Bonjour à toutes !
Tout d'abord, merci à Yum-chen-Mo pour sa review en espagnol. Ca fait plaisir de se savoir lue par des étrangers. J'ai bien compris ton commentaire. Je ne vais rien dévoiler évidemment, mais effectivement, c'est bien le trio Saga/Mü/Kiki qui sera au centre de cette fic. Je l'avoue, j'adore sortir des sentiers battus, mais je ne le fais pas juste pour le faire. Cela n'aurait aucun intérêt sinon. Je veux juste apporter quelque chose de neuf avec un regard nouveau et crédible.
Sans plus attendre, la suite. Je ne suis pas très satisfaite de ce second chapitre, il m'a posé pas mal de problèmes parce que je n'arrivais pas à identifier la source de mon insatisfaction. J'avais commencé à l'écrire il y a une semaine, mais j'avais été incapable de le terminer. A l'heure qu'il est, je le trouve toujours assez moyen, mais c'est peut-être juste dans ma tête. J'espère être parvenue à montrer ce que je désirai.
Vos futures reviews me le prouveront (ou pas) ! Merci encore pour vous encouragements !
Enjoy !
Le « psssscht » caractéristique de la canette quand il l'ouvrit et lui donna des frissons. Dernièrement, il était devenu complètement addict aux mixtures énergétiques. D'aucun dirait qu'il ne manquait pourtant pas de dynamisme, mais le cadet des Gémeaux avait trouvé son carburant quotidien. Le monde avait changé, tous les jeunes ne juraient plus que par ces breuvages saturés en sucres, alors pourquoi pas lui ?
Le monde avait changé et pourtant, le Sanctuaire demeurait inchangé, immuable. Depuis des siècles. Bien-sûr, il y avait eu de légères évolutions, mais pour Kanon, à qui cet endroit avait volé sa jeunesse, cela était bien insignifiant. Jamais rien ni personne ne pourrait lui rendre ces années perdues au combat et au service de deux divinités qui n'avaient aucune considération pour le commun des mortels.
Si Shion l'entendait penser tout haut ce dont il parlait tout bas, ou l'inverse, le Gémeau officiel s'en mordait les doigts. Le vieil Atlante répliquerait qu'Athéna se préoccupait des humains qu'elle protégeait d'un amour maternel et bienveillant. Après tout, elle était humaine elle aussi en quelques sortes. Mais si éloignée des préoccupations de ses congénères... Athéna semblait si difficile à atteindre, si froide parfois, même s'il ne pouvait nier son cosmos débordant de tendresse. Impossible pour elle de réaliser et de comprendre les maux qui rongeaient son Sanctuaire comme une virus tenace.
Parfois, cette pétillante boisson accompagnait sa vodka. Ca l'aidait à tenir toute la nuit, quand il sortait au bar de Rodorio. Shion et Dohko l'avaient plusieurs fois réprimandé à ce sujet. Il s'agissait de ne pas donner une mauvaise image de la glorieuse chevalerie d'Athéna et ses petites balades alcoolisées, même si elles ne se finissaient jamais aussi tragiquement que celles de DM, n'étaient pas du goût des deux doyens. Sauf que de temps en temps, Kanon en avait assez de devoir être exemplaire. Il n'était pas le parfait Saga.
Alors pourquoi devrait-il faire des efforts ?
Et plus important, pourquoi...
...Aioros l'avait-il choisi, lui l'indomptable, au lieu de son merveilleux frère jumeau ?
Il porta à sa bouche la canette de métal et il but une gorgée du liquide légèrement acide. A peine eut-il le temps de tremper ses lèvres dedans qu'il attira sur lui le regard noir de son compagnon. Kanon se tendit sur place. Certes, Aioros n'était pas aussi sadique que Shura ou aussi glaçant que Camus, mais il faisait tout aussi peur à sa façon. En effet, le Sagittaire ne manquait jamais d'imagination pour imposer des punitions mémorables et même s'il était adulte et avait le même âge que le frère d'Aiolia, Kanon n'était absolument pas immunisé contre les châtiments du brun. Et ce n'était sûrement pas le fait qu'ils soient amant qui allait le protéger du courroux d'Aioros. Au contraire, c'était même un avantage dont l'équin tirait souvent parti pour obtenir ce qu'il voulait de l'intenable gémeau...
