- Wouah! Regardes ça!, s'écria une voix stridente.
- Génial! J'ai hâte de le montrer à Katie!
Hermione ouvrit lentement les yeux. Elle se trouvait sur le canapé de la salle commune où les deux jeunes Gryffondors déballaient leurs cadeaux de Noël dans un grand chambardement. Lorsqu'ils s'aperçurent qu'elle était éveillée, ils se précipitèrent hors de la tour. Hermione se frotta le visage et regarda tout autour d'elle. Sa plume était tombée sur le sol près de l'un de ses livres. Elle chercha le parchemin sur lequel elle avait fait le récit de la nuit dernière mais n'en trouva aucune trace. Elle finit par en conclure qu'elle avait tout simplement fait un mauvais rêve. Elle avait trop travaillé ces derniers temps et son esprit lui avait joué un tour. Oui, il n'y avait pas d'autre explication! Des petits coups secs à la fenêtre attirèrent son attention. Elle reconnut aussitôt Hedwige, la chouette de Harry et le pauvre vieux hibou de Ron. Elle se précipita à la fenêtre pour leur ouvrir et chacun déposa un petit paquet sur le canapé. Le premier contenait une magnifique plume et venait de Harry. Il était accompagné d'un message.
Chère Hermione,
Une plume peut s'élever dans les airs au moindre souffle.
Mais les écrits qu'elle laisse derrière elle ont plus de poids que n'importe quoi au monde.
Pour moi, elle représente notre amitié.
Harry
Hermione se mordit les lèvres en lisant ces mots. Qu'entendait-il par elle représente notre amitié? Hermione déballa le second paquet qui contenait un livre dont la couverture en cuir était passablement abîmée. Hermione souleva la couverture et découvrit une inscription:
Chère Hermione,
Les livres sont tes meilleurs amis,
peut-être même davantage que Harry et moi.
J'ai donc pensé que celui-ci te plairait.
Joyeux Noël.
Ron.
Hermione tourna la page et contempla le titre, interdite. Un conte de Noël par Charles Dickens. Ça ne pouvait pas être une coïncidence! Etait-ce un rêve prémonitoire? Elle fourra ses cadeaux dans son sac puis se précipita dans son dortoir pour se préparer.
*
- Joyeux Noël, Sir Nicholas! lança joyeusement Hermione en descendant l'escalier.
- Joyeux Noël, Miss Granger! répondit le fantôme en inclinant sa tête.
- J'ai rêvé de vous cette nuit!
- Ah, vraiment? fit le fantôme sans surprise.
- Oui, c'était... étrange, dit-elle avec une grimace.
- Oui, il se passe souvent de curieux évènements la nuit de Noël, confia le fantôme.
Hermione le regarda s'éloigner en fronçant les sourcils puis elle poursuivit son chemin jusqu'à la grande salle. Elle s'installa à l'unique table qui était maintenant dressée au milieu de la salle et gratifia ses condisciples d'un « Joyeux Noël » . Les trois plus jeunes la saluèrent en souriant avant de reprendre leur conversation animée. La Serdaigle lui marmonna quelque chose en guise de réponse mais le Serpentard ne lui adressa pas un regard. Hermione déjeuna rapidement puis alla trouver Dumbledore.
- Professeur Dumbledore! Je me demandais s'il serait possible d'utiliser le réseau de cheminée pour me rendre à Londres? Je sais que j'aurais dû prendre le train en même temps que les autres, mais je pensais qu'il était plus sage de rester à Poudlard pour étudier. Et aujourd'hui, c'est le jour de Noël et je me rends compte que je devrais être avec ma famille et mes amis.
Elle avait dit tout ça très vite et attendit piteusement la réponse de Dumbledore. Celui-ci la regarda un moment puis sourit.
- Je me demandais quand vous alliez enfin m'en parler, dit-il sereinement. Il est tout naturel de vouloir être avec les personnes qui nous sont chères un jour comme celui-ci!
- Alors, c'est d'accord? demanda-t-elle avec espoir.
- Nous allons arranger ça, promit Dumbledore. Allez vite faire vos bagages! Vous n'avez plus une minute à perdre!
