Melian ouvrit les yeux. Elle avait bien dormi cette nuit. Un rayon de soleil passait au travers de sa fenêtre et caressait son visage. Elle aurait bien voulu paresser un peu au lit, mais comme l'avait avertie sa mère, elle n'aurait pas une minute pour elle-même ce jour là. En maugréant, Melian se redressa et revêtit sa tenue habituelle, soit une tunique courte et un pantalon de lin, ainsi qu'une paire de bottes de cuir à semelles souples. Comme si sa mère avait pressentit son réveil, elle fit irruption à ce moment même.

-Bien, je vois que tu es prête au moins, c'est déjà ça. Ne prends pas ton temps pour manger, tu as l'écurie à nettoyer. Tout doit être parfait, nous allons peut-être conclure une vente importante. Enfin, ça ne te concerne pas, dit sa mère en secouant la tête. Veille simplement à ce que tout soit propre et en ordre, enchaina-t-elle.

Les paroles de sa mère avaient créé un sentiment d'angoisse en elle. Melian craignait qu'Onyx, étalon très convoité, ne soit l'objet de cette vente. Elle voulut questionner sa mère mais celle-ci était déjà repartie. La jeune fille haussa les épaules. Après tout, elle devait se rendre rapidement à l'écurie. Elle saurait bien assez tôt. Elle sorti de sa chambre et entra dans la pièce principale de la petite maison. Elle remarqua le bol de fruits sur la table et se choisit une belle pomme. Comme elle s'apprêtait à sortir, elle se ravisa et en prit deux. Une fois à l'extérieur, elle ferma les yeux, leva le visage vers le soleil et laissa le vent jouer avec ses cheveux avant de les nouer sur sa nuque avec une lanière de cuir. Elle mangea sa pomme en se dirigeant vers l'écurie. Elle vit son père et sa mère discuter près des enclos et ne les importuna pas. En entrant dans le bâtiment, elle fut accueillie par Onyx. Il avait repéré la pomme et ses naseaux frémissaient. En souriant, Melian s'approcha du bel étalon. Elle tendit la main et Onyx s'empara du fruit.

-Randal m'a demandé de ne pas te gâter, mais il a mentionné l'avoine, pas les pommes. Alors théoriquement, je n'enfreins pas de règle, dit-elle, un léger sourire sur les lèvres.

Elle laissa Onyx finir tranquillement sa pomme pendant qu'elle allait chercher une pelle et une grande brouette. L'écurie n'était pas très grande car la plupart des pensionnaires séjournaient dans des enclos, derrière le bâtiment. Une allée centrale séparait deux rangées de dix stalles. Elle commença par celle de Brume, une belle jument gris pommelé. C'était un bon animal, calme et difficilement impressionnable. La jument tourna la tête vers la jeune fille lorsqu'elle entra dans sa stalle. Melian lui caressa l'encolure un moment, puis se mit au travail. Elle était habituée, elle eu tôt fait de terminer cette partie du travail. Seul Onyx lui posa des problèmes. Pendant qu'elle essayait de nettoyer son espace, le grand étalon ne cessait de lui renifler les cheveux, de flairer ses poches en quête d'une improbable friandise ou de quémander des caresses. Melian réussit néanmoins à terminer sa stalle. Elle alla vider la brouette au tas de fumier, rangea la fourche et se muni d'un balais. Elle nettoya l'allée, puis rangea la pièce où étaient entreposés les selles, les filets ainsi que les différentes brosses. Elle ressortait de la sellerie lorsqu'elle vit ses parents s'avancer, le sourire aux lèvres en compagnie d'un homme que Melian ne connaissait pas. Elle se dit qu'il devait s'agir d'un noble, vu ses vêtements richement brodés.

-Je dois régulièrement me déplacer. J'aurais besoin d'un bon cheval, calme mais rapide et endurant. Et évidement, un qui soit digne de moi, ajouta l'homme avec un sourire.

-Naturellement, répondit mielleusement Katie. Nous avons plusieurs jeunes chevaux qui pourraient vous satisfaire.

Finalement après d'interminables discussions, le noble jeta son choix sur Clair de Lune, une solide jument gris clair. Melian retint un soupir de soulagement. Onyx ne la quitterait pas. Lorsque l'homme et sa nouvelle monture eurent disparu, Randal tapota avec satisfaction la bourse bien remplie qui pendait à sa ceinture. Ils avaient demandé un bon prix pour la jument. Il tourna son regard vers Melian.

-Prends Onyx et va à Comté-de-l'or, il a besoin de nouveaux fers.

Sur ce, il sortit de l'écurie. Katie, qui avait vu le sourire éclater sur le visage de sa fille, la mit en garde.

-Ce n'est pas pour te faire plaisir, mais bien parce que ni ton père ni moi n'avons le temps. N'en profite pas pour t'amuser. Sur les bords de la route rôdent des loups et des ours. S'il arrive quoi que ce soit à Onyx tu seras responsable. Ne traîne pas et tu ne devrais pas faire de mauvaises rencontres. Erma a déjà le paiement. Ne perds pas de temps.

Comme son mari quelques instants plus tôt, elle quitta le bâtiment sans regarder en arrière. Ce n'est que lorsque Melian fut sûre que sa mère ne l'entendrait pas qu'elle lâcha un cri de joie.

-Viens mon grand, on part en balade! dit-elle en se retournant vers l'animal.

Melian ouvrit la porte de la stalle du grand étalon. Elle prit une poignée de son abondante crinière et mena l'animal à l'extérieur, sans prendre la peine de prendre une selle ou un filet. Elle sauta sur son dos avec agilité et le fit sortir au pas du Camp de bûcherons du val d'Est. Elle emprunta la piste vers l'ouest quelques instants avant d'atteindre le pont qui enjambait le ruisseau. Les gardes qui protégeaient la structure des murlocs la regardèrent passer sans un mot. Seul le garde Thomas lui adressa un bref signe de tête. Il ne s'inquiéta pas outre mesure de la voir s'aventurer seule sur les routes, il y était habitué et ne lui posa pas de questions. Elle poursuivit sa route un moment puis se retourna. Désormais certaine que les gardes ne pouvaient plus la voir, elle adressa quelques mots à Onyx.

-T'es prêt? Allez, on y va!

Répondant à la voix de la jeune fille, l'étalon partit au grand galop d'une formidable détente, ses puissants sabots martelant la route de pierre avec force. Melian, presque couchée sur lui, jubilait. Le vent fouettait son visage. La lanière de cuir qui retenait ses cheveux céda. Elle leva les bras au ciel en riant tandis qu'Onyx continuait sa course. Lorsqu'ils arrivèrent en vue de Comté-de-l'or, bien trop tôt à son goût, elle fit ralentir l'animal afin de ne heurter personne. Elle lui tapota l'épaule.

-C'était super, lui dit-elle. Pas vrai?

Comme pour confirmer ses dires, Onyx souffla bruyamment par les naseaux en s'ébrouant.