Titre : Vis ma vie.

Auteur : BadAngel666

Genre : Romance (vraiment glucosée par moments), humour (j'ai vraiment essayé) et grand n'importe quoi (comme d'hab', quoi).

Pairing : Draco Malfoy/Harry Potter.

Rating: M

Disclaimer: Je ne suis toujours pas la femme la plus riche du Royaume Uni, hélas, Harry Potter and Co. ne sont pas à moi, j'exploite juste odieusement leurs physiques avantageux afin de leur faire faire des saletés. Mrs Rowling les récupèrera après, presque en bon étant (ahem).

Résumé : La guerre est finie depuis trois ans, et tout le monde vit à peu près normalement. Seulement une personne n'oublie pas à qui elle doit la liberté. Que se passerait-il si un jour, Harry demandait à Draco de lui renvoyer l'ascenseur ? Ne serait-ce pas pour eux l'occasion de se faire enfin face ?

Note de l'auteur : Bonsoir à tous ! Pour l'arrivée de cette nouvelle année, je vous offre ce nouveau chapitre de « Vis ma vie ». Je vous remercie tous pour vos compliments et autres témoignages débordants d'affection, ça me touche plus que vous ne le pensez.

Remerciements : à Myschka pour son appui et ses corrections (je fais toujours des fautes de frappe c'est aberrant, existe-t-il une pétition pour les réformes des correcteurs word ?), BlackNemesis pour m'avoir inspirée le nœud de l'intrigue débile et enfin, merci au Rhum citron pour exister, tout simplement (oui je suis une alcoolique mondaine, c'est mal, je sais…).

Dédicace : Cette fic est entièrement dédiée à la fée Artoung, parce que c'est une fille généreuse, un poual sadique (enfin ça, c'est ce que disent les gens…) mais toujours adorable.

Sur ce, bonne lecture.


Vis ma vie

Chapitre 2 – Vis mon intimité


Le silence devenait pesant dans le grand salon de l'ancien manoir Black. Les trois personnes présentes s'enfonçaient dans ce silence, ne sachant trop quoi dire.

Draco Malfoy était parti la veille en emportant la dernière parcelle d'espoir que Harry avait gardé. Et Harry souffrait sans parvenir à décider si c'était de sa faute ou de celle du blond. Après tout, il était celui qui nourrissait des sentiments sans espoir…

Cela devait être de la faute du destin, cette saleté de destin qui s'obstinait à lui refuser le bonheur.

Pourtant Harry ne demandait pas grand-chose…

Mais visiblement, c'était déjà trop.

« Harry, ça suffit maintenant, tu vas finir par tomber dans la dépression si tu continues comme ça, finit par dire Hermione, excédée par les soupirs de son ami.

-Ouais, mec, Hermione a raison ! Tu devrais oublier ce type, tu te fais du mal. » ajouta Ron, heureux que sa femme ait enfin pris la parole.

Le rouquin n'en pouvait plus de voir son ami se détruire depuis des années. Il était triste de le voir ainsi après chaque rencontre avec Malfoy.

Depuis la fin de la guerre, Harry était dans cet état là. Au départ, Ron avait pensé que c'était juste un traumatisme consécutif aux choses que Harry avait vues et faites pendant les combats, mais le temps avait passé, et Harry était resté prostré. Et puis il y avait eu la soirée d'enterrement de vie de garçon de Ron, et là Harry avait parlé.

L'alcool lui déliant la langue, il avait avoué à son meilleur ami qu'il éprouvait des sentiments pour un homme, et pas n'importe lequel : Draco Malfoy. Ron n'avait pas su quoi faire, il avait donc serré son ami contre lui, le voyant sur le point de craquer, mais rien n'avait changé.

Il avait eu du mal à digérer la nouvelle, que Harry aime un homme, cela ne le dérangeait pas plus que cela, du moment que le type en question n'était pas lui-même, mais que ce soit Draco « les-dix-plaies-de-l'Egypte-réunies » Malfoy… eh bien c'était une autre histoire.

Mais comme Ron Weasley était un meilleur ami exemplaire, il avait fait l'impasse sur son ressentiment et avait conseillé de son mieux Harry.

Mais en trois ans de diverses tentatives, jamais Harry n'avait réussi à décrocher plus de deux mots à Malfoy.

L'amour devait le paralyser.

Alors en dernier recours, et parce que justement les talents de l'ancien espion auraient été les bienvenus, Hermione avait eu cette idée.

Mais Malfoy avait très mal réagi.

Depuis, Harry était dans un état lamentable, tellement lamentable même que Hermione avait forcé Ron à rester dormir chez lui afin de l'empêcher de faire une bêtise.

« Peut-être que vous avez raison… » dit pensivement Harry au bout d'un moment.