Hermione disparut aussitôt dans l'escalier qui conduisait à la tour de Gryffondor. Elle grimpa les marches quatre à quatre, pénétra en trombe dans la salle commune à en faire sursauter les deux jeunes élèves et se précipita dans son dortoir. Elle vida tout le contenu de son sac sur le lit et le remplit avec quelques vêtements et une brosse à dent. Elle emporta également le livre que Ron lui avait envoyé et redescendit à la salle commune.
- Est-ce que tu peux rallumer le feu de cheminée, s'il te plait? demanda l'un des garçons. On a essayé ce matin mais il n'a pas tenu bien longtemps!
- Bien sûr, répondit Hermione.
Elle sortit sa baguette de sa ceinture et la dirigea vers la cheminée. Elle se tourna subitement vers les garçons.
- Avec quoi avez-vous essayé de l'allumer? demanda-t-elle.
- Avec un morceau de parchemin, répondit le garçon. On n'arrivait pas à embraser directement le foyer!
Hermione s'approcha alors de la cheminée et distingua ce qui restait d'un rouleau de parchemin brûlé. Elle le retira des cendres et reconnut aussitôt son écriture ainsi que les mots « esprit », « sapin », « futur ». Elle n'avait pas rêvé! Elle fourra le petit bout de parchemin brûlé dans sa poche et alluma un magnifique feu de cheminée.
- Amusez-vous bien! lança-t-elle en disparaissant dans le couloir.
Elle descendit les escaliers avec la même précipitation et retourna à la grande salle. Celle-ci était maintenant déserte et Hermione se demanda où elle pourrait bien trouver Dumbledore. Elle arpenta les couloirs du château à sa recherche et se retrouva une fois de plus face à Nick-Quasi-Sans-Tête.
- Oh, Sir Nicholas! Vous n'auriez pas vu le professeur Dumbledore, par hasard? demanda-t-elle.
- Hum, si. Je l'ai vu quitter le château à l'instant, répondit le fantôme.
- Merci beaucoup! s'exclama-t-elle en poursuivant son chemin.
Elle s'arrêta subitement et se retourna.
- Euh, Nick?
- Oui, Miss granger?
- Pourquoi vous ne m'avez rien dit ce matin quand je vous ai parlé de mon rêve? s'enquit-elle.
- Je vous demande pardon? s'étonna le fantôme.
- Votre visite, cette nuit! L'esprit de Noël! lui rappela Hermione.
- Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez! fit Nick.
Hermione sembla déçue. Elle fronça les sourcils puis s'écria:
- C'est Ron qui vous a envoyé, n'est-ce pas? demanda-t-elle.
Joyeux Noël! lui souhaita Nick en la gratifiant d'un clin d'oeil avant de traverser un mur.
Hermione resta quelques secondes à regarder le mur d'un air songeur puis se précipita vers l'entrée du château. Dumbledore l'attendait.
- Je suis prête, professeur, annonça-t-elle à bout de souffle.
- Alors, nous pouvons y aller, déclara Dumbledore. Voyez-vous cette étoile? demanda-t-il en désignant la décoration de sapin qu'il tenait dans sa main.
Hermione acquiesça.
- Elle vous conduira vers ceux que vous aimez, expliqua calmement Dumbledore.
- Un porte-au-loin? demanda Hermione, surprise.
Dumbledore approuva.
- Alors? Où nous rendons-nous? demanda-t-il.
- Et bien, j'aimerais voir Harry et Ron d'abord. On ne s'est pas quitté en très bon terme et je voudrais m'excuser auprès d'eux. Ensuite, je demanderai à mes parents de venir me chercher chez Ron.
Dumbledore posa l'étoile sur le sol et la frappa de sa baguette.
- Allez-y, miss Granger! Et passez un joyeux Noël! s'exclama Dumbledore.
Hermione saisit l'étoile et ferma les yeux. Elle sentit la terre se dérober sous ses pieds et pendant quelques secondes, elle crut qu'elle allait tomber dans le vide. Puis elle s'écrasa lourdement sur le sol et rouvrit les yeux. Elle se trouvait sur un petit chemin au milieu des champs et bien que la neige recouvrait entièrement le paysage, Hermione reconnut cet endroit qu'elle aimait tant. A une vingtaine de mètre, on distinguait une petite maison dont le toit menaçait de s'écrouler sous le poids de la neige. Hermione sourit à cette vue et s'avança sur le chemin. « J'espère qu'ils vont être contents de me voir! », se dit-elle alors qu'elle arrivait devant la porte d'entrée. Elle prit une grande inspiration et frappa à la porte. Aussitôt la voix de Molly lui parvint.