« Arrête de boire ce truc, je t'ai déjà dit que c'est mauvais pour ta santé. »
« Oh allez, t'exagères je viens à peine d'ouvrir ma canette ! » Se plaignit Kanon comme un adolescent rebelle pris la main dans le porte-monnaie de sa grand-mère.
« Tu en es déjà à ta cinquième canette et il n'est même pas encore midi. » Annonça t-il calmement en croisant les bras sur son torse puissant, vestige d'un autre temps.
Kanon soupira. Erreur fatale. Montrer le moindre signe d'agacement à son adversaire était déjà mettre un pied dans la tombe. Et un pied hors du lit « conjugal ». Aioros fronça des sourcils, n'appréciant visiblement pas l'affront.
« C'est dommage. Moi qui pensais qu'on pourrait aller dans la forêt pour couper du bois après... » Proposa Aioros en remettant lentement son T-shirt.
« Du bois ? Mais nous sommes en plein été et c'est la canicule ! C'est pas comme si on avait besoin de chauffer nos temples ! »
« ….Justement. » Il sourit et jeta un regard langoureux à son comparse.
« Hein, quoi ? »
Mais rapidement il comprit. Aioros pouvait être diabolique parfois quand il s'agissait de chantage ! Il savait exactement comment piéger Kanon. C'était presque trop facile. Dès qu'il était question de libido, le gémeau était très sensible.
« Oh, je vois. Dans ce cas, je crois que je vais d'autant plus avoir besoin de ça ! » S'écria t-il avant de vider d'une traite le contenu de la canette.
Aioros essaya vainement de l'en empêcher. Mais la façon dont Kanon avait bu, à la vitesse de la lumière, ne lui laissa aucune chance, si bien que lorsque le brun se retrouva à califourchon sur son amant pour l'arrêter, il était déjà trop tard. Kanon profita de cette soudaine proximité pour lui caresser les hanches. Et pour fondre sur ses lèvres.
« Stop... tu as le goût de cette foutue boisson ! »
Mais Kanon tenait bien les poignets de son cadet de quelques mois et il approfondit le baiser malgré l'interdiction du sagittaire qui sembla se calmer instantanément. Puis, en un coup sec du bassin, il le retourna pour échanger leurs positions et il reprit sa dégustation d'Aioros de façon plus forcenée. La température sembla encore grimper quand Kanon releva le T-shirt de son compatriote, dévoilant ses abdominaux finement dessinés.
Le Gémeau n'avait qu'une envie : dévorer ces tablettes de chocolat saillantes. Il fit rouler la canette fraîche sur la peau brûlante d'Aioros et ce dernier frissonna, se cambrant légèrement. Kanon secoua légèrement la canette pour en extraire les ultimes gouttelettes, qu'il s'empressa d'aller laper sur le ventre de son tendre centaure. Il déposa ça et là des baisers torrides, laissant parfois échapper de légers bruits de suçion.
Mais tout à coup, une ombre plana au dessus du couple comme quelqu'un se tenait entre eux et le soleil. La personne toussa légèrement et Aioros qui avait fermé les yeux sursauta en entendant ce bruit désagréable. Kanon, qui était dos à l'inconnu, n'arrêta pas ses caresses buccales pour autant, mais Aioros se dégagea de ses baisers, gêné.
« Saga... »
« Non, je t'assure que Saga est bien trop coincé du cul pour te faire de telles choses mon bel Aioros ! »
« Non, Kanon... Saga, derrière toi. »
« Quoi ? » Le tumultueux grec se retourna pour vérifier et... « Oh merde ! Pas maintenant quoi ! »
Il se releva la mort dans l'âme, libérant Aioros qui s'empressa de réajuster son T-shirt. Les joues rosies, il évita le regard de l'autre gémeau.