Il y avait pensé toute la nuit, puis toute la journée… Cette situation ne pouvait pas continuer ainsi. Il était de notoriété publique que Draco Malfoy était un salaud, Harry ne ferait pas son bonheur avec ce genre de personne, lui qui était terriblement fleur bleue.

Enfin… Fleur bleue…

Il l'était surtout depuis qu'il s'était rendu compte qu'il aimait le blond, parce qu'avant cela, il avait été encore plus volage que lui… Il ne se souvenait même pas du nom de tous les amants qu'il avait pu avoir entre la fin de sa sixième année à Poudlard et la dernière bataille…

Ca n'avait été qu'après celle-ci qu'il avait réalisé, l'électrochoc avait été l'annonce du procès du blond couplée à celle de son véritable rôle. Harry, pendant plus d'un an, s'était forcé à détester Malfoy de toutes ses forces car il le croyait Mangemort convaincu. Mais toutes ses illusions étaient tombées et la vérité lui était apparue.

Il était sorti quasiment nu de sa chambre à Sainte Mangouste pour aller témoigner lui-même avant que Hermione ne le rattrape pour le forcer à s'habiller.

Et lorsqu'il s'était retrouvé face à lui, Harry avait eu la confirmation dans son regard fatigué et reconnaissant, méfiant mais profondément sincère dans son émotion.

« Je te dois ma liberté », avait-il dit.

Et Harry à cet instant aurait voulu lui dire qu'il lui devait sa liberté également, mais les mots étaient restés coincés dans sa gorge.

Et depuis trois ans, ils y étaient encore.

C'était le drame de Harry, cette phrase là, ce sourire là, ces yeux là… Et pour son malheur, ce corps là.

Depuis trois ans, les seules couleurs qui hantaient ses rêves étaient le gris de l'acier en fusion, le rouge de lèvres gonflées par les baisers et le blanc ivoirin d'une peau dévoilée.

Mais Harry savait qu'il devait passer outre cela, qu'il n'aurait jamais ces couleurs que dans ses rêves…

Alors il se fit une promesse…

« Je vais laisser tomber, c'est mieux. Dit-il à voix haute.

-Bien ! applaudit Ron.

-Ce ne sera pas facile, Harry, mais pense un peu aux épreuves qui t'attendent. Tu vas devoir être fort, et ne plus avoir Malfoy dans la tête sera déjà un grand pas en avant. Appuya Hermione.

-Je sais… D'ailleurs, Ron, où en est-on avec ça ? » demanda Harry.

« Ca », c'était l'un des dossiers les plus sensibles sur lesquels enquêtaient les Aurors. Ron était à la tête de l'équipe qui protégeait Harry en raison de diverses menaces plus ou moins voilées lancées contre lui.

Depuis quelques semaines, plusieurs affaires sérieuses se rejoignaient en une seule, et il apparaissait qu'un groupuscule anarchiste avait pour but de répandre le chaos au sein du Ministère en s'attaquant de façon plus ou moins violente aux figures importantes de la politique sorcière britannique. Et Harry étant une personne très symbolique, les menaces s'étaient rapidement dirigées vers lui. Il avait échappé à deux tentatives d'enlèvement, une tentative d'Imperium, et une tentative de meurtre.

Ce n'était pas la première fois qu'on en voulait à sa vie, Harry avait l'habitude, mais le fait qu'il ne soit pas le seul à être menacé par ces gens le poussait à accorder son aide aux Aurors.

Il devait donc tenter de trouver, parmi les gens qu'il était amené à rencontrer, des personnes qui pourraient appartenir à ce groupe.

Hélas, Harry n'était jamais parvenu à maîtriser l'occlumencie, il ne pouvait donc ni fermer son esprit, ni pénétrer celui des autres par légilimencie, puisque ces deux arts se complétaient.

Et outre le professeur Snape, il ne connaissait qu'une seule autre personne capable de faire ce genre de chose : Malfoy.

Mais ce dernier ayant refusé de jouer le rôle de Harry, Ron devait penser à un autre plan.

Hermione, voyant que la conversation qui suivait allait être d'ordre professionnel, sortit de la pièce sans un mot ; elle connaissait suffisamment son mari pour savoir qu'il n'oserait pas le lui demander, donc elle le faisait. Elle sourit une dernière fois à Harry et s'en fut, elle avait elle aussi du pain sur la planche : en tant qu'étudiante en médicomagie, elle ne pouvait pas se permettre de délaisser ses cours plus d'une journée.

« Il n'y a rien de vraiment neuf, tu sais… commença Ron une fois que sa femme fut partie. Nous savons clairement qu'une ou plusieurs des personnes travaillent au Ministère, mais les pistes se brouillent rapidement et nous n'avons pas encore pu trouver qui ça pourrait être.