- Je me demande qui ça peut-être? Nous n'attendons pourtant pas de visite aujourd'hui!
Hermione se sentait étrangement nerveuse. Sans doute était-ce dû au souvenir encore vivace de la scène qu'elle avait observée la veille. La porte s'ouvrit.
- Ma chérie! s'exclama Molly en la prenant dans une chaleureuse embrassade. Je suis heureuse que tu sois venue!
Harry et Ron dont la curiosité avait semble-t-il été éveillée, apparurent en haut de l'escalier. Ron s'écria avec joie:
- Hermione!
- Je m'ennuyais de vous alors j'ai demandé au professeur Dumbledore si je pouvais venir vous rendre une petite visite! s'exclama-t-elle avec enthousiasme.
- Hermione! C'est super que tu sois venue! s'écria Harry qui avait pratiquement sauté du haut de l'escalier.
- C'est toi qui avais raison, dit-elle en se tournant vers Ron. C'était stupide de rester étudier pendant les vacances de Noël!
- Ce qui compte c'est que tu sois là, répliqua-t-il.
- Allez, viens par là ma chérie, tu dois être frigorifiée, s'inquiéta Molly.
Elle la conduisit près de la cheminée.
- Ron! Vas donc lui chercher une tasse de thé! Et ça c'est pour toi, ajouta-t-elle en lui tendant un paquet de papier brillant.
Bien sûr ce n'était pas vraiment une surprise. Hermione savait, pour l'avoir entendu la nuit dernière, que le paquet contenait un pull mais elle fut mine d'être surprise. En revanche, elle n'eut pas besoin de faire semblant d'être touchée. Ron reparut avec une tasse fumante qu'il déposa devant elle puis se laissa tomber sur le canapé.
- Alors, qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis? s'enquit-il.
- Oh, c'est une longue histoire, répondit Hermione qui ne voyait pas très bien comment expliquer à ses amis que Nick-Quasi-Sans-Tête l'avait emmené voyager dans le temps pour lui montrer ses erreurs passées, présentes et futures. Disons simplement que j'ai fini par me rendre compte qu'il y a des choses plus importantes à faire le jour de Noël que réviser ses cours!
- Attends! Tu es train de nous dire que tu n'as pas emporté un seul bouquin, s'étonna Ron en jetant un coup d'oeil dubitatif au sac à dos d'Hermione.
- Uniquement celui que tu m'as offert, confirma fièrement Hermione.
Harry et Ron partagèrent un regard stupéfait.
- Au fait, merci! Je sens que je vais l'adorer, assura-t-elle.
- Tu ne l'as quand même pas déjà lu? demanda Ron suspicieux.
- Et bien, d'une certaine manière, si, répondit-elle évasive. La plume est superbe, Harry. Mais dis-moi, ton message était bien mystérieux.
Harry sourit.
- Je pensais que tu te rappellerais, dit-il avec un air malicieux.
- Me rappeler quoi?
- Le jour où notre amitié a vraiment commencé, poursuivit Harry.
Hermione fronça les sourcils un moment. Elle surprit un échange de regards entre ses deux amis et ses yeux s'écarquillèrent soudain.
- Le cours de lévitation! s'exclama-t-elle. Le sujet du cours était une plume! Ensuite je me suis disputée avec Ron et vous m'avez sauvée du troll!
Ils s'esclaffèrent à se souvenir qui remontait à six ans déjà. Ils furent bientôt rejoints par Ginny et les jumeaux, et lorsque l'heure du déjeuner approcha, tout le monde s'affaira à mettre le couvert.
- Eh! Ron! Hermione! Vous êtes sous le gui! les avertit Harry avec un sourire malicieux.
Ils levèrent la tête et s'aperçurent qu'une branche de gui était effectivement suspendue au-dessus de leur tête.
- Il n'y en avait pas tout à l'heure, fit remarquer Ron, suspicieux.
- C'est la tradition, leur rappela Harry en pinçant les lèvres pour ne pas rire.
Ron lui adressa un regard assassin tandis qu'Hermione détournait la tête pour éviter que les autres ne s'aperçoivent que ses joues avaient soudainement rosies.
- Hermione, je parie que tu commences à regretter d'être venue finalement, railla Fred.
- Non, pas du tout, répondit-elle d'un ton ferme.
