Disclaimer : Mis à part la trame de ce récit ainsi que certains personnages, la plupart d'entre eux appartiennent à la talentueuse J.K Rowling. De plus, je n'écrit en aucun cas dans un but lucratif.
Note : Et voilà, un chapitre d'avance de perdu. C'est stupide, n'est-ce pas ? M'enfin, je n'y tenais plus, après les réactions plus que favorable d'Aiedail Choupette et Cissaspae. Et oui, c'est ça l'amitié, les gens : ça vous fait faire des choses débiles. Ça n'en est pas moins super sympathique.
Chapitre 1 : L'illusion des magiciens
Sa peau est délicieusement douce. Elle frissonne sous ses doigts alors qu'il ne touche pourtant que son bras. Il dépose un baiser sur le haut de sa tête avant de s'assoir à côté d'elle. Il trempe sa cuiller dans son café, la lèche pour en apprécier la chaleur et l'âpreté. C'est dimanche. Tout est calme.
Ginny a un sourire triste quand son mari se lève pour aller au travail, même si c'est dimanche. Un baiser aux coins des lèvres, et c'est parti. Il sort, elle le regarde s'éloigner vers la zone de transplanage par la fenêtre. Dehors, un soleil froid et jaune de début d'hiver sommeille. Pas un chat. Tout est parfaitement paisible et pourtant, sous cette tête rousse, ça boue avec horreur.
C'était quoi, ce parfum sur sa veste ? Le tien, ma chérie. Tu deviens paranoïaque. Et ce faux appel de cheminette ? Cette femme, plutôt jolie, quoique les traits un peu flasques, et brune, c'était peut-être quelqu'un qu'il connaît ? Mais non. Et cette Jenkins ? A peine 18 ans et déjà la coéquipière du commandant. C'est louche, comme les collègues de son mari disent. Voyons, ce ne sont que des bruits de bureau. C'est comme les journaux, ce sont des rumeurs, juste des rumeurs.
Le moment où la confiance s'éteint, cette seconde où le doute s'installe, c'est l'instant, bref et incongru, suffisant pour introduire la brèche. De l'autre côté, l'eau coule et monte et monte et bientôt, la certitude s'insinuera entre les murs si bien érigés pour les effriter comme un bloc trop facilement friable.
OoO
Poudlard s'éveille aux sons mélodieux des réveils tonitruants, des rires sonores des fantômes et des élèves, des tintements délicats de la vaisselle dorée et des bruits de pas étouffés par les tapis des couloirs aux talons claquant sur le sol de pierre des escaliers fous.
Au fond du lac, les sirènes chantent une mélodie inconnue aux strangulots et au calamar géant qui agite ses tentacules avec approbation. A la surface, Hagrid glisse dans un canot tanguant dangereusement, manquant à chaque coup de rame de se retourner, pour récupérer un malheureux élève propulsé au milieu du lac par un sort mal formulé. Sur l'herbe, les élèves regardent leur camarade en gloussant. D'autres, bien au-dessus de ses gamins puérils, lisent ou discutent tranquillement à l'ombre d'un grand arbre.
C'est la dernière soirée où il fera relativement chaud à Poudlard, le dernier beau jour avant le froid, d'après le Petit Écho des Sorciers dont la publication régulière à Poudlard, grâce au récent club de journalisme, assure maintenant le rôle de la météo moldue. Les écharpes et les gants sont pourtant déjà de mises mais ont été jetés à côté de leurs propriétaires qui n'ont gardé que leur cape sur leurs frêles épaules.
Et, au milieu de tout ça, un conciliabule animé dont l'enjeu échappe à la plupart des habitants du château. Il en sera bientôt fait de leur sort, patience.
« Je te dis qu'il faut mettre de la Glue Perpétuelle.
- Tu es cinglé ! Ils ne pourront jamais la retirer !
- C'est l'idée, en fait... »
La mine satisfaite qu'arbore James Potter finit d'achever son petit frère. Albus Potter a l'air complètement dépassé par tant d'inconscience tandis que sa cousine, Rose, les mains sur les hanches, est terrifiante. Son lien sanguin avec Hermione Granger, Ginny Weasley, Molly Weasley et Lily Potter n'est plus à démontrer. Albus en frissonne avant de sourire en imaginant la tempête à laquelle va devoir faire face son très cher frère.
« James, tu es... Tu es... Rah, inqualifiable !
- Tu connais le sens de ce mot, demande James, surpris.
- Sûrement mieux que toi, imbécile. Même une première année comme moi a plus de jugeote que toi ! »
James prend un air outré. Il se tourne vers son petit frère, soudain presque perplexe.
« C'est insultant ! Rosie, tu ne voudrais pas aller faire coucou au calamar, comme l'autre, n'est-ce pas ?
- Tu n'oserais pas... avance prudemment Rose. Et, de toute façon, tu ne peux pas. Tu ne connais pas de sortilèges pour faire un truc pareil.
- Tu es sûre ?
- Non, on est pas sûrs parce qu'on ne peut pas savoir ce qui se trame sous ta caboche, James... C'est tellement emberlificoté, là-dedans, assure Albus en levant les yeux au ciel. Trop de bêtises pour être compris. »
James tendit un grand sourire à Albus.