-Tu as pensé à quelqu'un du bureau des Aurors ? demanda Harry en réfléchissant à toute vitesse.

-Bien sûr, c'est pour ça que Kingsley et moi sommes les seuls à savoir pour l'idée d'utiliser la dette de Malfoy.

-Avec Hermione…

-Oui, avec Hermione, mais ça, c'était un accident, tu le sais bien. » grommela le rouquin.

Effectivement, le fait que Hermione ait été mêlée à cette histoire était purement accidentel, Ron avait simplement mentionné les risques que Harry encourait à continuer de faire comme si tout était normal et la jeune femme avait insisté pour savoir… Bon, elle avait aussi proposé la solution Malfoy, mais en dehors de ça, elle aussi risquait d'être blessée si elle s'approchait de trop près ou montrait clairement qu'elle savait.

« Il va falloir trouver autre chose pour… » commença Ron, mais il fut interrompu par le tapotement discret d'un hibou contre la vitre juste derrière lui.

Harry se leva de son fauteuil, les sourcils froncés, qui pouvait bien lui écrire à une heure pareille… Il était près de minuit.

Le volatile entra aussitôt que la fenêtre fut ouverte et se posa sur l'épaule du jeune homme brun avant de lui tendre gracieusement sa patte à laquelle était accroché un parchemin.

Harry reconnut tout de suite le sceau…

C'était celui utilisé par la famille Malfoy.

Réprimant un frisson d'anticipation, il déroula le papier sur lequel quelques mots avaient été griffonnés.

Et son souffle se bloqua dans sa gorge.

Ron, surpris par la soudaine immobilité de son ami se leva à son tour et s'approcha, puis voyant que Harry ne réagissait toujours pas, il prit le parchemin et lut à haute voix ce qui était écrit.

« J'ai réfléchi, et j'accepte. Je serai chez toi demain matin. Et c'est signé : Draco Malfoy. »

Harry hocha distraitement la tête, encore un peu secoué… Malfoy allait passer un mois près de lui…

Bon sang, comment allait-il faire ?

Comment… Alors qu'il venait juste de décider de renoncer à lui ?

« Bon, eh bien je crois que finalement, on n'aura pas à chercher de plan B… » conclut Ron en froissant le parchemin qu'il tenait encore.

Harry hocha une nouvelle fois la tête, et se demanda si ça n'aurait pas été plus simple de chercher un « plan B »…

oOoOo

Harry retint un soupir, il aurait dû se faire devin et s'exiler tout en haut de la tour Nord de Poudlard…

Car Draco Malfoy n'était pas là depuis deux minutes qu'il regrettait déjà qu'il ait accepté.

Le blond avait débarqué à sept heures du matin, il l'avait donc réveillé en sursaut en tambourinant comme un malade à la porte. Puis lorsque Harry avait enfin réalisé que ce bruit n'était pas dans son rêve et qu'il était descendu à la hâte sans prendre le temps de passer une robe de chambre, il avait eu droit à un regard méprisant et à une phrase très aimable signée Malfoy® concernant les gens qui se permettaient de faire attendre leurs visiteurs et leur ouvraient dans une tenue indécente…

Harry avait d'abord rougi en réalisant qu'il ne portait qu'un simple pantalon de pyjama, puis après avoir fait venir à lui et enfilé sa robe de chambre, il avait constaté avec effroi que son « invité » était en train de rendre leur taille à ses bagages… C'est-à-dire pas moins de quatre malles.

Mais une nouvelle fois, plutôt que de donner libre court à son énervement, il choisit de se contrôler. Malfoy l'avait prévenu qu'il viendrait au matin, il aurait donc dû être debout…

« Suis moi, je vais te montrer ta chambre. » dit-il le plus aimablement possible.

Draco acquiesça et le suivit en faisant flotter ses malles derrière lui.

La maison comptait un nombre conséquent de pièces, toutes avaient été refaites à neuf par Harry, qui avait découvert que les travaux de réfection le calmaient et occupaient agréablement ses week-ends. Il était parvenu à donner un second souffle de vie à l'ancienne demeure de la famille Black, et avait même réussi le tour de force de décrocher le tableau de la mère de Sirius dans l'entrée. A la place, un portrait de son parrain lui souriait tous les jours. Dans les étages, il avait abattu quelques cloisons pour agrandir les pièces et les salles de bains, cela réduisait le nombre de chambres mais c'était infiniment plus confortable. Ainsi lorsque des amis souhaitaient rester quelques jours, ils avaient tout ce dont ils avaient besoin. Harry avait même trouvé amusant de jouer avec les couleurs, en utilisant un ton différent pour chaque pièce. Sa propre chambre était dans les tons de vert, il y en avait une rouge, une jaune, une bleue…

Pour Draco, il avait décidé que le beige lui irait, sans trop savoir si cela lui plairait. Mais il sut que c'était le bon choix lorsque le jeune attrapeur entra dans la pièce. L'expression de son visage s'adoucit imperceptiblement, signe qu'il aimait ce qu'il voyait. Harry connaissait ses mimiques, il avait derrière lui de longues années d'apprentissage.