Et pour appuyer ses paroles, elle déposa un rapide baiser sur les lèvres de Ron. Elle se dirigea ensuite directement dans la cuisine pour dissimuler son visage devenu écarlate.
- Tapes là, Harry! s'exclama Georges.
- Tu me le paieras! menaça Ron.
Il fusilla son meilleur ami du regard pendant un instant puis continua de dresser la table avec un léger sourire.
- Inutile de te cacher dans la cuisine Hermione, lui cria Fred. On a ensorcelé la branche de gui pour qu'elle se déplace au hasard dans la maison!
Hermione se recomposa puis sortit de la cuisine avec un plateau rempli de verres.
- Oh, mais je ne me cache pas, assura-t-elle. A propos Fred, tu passeras le bonjour à Angelina de ma part! lança-t-elle avec un sourire malicieux.
- Qui ça? fit Fred soudain mal à l'aise.
- Angelina Johnson, répéta Hermione. Et n'essaies pas de me faire croire que tu n'as pas de ses nouvelles.
Tous les regards se tournèrent vers Fred puis vers Hermione, avec une expression incrédule. Fred adressa à son frère jumeau un regard accusateur et Georges dressa ses mains devant lui avec une expression innocente. Ce fut bien une des rares fois où Hermione les vit aussi laconiques.
- Comment tu sais ça, toi? s'enquit Ron suspicieux.
- Disons juste que j'ai mes sources, répondit-elle avec un air satisfait.
Quelques minutes plus tard, ils passaient à table. Molly s'était surpassée pour composer un délicieux repas de fête.
- Alors, Hermione, comment vont tes parents? s'enquit Arthur.
- Oh! En fait, je ne les ai pas encore vus, répondit Hermione.
- Tu n'as pas passé le réveillon de Noël avec eux? demanda Molly, peinée.
- Non, j'ai quitté Poudlard ce matin. En fait, je pensais demander à mes parents de venir me chercher ici, confessa piteusement Hermione.
- Inutile de les faire déplacer jusqu'ici! s'exclama Arhur. Le nain de jardin qui se trouve au bout de l'allée est un porte-au-loin. Il me permet de me rendre à Londres tous les matins! Tu peux l'utiliser si tu veux!
- C'est vrai? s'exclama Hermione avec un sourire radieux.
- Mais il faut que l'un de vous l'accompagne, les garçons, ajouta-t-il. Pour me rapporter mon nain! J'en aurais besoin pour aller au bureau demain matin!
Harry et Ron hochèrent la tête en choeur.
- Vous voulez bien venir avec moi? demanda fébrilement Hermione. Mes parents seront enchantés de vous revoir!
Après le repas, Hermione fit donc ses adieux à la famille Weasley.
- Et si tes parents sont d'accord, tu reviendras passer le jour de l'an avec nous, déclara Molly.
- C'est promis! dit Hermione.
- Ce n'est pas juste, se lamenta Ginny. Pourquoi est-ce que je ne peux pas aller avec eux?
- Parce que tu n'es pas encore majeure et que tu n'as, par conséquent, pas le droit d'utiliser la magie, gronda Molly.
Ron ouvrit la porte d'entrée et sortit dans le froid, immédiatement suivi de Hermione, puis de Harry. Ginny les regarda s'éloigner depuis le porche.
- Amusez-vous bien! lança-t-elle avec envie.
Harry se retourna alors vers elle.
- On pourrait faire une partie de quidditch demain, suggéra-t-il.
Le visage de Ginny s'illumina.
- C'est une branche de gui au-dessus de vos têtes? demanda innocemment Hermione.
Ginny et Harry levèrent la tête et le visage de Ginny prit soudain la couleur flamboyante de ses cheveux.
- C'est la tradition! fit Hermione en essayant d'imiter le ton qu'avait pris Harry un peu plus tôt.
- Quoi? Quelle tradition? s'enquit Fred en apparaissant dans l'embrasure de la porte.
- Aucune tradition ne concerne notre soeur! s'exclama Georges derrière lui.
- Oh, si! Ron et moi, on s'est prêté au jeu, leur rappela Hermione d'un ton catégorique en croisant les bras sur sa poitrine.
Ron hochait frénétiquement la tête, heureux de pouvoir prendre sa revanche. Harry paraissait embarrassé mais vaincu. Il adressa à Ginny un petit sourire qui semblait signifier « puisqu'on n'a pas le choix... » .
