu'ils arrivèrent devant son immeuble.
– Promis ! Au fait…
– Quoi ?
– J'ai un rencard demain.
Le rouge lui monta aux joues.
– Nan !
– Si je te le dis.
– Et c'est sérieux ?
– Il me plait…
Son regard était devenu plus tendre, plus triste aussi, et son sourire légèrement nostalgique.
– Tu n'as fréquenté personne depuis. Pas vrai ?
– Non personne. Je… je ne pouvais pas.
– Je comprends.
– C'est un ami de la fac. Un type bien. Il me plait, et… je crois que je lui plais aussi. En tout cas c'est lui qui me l'a proposé. Le rencard.
– Je suis content pour toi.
Et le regard qu'il s'échangèrent en dit bien plus que tous les mots du monde. Il fallait vivre, il fallait aller de l'avant, il fallait être heureux. Ce qu'ils se répétaient depuis trois ans, ce qu'ils ne faisaient tout juste que commencer. Pour que ces dix mois vécus à Londres ne soient plus que l'ombre d'un mauvais rêve.
Parfois, le soir, il lui arrivait d'y penser encore. De revoir son visage blafard, ses yeux qui ne s'ouvraient plus et ses mains inertes sous les draps trop blancs.
Il lui arrivait d'imaginer ce qui n'avait jamais exister. De se demander à quoi ressemblerait sa vie si ce jour-là, le destin ne le lui avait pas enlevé. Et si la balle l'avait manqué ? Et s'il ne s'était pas interposé ? Et si l'autre les avait laissés tranquilles ? Où serait-elle alors ?
Puis elle fermait les yeux, inspirait longuement pour réprimer ses sanglots, puisqu'elle y parvenait désormais, et se tapotait légèrement les joues pour revenir à la réalité.
Son chat, petite boule de poils, se frotta contre ses jambes, comme il le faisait chaque fois qu'il sentait qu'elle avait du chagrin, c'est à dire souvent. Elle se pencha pour gratter entre ses grandes oreilles, sourit un peu, et s'accouda de nouveau à sa fenêtre. L'air lui ramenait des odeurs de fleurs et de montagne. Ces odeurs de printemps qui ramène en soi quelque chose comme de la sève, et qui nous dit que oui, l'humain vient bien de la terre. Elle scruta un moment le ciel, avant de se rappeler que depuis la ville, on ne voyait pas les étoiles, puis tourna les yeux vers l'intérieur de son appartement. Un petit cocon qu'elle s'était dégoté après son retour de Londres et qu'elle n'avait plus quitter depuis. Quatre murs sans passé, ni mémoire, entre lesquels elle avait jeté tout ce qui relevait d'elle-même. Quelques couleurs pastels, du vert clair surtout, des dessins suspendus aux murs, et qui donnaient envie de franchir le cadre de l'image pour aller dans un autre monde, de la douceur et de l'ordre. C'était tout ce dont elle avait besoin.
Son repas terminé, la vaisselle séchée et le bain vidé, Mai partit se coucher. Elle lu un peu, écouta la musique qu'elle aimait, écrivit deux trois lignes, ce qui lui venait, tout en sachant qu'elle n'en ferait rien, joua un peu avec son chat, et remonta la couette sur son visage avant d'éteindre sa lampe de chevet. Elle aimait le silence du soir, cette paix qui l'avait longtemps quittée.
Il devait être trois ou quatre heures du matin lorsque son téléphone se mit à sonner. Elle crut d'abord à un mauvais coup, une agence de pub un peu perchée ou un truc pas net, mais le nom affiché sur son écran lui donna un haut le cœur. Elle décrocha.
« Mai… », dit une voix qu'elle pensait ne plus jamais entendre, venue de l'autre bout de la terre. « C'est Lin. »
« Je sais. »
Quatre mots. Quatre mots seulement, ni plus ni moins, et déjà trop.
« Naru s'est réveillé. »
C'est tout pour ce prologue ! Rien de bien nouveau puisqu'il reprend l'épilogue de "La Ville des maudits" ^^. J'espère cependant que ça vous a plu ! J'essaierai de ne pas mettre trop de temps à rédiger le premier chapitre, mais toute l'histoire est construite :) N'hésitez pas à commenter, même s'il n'y a pas grand chose à dire sur ces premières lignes. Ça fait toujours plaisir ;) En tout cas, je suis de mon côté très heureuse d'entamer la suite de cette première fiction qui m'a quand même occupée pendant près d'un an. J'espère que les prochains chapitres parviendront à vous surprendre, et sur ce, je vous dis à bientôt !
