End of Twilight

Aujourd'hui n'échappera pas à la routine. Comme chaque jour après ma mission, je me rends à la Cité du Crépuscule virtuelle. Comme chaque jour depuis son départ, j'y recherche la jeune tête blonde qui m'est si familière. Et comme chaque jour, après m'avoir vu, il s'enfuira...

Je tends le bras et matérialise un couloir des ténèbres devant moi. Je m'y engouffre en me pinçant l'arrête du nez.

- Pourquoi est-ce que je fais ça tous les jours ? Il ne se souvient même pas de moi...

Je sais que je devrais écouter Saïx et arrêter de m'accrocher à lui comme ça mais... c'est plus fort que moi... Le simple fait de le voir c'est... Je ne saurais mettre des mots sur ce que je ressens puisque je ne peux rien ressentir. La seule chose dont je suis sûr, c'est qu'avec lui je n'ai pas besoin d'un cœur. Ça ne le rend que plus précieux à mes yeux.

En sortant du couloir, je me retrouve dans une petite ruelle. Cette ville virtuelle est vraiment bien faite. Une parfaite réplique de la Cité du Crépuscule. Même la tour de l'horloge, où on s'asseyait pour manger des glaces, est la même. Repenser à ces moments m'arrache un faible sourire. Je m'y arrête à chaque fois, après qu'il se soit enfui. J'achèterai peut-être une glace aujourd'hui. Mais bon, avant cela, je déclare la chasse au blond ouverte.

- Alors, où te caches-tu aujourd'hui ?

Je marche en silence dans les rues de la ville en m'étonnant - comme à chaque fois - du si petit nombre de gens dans les quartiers. Au moins, ça me facilite la tâche. Après quelques minutes de marche, j'arrive dans une place.

- Oh, c'est ici que le marchand de glaces tient son stand !

Je regarde autour de moi et repère l'enseigne colorée, accompagnée d'une grande pancarte : « Venez goûter nos glaces à l'eau de mer ! ». Malheureusement, le stand est vide. Je soupire.

- Aaaah... pas de glace pour aujourd'hui... Hum ? Tiens ?

Un jeune garçon s'approche du stand et baisse la tête, apparemment déçu de l'absence du marchand. Je le regarde quelques secondes, avant de m'avancer vers lui. Aucun doute, c'est bien lui.

Il se retourne brusquement en entendant mes pas.

- Hein ?! A-Axel ?! S'exclame-t-il.

Je m'arrête à quelques mètres de lui.

- Bonjour à toi aussi, Roxas.

Il esquisse un mouvement de recul.

- Tu comptes me poursuivre comme ça encore longtemps ?!

Je m'approche un peu plus de lui et plonge mon regard dans le sien. Pourquoi a-t-il fallu qu'il s'en aille ? C'est ma faute... J'aurais du le retenir... Je n'aurais jamais du lui cacher la vérité... Il aurait beaucoup souffert, mais au moins on serait toujours ensemble. J'aurais pu prendre soin de lui.

Et voilà que je repars dans mes divagations... Dès que je le vois, je pense à tout ce que j'aurais pu faire si je l'avais retenu. Avec lui je me sens... entier.

- Roxas... viens avec moi... Dis-je d'un ton plus dur que je ne l'aurait désiré.

- Quoi ?! Non !

- Roxas... je reviendrai ici chaque jour, jusqu'à ce que tu me suive... Je n'abandonnerai pas. Alors viens avec moi.

- Arrête ! Ne reviens pas ! Pourquoi tu t'acharnes comme ça ?

Il ne me laisse pas le temps de répondre et commence à s'éloigner en courant.

Non ! Tout mais pas ça ! Roxas... ne pars pas... Reste avec moi...

Je ne veux pas encore revenir à la Citadelle sans lui. Non, je ne veux pas vivre encore sans lui... Je le vois s'enfuir, et c'est comme si on m'arrachait une partie de moi. Comme si quelque chose dans ma poitrine se désintégrait. Comme si « mon cœur » tombait en morceaux...

Après tout le temps que l'on a passé ensemble, pourquoi m'abandonnes-tu ? Non, cette fois je ne te laisserais pas partir sans rien dire, Roxas... tu ne peux pas... me laisser encore.

- Ne me fuis pas, Roxas !

Contre toute attente, il s'est arrêté. J'attends quelques secondes. Il est encore là, attendant sans bouger. Serait-ce ma chance ? Je m'avance vers lui, tout en continuant de parler, de peur qu'un silence trop prolongé ne le décide à partir.

- Roxas, ne m'abandonne pas encore. Tu n'imagines même pas à quel point c'est dur pour moi. Je suis vraiment désolé Roxas... J'aurais pu éviter ton départ et tout le reste, mais je m'en suis aperçu beaucoup trop tard... Pardonne-moi Roxas.

J'arrive derrière lui, à quelques centimètres à peine de son dos et il ne bouge toujours pas. Je pose ma main sur son épaule.

- Roxas ?

