Chapitre 2

Lorsqu'Ichigo et Rukia parvinrent enfin sur les lieux de l'affrontement, ils furent tous deux estomaqués devant le paysage aussi magnifique que destructeur qui s'étalait sous leurs yeux. La colline était entièrement recouverte d'un voile de givre illuminé par les rayons du soleil. Chaque arbre, chaque brin d'herbe se retrouvaient prisonnier du froid, une légère brume flottante à quelques centimètres du sol comme une mer impalpable. Pas un seule dépouille ne jonchait la surface. On aurait cru à un paysage d'hiver vierge de toute forme de vie, loin de l'idée qu'Ichigo se faisait d'un champs de bataille. La seule ombre à ce décors demeurait en son centre, là où se réunissaient quelques silhouettes en noires. Visiblement, l'affrontement était terminé. Les dieux de la mort l'avaient remportée.

Les deux Shinigamis se joignirent au petit groupe qui remarquèrent à peine leur arrivée. Ichigo se fraya un chemin parmi eux, suivit de près par Rukia. Tous s'étaient rassemblaient autour d'un petit corps reposant dans l'herbe gelée. Il reconnut alors immédiatement le capitaine de la dixième division. Une drôle d'expression peignait son visage d'adolescent d'ordinaire si frondeur. En fait, ses orbes pers entre-ouverts, regardaient le ciel d'un air absent. Il portait une main à son haori auréolé de givre qui le recouvrait partiellement à la manière d'un linceul. Il ne bougeait pas et semblait inconscient, son autre main retenant à peine la garde de son zanpakutô. Ichigo ne su déterminer ce qui paraissait le plus inquiétant : le jeune capitaine allongé comme un mort sur l'herbe gelée ou Rangiku Matsumoto en train de le secouer désespérément en appelant son nom.

-Ça ne sert à rien Matsumoto, tempéra Renji. Il n'a pas l'air de t'entendre.

-Qu'est-ce qui s'est passé? Interrogea le nouveau venu.

-Ichigo, Rukia ! Vous êtes là ! S'étonna le tatoué dans un sursaut en remarquant leur présence.

-Pourquoi le capitaine est dans cette état ? Demanda Rukia à qui voulait bien lui répondre.

-On sait pas, répondit Ikkaku. Après les avoir tué il s'est effondré. Une minorité de Hollows à prit la fuite cela dit, mais au moins le capitaine leur a mi une bel déculotté.

-Vous auriez du voir ça, c'était impressionnant! Renchérit Renji. D'une seule attaque !

-Alors... c'était réellement son reiatsu qu'on a senti tout à l'heure? S'étonna le roux.

-Ça pour sûr! confirma Yumichika. On a tous été surpris d'ailleurs...

Rukia s'agenouilla près de Rangiku qui avait fini par s'essoufler.

-Ça va aller Matsumoto. Il est en vie, dit-elle pour la rassurer.

-Ça doit être une sorte de contre-coup, fit remarquer Ikkaku. C'est la première fois qu'on le voit faire une technique pareille.

La belle vice-capitaine acquiesça, mais paraissait peu convaincue.

-Vous attendez quoi maintenant au juste? Questionna Ichigo. Il a peut-être besoin de soin, non?

Le lycéen ne pouvait pas croire qu'il puisse être le seul à avoir un minimum de bon sens en pareil situation.

-Plus tôt, le capitaine a envoyé un soldat de sa division pour prévenir du pétrin dans lequel on était, donc on attend des nouvelles de la Soul Society, l'informa Renji. On arrive pas à les contacter.

-Ça fait combien de temps qu'il est parti ce gars là?

-Trop longtemps, lança Matsumoto qui se manifestait enfin. Il aurait déjà dû revenir avec du monde.

Elle se releva et se tourna vers les soldats de sa division. Son regard était emprunt de détermination et de sérieux.

-Vous, dit-elle en désignant quatre Shinigamis, allez à la Soul Society voir ce qu'il en est et avertissez la quatrième division de l'état du capitaine Hitsugaya. Faites vite!

-A vos ordres ! Clamèrent-ils en chœur avant de disparaître en un shunpo.

-Et vous, continua-t-elle en pointant du doigt les deux derniers soldats, restez ici et attendez leur retour avec les autres. S'ils tardent à leur tour, prévenez moi. J'ai un mauvais pressentiment...