« Voilà, je te laisse t'installer. Il y a une salle de bains, un dressing et si tu as besoin de quoi que ce soit, dis le moi. Je vais m'habiller et préparer le petit déjeuner, tu n'auras qu'à me rejoindre dans la cuisine. » dit-il avant de quitter la pièce.

Il avait besoin d'une bonne douche bien chaude, et d'un café, un double italien.

Lorsqu'il fut sorti, Draco fit le tour de la pièce, ses yeux s'attardèrent sur les lambris clairs et les rideaux de voile blanc. Le lit avait l'air agréable, le tapis aussi doux que possible… Tout était d'un goût parfait, Potter avait dû faire appel à un super décorateur pour en arriver à ce résultat.

Il jeta un coup d'œil à ses malles et grimaça.

Il n'avait pas le courage de les défaire tout de suite, il savait bien ce qu'il trouverait en les ouvrant de toute façon : des vêtements entassés pêle-mêle mélangés à des livres qu'il avait cru bon d'emporter ainsi que d'autres choses parfaitement inutiles, mais qu'il avait balancées là parce qu'elles lui passaient sous la main.

Il avait tourné en rond toute la nuit en jetant des sorts de protection et d'alarmes, sans pour autant parvenir à trouver le sommeil.

Et à sept heures il en avait eu assez et avait débarqué chez Potter.

Potter qui avait eu le culot de ne pas être derrière la porte à l'attendre, mais au fond de son lit en train de roupiller…

Potter qui avait failli lui crever les yeux en lui ouvrant la porte à moitié nu.

Draco doutait d'ailleurs de pouvoir un jour récupérer toutes ses connexions synaptiques.

Il commençait à se demander si sa fabuleuse solution était la bonne…

oOoOo

« Rejoins moi dans la cuisine, gna, gna… » grommela Draco qui perdait doucement sa patience.

Bien entendu, s'il avait su où se trouvait cette putain de cuisine, le fait de s'y rendre aurait été plus simple, mais non… Potter l'avait planté là sans lui dire.

Cette foutue maison était immense, en plus de ça.

Draco errait depuis un quart d'heure à la recherche de ladite cuisine, il avait ouvert à peu près toutes les portes qu'il avait vues mais n'avait trouvé que des chambres. Toutes décorées avec un goût parfait, il devait bien l'admettre, mais ça n'arrangeait en rien son souci présent.

Mais bon, au point où il en était, il se disait que la visite, même sans guide, de la maison du héros serait un bon moyen de passer le temps.

Il avait déjà vu quatre chambres sur deux étages. La sienne était au deuxième étage, ce qui était un manque de considération de la part de son hôte. Faire monter deux étages à un invité lorsqu'on pouvait le lui épargner était un non sens.

Au premier, il y avait encore des chambres, et un grand salon agréablement décoré, le Survivant y avait accroché de magnifiques tableaux représentant des paysages, ainsi que des photographies de ses amis et de ses parents. Draco se disait qu'il avait dû hériter de la douceur de traits de sa mère, même s'il ressemblait bien plus à James Potter. Dans la pièce la technologie moldue côtoyait les artefacts sorciers, on pouvait voir ainsi une glace à l'ennemi au-dessus d'une grande chaîne hi-fi, un strutoscope posé près d'une télévision à écran plat, et une pensine près d'un ordinateur.

Draco avait l'impression d'entrer de plein pied dans l'intimité d'une personne qu'il avait toujours eu envie de connaître sans pourtant arriver à l'approcher.

C'était un peu déconcertant…

Il écarta cette impression et continua sa tournée d'inspection.

La pièce suivante était un grand placard contenant essentiellement des outils et des pots de peinture. Plus loin, il y avait une dernière porte, Draco ne se posa pas de question et l'ouvrit.

Sans doute n'aurait-il pas fait ça s'il avait su que c'était la chambre de son hôte…

Mais il aurait eu envie de le faire, s'il avait su que ce dernier était actuellement en train de choisir les vêtements qu'il allait mettre, et que comme il n'avait pas l'habitude d'avoir quelqu'un de curieux chez lui, il le faisait en tenue d'Adam tout en chantonnant l'une des dernières chansons à la mode chez les moldus.

Quoi qu'il en soit, Draco ne savait rien de tout cela, il ouvrit donc la porte silencieusement et entra dans la pièce…

C'était une chambre décorée de vert depuis la moquette jusqu'au couvre lit, en passant par les tentures de velours du baldaquin et les frises au mur.