- Je ne veux pas voir ça! s'exclama Fred en se cachant les yeux avec ses mains.
Georges l'imita. Harry se pencha vers Ginny et ils échangèrent un bref baiser. Le visage de Ginny était tellement rouge qu'on pouvait presque s'attendre à lui voir de la fumée s'échapper de ses oreilles. Hermione souriait malicieusement. Elle adressa un clin d'oeil à Ginny avant de s'apercevoir que Ron l'observait avec suspicion.
- Je n'arrive pas à croire que tu ais fait ça, lui chuchota-t-il alors qu'ils longeaient le chemin.
- Je ne vois pas du tout de quoi tu parles, répondit Hermione sur un ton innocent.
- Il y a une lanterne sous le porche, d'habitude. Tu l'as changé en gui, accusa-t-il.
- Il n'y a rien de mal à donner un petit coup de pouce au destin! répondit-elle en souriant.
- Quoi? fit Ron, incrédule. Harry et Ginny?
Il se retourna et observa son ami qui les suivait de quelques mètres, le regard dans le vague, un léger sourire aux lèvres.
- Non, poursuivit Ron, dubitatif. C'est mon meilleur ami, il me l'aurait forcément dit! En plus c'est ma soeur!
- Il ne t'est pas venu à l'idée qu'il ne te le dirait pas justement parce que c'est ta soeur? souligna Hermione.
Ron fronça les sourcils, pensif. Ils s'arrêtèrent devant le nain de jardin dont seul le chapeau pointu dépassait de l'épaisse couche de neige. Lorsque Harry les eut rejoint, ils saisirent ensemble le porte-au-loin. Hermione ressentit de nouveau cette désagréable impression de tomber en chute libre puis se retrouva assise dans la neige au beau milieu d'un parc. Ron et Harry secouaient la neige sur leurs vêtements. Face à eux, ils reconnurent l'entrée du ministère. Ils se dirigèrent vers l'entrée du métro et Ron, qui n'y avait jamais mis les pieds, se montra très curieux. Les wagons étaient pratiquement désert en ce jour de Noël. Les quelques stations qu'ils avaient à parcourir défilèrent rapidement sous leurs yeux. Lorsqu'ils furent arrivés, ils grimpèrent les marches quatre à quatre et se retrouvèrent enfin à l'air libre. Hermione les dirigea ensuite jusqu'à la maison de ses parents.
- C'est ici, annonça-t-elle en se tortillant les mains nerveusement. Il va sûrement y avoir mes oncles, mes tantes, mes cousines...
Ron et Harry partagèrent un regard embarrassé.
- Ben, nous on va rentrer, dit Ron. On a un nain de jardin à ramener!
Hermione ne put réprimer un sourire.
- Vous avez bien cinq minutes? demanda-t-elle d'un ton implorant.
- Je ne comprends pas, tu veux qu'on vienne avec toi? s'exclama Harry, incrédule.
- Je ne me suis jamais sentie très à l'aise avec les membres de ma famille. Mais si vous êtes là, ça sera plus facile pour moi, expliqua Hermione.
Ron et Harry échangèrent un long regard ennuyé.
- On ne pourra pas rester très longtemps, prévint Harry.
Hermione retrouva aussitôt le sourire.
- Une maison pleine de vieilles tantes, grommela Ron. Tu me revaudras ça!
Hermione se dirigea fébrilement vers la porte et appuya sur la sonnette. Des bruits de chaussures à talons résonnèrent depuis l'autre côté de la porte. Hermione adressa à Harry et Ron un sourire nerveux. La porte s'ouvrit sur une femme aux cheveux bouclées qui poussa un cri de surprise avant de prendre Hermione dans ses bras.
- Oh, ma chérie! Comme je suis heureuse! Je croyais que tu ne rentrais pas! exulta la mère d'Hermione.
- Oui, euh, j'ai changé d'avis au dernier moment, expliqua Hermione, embarrassée.
Une demi-douzaine de personnes s'étaient réunis dans le hall pour assister aux effusions.
- Maman, tu te rappelles Ron et Harry?, demanda Hermione.
- Bien sûr! s'exclama Mme Granger. Vous êtes les bienvenus! Entrez! Entrez, donc!
