Auteur : Natanael, fidèle au poste !

Disclaimer : Namco est encore maître et seigneur du monde de Tales of...

Spoiler : Bah... ça change pas... oui, certainement. En même temps, je brode beaucoup. Mais, il vaut mieux être prévenu. Donc : attention, spoiler !

Warning : J'ai pas envie de me refaire mon speech du prologue… On va y aller version télégramme : yaoi. Stop. Scènes déprimantes. Stop. Passages gores vers fin histoire. Stop.

Résumé : Dans son petit village coupé du monde par la guerre, Yuan voit arriver d'étranges individus un peu trop secrets pour être honnêtes. Intrigué, le jeune demi-Elfe enquête sans se douter des conséquences… YxK

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Des étrangers dans la nuit

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Il faisait nuit noire sur Nieji, petit village Sylvaranti acculé à une épaisse forêt et aux premières falaises des monts d'Hima, à quelques lieux seulement de la terre sacrée de Kharlan. Les rues étaient désertes, les habitants de la bourgade respectant trop les autorités pour sortir après le couvre-feu. Les arbres de l'automne berçaient doucement de leur ombre le village endormi, un vent froid faisant chanter leurs branches aux feuilles roussies. L'hiver annonçait déjà sa venue, et les premiers froids autant que les représailles des militaires gardaient les gens de Nieji bien au chaud dans leurs maisons.

« Yuan, reviens ici ! Je t'interdis de… YUAN ! »

Un cri rauque, furieux, troubla le calme du village qui sommeillait. Quelque part, une porte claqua. Une cavalcade se fit entendre et une mince silhouette noire se détacha sur le fond gris des murs des bâtiments, remontant en courant la rue principale du bourg. La forme sombre galopa sans se retourner jusqu'au perron de la mairie du hameau, grimpa les quelques marches quatre à quatre et s'assit à même le sol, le dos appuyé contre l'épaisse porte de bois. Un léger soupir lui échappa avant que le silence ne retombât sur Nieji. Quelques minutes s'écoulèrent, puis la lune, qui s'était jusque là tenue cachée derrière un épais nuage, apparut dans le ciel nocturne. Certains de ses rayons se posèrent sur la personne assise devant la mairie.

Il s'agissait d'un jeune garçon d'environs dix-sept ans, aux longs cheveux couleur turquoise et dont le visage aux traits finement dessinés rappelait celui des seigneurs Elfes des temps jadis. Il portait un lourd gilet de laine et un pantalon de tissu épais, ainsi que des bottes cloutées récupérées dans la réserve militaire du village. Un léger nuage de buée s'échappait de ses lèvres entrouvertes et remontait devant ses yeux couleur océan, dont les reflets bleutés défiaient l'ombre de la rue. Yuan Ka-Fai, demi-Elfe, fils de l'aubergiste du coin et bouc émissaire officiel de Nieji, bravait les autorités en violant le couvre-feu. Ne lui restait plus qu'à espérer que les soldats renonceraient à leur ronde de nuit aux vues du calme de celle-ci et de sa température remarquablement peu propice aux promenades nocturnes.

L'adolescent frissonna, replia ses jambes contre son torse et les entoura de ses bras, appuyant son front contre ses genoux. Il grommela quelques menaces indistinctes à l'adresse de son père à propos d'une vague histoire d'esclavagisme paternel avant de soupirer bruyamment. Yuan reste immobile un instant, puis il releva la tête et posa son menton sur le dessus de ses genoux. Comment avait-il fait pour se retrouver dans une telle situation ? La soirée s'était pourtant déroulée tout à fait comme d'habitude… Le jeune garçon fronça les sourcils. Oui, comme d'habitude, son père l'avait parqué dans la cuisine de l'auberge avec une tonne de travail à fournir avant de pouvoir enfin aller se coucher. Il en avait d'ailleurs fait la moitié, écoutant d'une oreille distraite les rires gras des soldats qui s'enivraient dans la grande salle. Mais ce soir-là, Yuan était plus fatigué que d'habitude. Il avait donc décidé que le reste de sa corvée pouvait bien attendre le lendemain et était entré dans la grande salle avec la ferme intention de monter au premier étage par l'escalier qui s'y trouvait et d'aller se coucher. Seulement, Matthew, son père, ne l'avait pas entendu de cette oreille. Il avait attrapé son fils par le bras pour le repousser jusque dans la cuisine, où il s'était mis à lui crier dessus. Ensuite… Ensuite, Yuan en avait eu marre et s'était tiré par la porte de service. Et le voilà à présent à attendre dans le froid que le soleil veuille bien pointer le bout de son nez, alors qu'il aurait très bien pu être au chaud dans son lit. Tout ça à cause de la bêtise d'un Humain borné. Génial.

