J'espère que ce premier chapitre vous plaira autant que le prologue.
Gros bisous Jubei/Kazuki et merci pour ta review !
Bonne lecture!
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Chapitre 1.
Trois semaines plus tôt.
Dans l'obscurité de la nuit, une Chevrolet noire filait sur la route au son du ronronnement si particulier de son moteur. A son bord, le conducteur discutait très sérieusement avec le jeune homme assis à ses côtés.
- Comment veux-tu qu'il apprenne s'il passe son temps renfermé dans la chambre ?
- Tu as raison, papa.
- Bien sûr que j'ai raison. Et je trouve que tu as un peu trop tendance à le laisser faire ce qu'il veut.
- Ah, tu trouves ?
- Ne fais pas l'étonné. Tu sais très bien ce que je veux dire. A quoi tu pensais ce soir ? Tu aurais dû aller dans mon sens et l'obliger à venir avec nous.
- Je me suis dit que Sam serait plus à l'aise pour faire ses devoirs à l'hôtel plutôt que dans la voiture ... Je ne pensais pas que tu envisageais de le faire chasser avec nous … Tu me dis toujours de le protéger alors …
- Arrête, Dean ! Il a treize ans. A son âge, tu chassais déjà depuis un moment. Bien sûr que tu dois le protéger mais il faut aussi qu'il apprenne à se débrouiller tout seul. Il est bien assez vieux pour ça. D'autre part quand je vous donne un ordre, j'entends que vous le respectiez, toi et ton frère, et sans broncher. C'est bien compris ?
-Oui, monsieur.
Quand son père était dans cet état, mieux valait garder son opinion pour soit. Il n'avait pas pour habitude de s'opposer à lui. Surtout depuis cette soirée maudite où son petit frère avait failli mourir à cause de lui. Son père lui avait pourtant demandé de ne pas sortir de la chambre et de veiller sur Sammy. Mais il n'avait pas écouté et la Strige , une sorte de sorcière qui se nourrit de la force de vie des enfants, en avait profité pour tenter de faire du mal à son cadet. Heureusement, leur père était rentré à temps mais Dean n'avait jamais réussi à se le pardonner. Cette expérience lui avait servi de leçon et depuis, il obéissait instantanément.
Ce soir, il n'avait pas compris les intentions de John et quand son petit frère lui avait demandé, avec ses petits yeux de chien battu, de l'aider, il avait été incapable de lui refuser. Sammy ne voulait pas venir. Ces derniers temps, c'était de plus en plus fréquent. Il avait encore trouvé une nouvelle excuse pour se débiner : il avait vraiment beaucoup de devoirs à faire et en plus il ne leur serait d'aucune utilité. En effet, depuis son plus jeune âge, il les accompagnait mais devait rester dans la voiture. L'aîné n'avait pas eu trop de mal à rejoindre ses justifications bidons. D'abord, il préférait le savoir en sécurité à l'hôtel plutôt qu'avec eux dans une chasse qui pourrait mal tourner. Et ensuite, ce n'était pas cette vie là qu'il voulait offrir à son cadet. Bien sûr, il rêvait que lorsqu'ils seraient tous deux adultes, ils partiraient en famille sur les routes, exterminer tous les démons sur leur passage. Mais pour le moment, ce n'était pas ce que voulait Sammy. Il ne cessait de lui rabattre les oreilles comme quoi ce qu'il souhaitait le plus au monde était d'être « normal ». Et enfin, Dean pensait que son petit frère était trop jeune, quoiqu'en dise leur paternel.
***
Le conducteur gara l'Impala dans la ruelle, à quelques dizaines de mètres de la maison qu'ils devaient vérifier. Cela faisait plus d'une semaine que les Winchester essayait de régler le problème dans cette ville du nord des Etats- Unis. Des fantômes et esprits en tout genre apparaissaient ça et là et John, le père, souvent aidé de son fils aîné, les avait renvoyés d'où ils venaient. Pour la plupart d'entre eux, ces « revenants » avaient été appelés lors de séances de spiritisme par des pseudo médiums incapables de faire face à cette situation insolite. Phénomène apparemment à la mode, des jeunes s'étaient lancé dans l'expérience. Mais une fois leur mobilier écrasé contre les murs, leurs appartements détruits ou un membre de leur famille à l'hôpital, ils étaient soulagés de refiler leur problème aux chasseurs qui les débarrassaient de cet encombrant locataire. Ils promettaient alors, sans rechigner, de ne jamais recommencer. Mais Dean s'étonnait de la facilité avec laquelle des personnes sans expérience réussissaient à rapatrier toute sorte d'esprits sur Terre. Pour eux la tâche n'était pas aussi aisée. Il leur fallait développer un paquet d'ingéniosité pour les ramener d'où ils venaient. Et c'était sans compter les multiples blessures qu'ils devaient panser à chaque fois.