Draco aimait beaucoup le vert, cela lui rappelait l'ambiance chaleureuse de son dortoir à Poudlard.

Cette pièce respirait l'harmonie, la classe, et…

Oh doux Merlin… fut la seule chose que Draco put penser lorsque son regard pour le moins curieux se posa sur le dos musclé de l'occupant de la pièce.

Le Survivant venait, de toute évidence, de sortir de la douche, ses cheveux encore humides et les quelques gouttes d'eau qui coulaient encore le long de sa colonne vertébrale en témoignaient. Inconsciemment, Draco suivit du regard ces gouttes, pourquoi avait-il soudain envie d'être l'une d'elles ?

Harry Potter avait un corps magnifique, pas exactement parfait, mais magnifique dans son harmonie, même les quelques cicatrices qui marquaient sa peau étaient belles, comme des souvenirs visibles de ce que le jeune homme avait fait, ou avait souffert.

Harry chantonnait, faux, mais tout de même… Il cherchait visiblement des vêtements dans son dressing.

Et Draco le dévorait des yeux.

Harry se tortillait au rythme qui n'existait que dans sa tête, faisant jouer les muscles de son dos…

Et Draco avait envie de lui.

Juste là, maintenant, son envie revenait lui faire une petite visite surprise, lui dire qu'elle était toujours là et que les années qui passaient n'y changeraient rien.

C'était comme ça que ça avait commencé… Draco avait eu envie de Harry pour la première fois en le surprenant dans la salle de bains des préfets. Il n'avait jamais osé se montrer mais le corps lui avait donné faim. Ensuite, sans qu'il s'en rende compte, son cœur avait eu faim aussi.

Perdu dans ses souvenirs, le jeune attrapeur ne pensa pas à s'en aller cette fois, et l'exclamation de surprise du brun le fit sursauter.

« Ma… Malfoy ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?!? demanda-t-il en se cachant maladroitement derrière un vêtement saisi au hasard sur une étagère.

-Euh… Je… cherchais la cuisine.

-C'est au rez-de-chaussée, la porte sur laquelle il y a un panneau avec « cuisine » écrit dessus.

-Merci. »

Draco sortit aussi vite qu'il le put, afin d'éviter le regard froid qui l'avait jeté dehors. Il descendit les marches et poussa la porte de la pièce indiquée. Effectivement, il s'agissait d'une cuisine. Il s'installa et attendit son hôte. Ce fut seulement à ce moment là qu'il se rendit compte qu'il retenait son souffle.

Potter avait tellement changé…

Quelques années avant, il n'aurait pas hésité à lui balancer n'importe quel sort, l'aurait agoni d'insultes toutes plus recherchées les unes que les autres… Il aurait fait quelque chose.

Là, il avait juste parlé froidement, comme si Draco avait été un insecte.

Et à vrai dire, Draco se sentait justement aussi petit qu'un insecte dans l'univers de Potter, trop petit, alors que tout était si grand et compliqué.

Peut-être aurait-il mieux valu qu'il affronte son ex…

oOoOo

« Alors je crois que pour commencer, il faut que tu connaisses certaines de mes habitudes. » dit Harry après avoir pris une grande inspiration.

La respiration, c'était ça le secret, respirer… Inspirer, expirer…

Iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinspirer, eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeexpirer…

Malfoy ne veut pas ta mort, Harry, il est là pour t'aider, respiiiiiiiiiiiiiiiiiiire… ne cessait-il de se répéter depuis deux bonnes heures.

Il n'avait pas vraiment saisi comment le blond avait fait pour atterrir dans sa chambre mais c'était arrivé, et lui, pauvre nouille, avait trouvé le moyen d'être complètement à poil en train de chanter une débilité à ce moment là…

Il avait été horriblement gêné, tellement qu'il n'avait pas pensé à hurler, ou à protester. Il avait presque eu l'impression de déranger Malfoy.

Oui, bon, c'était le cas, quand même, l'autre n'était pas obligé d'accepter, même à cause de la dette.

Deux heures après l'incident, Harry se trouvait en train d'expliquer de manière plus ou moins claire à Malfoy comment ils allaient procéder.

Malfoy l'écoutait tranquillement, ce qui était une première pour Harry.

« J'ai préparé avec l'aide de Ron une liste de personnes que je suis amené à rencontrer très souvent lorsque je sors pour le travail. Il y a pas mal de gens importants mais ce sont simplement ceux à qui je serre la main. Il y a une seconde liste de personnes avec lesquelles j'ai des liens plus étroits, j'ai spécifié ce que je savais sur ces personnes, tu verras. Le mieux, c'est que tu apprennes tout ça et…

-Où est la liste de tes maîtresses ? le coupa Draco en tournant distraitement les pages.