Son capitaine n'étant plus là pour les guider, elle n'avait d'autres choix que d'endosser son rôle et ses responsabilités. Quel genre de seconde serait-t-elle si elle était incapable de prendre les choses en main lorsque son supérieur n'était plus en mesure de le faire ? De plus, l'état de ce dernier la préoccupait plus que ce qu'elle n'en faisait paraître. Il ne portait aucune blessure grave en apparence. Toutefois son état comateux était anormal. En le regardant ainsi allongé dans l'herbe givrée, les yeux mi-clos, immobile comme une statue de marbre, elle le croyait presque mort.

Oui, elle s'était beaucoup attaché à ce petit être ronchon, froid et distant. Il avait beau être insociable, elle savait que derrière cette façade se cachait un cœur généreux et prévenant pour ses proches. Ils avaient toujours su compter l'un sur l'autre. Les nombreuses semaines où elle pleurait encore la mort de Gin, il était là, il ne l'avait pas laissé à ses larmes. Il la tirait vers le haut inlassablement. Jamais elle n'avait été aussi fière d'être sa vice capitaine, qu'après cette guerre contre Aizen. Il s'était relevé de ses épreuves et avait réussi outrepasser sa souffrance que constituait celle d'avoir blessé Hinamori, son amie d'enfance. Après quoi, son capitaine lui avait tendu la main, à elle, sa subordonnée, pour ne pas la laisser vivre dans le souvenir douloureux de celui qu'elle aimait, parti à jamais. Sous ce visage juvénile au regard sévère, se cachait un homme bienveillant, bien plus mâture et responsable que la majorité du Seireitei. Il était certainement aussi celui qui avait le plus de cœur à ses yeux.

Aujourd'hui, il avait besoin d'elle et le voir si vulnérable était insoutenable.

-Ichigo, dit elle.

Le roux lui accorda toute son attention.

-Peut-on l'emmener chez toi en attendant les autres? Nous sommes trop exposés sur cette colline. Rester ici est trop dangereux pour lui dans son état.

Comprenant que trop bien l'intense inquiétude pâlir le teint Rangiku il répondit :

-Je vais faire venir Inoue pour s'occuper de lui à la maison.

-Merci Ichigo.

Renji souleva sans mal le corps du capitaine pendant que Rukia prenait soin de récupérer son long nodachi tombé à terre.

-Ne perdons pas une minute de plus dans ce cas.

….

…...

….

Pendant ce temps dans la maison des Kurosaki, Karin, la jeune sœur d'Ichigo, finissait de se préparer pour son match de l'après-midi. Les années avaient passé et son corps arborait de plus en plus les attraits physiques d'une jeune femme. Pour autant, elle n'avait pas perdu ses vieilles habitudes. Elle traînait toujours avec les mêmes amis et persévérait avec eux dans la pratique du football. Maintenant au collège, elle jonglait entre ses cours, le sport, ses amis et sa famille quelque peu délirante. En somme, une vie des plus ordinaire mais qui avait largement de quoi la satisfaire.

Penchée au bord du canapé, elle finit de lacer ses baskets et ferma la tirette de son sac d'un air décidé. Aujourd'hui se jouait un match décisif et il était important que son équipe gagne.

-Yusu! J'y vais! Commencez à manger sans moi ce soir Ichi et toi!

Mais elle n'obtint aucune réponse de sa sœur.

-Yusu? Bah alors tu ne me souhaites même plus bonne chance ?

Ah... j'oubliais... Je suis toute seule à la maison. Encore, se dit-elle légèrement vexée.

Son père était retourné voir ce timbré de Urahara, sa jumelle était au cinéma avec ses copines de classe et son grand frère s'était, comme à son habitude, éclipsé avec Rukia. Depuis qu'elle savait pour ses pouvoirs de Shinigami, elle ne s'inquiétait plus de ses disparitions intempestives. De plus, maintenant que son frère la savait au courant de tout, il n'y avait plus de mystères entre eux, ni de mensonges et c'était bien mieux ainsi. Il avait traversé une passe difficile sans ses pouvoirs. Mais grâce à eux, le monde autour de lui avait rebasculé dans l'autre sens. Inconsciemment, le voir à nouveau se sauver sans prévenir lui réchauffait le cœur. Elle le comprenait bien, il se sentait à nouveau heureux d'exister pour protéger les autres. Yusu seule était encore dans le flou de toute cette histoire de Shinigami mais son père, Ichigo et elle, se devaient de la préserver de tout ça, elle qui ne distinguait quasiment pas les fantômes.