Le demi-Elfe resserra sa prise sur ses jambes et s'évertua à répertorier toutes les tortures possibles et imaginables qu'il ferait subir à son père s'il en avait les moyens. Seulement voilà, ces moyens, il ne les avait pas. Et Matthew avait la poigne particulièrement ferme. Grimaçant rétrospectivement de douleur, l'adolescent se massa le bras droit. Les Humains vieillissent très vite, paraît-il. Vivement que son aubergiste de père atteigne l'âge de la sénilité !

Tout concentré qu'il était sur ses énumérations de tortures, le noctambule contre son gré n'entendit pas le bruit de pas qui se rapprochait. Il se rendit compte de la présence en face de lui lorsqu'une ombre lui masqua la lumière de la lune. Le métis releva la tête en soupirant. Les ennuis recommençaient. Yuan aimait la vie.

Le jeune garçon cligna des yeux. Si le peu de lumière émise par les astres nocturnes n'aurait pas permis à un Humain de distinguer les traits de la personne qui lui faisait face, un demi-Elfe en revanche ne s'en trouvait gêné le moins du monde. Il s'agissait d'un homme, jeune, qui ne devait pas avoir beaucoup plus de vingt-cinq ans. Grand et élancé, à la silhouette athlétique, il semblait tout à fait capable de prendre le dessus sur Yuan si les choses venaient à mal tourner. La peau de son visage était d'une pâleur alarmante, au point que le demi-Elfe se demanda s'il n'était jamais sorti au soleil. Ses cheveux, eux, avaient la couleur de la nuit, peut-être étaient-ils plus sombres encore. Leur coupe inégale, accentuée par le port d'un bandeau gris qui ceignait le front du nouveau venu, surprit beaucoup l'adolescent. A gauche, ils atteignaient à peine l'hauteur de son oreille et à droite, ils dépassaient allègrement son épaule. Bizarre autant qu'étrange. Sous le bandeau, deux petites pierres noires brillaient au sourcil gauche de l'homme. Il avait des yeux noirs et profonds qui donnaient la désagréable impression que leur propriétaire lisait en les autres comme dans un livre ouvert. Mal à l'aise devant le regard fixe de cet homme qui ne souriait pas, Yuan jeta un rapide coup d'œil derrière lui.

Il aperçut une étrange créature aux oreilles démesurément longues, chargée de bagages. Près d'elle, trois autres personnes semblaient attendre quelque chose. La première, un solide gaillard à la stature de géant et aux épaules larges, se désintéressait totalement de la scène. Les bras croisés, il avait l'air de regarder avec attention l'architecture du bâtiment devant lequel Yuan avait trouvé refuge. Ses cheveux gris cendrés retombaient en partie devant son visage, empêchant le demi-Elfe d'en distinguer les traits. A sa droite, une deuxième personne se tenait immobile, serrant contre elle les pans d'un long châle qui plongeait sa tête dans l'ombre. Moins grande que les deux premiers arrivants, elle paraissait également bien moins à l'aise. Sa posture et ses vêtements ne permettaient pas de dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. Cette personne, quelle qu'elle fut, tenait par les épaules une dernière silhouette emmitouflée dans une cape grise. Apparemment plus petite que Yuan, elle devait aussi être plus jeune. Le jeune garçon ne pouvait pas non plus voir son visage. Sans doute s'agissait-il du fils ou de la fille de la personne au châle… Celle-ci le serrait contre comme si elle craignait qu'on ne le lui arrachât. Leurs vêtements à tous n'étaient pas des vêtements Sylvarantis.

Le regard du demi-Elfe ne s'attarda que très peu sur les autres protagonistes de l'étrange scène se jouant dans le village endormi et revint bien vite sur le jeune homme qui lui faisait face. Yuan avait la curieuse impression que ce visiteur-là attirait irrémédiablement le regard. Etait-ce à cause du violent contraste entre la couleur de sa peau et celle de ses cheveux ? Ou à cause de son allure étonnante ? Ou à cause de cette étincelle dérangeante qui brillait dans l'ombre de ses yeux ? Il n'en savait rien. Toujours était-il que cet homme semblait atténuer de part sa simple présence l'importance de ceux qui se trouvaient près de lui. Et Yuan était bien conscient qu'il ne devait pas faire exception à cette règle.