« Merci. Je dois comprendre que la Glue Perpétuelle est une bonne idée ?
- Non ! S'exclama Rose, soudain affolée à l'idée qu'il ne mette son plan à exécution.
- Zut... »
Albus soupire. Son frère ne changera jamais. Il ne prend pas garde à l'ombre se profilant sur lui, à contre-jour. Ce n'est que Rose qui l'aperçoit et sourit d'un air désabusé, comme quand elle sait la suite de l'histoire. James hausse les sourcils avant d'étouffer un rire en un bruit de gorge étrange.
« Bouh ! » hurle l'ombre en attrapant Albus par les épaules.
Albus sursaute et est si surpris qu'il pousse un hurlement strident et indigne d'un homme, un vrai, si bien que les trois autres sont écroulés de rire.
« Sco' ! »
Scorpius Malefoy halète, reprenant son souffle avant de repartir dans un irrépressible fou rire. Albus fait décidément une tête trop tordante.
Le soleil brille et demain, il fera froid. L'herbe tendre sera recouverte de neige d'ici peu. Les professeurs vont enlever des points et en rajouter au gré des bonnes et des mauvaises actions. Peeves va faire maintes mauvais coups. Que la vie est belle à Poudlard pour James, Albus, Rose et Scorpius.
OoO
Drago Malefoy appelle l'elfe de maison qui se matérialise immédiatement sous ses yeux. D'un geste, il lui indique les couverts en argent aux gravures d'or que l'elfe s'empresse de retirer tandis que son maître se lève, s'essuyant distraitement la bouche avec sa serviette qu'il pose sur la table et sort sans un regard pour son domestique. Dans le Manoir Malefoy, une effluve de fleur fraîche s'effiloche. Drago la hume un instant, avant de se diriger vers son bureau.
Un tas de paperasses l'attend. L'argent à faire fructifier, les dettes dont il doit réclamer le paiement, tout en délicatesse, cela s'entend, les affaires à gérer d'une main de fer dans un gant de velours, comme à son habitude. L'économie s'est relevée depuis la fin de la guerre, les entreprises Malefoy sont à leur apogée.
Son propriétaire croule sous le travail, mais il est satisfait. L'argent coule à flot, les employés sont compétents. Tout est parfait. Poudlard abrite sa tendre progéniture qui doit, à l'heure actuelle, faire les quatre centscoups avec Potter fils, comme il le dit si bien dans sa dernière lettre.
« Albus est quelqu'un de très sympathique. Son frère et lui font les quatre cents coups et... Je les aide un tout petit peu (Ne le dis pas à Maman). Bon, il est un peu casse-cou mais pas tant que ça. Et il est très gentil. En plus, il est dans la même maison que moi. J'espère que tu ne m'en veux pas trop, Père. »
Scorpius est bien son fils, pas de doute : il se rapproche du plus puissant. Même si Drago Malefoy se doute bien que ce sont des sentiments plus nobles comme l'amitié qui agitent l'esprit de son fils, héritage de la tête bien pensante et sentimentale qu'est sa mère, il se le représente encore à son image, le gentil petit garçon qui écoute son cher papa.
Drago sourit un bref instant au dessus de son rapport avant de s'atteler avec plus de sérieux à la tâche.
A l'autre bout de la maison, du manoir, - que dis-je ? - du château grandiose qu'a eu à cœur Drago Malfoy de s'offrir le lendemain de son fastueux mariage, Astoria Malefoy tourne la page de son livre, bien décidée à terminer son chapitre. La véranda laisse filtrer les derniers beaux jours et elle veut en profiter, un livre à la main, une tasse de thé à portée de l'autre. Elle porte la dite-tasse à ses lèvres baissant avec précaution sa nuque pour continuer à lire sa ligne. Elle repose la tasse, satisfaite.
Quelques minutes plus tard, elle claque la couverture de son livre et le pose sur la table en fer forgé blanc face à elle. Sa tasse entre les mains, elle la laisse lui bruler les doigts en parcourant du regard les parterres de fleurs rouges vifs qu'un elfe de maison, d'un habile claquement de doigts, arrose grâce à un petit nuage gris placé au dessus du parterre.
Astoria saisit sa baguette et, d'un moulinet du poignet, fait naître de nulle part un magnifique bouquet des mêmes fleurs rouge vif. Elle les sent délicatement, le nez au milieu des bourgeons à peine éclos du matin. Le crépuscule se glisse entre le jour et la nuit tandis qu'elle glisse les fleurs dans le vase de cristal posé sur la table, près de son livre. Elle sourit, malicieuse, avant de changer la couleur du vase, d'un blanc pur, en un orangé dégradé s'alliant à merveille à l'élégance des fleurs. Elle étouffe un gloussement en songeant à la tête de son mari s'il voyait la couleur de son précieux vase familial.
Soudain, elle entend des pas dans le couloir menant à la véranda. Il n'y a qu'une seule personne pour venir troubler son repos dans son petit jardin secret. Elle change hâtivement le vase de couleur qui, à la place de la transparence cristalline initiale, devient d'un blanc laiteux. Tant pis. Puis elle modifie d'une légère pression de la baguette le titre de son livre. Les Misérables de Victor Hugo, un auteur français moldu, devient un petit ouvrage d'Hector Variant intitulé Le Sortilège des Miséreux. Elle fera avec.