-Co… Comment ?

-Je suppose que tu as une vie privée, Potter, et je n'aimerais pas me retrouver avec une dinde pendue au bras sans savoir si elle attendra de moi que je la baise contre un mur ou un simple bonjour. Expliqua Draco de sa voix traînante.

-Euh… balbutia Harry en rougissant légèrement à l'idée de parler à Malfoy de sa vie privée. Je te ferai une liste, mais tu peux être tranquille, je n'ai eu presque personne depuis la fin de la guerre.

-Ah bon ? demanda le bond en haussant un sourcil sarcastique.

-Oui, je n'ai pas vraiment trouvé à m'attacher. Bon, je vais te faire cette liste, mais j'aimerais qu'elle reste confidentielle, je me suis donné assez de mal pour faire en sorte que les journalistes cessent de me harceler sur le sujet.

-T'inquiète, je serai muet comme une tombe. » sourit Draco avant de plonger dans les notes de Harry concernant les gens sur lesquels il savait des choses.

Harry soupira et se mit à écrire des noms, au hasard de ses souvenirs. Il avait eu beaucoup d'étreintes avec des hommes de passage, il n'avait jamais revu la plupart d'entre eux et d'autres étaient morts pendant les combats. Cependant il ne pouvait éviter de mentionner les noms de ceux qu'ils connaissaient tous les deux comme Charlie Weasley, Théodore Nott, ou encore Dean Thomas…

Quelques instants plus tard, il tendit le parchemin à Draco sans oser regarder la longueur de la liste ; ce dernier la prit, un léger sourire aux lèvres, et se mit à lire.

« Euh… Potter. Ce sont des noms de mecs, ça.

-Oui. Confirma Harry en haussant les épaules. Il avait toujours été très discret avec ses relations intimes, il était normal que même Malfoy ignore ses préférences.

-Tu es…

-Gay ? Oui, je crois. Il y a un problème avec ça ?

-Non… Du tout. »

Draco serra les dents avant de dire une connerie, et reprit sa lecture. Comment avait-il fait pour ne jamais s'apercevoir de ça ?

Lui qui s'était toujours vanté de pouvoir dire qui aimait qui…

Il semblait que le Survivant avait un jardin secret bien protégé…

Draco manqua s'étouffer en voyant le nom de Théo au milieu de la liste.

« Qu'y a-t-il ? demanda Harry, légèrement tremblant.

-Rien, je crois que mes amis sont de petits cachottiers, en particulier Théo.

-Oh… Oui, Théo. Nous avons un peu travaillé ensemble et d'une chose à l'autre, nous avons lié plus ample connaissance. Je le croise encore de temps en temps, vu qu'il travaille au Département des Mystères.

-Je sais, merci, grinça Draco avant de poursuivre sa lecture, puis un autre nom attira son attention. Tiens, tu t'es aussi fait le frère de ton meilleur pote, belle performance.

-Ah… eh bien… Harry hésita un moment mais vu que Malfoy devait savoir ce genre de choses… En fait Ron ne sait pas tout ça. Je suis allé en Roumanie pour suivre la trace d'un horcruxe et Charlie était mon contact sur place. Nous avons eu une courte liaison, mais c'est fini depuis longtemps.

-Tu m'en diras tant… Oh, je vois que tu allais pêcher dans ton propre dortoir, hein…

-Bon, on ne va pas s'extasier sur tous mes amants quand même… C'est privé, ce genre de truc, s'énerva Harry. Il voyait bien que l'autre s'amusait à citer un par un les hommes qui avaient réchauffé son lit, mais lui en avait un peu honte maintenant, car cela datait d'une époque où il ne savait plus très bien où il en était et où chaque jour pouvait bien être le dernier…

-Mais enfin… Je croyais que c'était justement le genre de chose que je devais savoir, ces choses intimes que toi seul connais… insista Draco, un peu cruellement, il ne savait pas pourquoi mais cette liste trop longue, trop fournie, lui donnait envie de crier.

-Ce n'est pas pour ça que je te dirai tout, tu n'auras pas à rencontrer mes ex, alors calme-toi un peu et reprend plutôt la liste des gens avec qui je travaille, je te rappelle que c'est parmi eux que tu vas devoir chercher. »

Sans attendre de réponse ou de contre-attaque Harry quitta la pièce, il avait besoin de se calmer. Avoir Draco Malfoy sous son toit mettait à mal ses bonnes résolutions.

Et il constatait avec effroi qu'il était incapable de s'énerver sur lui comme avant, de l'insulter, d'avoir envie de le frapper… Tout comme il était incapable de lui dire ce qu'il avait sur le cœur depuis trois ans.