Le jeune métis se retint de sursauter lorsque son vis-à-vis lui désigna les maisons environnantes et demanda :

« Est-ce bien Nieji ? Il n'y a rien à l'entrée du village qui indique son nom. Peux-tu nous renseigner, s'il-te-plaît ? »

Yuan s'étonna de sa phrase. Du fait de ses vêtements et de son apparence surprenante, il avait cru que cet homme était un étranger. Pourtant, il parlait le Sylvaranti avec un accent parfait.

« C'est bien Nieji. » S'entendit-il marmonner. « Mais il ne fait pas bon vivre ici. »

Le jeune homme fronça les sourcils.

« Que veux-tu dire ?

-La guerre, les soldats, tout ça… Répondit Yuan d'un ton évasif en agitant vaguement la main. La zone de conflit se situe à quelques milles au sud. On a des ennuis, parfois.

-Ah, d'accord. » Fit l'autre d'un ton qui semblait dire "ce n'est que ça !". « Pourrais-tu nous indiquer le chemin le plus court pour se rendre à Iéna Tanor, s'il-te-plaît ? »

Yuan plissa les yeux. Il y avait encore des gens qui se souvenaient d'Iéna Tanor ? Il s'agissait d'une des villas que les Elfes avaient construites dans la forêt qui caressait les dernières maisons de Nieji. Ses occupants avaient été les derniers à partir, et ce uniquement parce que le maire les avait chassés, une dizaine d'années plus tôt. Yuan se souvenait très bien des Tanor. Leur fils, Elëe, avait une quinzaine d'année et prenait souvent sa défense dans la cour de récré, lorsque les Humains l'embêtaient. Lui non plus n'était pas aimé. Il donnait l'impression de jamais grandir, et cela effrayait les autres enfants. D'ailleurs, Yuan ne l'avait jamais connu plus jeune. Sans doute était-il beaucoup plus vieux, sûrement même, mais il avait toujours eu la même tête d'adolescent blondinet peace-and-love-mon-frère. On disait dans le village qu'Elëe et sa famille étaient partis à Tesseha'lla. Le demi-Elfe aux cheveux bleus espérait que c'était vrai. Il paraissait que le niveau de vie était plus élevé là-bas.

Depuis le départ des Tanor, personne n'avait plus reparlé des maisons Elfes de la forêt. C'était même devenu un sujet presque tabou. Et maintenant, alors que plus personne n'avait remis les pieds là-bas, cet homme étrange et ses compagnons voulaient se rendre à Iéna Tanor. Pourquoi ? Pour y habiter ? Le Sylvaranti adressa un regard méfiant à son vis-à-vis.

« Vous n'avez rien à faire là-bas. » Rétorqua-t-il d'un ton un peu agressif.

Le type baraqué fit mine de s'avancer, mais un geste de son compagnon aux cheveux noirs le stoppa dans son élan. Soudain, la jeune personne que l'on tenait par les épaules se mit à tousser violemment et un gémissement plaintif s'échappa de la capuche de la cape. Celui (ou celle) qui le tenait se pencha et échangea quelques paroles avec son malade. Le jeune homme à la peau opaline, qui s'était tourné pour regarder ce qui se passait derrière lui, reporta son attention sur Yuan. Il lui sembla lire comme une once de tristesse dans son regard ténébreux, mais cela disparut très vite.

« S'il-te-plaît. » Répéta doucement l'étranger.

Yuan hésita. D'un côté, il n'avait aucune raison de lui répondre. Ces gens n'étaient pas d'ici, il ne savait pas d'où ils venaient et par conséquent, mieux valait se méfier d'eux. Mais… Le regard bleuté de l'adolescent se posa sur la forme encapuchonnée qui tremblait, sans doute de froid. Il avait un peu pitié de ce pauvre gosse… Finalement, il soupira. Tant pis pour la prudence. Au pire, il expliquera tout aux Humains le lendemain. Ceux-ci ne mettraient sûrement pas longtemps pour chasser les indésirables en cas de besoin.

« Au bout de la rue, il y a un chemin en terre qui s'enfonce dans la forêt. 'Suffit de le suivre et de tourner à droite à l'embranchement. Après y'a dix minutes de marche et vous y êtes.

-Très bien. » Dit simplement le jeune homme en le remerciant d'un sourire.