« Tu fais vraiment chier Saga ! »
« Il y a des hôtels, si vous ne pouvez pas vous empêcher de vous sauter dessus toutes les cinq minutes... »
« Ce n'est pas ce que tu crois, Saga. » Tenta vainement de se justifier Aioros.
« Oh que si ! Et d'ailleurs, on préfère forniquer à l'air libre, ça te pose un problème ? »
« Kanon ! »
« Je vous rappelle que vous êtes dans l'enceinte d'un lieu sacré, fréquenté par de jeunes gens impressionnables. Quelle image allez-vous donner s'ils vous voient ainsi, à moitié nus ? »
« Pour commencer, on s'en fout, Aioros n'est même plus chevalier ! Et pour finir, crois-moi, si tu n'étais pas arrivé, ce n'est pas « à moitié nus » qu'ils nous auraient surpris... »
« Parfois, j'ai vraiment honte d'être ton frère et de t'avoir cédé l'armure des Gémeaux. »
Et Aioros...
Que faisait l'incarnation de la pureté et de la justice dans les bras d'un dépravé comme Kanon ? A son retour à la vie, il avait déclaré sa flamme à Saga. Leur amour avait été assassiné par Arès, mais à présent, ils avaient une nouvelle opportunité de s'aimer. Saga avait voulu y croire, avant de réaliser qu'il n'en n'avait pas fini avec son encombrant hôte. Rien ni personne ne pourrait jamais effacer les horreurs qu'il avait commises et le visage du Sagittaire était là chaque jour pour lui renvoyer ses pêchés au visage de la façon la plus violente et efficace qui soit.
Le Gémeau l'avait alors repoussé alors qu'au fond de lui, son coeur appartenait toujours à l'archer. Kanon, qui avait tout fait pour les séparer dès le retour à la vie du centaure, avait exulté et révélé ses véritables intentions. Il ne l'avait pas fait pour aider son frère et le protéger de la folie meurtrière d'Arès, mais pour récupérer Aioros.
Le coeur brisé du Sagittaire n'avait pas été trop difficile à panser après que Kanon ait avoué qu'il avait des sentiments sincères pour lui, depuis tout aussi longtemps que Saga. Aioros avait du se rendre à l'évidence, il n'avait aucun avenir avec l'aîné des Gémeaux, alors que son exubérant cadet lui tendait les bras.
Il était extrêmement difficile pour Saga de supporter cette double trahison de la part des deux personnes les plus chères à son coeur, mais au fond de lui, il savait que c'était ce qu'il y avait de mieux pour eux. Au contact d'Aioros, Kanon s'était stabilisé. Et le sagittaire semblait avoir oublié Saga et s'être consolé de sa peine, alors cela arrangeait tout le monde. Car aujourd'hui encore, Saga ne pouvait s'empêcher de se sentir nerveux en présence de son grand amour.
Oui, c'était mieux ainsi.
Tentait-il de se convaincre chaque jour...
« Saga ? Tu as l'air perdu dans tes pensées. Tu as besoin de quelque chose ? » Demanda tendrement le brun.
« Juste... évitez de vous donner en spectacle devant mon temple, d'accord ? »
« Eh c'est aussi le mien, j'te signale ! » Maugréa Kanon.
L'ancien gémeau passa une main dans ses cheveux, dédaigneusement et il quitta les lieux.
« Il faut toujours qu'il gâche tout celui-là ! Quel mal baisé ! »
« C'est ton frère, Kanon... De plus, il n'a pas tort... »
« Arrête de tout le temps prendre sa défense ! Je déteste que tu fasses ça, ça m'énerve ! »
« Ne sois pas jaloux... » Sourit-il en l'enlaçant par derrière.
« Je ne suis pas jaloux... c'est juste... »
« Que tu ne me fais pas confiance. »
« Si ! Mais c'est en lui que je n'ai pas confiance. C'est mon frère, il n'a aucun secret pour moi et je vois bien dans son regard de chien battu qu'il t'aime encore. » Confessa t-il en fuyant l'étreinte.