Elle les dirigea dans le salon, les installa sur le canapé et leur proposa quelque chose à boire, tout cela sous les regards avides des autres membres de la famille. Hermione fit rapidement les présentations et les questions ne tardèrent pas à fuser.
- Alors dites-nous, depuis combien de temps êtes-vous amis avec notre Hermione? s'enquit la tante Claudia.
- Depuis notre première année au collège, répondit Harry. ça fait six ans!
- Tant que ça! s'exclama Claudia avec une pointe d'incrédulité. Comment se fait-il qu'on ne vous ait jamais vus auparavant?
- Harry et Hermione viennent généralement chez moi, répondit Ron. Ils restent une partie des vacances.
- Je suis rassurée, déclara Claudia. Hermione a toujours été très solitaire. On s'inquiétait beaucoup à son sujet. On ne lui a jamais vraiment connu d'amis, ajouta-t-elle avec une affliction exagérée.
Ron et Harry échangèrent discrètement un regard exaspéré.
- C'est étonnant, rétorqua Harry. Hermione est très appréciée de ses camarades de classe!
- Ah, vraiment? fit la tante Suzanne.
- Sûrement par des rats de bibliothèque comme elle, lui murmura Claudia.
- Harry et Ron font partie de l'équipe! répliqua une Hermione visiblement vexée en s'asseyant sur l'accoudoir du canapé, à côté de Ron.
- Vous êtes footballeurs? demanda Josh avec intérêt.
- Ron est gardien et je suis le capitaine! répondit rapidement Harry.
Josh leur adressa un regard chargé de respect tandis que Lucy et Sarah laissèrent échapper des gloussements.
- Bien sûr, fit Claudia. Je suppose que vous devez passer beaucoup de temps à vos entraînements!
Ron et Harry acquiescèrent.
- Comme ça doit être pratique d'avoir une amie aussi studieuse! s'exclama Claudia avec un sous-entendu appuyé.
- Oui, elle nous file parfois un coup de main, admit Harry.
- Hum, hum! fit Claudia.
Elle échangea un regard entendu avec Suzanne qui hocha la tête.
- Mais le plus souvent, on se moque de nos profs, ajouta précipitamment Harry.
- Et de nos camarades, renchérit Ron.
- Il nous arrive aussi d'aller faire un tour au village voisin, de boire un verre au pub, assura Harry comme s'il cherchait à la détromper.
- Et de sauver le monde! lui rappela Ron dans un élan d'insolence.
Une expression de panique passa brièvement sur le visage de Harry.
- Ah, oui, on sauve le monde! approuva Harry en souriant.
- Tous les ans! ajouta Ron. Enfin, c'est surtout Harry mais on l'aide un peu!
L'expression béate de la tante Claudia les fit éclater de rire. Hermione vit sa mère sourire depuis la cuisine et se félicita intérieurement d'avoir amené Ron et Harry.
- Vous restez dîner? demanda Mme Granger avec espoir.
- Oh! On doit ramener le... la voiture de mon père, répondit Ron.
Hermione tenta de réprimer un sourire.
- Vous êtes venus en voiture? s'enquit Sarah en tendant le cou par-dessus la fenêtre.
- On l'a laissé à l'entrée de la ville et on a continué en métro, répondit Harry.
- Je vous en prie, insista la mère d'Hermione.
Ron et Harry échangèrent un regard et se tournèrent vers Hermione. L'expression implorante qu'elle arborait leur fit céder. Si Ron se lamentait de se retrouver coincé entre Sarah et Lucy, il pouvait s'estimer heureux de ne pas être à la place de Harry qui dut supporter les sarcasmes de Claudia durant tout le repas. Hermione leur lançait des regards amusés. Plus tard dans la soirée, ils furent accaparés par la mère d'Hermione qui tenait à leur montrer l'album de famille. Hermione en profita pour s'éclipser. Elle sortit subrepticement de la maison et s'assit sur les marches du perron. Le regard perdu sur la rue recouverte de neige, elle repensa aux dernières vingt-quatre heures. Tant de choses s'étaient produites! Etait-il possible qu'elle soit parvenue à modifier le cours des évènements? Quoiqu'il en soit, Hermione ne regrettait pas un instant d'avoir abandonné ses révisions. Elle avait passé l'un des meilleurs Noël de sa vie. La porte s'ouvrit derrière elle.
- T'as pas froid? demanda Ron.