Elle glisse sa baguette dans sa manche, croise les jambes et joue du bout de l'index avec la douceur des pétales du bouquet, le regard rivé sur ses chaussures noires à talons vernies.
Quelques heures plus tard, Astoria pénètre dans la boutique de Mrs Jonas. Devant elle, une envolée de tissus lisses et parfaitement ajustés miroitent sous la lumière superficielle du magasin. Ce dernier lui rappelle un peu un livre qu'elle a lu quelques mois auparavant. Un écrivain français, encore. Au bonheur des dames. Elle avait bien aimé.
Mais l'heure n'est plus aux divagations. Quelque chose glisse entre ses doigts avec douceur et elle élève au dessus de ses yeux la robe longue à manches courtes en soie qui semble lui faire de l'œil depuis son entrée dans la pièce. Astoria jette un œil vers les cabines d'essayages et pénètre dans la première se trouvant être libre. Le vêtement tombe parfaitement. Il souligne sa taille, ses épaules, évoque la courbe de ses seins et de ses hanches. Elle tourne sur elle-même.
Devant la caisse, elle tâte son petit sac à main. Elle en sort une bourse chargée de gallions, en extirpe une trentaine et les laisse tomber dans la main ouverte de la caissière qui, armée d'un sourire gracieux, lui tend un sac contenant ses achats. Dehors, Astoria lance un coup d'œil morne à l'intérieur et, déjà lasse, le réduit pour le fourrer dans son sac à main.
L'hiver s'installe. Le froid est déjà là, les gens réchauffent leurs mains en soufflant sur leurs gants et enfoncent un peu plus leurs chapeaux sur leurs oreilles. Astoria resserre les pans de sa cape autour de son cou d'une main, l'autre glissée dans la poche de sa sous-cape de laine. Son regard s'agite sur les nuages noirs chargés de pluie, bas dans le ciel, sur un groupe d'enfants bavassant joyeusement sous les yeux attentifs de deux mères méfiantes, sur les feuilles rousses et crispées s'envolant au gré du vent. L'odeur des cookies flotte dans l'air, mélangée à celle de la Bierraubeurre. Astoria peut presque en voir le fumet sortir, aérien, volatile, de la porte d'un petit café. Elle y pénètre, échappant à la morsure fluide et sournoise du froid.
Une petite pièce chaleureuse l'accueille. Une dizaine de tables séparées par des paravents à la toile blanche filtrant les rayons du soleil sont disséminées dans la pièce. Les ombres chinoises des clients jouent sur le papier, déroutant spectacle de marionnettes grandeur nature.
Astoria se glisse à une table. Elle a appris la discrétion depuis sa plus tendre enfance. Gentille petite Astoria rusée et jolie. Tu seras bienveillante, intelligente et belle, quand tu seras grande. En attendant, soit belle et tais-toi.
Son regard erre sur les pantins désarticulés sur papier à grain blanc et se perd doucement.
Elle revoit encore la blondeur de sa poupée de porcelaine, la voix flutée de la jeune elfe de maison arguant que le jouet lui ressemble. Elle se souvient des mains sentant la pommade raffinée de sa mère glissant un long peigne dans ses cheveux et choisissant pour elle le serre-tête qu'elle portera pour la fête. Elle se remémore lentement le visage de son père lui intimant de laisser sa grande sœur Daphnée danser à son tour avec le beau jeune homme à son bras. Le souvenir de la bague sertie d'un diamant la frappe soudain et elle soupire. Sa passion s'éteignant peu à peu, un amour d'enfant, encore, pour le nouveau fiancé de sa sœur. Draco, un genou à terre. Elle a murmuré un oui tremblant, certaine de choisir, enfin, dans son existence, sans l'aide de personne.
Elle a compris plus tard que c'est son père qui a glissé à Draco de faire la cour à sa plus jeune fille. Scorpius, qu'elle n'avait pas prévu mais qu'elle ne regrettera jamais.
Quand le serveur se racle la gorge pour lui demander ce qu'elle désire consommer, comme à chaque fois qu'on l'invite à choisir, Astoria hésite un instant.
OoO
A quelques kilomètres de là, Harry se frotte les yeux embués. A force de se concentrer sur le dossier de l'incendiaire, il a complètement oublié toute notion de temps. Paresseusement, il lève les yeux vers sa pendule en étouffant un bâillement. Il n'a pas réellement envie de rentrer chez lui. Lily lui sautera dessus comme la misère sur le monde, Ginny sera étonnamment silencieuse, attendant qu'il engage la conversation sur la routine au travail.
D'un geste sec, Harry referme le dossier. Il le glisse dans un tiroir de son bureau, renonçant à le placer sur la pile en équilibre précaire dossiers en cours sur son bureau. Puis, il attrape son manteau et son chapeau et sort de la pièce. Dans les bureaux extérieurs, il salue plusieurs Aurors réunis autour d'un café.
Jenkins sort d'une réunion. Elle le salue avec amabilité. C'est une bonne petite et, alors qu'il pense cela, Harry ajoute avec ironie qu'il parle comme un vieillard de conte pour enfants.
« Bonjour, monsieur ! »
Elle tend son menton vers le bureau d'Harry.