« Tu te fais des idées... »
Si seulement c'était vrai. Kanon préfèrerait se planter complètement. Pourtant, au fond de lui, il ne pouvait nier l'attirance très forte et la quasi communion des âmes entre son frère et Aioros. Malgré le destin qui s'évertuait à les séparer et à les voir se déchirer, ils restaient inexplicablement liés. Et lui, ne pouvait rien faire pour briser ce lien aussi sombre soit-il. Rien ni personne ne pouvait se mettre entre eux. Ils s'aimeraient toujours, même si Aioros lui promettait le contraire. Même si Aioros disait l'aimer lui et même si Saga avait décidé de laisser l'étalon à un nouveau dompteur.
« Kanon... » Appela le frère d'Aiolia alors que celui de Saga s'éloignait vers le bas du Sanctuaire.
Parce que Saga resterait pour toujours celui qui avait arraché la vie à l'ange d'or...
C'était une relation malsaine et s'il n'était pas le frère de Saga avait lequel il partageait le même toit, la situation serait beaucoup plus simple. Depuis le début de son histoire avec Aioros, Kanon imposait à l'autre Gémeau la présence de son amant. Naïvement, il avait espéré les réconcilier, les faire accepter l'un par l'autre et qu'ils pourraient inséparables tous les trois comme durant leur adolescence. Avec le recul, il aurait préféré ne jamais les rapprocher. Saga semblait plus à l'aise avec Aioros. Il ne le fuyait même plus maintenant qu'Aioros était avec Kanon, alors que justement, c'était plus que jamais le moment de fuir le sagittaire.
« Kanon ! » S'écria une voix familière.
Le Gémeau ne se retourna pas, continuant sa route d'un pas décidé. Il avait besoin de se changer les idées et rester ici n'aidait pas. Mais son interlocuteur apparut comme par magie devant lui, bloquant le passage. Etrangement, jamais Mü ne les confondait lui et Saga. Pourtant, même Aioros s'y trompait encore et cela avait d'ailleurs beaucoup aidé Kanon dans sa conquête de l'archer.
« Dégage de là maudit Atlante, j'ai pas envie de voir ta sale gueule de mouton mauve ! »
« Quelque chose me dit que tu t'es encore disputé avec Aioros. » Insista Mü, pas impressionné.
« Hors de mon chemin, j'ai dit ! » ordonna t-il en brandissant le poing.
« …et que la cause de cette tension se prénomme Saga, dont je sens encore le cosmos tout proche. »
Kanon baissa le poing, mais la colère prit le dessus sur lui quand il entendit ce nom être prononcé. Il posa la main sur l'épaule de Mü et il l'écarta de sa route par la force, le poussant fermement. Mais alors qu'il continuait sa descente, son visage heurta de plein fouet un mur invisible qui ne se révéla qu'à l'impact.
Un mur de cristal doré caractéristique d'une catégorie de personnes arborant deux tika sur le front.
Les Atlantes...
Mü.
Le nez en sang, Kanon se rua sur le bélier, qui l'évita en se téléportant. Le Gémeau se vautra par terre, comme un débutant.
« Je vais te tuer ! » Gronda t-il.
« Du calme. Je suis venu pour t'aider. » Déclara l'un des derniers rescapés d'un peuple mythique.
« En me pétant le nez ? »
« A vrai dire, tu te l'aies cassé toi-même. Il faut regarder devant soi quand on marche... »
Les paroles provocatrices du bélier auraient pu attiser sa colère davantage, mais au lieu de cela Kanon s'essuya simplement le ne. Il renifla et se releva.
« Bien essayé. Mais j'ai pas de temps à perdre avec toi... »
« Je ne suis pas venu te narguer ou pour me moquer. Mais pour te proposer un marché. »
« Un marché ? Désolé, mais je ne traite pas avec ceux de votre race de lèche-culs. » S'insurgea le gémeau.
