Mes yeux se posent sur la plus belle vue que la Terre du Milieu ait à offrir. Deux nains se tiennent devant moi, tout sourire. L'un a de longs cheveux blonds, des yeux rieurs et une courte barbe. L'autre, apparemment plus jeune, a un visage doux, des cheveux bruns et des yeux sombres profonds. Et surtout, il est absolument magnifique.
-« Fili et Kili. A votre service. »
Ils s'inclinent devant moi et leurs sourires me fait penser à celui d'un enfant. C'est à ce moment que je me rends compte que je suis en robe de chambre devant ces beaux inconnus. Quelle horreur ! Je sens mes joues s'enflammer et je croise les bras contre ma poitrine. Mon geste les fait rire, et je crois que c'est le plus beau son que j'ai jamais entendu.
-« Y a-t-il un nom derrière ce joli visage ? »
Je rougis encore un peu plus. J'exécute une légère révérence et leur rend leur sourire en me présentant :
-« Lenya, messeigneurs. Puis-je vous demander la raison de votre présence ici à une heure aussi tardive ? »
Depuis quand suis-je aussi polie ? Toute ma colère d'avoir été réveillée en pleine nuit s'est évaporée comme neige au soleil à la vue de si charmants visages. Je dois être plus faible que je ne l'avais imaginé.
-« Pardonnez notre retard, ma Dame, mais mon frère nous a perdu à travers les collines. »
Le brun répondant au nom de Kili adresse à son frère un regard ahuri.
-« JE nous ai perdu ?! C'est toi qui lisait la carte ! »
-« Carte que TU tenais à l'envers, cher frère. »
-« Tout se ressemble tellement ici, ce n'est pas étonnant qu'on se perde facilement ! »
Leur lien de parenté est plus qu'évident. Je n'ai ni frère ni sœur, pour mon plus grand malheur, aussi leur échange me fascine. Je n'ai jamais connu que le regard paternel de Bilbon. D'ailleurs…
-« Lenya, qu'est ce que tu regardes comme ça ? »
Je sursaute en entendant la voix toute proche de mon oncle. Bilbon a vraiment un don pour passer inaperçu. Il regarde avec suspicion les deux frères qui continue de se chamailler. Puis il me regarde à nouveau et le message dans ses yeux est très clair :
« N'y pense même pas. »
Je lève les yeux au ciel, au plutôt au plafond. Ce que mon oncle pouvait être protecteur quand il s'y mettait !
-« Ha ! Monsieur Socquet, c'est un plaisir de vous rencontrer ! »
Il semblerait que la dispute fraternelle soit terminée.
-« Le plaisir serait sans doute partagé si je savais pourquoi ma maison est en train de subir une véritable invasion de nains ! »
J'étouffe un rire dans ma main, pas assez discrètement cependant, et cela m'attire les foudres paternelles. Mais ça vaut le coup, puisque Kili me regarde en souriant.
-« Lenya, retourne te coucher. Je maîtrise la situation. »
-« Alors pourquoi sont-ils là ? »
-« Ca, je n'en ai pour l'instant aucune idée. »
-« Oh oui, tu as vraiment l'air de maîtriser la situation ! »
L'ironie dans ma voix n'a pas l'air de plaire à mon oncle.
-« Lenya. Au lit. »
Sa voix est sans appel.
-« Bien mon Oncle. Messeigneurs. »
Je salue les nains d'une nouvelle référence, puis je prends la direction de ma chambre. En apparence du moins. Puisque arrivée à mi-chemin je décide de faire demi-tour. Mais ma tenue n'est pas vraiment appropriée à ce qui semble être une visite prolongée. Décidée, je me débarrasse de ma robe de chambre et enfile une robe bleu pâle que Bilbon m'a offert pour mon dernier anniversaire. En regardant mon reflet dans le miroir, je suis horrifiée. Mes cheveux caramels bouclent anarchiquement, couvrant presque totalement mes yeux verts. Je brosse énergiquement les mèches rebelles jusqu'à ce qu'elles retrouvent leurs places initiales.
Un nouveau brouhaha résonne dans le hall. Mais qu'est ce qu'il se passe ce soir ?! J'abandonne ma coiffure à ce qu'elle est ? Je n'obtiendrai rien de mieux de toute façon. Discrètement, je quitte ma chambre et traverse le couloir sur la pointe des pieds. Je m'arrête brusquement en voyant passer devant moi un nain dont le tour de taille ferait pâlir le plus imposant des Hobbits. Je laisse échapper un soupir de soulagement. Il ne m'a pas vu. J'entends Bilbon crier de ne pas toucher à sa vaisselle. Mais je ne m'en préoccupe pas. Mon regard se pose sur quelque chose de mille fois plus intéressant. Dans un coin du hall reposent innocemment un tas d'armes diverses, mais une surtout capte mon attention. Je réduis la distance entre moi et l'objet de mon intérêt et je m'agenouille à côté. Comme si c'était le plus incroyable des trésors, je prends l'arc dans mes mains.
Le bois est doux au toucher, souple entre mes doigts. J'effleure la corde et m'émerveille devant sa solidité évidente. L'ensemble est léger, les dessins gravés dans la branche sont splendides, mêmes si je les comprends pas. Je ne peux m'empêcher de murmurer :
-« C'est magnifique… »
-« Ravi que ça vous plaise. »
Je laisse échapper un petit cri de surprise et lâche brutalement l'arc qui produit un bruit sourd en tombant sur le paquet. Je relève rapidement les yeux pour sermonner celui qui a osé me surprendre ainsi, lorsque je croise une paire d'yeux sombres que je ne saurais oublier. Kili. Il a l'air gêné, ce qui le rend encore plus adorable.
-« Excusez moi, j'ai peur de ne pas avoir bien saisi votre prénom. »
Non non, je ne me sens pas vexée, pas du tout.
-« Lenya, monseigneur. »
-« Juste Kili. Tous ces titres m'ont toujours mis mal à l'aise. »
Je hoche la tête, puis demande avec un certain intérêt :
-« C'est votre arc ? »
Kili baisse le regard sur le-dit arc et le regarde avec tendresse.
-« C'est mon oncle Thorin qui me l'a fait. »
Pourquoi ce nom me dit-il quelque chose ? Je cherche dans ma mémoire, je suis persuadée de l'avoir déjà entendu. Mais avant que je n'arrive à mettre le doigt dessus, la voix oh combien séduisante de Kili me parvient.
-« Vous pratiquez l'arc, n'est-ce pas ? J'avais les mêmes blessures quand j'ai commencé à m'entraîner. »
Ses doigts effleurent les miens et, bien qu'ils soient entourés de bandages, une chaleur inconnue parcoure brièvement ma peau. J'en oublie presque de lui répondre.
-« Depuis un an maintenant…Mais dites moi plutôt, qu'est ce que vous faites tous ici ? Mon Oncle a l'air à deux doigts de s'évanouir… »
-« Nous sommes ici pour l'aventure voyons ! »
Ce mot ne m'a jamais paru aussi attirant qu'à ce moment précis.