« J'aurais cru que vous vous y trouveriez encore quand je sortirai. J'ai quelque chose pour vous. »
Elle lui tend un parchemin court où l'on peut lire une écriture petite et tassée.
« Voilà la liste des collaborateurs de Mlle Lingston ainsi que de ceux ayant cherché à obtenir la responsabilité du projet sur lequel elle travaillait. »
Harry acquiesce tout en parcourant la douzaine de noms des yeux.
« Jenkins...
- Oui, monsieur ?
- Ne vous est-il pas venu à l'esprit que ce pouvait être également une affaire plus personnelle ?
- Vous pensez à une affaire de cœur, monsieur ? »
Harry fait mine de réfléchir.
« Tout est possible. Cela peut également être une histoire d'argent, une vengeance ou une même une stupide querelle de voisinage. Quoiqu'il en soit, je voudrais que tu réquisitionne un agent et que vous alliez tous les deux sur le terrain. Dans ce type de banlieue, tout se sait tôt ou tard, affirme Harry tandis que Privet Drive se rappelle à son bon souvenir. »
Lisa Jenkins tend sa baguette à l'horizontale au niveau de son épaule et prend un air grave.
« Bien monsieur ! »
Elle abandonne ensuite son salut militaire et va tourner les talons quand Harry lui saisit l'épaule.
« Oh, Jenkins ! »
Elle bredouille, inquiète de la proximité de son supérieur. Ce dernier arbore un fin sourire.
« Si vous désirez, vous pouvez demander une délégation pour que Stewart vous aide. Je suis sûr qu'il en sera enchanté, dit-il en appuyant sur le dernier mot. »
La jeune femme s'empourpre et Harry, attendrie, lui donne une petite bourrade.
« Allez, au travail, Jenkins ! »
Quelques minutes plus tard, Harry remet son écharpe sur son nez et respire pleinement l'air odorant, apaisé. Il aime ce vent balayant les dernières feuilles flamboyantes ou encore recroquevillées de l'automne. Il grimace pourtant quand il s'engouffre sous ses vêtements, frissonne. Se recroquevillant, il se penche vers l'avant en entame l'ascension du Chemin de Traverse. Tout est calme à cette heure, il a fini assez tard. De plus, le dimanche, il est rare de voir beaucoup de gens traîner dehors à cette heure-ci.
Harry repense à Jenkins, à ses petites manies comme le fait qu'elle se mordille les lèvres quand elle réfléchit intensément ou sa manière de souligner ce qu'elle dit, d'appuyer sur certains mots. Il n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qu'il ressent mais la jeune fille remue quelque chose de profond en lui. Un attendrissement qu'il ne s'explique pas. C'est stupide mais il a l'impression d'être tout à fait adulte à côté d'elle.
C'est gratifiant de l'instruire, de l'aider, de lui déléguer un peu de son travail et de la voir ensuite revenir les joues rougies d'excitation, heureuse du travail accompli. Elle est un peu comme un jeune chiot jappant après son propre reflet dans le miroir et courant pour rapporter le bâton lancé par son maître.
Plongé dans ses pensées, il évite sans trop la voir une jeune femme en train de réduire son sac remplie d'achats. Elle ne le regarde pas non plus et il poursuit son chemin. Il n'a que ça à faire, pour l'instant.
Dans dix minutes, il pénètrera dans le Chaudron Baveur et en ressortira, côté moldu. Il hèlera un taxi et se laissera emporter n'importe où. L'adresse change selon le temps, son humeur, les vêtements qu'il porte.
S'il est plutôt chic, parce qu'il sort d'on ne sait quelle fête entre amis, anniversaire, mariage ou autre, il va volontiers dans quelque restaurant-bar plutôt coté. Il commande un verre d'alcool, n'importe lequel, écoute les conversations une petite demi-heure tout en le sirotant. Harry invente un peu les réponses à la place de l'interlocuteur, imagine une vie qui n'est pas la sienne. Si son costume laisse à désirer ou s'il a la fainéantise de modifier son pull et son jean qu'il a sous sa robe en quelque chose de plus sophistiqué, il va flâner le long des rues sinueuses, de la Tamise ou va dans un parc. Londres est garni de parcs calmes et entretenus avec soin.
Puis, paisiblement, il rentrera chez lui. La sérénité l'affublera du plus doux des masques jusqu'au lendemain où il repartira plus vite que jamais au bureau pour ne pas avoir à passer la journée à essayer de regarder Ginny tendrement quand tout ce qu'il arrivera à faire, ce sera darder un regard fixe sur la décoration.
OoO
Mrs Weasley observe avec attendrissement la photographie de ses deux petits-enfants, James et Albus, pris la main dans le sac tentant de saisir la baguette magique dépassant de la poche du jean de leur père. Son mari suit son regard et sent à son tour une bouffée de tendresse étreindre son vieux cœur. Arthur passe une main presque compatissante dans le dos de Molly, comme pour s'excuser à la place de ses petits-enfants du fait qu'ils grandissent.