« Kanon des Gémeaux. Tu as toujours été trop fier pour ton propre bien. Accepte l'aide qui t'est offerte, si tu ne veux pas perdre Aioros. »
Kanon devait reconnaître qu'il était intrigué. D'ordinaire le discret Mü ne se mêlait jamais des histoires sentimentales ou sexuelles de ses confrères. Comme Shaka, il semblait mener une vie d'ascète, s'interdisant les plaisirs de la chair. Mais contrairement à Shaka, Mü avait toujours semblé plus accessible. Espiègle même. Il était tel une créature farceuse et insaisissable qui recueillait les confidences de tous, parce qu'il ne les jugeait pas.
Kanon ne partageait cependant pas l'affection de ses frères d'arme envers le jeune tibétain. Il s'en méfiait, parce que sous ses airs doux et innocent, Mü était une vraie peste qui savait user de son joli minois pour obtenir toutes les faveurs. Et lorsque cela ne suffisait pas, il tirait parti de son statut d'intouchable Atlante. Ni Athéna, ni quiconque au Sanctuaire ne permettait qu'on leur fasse du mal. Lui, Shion et Kiki étaient des privilégiés uniquement parce que leur espèce était vouée à disparaître et ils attiraient donc la pitié.
« Tiens Aioros à distance de Saga et laisse-moi m'occuper de lui. »
« Et en quel honneur ? » Redoubla t-il de méfiance. Pour que Mü en vienne aux mains, c'était très suspect.
« Parce que tu aimes Aioros et moi j'aime Saga. Ils ne doivent pas être ensemble, c'est aussi simple que cela. »
Aussi loin que Kanon se souvienne, Mü avait toujours tourné autour de Saga comme une mouche autour d'un pot de miel. Mais l'aîné des Gémeaux ne voyait en lui qu'un petit frère de substitution. Quand il était enfant, Mü prenait un malin plaisir à se réfugier dans les bras de Saga où il pouvait passer des heures immobiles. Et avec le temps, c'était plutôt sous la toge de sa mère poule que Mü aimait perversement se cacher...
Là où tous voyaient l'incarnation d'un ange, lui reconnaissait un dangereux démon.
« J'ai jamais compris ce que vous lui trouviez tous à ce frigide schizophrène et dépressif... »
« Demande à ton précieux petit-ami, il doit le savoir vu le temps qu'il a passé à tripoter Saga dans les douches de l'arène... »
Kanon serra le poing. Le sens de la répartie du Bélier était aussi solide que son fameux Cristal Wall.
« Bien joué Machiavel, mais ça ne prend pas avec moi. Je veux la vraie raison de ton petit plan. »
« Je te l'ai déjà donnée... »
« Et je ne te crois pas. Je trouve ça bizarre que la pucelle que tu es se réveille tout à coup. Alors si tu ne me dis pas clairement ce que tu as en tête, je ne t'aiderai pas. Et je te casserai la gueule. »
Le regard lavande du bélier s'assombrit et il resta silencieux un moment.
« Tu sais ce qui risque d'arriver si Saga reste trop près d'Aioros. »
« Non, j'en sais rien justement. Eclaire-moi de ton savoir, ô tout puissant Atlante ! »
« Arès va encore faire des siennes... »
Le sang de Kanon se glaça en entendant ce nom maudit, synonyme de déchéance et de terreur. Qu'est-ce que le dieu de la guerre et de la violence venait faire là-dedans ? Certes, il avait possédé le corps de Saga dans le temps et avait semé la panique et la mort au Sanctuaire. Mais il avait été vaincu par le suicide de Saga et cet acte héroïque avait mis fin à son règne sanglant, non ? Quel était le rapport avec Aioros ? Arès avait fait assassiner le sagittaire il y a presque vingt ans, mais ce n'était pas comme si Aioros était responsable de la possession de Saga !