Elle s'avança jusqu'à la porte mais sa main s'immobilisa sur la poignée. Son regard se porta vers la fenêtre, là où le soleil rayonnait avec intensité. C'était une bonne chose que le beau temps soit au rendez-vous pour le match. Pourtant, elle fut troublée l'espace d'un instant. Il y a de cela encore une vingtaine de minute, le ciel s'était étrangement obscurci virant au climat orageux. Dans le même temps, elle avait ressenti la pression glacée d'une incroyable énergie la traverser. Une minute plus tard, Ichigo s'en était allé avec Rukia parés de leur uniforme noir. Était-ce à cause de cette aura glaçante qu'ils s'étaient précipités ou pour une toute autre raison? Non, il devait forcément y avoir un lien avec ça... Les coïncidences se faisaient rare ces derniers temps. Surtout si les Shinigamis s'en trouvaient concernés.

L'aura glaçante la fit songer un bref instant à un Shinigami qu'elle avait cru oublié. Ou presque. Toshirô, avec qui elle s'était liée d'amitié dégageait naturellement cette sensation de froideur, tant dans son comportement que dans ces rares fois où elle l'avait vu combattre. Pourtant, elle ne l'avait pas revu depuis plus de deux ans maintenant. Leur première rencontre remontait au jour où il lui avait ramassé son ballon de foot avant qu'il ne roule sur la route. D'ailleurs, il s'était révélé être un excellent joueur. Elle et son équipe avait même remporté un match grâce à lui. Puis il avait disparût quelques mois, retournant à ses obligations. Elle regrettait son habilité qui aurait pu se révéler bien utile au match d'aujourd'hui. Qui sait ? Peut-être reviendrait-il se pointer un jour comme si de rien était. Ce ne serait pas la première fois.

Il était déjà revenu par la suite. Rendre visite à une vieille femme du monde réel. Karin l'avait accompagné ce jour-là. Bizarrement, elle se sentait à l'aise auprès de cet étrange garçon, sans vraiment comprendre pourquoi. C'était dommage qu'il vienne de l'autre monde. Bien qu'elle n'appreciait pas la présence des fantômes, Toshirô faisait exception. Dans une autre vie, ils auraient pu faire de très bon amis.

La jeune fille soupira. Bon, ce n'était pas tout mais elle allait arriver en retard à son match et l'idée de se faire huer par son équipe lui déplut fortement.

Alors qu'elle ouvrait enfin la porte d'entrée, elle se paralysa de stupeur. Dans l'encadrement se tenait son frère et d'autres personnes en uniforme noir. Des Shinigamis. Elle les reconnaissait tous plus ou moins. Derrière Ichigo se trouvait Rukia, qu'elle connaissait bien. A ses côtés il y avait celle qui lui fut une fois présenté comme étant Rangiku Matsumoto dont les longs cheveux vénitiens débordaient de ses épaules jusque sur sa poitrine volumineuse. Deux autres, qu'elle n'avait aperçu qu'une ou deux fois se tenaient juste après les deux jeunes femmes. L'un d'eux était chauve avec de petits yeux mesquins et l'autre évidement plus soucieux de son apparence physique, un fin sourire aux lèvres. Enfin, une autre tête possédant des cheveux rouges vermeils tirés en arrière dépassait du fond, derrière la petite bande. Elle ne lui avait jamais parlé mais l'avait déjà vu plusieurs fois entrer et sortir de la fenêtre d'Ichigo. Son nom lui échappait. Elle n'avait jamais eu la mémoire des noms... comme son frère.

-Karin! S'exclama Ichigo surprit. Mais qu'est-ce que tu fiches devant la porte ?

-Je m'apprêtais à sortir, rétorqua-t-elle. Je vis moi dans cette baraque figure toi ! Mais qu'est ce que...

-Laisse nous vite passer s'il te plaît! La coupa-t-il en entrant dans le salon.

Un à un, les autres Shinigamis s'engouffrèrent dans la maison. Son expression indigné se changea en pur stupéfaction lors-qu'entra le dernier dieu de la mort, soutenant de ses bras un jeune garçon au cheveux aussi blanc que les crèmes chantilly de Yusu.

-Toshirô...!

Non, décidément, les coïncidence se faisait très rare.

Renji alla le déposer sur le canapé et Ichigo, portable en main, composait le numéro d'Inoue. Rangiku s'agenouilla près de l'inconscient, imitée par Rukia, qui se voulu rassurante sur l'état du jeune homme. Ikkaku et Yumichika se posèrent plus en retrait prêt de la fenêtre et observaient du coin de l'œil la jeune sœur d'Ichigo. Celle-ci referma la porte et s'approcha du canapé.