Assise à la table de la cuisine, une tasse de thé dans la main, Hermione déguste lentement le thé vert ramené d'Asie par son beau-frère Charlie lors d'une récente expédition. Ce dernier se fait un peu vieux, pour tout ça. Il devrait arrêter, surtout depuis que son médecin lui a découvert une faiblesse cardiaque. Oh, rien de grave, tant qu'il ne se surmène pas. A ses mots, Hermione se souvient que toute la famille avait été ébahie. Charlie, un chasseur de dragons, ne pas se surmener ? Lui que l'idée de passer sa vie dans un bureau horripilait y est plus ou moins condamné un jour ou l'autre.
Hermione relève les yeux vers sa belle-mère qui soupire longuement. D'un signe de tête, elle désigne la flèche de Harry pointée sur « Au travail ». Hermione hausse les épaules, l'air de dire « On ne peut rien y faire, vous le savez bien ». Un nouveau soupir échappe à Molly qui baisse la tête, soudain d'humeur un peu chagrine.
« Cela ne peut pas être si grave, voyons. Ce n'est qu'une mauvaise passe, positive Arthur.
- J'aimerais tellement m'en convaincre mais c'est difficile, marmonne Molly
- Il sait que quoiqu'il arrive, notre porte lui sera toujours ouverte, en tous cas, reprend son mari. »
Molly acquiesce et Hermione, silencieuse, observe le pli soucieux se former sur le front déjà ridé de la vieille bonne dame. L'arrivée bruyante de Georges par cheminette fait diversion et Arthur s'enquiert avec joie des nouvelles prouesses de ses petits-enfants. Mais Hermione pose sa tasse et dit posément :
« Ginny viendra manger à la maison, ce soir. Voulez-vous vous joindre à nous ? J'ai également invité Bill et Fleur, Charlie et Percy. »
Un silence s'abat sur la pièce, contrastant affreusement avec l'atmosphère gaie des deux minutes précédentes.
« C'est à ce point ? Demande Georges. »
Hermione hausse à nouveau les épaules.
« Ils font comme si il ne se passait rien.
- Hermione, tu es dans le monde magique depuis longtemps, tu devrais le savoir... sous-entend Georges. »
A son regard interrogateur, il répond.
« Les magiciens sont les meilleurs en matière d'illusions. Et, malheureusement, je ne qualifierais pas Harry et ma sœur de médiocres dans ce domaine... »
OoO
Dans la cuisine, ça sent bon le marshmallow. Lily jolie hume la délicieuse odeur du salon. Elle trépigne, salive et repositionne sa serviette sur ses genoux. Assise sur le sofa, elle attend patiemment que sa mère sorte de la cuisine pour poser les friandises fondues dans une assiette de porcelaine blanche sur la table basse, pose sa serviette et lui tende une fourchette avant de déguster toutes les deux le goûter. Le poste de radio diffuse un musique toute douce et conforte Lily dans cette sensation de profondeur et de chaleur qu'elle ressent sur le canapé rembourré, les jambes pendantes dans le vide.
Pour son âge, Lily est un peu petite. Maman dit que ça changera avec le temps. Qu'elle fera sûrement une brusque poussée de croissance. Papa dit qu'elle restera sa petite fille chérie, si elle ne grandit pas, donc que pour lui, ce n'est pas si grave. Mais il comprend pas, Papa. Lily ne veut pas rester petite, elle veut être grande comme James pour partir à l'aventure comme Papa. Cependant, elle sait combien il aimerait qu'elle reste petite, Papa. Grand-mère aussi, le voudrait. Tata Hermione hausse toujours les épaules, encore. Quand ça grandit, on peut faire des choses d'adultes avec eux qu'on ne peut pas faire quand ils sont enfants. Le Quidditch, par exemple. Hugo est très content de commencer à partager ça avec Ron, dit-elle à Papa parfois.
Ce que Lily ne sait pas, c'est que Harry a peur de ne plus être aussi proche d'elle par la suite qu'elle de sa mère plus tard. Une histoire de sous-vêtements, de devenir une femme, de commencer à parler de garçons, peut-être. Qui plus est, Lily n'a jamais été ce qu'on pourrait appeler un garçon manqué, au contraire. Mais il devrait savoir, pourtant, que les petites filles ont toujours un faible pour leur papa adoré. Quoiqu'il arrive, Lily restera sa fille.
Elle ne se l'explique pas comme ça, Lily. Mais elle le sent, comme une vague molle et inconstante, quelque chose qui va et vient en elle, une certitude indéfinissable. Papa est inquiet pour elle, c'est normal, il l'a été pour James et Albus. Mais elle sait que pour elle, c'est autre chose de plus sous-jacent, qu'elle comprendra peut-être plus tard. Elle fait malgré tout la différence, et sait que ce n'est pas une question de différence vis à vis de ses aînés. Papa les aime beaucoup tous les trois. Seulement, il a peut-être besoin d'être un peu plus rassuré la concernant. Surtout qu'elle est une fille petite et frêle, comme lui enfant, d'après Maman, et d'un caractère un peu rêveur et innocent alors elle a des difficultés à s'affirmer.
Mais Lily fronce les sourcils et sa mère, apparaissant dans l'entrebâillement de la porte, a un mouvement de recul. Alors que la petite fille se fait la promesse d'apprendre le plus de choses possible à Poudlard pour se défendre et devenir forte et respectée, une personne dont elle-même et ses parents seront fières, c'est fou ce qu'elle ressemble à Harry avec un je-ne-sais-quoi de son oncle Fred, tout à coup.