- Pas trop, non, répondit-elle.
Ron s'assit à côté d'elle.
- Désolée de vous faire endurer ça, dit-elle avec un sourire d'excuse.
- Pas de problèmes, je t'ai dit que tu me le paierais! rétorqua-t-il.
Hermione s'esclaffa.
- D'accord ta tante est un peu pénible, mais les autres membres de ta famille sont chouettes, ajouta-t-il.
-Oh, oui! Surtout mes cousines, n'est-ce pas? taquina Hermione.
- A ce propos, Lucy m'a demandé mon numéro de téléphone. Je lui ai dit que tu te chargerais de lui donner, annonça Ron en visant un pigeon avec une boule de neige.
- Ton numéro de téléphone? répéta Hermione en riant. C'est ça, je lui donnerais!
- Apparemment, elle craque pour les sportifs! fit remarquer Ron en jetant une autre boule de neige.
- Apparemment, répéta Hermione amusée.
A ce moment-là, une légère couche de neige tomba du toit sur la tête de Ron. Il se passa les mains dans les cheveux pour s'en débarrasser puis releva la tête avec méfiance. Il aperçut alors une branche suspendue au-dessus d'eux.
- Du gui! annonça Hermione avec désinvolture.
- Une chance que Harry ne soit pas là pour nous rappeler la tradition! s'exclama Ron soudain mal à l'aise.
- Oui, approuva Hermione sans conviction. On dit que ça porte malheur, ajouta-t-elle sur le ton de la conversation.
Ron se tourna vivement vers elle, les sourcils froncés. Hermione pinçait les lèvres pour tenter de garder son sang-froid. Elle leva les yeux vers lui avec embarras. Leurs regards se croisèrent et Hermione crut que le temps s'était soudain figé. Puis Ron se pencha sur ses lèvres et ils échangèrent un tendre baiser.
- Je ne voudrais pas qu'il t'arrive malheur, se justifia Ron.
Hermione hocha vivement la tête et chacun reporta son regard sur les pigeons qui transperçaient la neige de leurs becs. La porte s'ouvrit de nouveau.
- Ah, vous êtes là! s'exclama Harry sur un ton qui évoquait à la fois le reproche et le soulagement.
- J'allais justement venir te chercher! déclara Ron en se levant. Faudrait peut-être que l'on pense à rentrer, vieux!
Il poussa Harry vers l'intérieur et Hermione les suivit avec une expression de satisfaction qu'elle ne parvenait pas à dissimuler. Harry et Ron firent leurs adieux à la famille d'Hermione et se dirigèrent vers la porte d'entrée.
- Bon alors, c'est sûr, on se voit lundi? s'enquit Harry.
- C'est promis, assura Hermione qui prenait bien garde de rester dans l'embrasure de la porte.
Harry descendit les quelques marches du perron et Lucy se précipita vers Ron pour lui dire au revoir.
- Oh! Mais c'est du gui! s'écria-t-elle sur un ton exagérément surpris.
Ron leva la tête d'un air horrifié et Hermione fronça les sourcils. Soudain, une épaisse couche de neige glissa du toit et tomba lourdement sur la tête et les épaules de Lucy qui laissa échapper un cri perçant. Harry et Hermione firent tout leur possible pour ne pas éclater de rire. Ron se tourna vers Hermione avec un regard suspicieux. Elle feinta l'innocence mais Ron aperçut le bout de sa baguette qui dépassait de sous ses bras croisés et elle afficha aussitôt un air coupable. Ils échangèrent un long regard qui se passait de mots. Puis, la voix de Lucy qui pestait tout en retirant la neige de ses cheveux rappela Ron à l'ordre.
- Tu devrais vite rentrer te changer, lui dit-il. Tu risquerais de tomber malade!
Et il dévala l'escalier à toute vitesse. Hermione les regarda s'éloigner un sourire aux lèvres. Sa mère s'approcha d'elle et passa son bras autour de ses épaules. Hermione lui rendit son étreinte et elles regagnèrent le salon bras-dessus-bras-dessous. Hermione pensa alors qu'elle avait vraiment bien fait de changer d'avis car c'était sans aucun doute le plus beau des Noël.
FIN
J'espère que vous avez aimé cette petit fic sans prétention. Je vous invite à découvrir ma dernière création « Notre Avenir appartient au passé » dont je suis particulièrement fière.