Ils descendirent de la voiture, recouverts de terre et de cendre. Ils venaient d'exhumer le corps du patriarche de la famille qui habitait la jolie demeure. Ils avaient salé et brûlé son squelette pour le faire disparaître à jamais.
Jordan, le fils aîné de la maisonnée avait eu la brillante idée d'invoquer l'esprit de son arrière grand père qui avait vécu le débarquement à la fin de la deuxième guerre mondiale. Aussitôt des événements surnaturels s'étaient produits. La petite sœur avait hurlé de terreur pensant que le monstre caché sous son lit voulait l'en expulser. En effet, ses jolis petits draps roses s'étaient soudainement soulevés dans les airs et le matelas s'était mis à tanguer dangereusement. Tant et si bien qu'elle avait prit son envol et atterrit durement sur le sol. Elle avait perdu connaissance lorsque ses parents étaient arrivés dans sa chambre. Alors qu'ils tentaient d'ouvrir la porte d'entrée pour l'emmener à l'hôpital, ils découvrirent avec horreur que celle-ci restait désespérément close. Pire, toutes les issues étaient condamnées et l'ensemble des moyens de communication était hors service. Pendant que la maman essayait de réveiller sa fille, le père luttait et hurlait pour pouvoir sortir. Le responsable de cette situation se trouvait dans la cave avec ses amis quand il entendit ce vacarme. Voyant qu'il ne pouvait pas pénétrer dans la maison, il réussit à s'extirper par une petite ouverture donnant sur le jardin. Au bout d'une heure, avec l'aide des voisins et d'une tronçonneuse, les trois membres du reste de la famille avaient été libérés. Finalement il y avait eu plus de peur que de mal mais l'esprit continuait de hanter les lieux. Les membres de la famille témoignèrent de la présence d'un vent violent et tourbillonnant à l'intérieur de leur foyer ainsi qu'un rire caverneux à vous glacer le sang. Le fameux Jordan hurlait à qui voulait l'entendre que lorsqu'il avait voulu retourner dans la maison, il avait vu son aïeul bouger dans le tableau.
John Winchester, qui était toujours à l'affût, avait eu vent de cette histoire et leur avait proposé ses services. Les parents avaient accepté bien volontiers et ne s'étaient pas fait prier pour déménager chez des amis pendant le reste de la semaine.
Lors de leurs investigations, Dean avait trouvé malsain le culte voué par la famille à cet homme qui affichait un air si peu commode. L'ancêtre était représenté en tenue d'apparat militaire sur une toile peinte à l'acrylique. Elle était accrochée au mur près d'une vitrine qui exposait ses médailles et un coffre contenant d'autres petits objets divers lui appartenant. Le jeune homme avait été dégoûté, en découvrant un œil de verre et une mèche de cheveux. Il ne manquait plus que son dentier et c'était complet !
Leur tâche morbide accomplie, les deux Winchester avait préféré faire un détour pour vérifier que tout était revenu à la normale. Pour plus de précaution, ils contournèrent la voiture et explorèrent le coffre. Ils s'emparèrent chacun d'un vieux sac, non sans avoir au préalable choisi quelques armes qui pourraient leur être utiles.
Ils pénétrèrent prudemment dans la demeure. Dean sentait qu'on les observait. Il ne pût empêcher une onde telle une décharge électrique lui parcourir le corps des pieds à la tête. Il frissonna. Du coin de l'œil, il aperçut le regard du vieux soldat suivre chacun de leurs mouvement.
- Je crois que ça n'a pas fonctionné, chuchota-t-il à l'intention de son père.
Au même moment, un vent venu de nulle part s'engouffra dans la salle à manger où ils se trouvaient. Cette tempête s'accompagna d'un rire rauque et vicieux. Les deux portes donnant l'une sur le hall d'entrée et l'autre sur un petit salon, claquèrent dans un même élan. Dans ce brouhaha, le fils n'eut pas d'autres choix que de hurler pour poser sa question :
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
- Il faut brûler tout ce qui lui appartient !