-Qu'est-ce qui lui est arrivé? Quémanda Karin les yeux rivées sur Toshirô.

-Ça ne te regarde pas petite, balança le chauve d'un air détaché.

Karin le fusilla du regard.

-J'ai passé l'âge d'être appelée « petite », tête d'ampoule, rétorqua-t-elle une once de défi dans la voix. Toshirô est mon ami, je veux savoir!

Une veine pulsa sur la tempe d'Ikkaku.

-Mais pour qui tu te prends sale gosse?! Et d'abord, comment ça ce fait que tu connaisses le capitaine Hitsugaya, hein?

-Il se sont rencontré lorsque nous avons été affectés sur terre un jour, lui expliqua Matsumoto sans lui accorder un regard. Maintenant taisez vous, Ichigo ne s'entend plus parler au téléphone.

Quelques dizaine de secondes plus tard, le roux déposa son portable sur la table et se retourna vers l'assemblée.

-Bon, Inoue est en chemin. Maintenant expliquez-moi bien ce qui ce trame encore dans...

-Cette fille n'est pas censée savoir, déclara le lieutenant de la onzième division en pointant la sœur d'Ichigo du doigt.

-Karin, interpella Ichigo, tu n'étais pas sur le point de partir?

Elle ne bougea pas et réfléchit très vite. Pour le moment, ce qui l'importait le plus était de comprendre ce qui était arrivé. Ce rassemblement, l'attitude réservé de son frère... quelque chose de grave semblait s'être produit. Ses coéquipiers se débrouilleraient sans elle pour une fois.

-Je sortais juste prendre le soleil, répondit-elle. Ichi... on avait dit plus de mensonges.

-Désolée Karin, s'excusa Rukia à la place de son frère qui avait baissé la tête. Nous n'avons pas le droit de t'en parler. C'est une histoire qui concerne les Shinigamis, seul ton frère peut être dans la confidence, tu comprends ?

Elle acquiesça. Si personne n'était disposé à lui expliquer la situation, elle mènerait seule son enquête. Comme elle l'avait toujours fait.

-Montons dans ma chambre, proposa Ichigo.

Chacun leur tour, ils gravirent les marches en direction de l'étage supérieur. La dernière à les suivre fut la vie-capitaine de la dixième division qui se retourna vers la sœur du Shinigami remplaçant.

-Karin. Si tu le veux bien, j'aimerais que tu restes avec le capitaine. S'il se réveille...

La jeune fille sourit.

-Je monte vous prévenir.

-Merci, répondit la belle blonde.

Rangiku lui rendit son sourire avant de rejoindre les autres.

A nouveau, Karin se retrouva seule dans le salon, ou presque. Elle s'empara d'une chaise et s'assit près dudit capitaine dont les yeux demeuraient clos. Piquée par la curiosité, elle observa alors plus attentivement le Shinigami comme elle n'aurait jamais osé le faire s'il était conscient. Il n'avait pas beaucoup changé en deux ans. Ses cheveux étaient toujours aussi blancs quoique moins hérissés sur sa tête, ce qui lui donnait un air plus sage. Plus mature aussi sans doute. Il avait même troqué sa petite mèche rebelle contre un pan de cheveux lui balayant la moitié du front. La manœuvre semblait avoir pour but de mieux dissimuler son regard aux autres. Malgré tout, il était facile de distinguer ses sourcils froncés avec sérieux comme s'il se concentrait intensément. Elle aurait pu s'en moquer. Même inconscient il gardait son air renfrogné ! Outre les détails capillaires, elle jurerait qu'il avait finit par prendre quelques centimètres. Pas beaucoup, mais suffisamment pour que cela se remarque. Il portait de légères égratignures sur les bras et se demanda ce qui l'avait plongé dans cet état comateux. Rangiku était inquiète, cela se voyait beaucoup. Et son anxiété se révéla tout aussi contagieuse que sa bonne humeur. Car oui, bien qu'elle ne l'ai rencontré qu'à de rare occasion, Karin se rappelait parfaitement de la nature joyeuse et frivole de la blonde, excentricité à laquelle Toshirô apparaissait comme immunisé.

Quelques coups furent frappés à l'entrée. Elle s'empressa d'aller l'ouvrir, sachant que son frère attendait la venue d'Orihime. Mais ce n'était pas la jolie et gentille demoiselle qui patientait derrière la porte. Et c'est en ouvrant cette dernière qu'elle comprit son erreur...