OoO
Chère Maman,
Comment allez-vous, à la maison ? Nous, tout se passe bien. Rassure Papa, je me suis très bien intégrée. Même si mes camarades sont parfois d'une stupidité ahurissante. James a voulu coller tout le monde à son siège grâce au sortilège de la Glue Perpétuelle. Tu t'imagines les dégâts ? Moi, je n'ose pas. Albus et moi avons du être implacables à ce sujet ou je suis sûre qu'il aurait appliqué son plan. Ou pas. Je n'arrive pas à savoir si James dit réellement des choses stupides ou s'il le fait exprès car nos réactions l'amusent. Un peu des deux, je pense.
Nous avons rencontré un jeune garçon tout à fait intéressant. Albus et lui s'entendent bien et je pense que nous allons souvent être ensemble par la suite, à cause de ça. Ne le dis pas à Papa, mais c'est Scorpius Malfoy. Ou alors, attends un peu. Je lui dirais aux vacances de Noël. Il est peut-être préférable de l'apprenne de vive voix. Dans tous les cas, Albus et lui ont l'air d'être bien à Serdaigle. Je crois que James était un peu déçu et stupéfait que je me retrouve avec lui à Gryffondor, et pas son frère. C'est vrai que j'aurais également cru l'inverse. Mais, après tout, tu étais une très bonne élève aussi et tu étais à Gryffondor. Je ne pense pas avoir de raisons de m'inquiéter.
J'ai hâte d'avoir de vos nouvelles, à tous ! Hagrid nous a dit que nous pourrions peut-être voir Oncle Harry au cours de l'année, lorsqu'il viendrait pour la présentation des métiers accessibles aux septièmes et sixièmes années. A mon avis, je le verrai avec Tante Ginny plus vite que l'on ne le pense à cause des bêtises de James...
A cet instant, Hermione fronce les sourcils. C'est fou ce que James peut ressembler à son grand-père, parfois. Ou à ce que l'on a entendu dire de lui. Parfois, elle se demande si c'est une chose saine, s'il ne tente pas de l'imiter pour conserver l'affection de son père ou si c'est dans son caractère. James est une de ces personnes possédant une double personnalité des plus déconcertantes.
A ces réflexions, son mari reste le plus souvent muet. Mais ce soir-là, il fait léviter une buche dans la cheminée et la repositionne au gré des flammes en disant :
« Tu sais, avec des morts aussi tordants et appréciés que Fred, le père ou le parrain de Harry, difficile pour lui de ne pas sentir qu'une sorte de devoir pèse sur ses épaules. Teddy aussi a eu cette période. »
Hermione se souvient qu'en effet, Teddy s'est cherché entre les cheveux colorés de sa mère et sa joie de vivre et l'air doux de son père d'un naturel réservé accompagné d'un humour incisif. Mais il n'a pas pu empêcher sa véritable personnalité de se révéler. Celle d'un jeune homme enjoué, plus que son père, mais capable de décisions mûrement réfléchies, mesurant ses responsabilités. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle son batifolage avec Victoire n'inquiète pas trop les adultes – même si Bill reste méfiant, position du papa revanchard oblige.
Peut-être en sera-il de même pour James.
OoO
Lisa entrouvre la porte et guette. Non, elle n'est pas là. Soulagement.
Lentement, elle entre dans l'appartement, souhaitant ardemment que sa colocataire n'apparaisse pas par surprise. Ce n'est pas qu'elle ne l'aime pas mais elle est un peu trop exubérante à son goût. Au début, c'était drôle mais maintenant, c'est un petit peu lourd. Bon, au moins, elle est gentille et ne fait pas de chichis pour payer les factures ou quand Lisa lui demande de lui laver son costume d'Auror. En somme, elle est plutôt utile.
Lisa se déchausse dans l'entrée et allume la radio dans l'entrée. Le nouveau titre des Citrouilles de Salem se répand dans l'appartement. Lisa balance sa tête au rythme de la musique tout e se dirigeant vers la cuisine. Dans le frigo, un papier l'attend sur une étagère :
Coucou Lisaaaaaaaaaa !
Je suis désolée mon petit bouchon mais je t'ai piqué ton sandwich au thon. J'avais vraiment trop faim ! Par contre, je t'ai laissé le pot de Nutella sur le buffet. C'est bon le Nutella !
Je sais que tu vas piquer une colère monstre mais je n'ai pas eu le temps de chercher à comprendre, Elisabeth et son frère m'attendent sur le Chemin de Traverse ! Il fallait que je mange vite...
Je te promets de t'en faire un demain ! Et un encore meilleur (même si celui-là était délicieux, soi-dit en passant !)
Gros bisous mon petit bouchon !
Stoïque, Lisa relit plusieurs le message, n'en croyant pas ses yeux. Elle a eu le temps de lui écrire et pas de se faire un casse-croute ? Mais elle se fiche de qui, celle-là ? Lisa claque la porte du frigo et froisse le message avant de l'envoyer adroitement dans la corbeille à papier à côté de l'évier. Quelle bourrique !
Réflexion faite, cette Elena est tout sauf une bonne colocataire. Lisa s'en aperçoit d'autant plus quand elle saisit un second message posé sur la corbeille à linge dans la salle de bain.