John eut à peine le temps de finir sa phrase qu'ils furent la cible de divers objets volants. Ne réussissant pas à tous les esquiver, ils se prirent à tour de rôle, une lampe, des bougeoirs, une pendule, un cadre photos, un vase et le bouquet qu'il contenait. Dans le tourbillon, certains bibelots volaient. Ils avaient déserté les étagères qui elles, restaient solidement fixées au mur. Une chance pour les deux Winchester ! Ils arrivaient au bout de leur périple lorsque l'image du patriarche apparut devant eux. Elle vibrait, apparaissant et disparaissant comme soumise à une mauvaise réception. Le vieil homme les observait d'un regard mauvais et menaçant. La table en chêne massif vibra avant de glisser sur le sol. Elle heurta les deux chasseurs et les entraîna jusqu'au mur où ils restèrent prisonniers. Malgré leurs efforts simultanés, ils ne purent la faire bouger d'un pouce.
John dégagea le colt glissé dans sa ceinture et tira sur la chaîne qui maintenait le lustre. L'objet, visiblement lourd, s'écrasa sur le sol en traversant le spectre sur son passage. Le fantôme disparut dans un nuage de fumée. Interloqué, Dean regarda son père :
- Du fer ?
- Du fer, répondit John avec un petit sourire satisfait.
Ils se dégagèrent et se précipitèrent sur les effets personnels du vieux bonhomme. Dean alluma la cheminée et son père commença à y enfourner tout ce qu'il trouvait. Au moment où le fils décrocha le tableau du mur, les yeux sur la peinture le fixèrent intensément et la tornade interne reprit de plus belle. Mais le coffre et en particulier la mèche de cheveux se consumaient à vive allure. Un cri guttural, long et horrifié vint leur vriller les oreilles. Le vent cessa et l'expression du visage du militaire sur le tableau redevint quelconque. Tout était fini. Dean regardait la toile qu'il avait dans les mains. Bon sang qu'elle était moche ! Il la balança au feu avec une grimace de dégoût. Elle rejoignit l'œil de verre qui trônait au milieu du brasier.
Grâce à l'IMF, ils vérifièrent qu'il n'y avait plus aucun danger. Puis ils rassemblèrent leurs affaires et rejoignirent la Chevrolet.
***
En entrant sur le parking de l'hôtel, Dean aurait jurer voir la lumière filtrer à travers les rideaux de leur chambre. Mais à présent qu'ils étaient garés juste devant, il se demandait s'il n'avait pas rêvé. John éteignit le moteur de la Chevrolet et regarda son aîné.
- Vas te coucher ! Je vais me chercher un café.
En période de chasse, leur père leur laissait les lits la nuit et il se reposait la journée pendant que ses garçons étaient en cours. Le plus vieux de ses fils ne se fit pas prier. Il était éreinté. Il entra silencieusement dans la chambre et écouta la respiration de son cadet. Il soupira tout en secouant la tête et appuya sur l'interrupteur.
- Sammy, il est plus d'une heure du matin. Tu devrais dormir.
Aussitôt, le plus jeune s'assit sur son lit avec un petit sourire en coin qui soulignait un faux remord mais un réel soulagement.
- J'avais pas sommeil. Alors, c'était quoi ? Vous l'avez eu ? C'était difficile ? Vous n'avez pas été blessé ? Où est papa ?
Sam et ses éternelles questions. D'un côté, il se sentait trop fatigué pour lui répondre mais d'un autre, il savait pertinemment que son jeune frère ne le lâcherait pas le temps qu'il n'aurait pas assouvi sa curiosité.
- C'était un esprit. On l'a eu. Ce n'était pas si difficile. On n'est pas blessé et papa est parti se chercher un café. Dors maintenant ! Sam avait déjà ouvert la bouche pour ajouter quelque chose mais il l'arrêta avant qu'il ne prononce quoi que ce soit. Et ne me dis pas que tu n'as pas sommeil. Tes yeux ressemblent à ceux d'un asiatique qui aurait mangé trop de riz. Je vais prendre une douche et quand je sortirai de la salle de bains, je veux t'entendre ronfler. C'est clair ?
Son petit frère lui lança sa moue boudeuse mais il acquiesça d'un léger signe de tête et s'exécuta.