« Tu cherches à m'embobiner... »
« Pas du tout. Quel serait pour l'intérêt de faire cela ? Au contraire, je veux t'aider à garder Aioros. Parce que je sais que s'il s'approche trop de Saga, Arès risque de se réveiller encore ! Il voue une haine fatale à Aioros, tu le sais bien ! Alors ne fais pas l'enfant en cherchant ce que je peux cacher ! Je t'assure que je ne veux que le bien de Saga et celui du Sanctuaire. Et cela passe par une séparation pure et simple de ces deux-là. »
Le gémeau soupira. Mü n'avait pas tort effectivement si on examinait minutieusement la situation sous cet angle. Mais ce qu'ignoraient Mü et Kanon, c'est que si aujourd'hui Aioros était potentiellement l'élément déclencheur concernant Arès, cela n'avait pas toujours été le cas.
Arès était présent en Saga depuis sa naissance et sûrement pas depuis que le Gémeau avait fait la connaissance de l'autre Grec. Aioros n'y était pour rien, bien au contraire, longtemps, il avait agi comme un médicament contre le mal qui rongeait Saga. Parce qu'il avait essayé de sauver l'âme déchue et condamnée de Saga, Aioros s'était attiré les foudres du dieu de la guerre, qui avait décidé d'éliminer ce pion gênant.
Un pion qui l'empêchait de conquérir le Sanctuaire et de prendre pleine possession de son hôte. Ce n'était d'ailleurs pas un hasard si Saga avait perdu son combat face à l'Autre, quand Aioros avait rejoint l'Hadès. Son unique bouée de sauvetage avait disparu dans le néant et Saga avait alors cessé de lutter, s'accablant de la mort de son amant et Arès en avait profité pour noyer sa conscience.
« D'accord. Que dois-je faire ? »
Coopérer avec ces nantis d'Atlantes n'enchantait pas franchement Kanon. Et encore moins devait s'allier à Mü, qui devait certainement être le plus vicieux et manipulateur de tous. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Il ferait n'importe quoi pour son poney d'amour et pour ne pas revoir la sale gueule d'Arès. Ils avaient tous bien trop perdu avec toutes ces guerres intestines pour risquer de sacrifier à nouveau la fragile paix qui semblait s'être installée au Sanctuaire.
« Uniquement me laisser faire. »
« T'as l'air bien sûr de toi. Dois-je te rappeler qu'on parle de Saga, Monsieur Culpabilité ? Il a tué ton Maître, il t'a forcé à l'exil et il s'en veut encore pour ça. Tu aurais plus de chances de réussir à te taper cette pucelle de Shaka, c'est pour dire... »
« Tu pourrais peut-être me donner quelques conseils dans ce cas ? »
« Saga et moi on a beau être issus du même ovocyte, on n'a strictement rien en commun. »
« Hormis votre attirance pour les archers bruns à la peau tannée, évidemment... »
« J'y peux rien s'il n'y a pas que son arc qu'on trouve bandant... »
Mü soupira. Kanon était vraiment grossier quant il s'y mettait. Tout le contraire du distingué et élégant Saga qui faisait chavirer son coeur...
« Je me serai bien passé de cette information... »
Mais peut-être que s'il trouvait ce que les jumeaux trouvaient de si désirable chez Aioros, cela l'aiderait un peu à mettre une stratégie en place. Car quant il était question de Saga, le jeu de l'amour devenait une guerre. Si le soldat Mü ne se préparait pas en conséquence avec une bonne tactique et des armes adaptées, ce serait la défait assurée.
« A mon avis, le souci, c'est que tu es bien trop subtile et doux avec lui. Tu devrais y aller franco, lui sauter dessus à moitié nu sans lui laisser la moindre chance ! »
« Pour cela il faudrait que j'arrive à le coincer entre quatre murs pour que nous parlions... »
« Qu'est-ce qui t'en empêche ? Tu peux le coincer entre quatre murs... de cristal... si tu vois ce que je veux dire. »
« User de la forcer pour le contraindre à entendre ce que j'ai à dire ? » Répéta Mü, abasourdi.