Au fait... Ton costume a décoloré.
N'oublie pas notre amitié en ces temps si durs et si cruels !
Elena.
Lisa serra le mot, les sourcils froncés, les yeux fermés, se massant d'une main l'arête du nez.
« Je vais la tuer, je vais la tuer, je vais la tuer, je vais la tuer... »
OoO
Daphné Meadowes glisse un pied léger sur la première marche du perron Malfoy. Aussitôt, la lourde porte d'entrée s'ouvre devant elle. Elle entre et défait hâtivement le lacet de sa capeline avant de la tendre à un petit homme chétif accompagné d'un elfe de maison auquel il ordonne du bout des lèvres de prendre l'ombrelle aux bords dentelés de la jeune dame et de la déposer avec la capeline dans elle ne sait quelle pièce de l'imposante demeure.
Après un sombre remerciement, Daphné se hâte de pénétrer dans un couloir particulièrement sombre. Elle le longe quelques instants avant de s'engouffrer dans plusieurs autres corridors à la suite. Cette « maison » est un véritable dédale et elle le connait par cœur au vu du nombre de fois qu'elle a du le parcourir pour atteindre sa jeune sœur. La jeune femme se trouve soudain dans une longue pièce plus large que les autres. C'est en quelque sorte l'antichambre du kiosque qu'Astoria affectionne tant. De là, on aperçoit déjà les lueurs colorés des rayons du soleil traversant les vitraux translucides posés sur la partie du kiosque qui n'est pas ouverte sur le jardin.
Daphné débouche enfin sur le kiosque d'où elle peut apercevoir la véranda à l'autre bout du jardin, pourtant immense. Cette maison l'a toujours beaucoup amusée. Elle forme une sorte d'arc, de demi-cercle, ce qui lui permet d'entourer le jardin dans la largeur et le regarder s'étendre avec langueur dans toute sa longueur. Il est tellement grand que la haute haie verdoyante qui l'entoure, avec la maison, n'est même plus perceptible à l'œil nu de la véranda ou du kiosque. Aussi, à cent mètres de là, Daphné observe que les volets de la véranda sont fermés. Elle aurait pourtant pensé que, Scorpius absent, Astoria s'y serait trouvée si elle n'était dans le kiosque.
Elle est sur le point de revenir sur ses pas lorsqu'elle entend des pas étouffés par l'étroit tapis derrière elle et se retourne :
« Tu m'attendais ? Demande avec un gracieux sourire Astoria. »
Elle porte une robe verte pâle au col rond et semble, comme à son habitude, sortir d'un bain chaud et reposant.
« Oui. Il y a d'importantes choses dont je dois te faire part. »
Les sourcils arqués d'Astoria témoignent de son étonnement.
« J'aurais plutôt parié sur une visite de courtoisie.
- Aussi, bien sûr. Tu sais que je ne manquerais pour rien au monde de te rendre une petite visite. La dernière remonte à bien longtemps, d'ailleurs. Mais je dois me presser, je suis attendue.
- C'est donc si urgent que ça ? Demande d'un air craintif, Astoria.
- Astoria... Chez nous, ce n'est pas quelque chose que nous disons si facilement mais j'ai réellement besoin de ton aide. Tu es la seule en qui j'ai confiance.
- Mais dépêche-toi ! Tu me fais peur, gémit encore la jeune femme.
- Le détective que Drago a engagé pour son entreprise. J'aimerais avoir son nom. Je crois que Davis me trompe, Astoria, souffle Daphné. »
Astoria porte la main à ses lèvres. Lentement, son regard dévie vers le charmant banc à dossier en bois qu'elle a fait apporté quelques jours auparavant par les elfes et y entraîne Daphné. Elle s'y assied de bonne grâce.
« Ma pauvre chérie, Daphné.
- Son nom, Astoria, s'il te plait. Davis vient de partir de la maison en disant qu'il allait travailler mais il a oublié son porte-document. Je m'en doute depuis un certain temps mais je n'ai pas le courage de le suivre moi-même.
- Je ne sais si il voudra s'en occuper maintenant, tout de suite, tu sais... souligne Astoria.
- J'en suis consciente mais quelques Gallions devraient le fait changer d'avis, avise Daphné.
- Bien sûr. D'autant que, d'après Drago, il n'est pas des plus scrupuleux.
- C'est parfait. »
Sans attendre, Astoria fait apparaître plume, encrier et parchemin et griffonne le nom du détective ainsi que son adresse sur un bout de papier.
« Tu veux que je t'y conduises ? Je connais, nous pourrions y aller en transplanant.
- Ce n'est pas nécessaire, je connais la rue juste à côté, assure Daphné après avoir noté l'adresse.
- Bien. »
Après avoir échangé quelques rapides embrassades, les deux sœurs se séparent. Astoria reste un instant debout, la main levée en signe d'au revoir puis se rassied lentement, la main sur le cœur. Sa sœur, son double, l'une des femmes les plus belles, les plus aimables et les plus intègres qu'elle a jamais connue, ne mérite pas une telle chose.