Il se retourne lentement et lève vers moi un regard empli de larmes. Jamais je ne me serais attendu à ça. Il aurait pu me hurler dessus, me frapper, me pousser, mais je n'aurais jamais imaginé le voir pleurer.

- Roxas, qu'est-ce qu... ?

- Ne... ne dis plus mon prénom... je t'en prie.

Ses larmes roulent sur ses joues.

Quelle est cette sensation étrange ?

Mon corps tremble à la simple vue des larmes de Roxas. Pourquoi ça me fait si... mal ? Je me sens triste. Je souffre réellement de le voir pleurer.

Quel est ce sentiment ?

Alors qu'il amène ses mains à ses yeux, Roxas est emporté par une vague de sanglots. Je ne peux pas supporter cela, ça me fait vraiment trop mal... Quelque chose se serre effroyablement dans ma poitrine.

- Roxas !

Mon corps bouge tout seul. Mes bras se placent autour du corps de Roxas et le maintiennent contre moi.

- Je ne veux pas que tu souffre Roxas !

Je le sens remuer entre mes bras, mais peu importe je ne veux plus jamais le lâcher. Je pose ma tête sur son épaule et glisse une main dans ses cheveux, pour le garder encore plus près de mon corps. Il remue encore et je sens ses mains se poser dans mon dos.

- Axel... je t'en supplie, ne prononce plus mon prénom...

- Pourquoi ?

- C'est... bizarre... C'est douloureux... J'ai l'impression que des souvenirs cognent dans ma tête. Et que mon cœur se déchire... Mais en même temps, ça me fait me sentir vraiment... heureux.

Des souvenirs ?

- Tu te souviens de moi ?

- Hum...

- Roxas.

Il frissonne. Je relève la tête et fixe mon regard au sien. Il ne pleure plus, mais il a vraiment l'air mal. Si seulement il pouvait se souvenir de moi...

Et ce sentiment qui devient de plus en plus fort en moi...

Je prends son menton entre mes doigts et lui fait tourner la tête vers moi.

- Roxas... je suis tellement désolé... Tout est de ma faute... Et en plus je me plains de ressentir des sensations horribles quand tu n'es pas là, alors que toi tu te sens mal quand je suis là... J'aurais décidément tout raté...

Ce sentiment... Je ne me souviens pas l'avoir déjà éprouvé, mais ça doit être ça. Je vois maintenant.

- Axel ?

- Ecoute, je vais partir et je ne reviendrai plus, comme ça tu ne souffriras plus. Mais avant...

Je dois prendre mon courage à deux mains... même si je ne suis pas censé pouvoir ressentir ce sentiment... Je dois lui montrer. Je dois lui faire comprendre ce que je ressens. Je dois lui dire que...

- Je t'aime, Roxas.

J'approche aussitôt mon visage du sien et joins mes lèvres aux siennes. C'est incroyable ! C'est si chaud, si doux. C'est comme une libération.

Roxas... C'est donc pour ça que je me sentais entier avec toi... L'amour.

A mon plus grand malheur il met vite fin à ce baiser et se détache de moi. Je ne lutte pas pour le retenir, et laisse mes bras retomber le long de mon corps.

- Bon, et bien comme convenu, je m'en vais... Tu ne me...

- Attends un peu ! Tu te prends pour qui, Monsieur je-sais-tout ?! Avant je pensais vraiment que tu savais tout, mais en fait t'es un vrai crétin !

Ça a la franchise d'une balle de base-ball... Mais... il a bien dit « avant » ?

- Non mais franchement Axel... Et puis je te rappelle qu'on n'en a pas de cœur...

Est-ce qu'il... ? Là, à l'instant... ?

- Roxas, tu... Tu te souviens de moi ?

Il acquiesce d'un mouvement de la tête.

- Tu m'avais promis que tu serais toujours là pour moi. Tu as bien tenu ta promesse. Heureusement que tu t'es accroché parce que sinon... Sinon...

Je referme mes bras sur lui comme un étau. Je ne veux pas qu'il finisse cette phrase.

- Roxas... tu m'as tellement manqué...

- Tu m'as manqué aussi... A chaque fois que je te voyais... j'avais comme des brides de souvenirs qui refaisaient surface. Mais tout était si flou. Tu es la seule chose pour laquelle mon esprit luttait pour ne pas oublier...

- Roxas... je crois vraiment que je t'aime...

- Mais Axel, c'est impossible sans cœur.

Je pose mon front contre le sien.

- Ce que tu ignore, c'est que j'en ai trouvé un.

- Hein ? Ah bon ?

- Oui. C'est toi. Je n'ai pas besoin de cœur tant que tu es avec moi, alors je peux dire que tu es mon cœur.

Il reste immobile quelques secondes avant de me sourire en glissant ses bras autour de mon cou.

- Dans ce cas... pourquoi pas Axel.

Il m'attire vers lui et scelle nos lèvres en un baiser, bien plus passionné cette fois-ci.

Je ne sais pas ce qu'il va se passer maintenant. Mais peu importe, j'ai retrouvé mon Roxas.