Il monta au grenier, où l'attendaient quelques menus travaux. Il avait décidé que ce serait la pièce qu'il referait en dernier, parce que c'était la plus grande, et qu'il en ferait la plus belle des pièces de cette maison. Il y était déjà depuis deux mois, et il avait à peine débarrassé les vieilleries qui s'étaient entassées là au fil des générations. Il avait au passage trouvé quelques affaires appartenant à Sirius, des photos de ses parents, des maraudeurs et d'autres carnets couverts d'écritures et d'anecdotes drôles. Harry les avait rangés soigneusement dans sa propre chambre et y jetait un coup d'oeil nostalgique de temps à autres.

La grande pièce vide courait sur toute la surface de la maison, cela prendrait encore pas mal de temps de poncer le plancher et de le vernir, mais Harry s'en fichait, le travail physique l'occupait et avait le mérite de lui vider la tête en épuisant son corps.

Il se mit donc au travail, oubliant Malfoy et ses réflexions, ses piques, son dégoût.

oOoOo

Quelques jours avaient ainsi passé, Harry disait à Draco ce qu'il avait l'habitude de faire, lui disait quel comportement il adoptait et les situations dans lesquelles il le faisait. Draco écoutait calmement, enregistrait ces petits bouts d'informations.

Il réalisait qu'il se trouvait au cœur de l'intimité de Potter, et il aimait bien cela.

Il aimait savoir les goûts de Harry, ce qu'il aimait manger, boire, ses tics nerveux. Les yeux gris se remplissaient de Harry, se repaissaient de son apparence, passaient et repassaient sur lui.

Il avait au moins cette excuse pour le faire.

Heureusement pour lui, Draco avait gardé ses réflexes d'espion, ceux grâce auxquels il avait pu survivre. Il notait inconsciemment tout ce qu'il voyait. Cela ne lui apportait donc pas que des avantages, puisqu'il avait régulièrement la vision d'un corps brun mouillé et dégoulinant au sortir de la douche.

Il découvrait cependant seulement des choses anodines, celles que Harry lui disait, pas sa véritable intimité. Le brun était toujours aussi distant avec lui, et Draco ne savait pas comment faire pour le pousser à se dévoiler vraiment. C'en devenait limite malsain…

Ils discutaient, Draco apprenait comme il le pouvait, et Potter disparaissait il ne savait où dans la maison, puis revenait quelques heures plus tard, l'air calme.

Ce Potter là déstabilisait complètement Draco… Jamais il ne s'énervait pour quoi que ce soit, il restait zen en toute circonstance et ne pensait qu'à son travail.

Draco en venait parfois à penser que Potter avait changé, que la paix l'avait complètement changé en cet être indifférent qu'il voyait chaque jour. Peut-être que la spontanéité du jeune Gryffondor avait disparu à cause des épreuves de la guerre…

Ce n'était plus le même homme, et Draco n'aimait pas cet homme là, incapable d'une quelconque réaction face à lui.

Ils s'étaient toujours affrontés, dans tous les domaines, c'était cela qui avait piqué la curiosité du Serpentard, avant de le captiver totalement.

Là il n'y avait plus ni bagarre, ni joutes verbales, ni même le plus petit désaccord.

Draco haïssait ce Potter là.

Harry de son côté avait bien du mal à savoir comment réagir face à Draco Malfoy, il savait déjà à peine comment trouver ses mots lorsque ce regard gris était fixé sur lui lors de leurs entretiens…

C'était un miracle qu'il ait pu lui parler normalement…

Les quelques jours qui venaient de s'écouler avaient été très éprouvants pour sa santé mentale. Il avait décidé de donner la priorité à l'affaire pour laquelle Malfoy était là, et il devait tout régler avant de faire quoi que ce soit de radical concernant ses sentiments. Et puis cela serait un peu dangereux pour le plan bien huilé qui avait été conçu par Kingsley et Ron.

Malfoy devait rester aussi conscient que possible des risques qu'il encourrait, et Harry ne devait pas interférer ou troubler sa concentration.

Donc pour éviter de faire des choses idiotes, Harry prenait le parti de s'isoler quelques heures chaque jour dans son grenier.

Jamais parquet n'avait été aussi bien poncé, et aussi vite !

Et puis, ce jour devant arriver, il vint, comme un moment à la fois attendu et redouté.

Draco sachant tout ce qu'il y avait à savoir, il fallait à présent qu'il s'habitue à avoir l'apparence d'une autre personne, ce qui, il le savait, ne serait pas quelque chose de facile.

Ron Weasley arriva en début d'après midi, comme convenu avec Harry. Il apportait avec lui un chaudron plein de polynectar, qu'il déposa avec soin sur la table de la cuisine.