Bien sûr, Davis Meadowes a été un beau parti. Beau et grand, il a été à Serpentard et passe pour être un homme galant et riche. Il était une année au dessus de Daphné à Poudlard et sa tante a appartenu au désormais célèbre Ordre du Phénix dans les années 70. De quoi faire oublier les années sombres et les idées sinistres circulant sur les familles de sang-pur. Cela a permis à Astoria d'épouser un Malfoy malgré son passé plus qu'obscur. Plus Astoria y réfléchit, plus elle se dit que le hasard, ou son père, a bien fait les choses.
Astoria frissonne et remonte son châle sur ses épaules. L'infidélité est une chose des plus abjectes, un non respect de l'engagement qu'on a pris envers l'autre, une façon horrible de bafouer quelque chose qui nous a rendu heureux un jour. Quand on veux tourner la page, pourquoi ne pas attendre que ce soit définitivement fini pour se permettre les aventures ? Et quand on aime les aventures d'un soir, pour quelle raison se marier ? Pourquoi vouloir faire du mal à l'autre ?
Elle n'a jamais été dans une situation semblable. Elle sent que c'est inapproprié de juger mais ne peut s'empêcher d'avoir un avis, comme tout un chacun. Et ça touche sa sœur adorée, sa propre sœur, si belle, si aimante. Elle ne peut pas l'accepter. Impossible.
Sous le choc de la nouvelle, Astoria n'a jamais imaginé, qui plus est, que Davis puisse être de ce type d'homme. Pourtant, non, impossible, il n'est pas comme ça. Jamais un mot plus haut que l'autre ni déplacé. Même elle, qui sait qu'elle est une belle femme, n'a jamais essuyé d'approches plus ou moins subtiles de son beau-frère, que ce soit à l'époque où elle était mariée ou célibataire. Décidément, Astoria ne comprend pas.
Elle ne peut, malgré tout, s'empêcher de songer que le couple de sa sœur doit être bien fragile pour que de tels soupçons naissent.
Merlin, tout puissant Merlin, que tout ceci est désolant...
OoO
Voilà. Vous ont été présentés ou mentionnés les différents personnages de ce récit. Vous avez pu en appréhender les différents aspects. Tout ceci aura son importance d'ici peu.
Instants volés. Moments d'inattention. Ils sont révélateurs de leur être.
Vous avez vu ? Ils sont tous là, ils s'observent suspicieusement, s'inquiètent. Ils tressaillent, cachent des secrets, ont une foi indubitable en un avenir qu'ils ne font qu'entrevoir à travers l'épais voile de fumée âcre de la gare.
Attention, un coup de sifflet. Le train va démarrer. Tout le monde à bord.
Mais que vois-je ? Non, ils restent tous sur le quai. Ils ont tellement peur de partir, maintenant. Avant, oui, avant, ils auraient sautés sur le marche-pied et se seraient jetés à corps perdu dans de nouvelles luttes, de nouvelles vies, de nouveaux espoirs, de nouvelles douleurs. Ils auraient vécu.
Mais maintenant, tout est différent. Ils s'en aperçoivent, tout en se jetant de petits sourires et des regards nerveux.
Ils ne sont plus faits pour tout ça.
« Non, non, non, laisse-moi, laisse-moi dans mon apathie.
Je veux mourir comme ça, immobile comme cette statue veillant sur nous du fond des âges. Je veux être inébranlable, cette forteresse imprenable de mes rêves les plus profonds et les plus sombres. S'il te plait, je t'en prie...
Reste avec moi...
Entends ma prière, toi qui t'éloignes, toi qui t'en vas. Prends ces petits bouts de moi et tends-les au monde ! Exhibes-les à ma place et crie : Voilà ! Cette personne était ainsi ! Prenez-la et aidez-la à s'envoler, à recouvrir son âme.
Ressens cet appel. Il te recherche depuis si longtemps, toi, pâle enfant du monde.
Laisse-moi. J'ai besoin de toi, si désespérément, mais je me sacrifie pour ta vie.
Vis. Vis. Vis. »
D'une seule et même voix, d'un seul et même corps, ils crient et se débattent. Ça y est ! Oui ! Le processus est enfin en marche ! Ils vont le faire !
Voilà, ils montent. Tour à tour, ils partent vers l'inconnu. Les plus hardis, les enfants d'abord. Eux sont toujours prêts à s'inventer de nouvelles histoires, de nouveaux rêves, et poussent leurs amis les plus réticents, les entraînent dans leur sillage.
Enfin, ces demoiselles acquiescent et montent. Elles se donnent la main, comme pour se donner du courage. Oui, vous en aurez besoin, mes chères petites.
Viens à la suite ce jeune homme. Il en hèle un autre et un autre, il appelle ses compagnons d'infortune à suivre leur destin en sa compagnie. Il monte.
Le reste du convoi s'ébranle et ils sont presque tous à l'intérieur maintenant.
Le processus est en marche.
Il n'en reste qu'un. Oui, il se demande encore. Du coin de l'œil, il aperçoit ces gens. Ils sont tous montés. Il voit ce vieil homme de tout à l'heure, cette petite fille qui rit de sa bouche récemment édentée par une dent de lait tombée. Et cette femme blonde qui lui sourit avec grâce.
Le processus est en marche.
Il monte.
Le processus est en marche.
Et ils hurlent.
Vivez. Vivons. Vis. Vie.
La Vie.