Saga était tellement têtu et borné lorsqu'il se complaisait dans sa ravageuse mélancolie que c'était peut-être la seule solution. Il n'était pas dans les habitudes de Mü de déployer des armes de séduction massives et il n'était pas vraiment certain d'en être capable.
« Tu réfléchis trop petit mouton. Tu as toutes tes chances avec Saga, si tu veux mon avis... »
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »
« Premièrement, t'es loin d'être dégueulasse à regarder. Et ça, c'est très important pour mon frère. Il voue un véritable culte aux belles choses. Il n'y a qu'à voir la façon dont il se délecte visuellement d'Aphrodite, alors que le commun des mortels le trouve si insupportable que ce défaut éclipse totalement son joli minois. Et deuxio... »
« Segundo on dit. »
« Bref... deuxièmement, de par ce que Saga t'a fait subir, ça te place au même niveau qu'Aioros. Vous êtes liés pour toujours par le mal qu'il te fait. C'est gravé en vous. Et c'est ton meilleur avantage. »
Le bélier tiqua légèrement, pas certain de comprendre. En quoi le fait d'avoir été marqué au fer rouge par des souvenirs douloureux causé par Saga était un avantage ? Au contraire, c'était ce qui l'éloignait irrémédiablement du Gémeau aujourd'hui, non ? Pourtant, l'argument de Kanon ne semblait pas idiot.
On pouvait voir les choses sous un angle différent et faire de cette fêlure une force. Effectivement, ils n'étaient que deux à avoir subi de plein fouet le courroux d'Arès. Cela les rapprochait en quelque sort de Saga et les rendait uniques. Jamais Saga ne pourrait les oublier.
Mü ferma les yeux.
Il revoyait Saga le serrer dans ses bras possessivement lorsqu'il était enfant. Il se souvenait encore de l'adoration qu'il lisait dans le regard de Saga quand le petit bélier parvenait à se téléporter près de lui ou à faire apparaître des fleurs. Entre eux, ça avait été le coup de foudre immédiat.
La douceur de Mü avait fait fondre Saga qui appréciait le calme qu'il trouvait auprès du jeune Atlante. Mü, comme la majorité des apprentis du Sanctuaire, vénérait Saga. Mais contrairement à beaucoup, il avait une relation privilégiée avec le gémeau. Il s'aimaient innocemment et de manière pure, naïve et ingénue.
Mais il ressentait également la solitude qui s'était abattue sur lui quand Shion était mort et que Saga avait disparu. Mü avait toujours su que le Grec était l'auteur de cet immonde crime qui lui avait arraché son père de substitution. Comment oublier la douleur qui avait dévoré son esprit jour après jour, alors qu'il avait été obligé de fuir comme un pariât ?
Les sentiments contraires se déchiraient dans le coeur du Bélier en cet instant. Il ne savait plus quoi penser. Mais pas question de se laisser détourner de sa mission de reconquête...
Même si Kanon avait raison dans le fond, pas question de sauter vulgairement sur Saga. Mü savait parfaitement que c'était ainsi que le tumultueux Gémeau avait conquis son archer. Il s'était invité dans la couche du Sagittaire sans lui donner le choix, exhibant sa scandaleuse et inspirante chute de reins pour le faire succomber au pêcher.
L'indécrottable chasteté qu'Aioros avait subie pendant plus de trente ans avait volé en éclat, en même temps que sa résolution de conserver sa pureté pour l'offrir à l'amour de sa vie. Cet amour qui avait les mêmes traits que celui dont les entrailles avaient avalé avec appétit le fruit du désir ardent de l'équin.
Pas question d'user de telles stratagèmes avilissants pour le virginal Mü. Il allait devoir trouver autre chose pour charmer Saga.
Non, le sexe n'était pas une solution pérenne.
Parce que si par malheur Mü s'offrait à l'ancien Gémeau de la sorte, il condamnait sa mission à un échec certain...
Saga n'était pas encore prêt à connaître le secret de l'extinction de la race Atlante...