Le rouquin regarda soigneusement les deux hommes face à lui. Draco Malfoy avait l'air froid, comme d'habitude, son visage fermé coupait court à toute inspection. Harry, lui, avait le visage fatigué, les yeux cernés de celui qui ne dort pas bien, qui s'épuise pour ne pas réfléchir, et Ron comprit sans qu'un mot ne fût prononcé combien son ami souffrait de cette situation, même si elle était voulue et nécessaire.

Les mots n'étaient pas sortis, et ils resteraient probablement quelque part entre le cœur et les lèvres de Harry jusqu'à ce qu'ils soient prêts à être dits et entendus.

« Bon, voilà la potion. Harry, tu veux bien ajouter l'ingrédient final ? » demanda Ron en désignant le chaudron.

Harry acquiesça, puis s'approcha. Il se saisit d'un couteau sur le plan de travail et sous le regard choqué de Draco s'ouvrit le poignet au-dessus de la potion.

Celle-ci prit instantanément une couleur verte, avant de devenir aussi transparente que de l'eau.

Harry contempla quelques secondes durant son poignet douloureux, le sang qui coulait doucement le long de son bras, d'un rouge profond. Puis il jeta un sort de cicatrisation et la plaie se referma d'elle-même, ne lui laissant qu'une mince ligne blanche en guise de souvenir.

« Mais t'es malade ou quoi ?! s'exclama Draco, au bord de la crise d'apoplexie. Il avait eu vraiment très peur de l'expression du brun alors qu'il regardait le sang couler.

-Pardon ? demanda Harry, visiblement étonné.

-Tu aurais pu simplement mettre un de tes cheveux, ce n'était pas la peine de t'ouvrir les veines, t'es cintré ou quoi ?

-Oh… Mais non… C'est simplement que cette recette de polynectar est un peu spéciale, elle te permet de garder l'apparence de la personne pendant deux heures au lieu d'une. Le seul problème c'est qu'il te faut mettre du sang, sinon ça ne fonctionne pas, expliqua Harry en se frappant mentalement de n'avoir pas signalé ce « petit détail » au blond.

-… Et tu n'aurais pas pu me le dire plus tôt ? Draco était encore sous le choc de la vision de cette lame tranchant la peau du poignet, du sang qui s'écoulait, si rouge.

-Désolé, j'avais oublié…

-Bon, les interrompit Ron qui en avait un peu assez de cette discussion qui ressemblait à s'y méprendre à celles qu'il avait régulièrement avec Hermione, ce n'est pas le tout, mais il faut commencer le test. Malfoy, si tu veux bien boire un peu de la potion… »

Draco sursauta, surpris par ce rappel à l'ordre, puis reprit contenance. Il s'en voulait d'être si facilement bouleversé, juste parce que Potter s'était ouvert les veines sous ses yeux. Il avait vu couler tellement de sang que cette vision lui était familière, et pourtant…

Son visage redevint aussi inexpressif que d'habitude tandis qu'il se saisissait du verre que Weasley venait de remplir à son intention.

Il but la décoction cul sec, tâchant de ne pas faire trop attention au goût ignoble, ne s'attachant pas trop à cette sensation sur sa langue, ce goût métallique qui ressemblait trop à celui du sang…

Puis vint la douleur de la transformation, pas si forte que ce à quoi il s'était attendu, mais tout de même assez pour le faire grimacer malgré lui.

Quelques instants plus tard, sous les yeux ébahis de Potter et ceux, remplis de satisfaction, de Weasley, Draco avança vers le miroir qui se trouvait dans l'entrée.

Draco, s'il avait été sensible, aurait pleuré, ou au moins eu une larme au coin de l'œil, car ce qu'il voyait, c'était Potter.

Potter et ses cheveux indisciplinés, Potter et ses yeux verts, Potter et sa cicatrice…

Il leva lentement la main jusqu'à son visage, presque étonné que celle de Potter se lève aussi. La peau sous ses doigts sensibles était douce, celle de sa joue, celle de son front… Celle de ses lèvres.

Dans le miroir, un second Potter apparut derrière lui, Draco eut l'impression qu'il était encore plus beau. Mais c'était sans doute parce que ses yeux étaient vivants, eux.

« Ca y est… Tu es moi. » dit Harry tout doucement.

Oui, il était Harry Potter.

A suivre…


Note de fin de chapitre : Re-bonsoir à vous qui avez supporté jusqu'à sa fin ce chapitre, vous êtes toujours en vie et (presque) réveillés, j'en suis heureuse.

Je vous laisse sur cette petite note, en vous signalant comme toujours que si vous souhaitez me faire part de vos impressions, il vous suffit de cliquer sur le petit bouton en bas, à gauche.

Je vous souhaite une très bonne année 2007, je la passerai avec vous sur ffnet, si vous le voulez bien. Que cette année qui commence vous soit douce et heureuse.

Bisous à tous !

BadAngel.