Il salua l'adolescent d'un léger signe de tête et tourna les talons. Le petit groupe d'étrangers s'éloigna rapidement dans la direction indiquée. Le garçon aux yeux océans les regarda s'engager dans la rue qu'il leur avait désignée et disparaître dans l'ombre, pareils à des fantômes venus d'un autre temps.

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Le lendemain matin, Yuan s'éveilla peu après le lever du soleil en se demandant quand est-ce qu'il avait bien pu s'endormir la veille. L'esprit encore embrumé de sommeil, il chercha à comprendre pourquoi son matelas était si dur et si froid, et où avait bien pu passer sa couverture. Lorsqu'il se redressa pour la récupérer et qu'il se rendit compte qu'il était allongé dans un escalier, le jeune garçon se rappela avoir passé la nuit dehors. Grommelant entre ses dents, il se retourna sur les marches, cherchant par réflexe une position moins inconfortable pour finir sa nuit. C'est alors qu'il s'aperçut que quelqu'un était assis non loin de lui et le regardait d'un air à la fois interrogateur et condescendant. Le quelqu'un en question s'avéra être Jun dès que Yuan fut apte à faire le lien entre les informations visuelles dont il disposait et celles contenues dans sa mémoire encore à moitié endormie.

« Ka-Fai ? Fit une voix qui lui était douloureusement familière. Je sais que la maison de mon père est un bâtiment particulièrement beau, mais de là à vouloir y passer la nuit… »

Jun Lown était un garçon de l'âge du demi-Elfe, de quelques mois son aîné, aux courts cheveux bruns toujours impeccablement coiffés et aux yeux vert forêt. Yuan s'acharnait à ne voir en lui qu'un imbécile fini nettement moins intelligent que la moyenne (comme tous les Humains, en fait), mais les habitants du village le décrivaient surtout comme un jeune homme très vif d'esprit. Il avait d'ailleurs la réplique rapide et grinçante, ce dont le demi-Elfe faisait régulièrement les frais. Sa qualité de fils du maire le rendait insupportablement arrogant et prétentieux. De plus, sa désagréable habitude de toujours recevoir les meilleures notes à l'école en avait fait pour Yuan l'ennemi à abattre. Ce que Jun lui rendait bien, soit dit en passant. Il ne se passait pas une semaine sans que les deux garçons n'en viennent aux mains. La plupart du temps, c'était le métis qui terminait au tapis. Non pas que Jun fut plus fort que lui (Yuan ne l'aurait jamais accepté), mais le brun avait toujours derrière lui toute une bande prête à lui prêter main forte. Aujourd'hui cependant, son escorte habituelle ne l'accompagnait pas.

« Et toi, tu as perdu tes groupies ? Rétorqua Yuan d'un ton traînant. Ta côte de popularité est en baisse ?

-Très drôle. Qu'est-ce que tu fiche ici ?

-Ça te regarde, peut-être ?

-N'essaie pas de jouer au plus malin avec moi, Ka-Fai. Tu es bien trop mauvais perdant pour te risquer à ça. »

Yuan marmonna quelque chose entre ses dents. Au moment où Jun allait lui demander de bien vouloir répéter en articulant correctement, le demi-Elfe se releva brusquement, faisant sursauter l'Humain. Un détail venait de lui revenir en tête.

« Est-ce que quelqu'un a voulu racheter les maisons Elfes de la forêt récemment ? » Demanda-t-il.

Jun eut l'air étonné. Il sembla réfléchir une seconde avant de répondre.

« Que… Non… Pourquoi ?

-T'es sûr ?

-Certain. Pourquoi ?

-Vraiment sûr ? Insista le métis.

-Mais je viens de te le dire ! S'énerva le garçon brun. T'es idiot ou quoi ? »

L'adolescent au sang mêlé ne jugea pas nécessaire de relever la remarque de son rival et se plongea dans un abîme de réflexion. Attends une seconde. Ainsi, les gens venus pendant la nuit n'avaient aucun droit de séjour dans les maisons forestières. A moins qu'ils n'en aient hérité, bien sûr.

« Est-ce que des gens avaient prévu de s'installer dans le coin, alors ?

-Non plus…Fit Jun, son regard se faisant suspicieux. Pourquoi est-ce que tu pose toutes ces questions ?

-J'ai pas le droit d'en poser ?

-Tu peux te comporter comme un être civilisé ou c'est trop dur pour toi ? »

Malgré sa colère grandissante, Yuan parvint à se persuader que répondre ''va te faire foutre'' au fils du chef du village n'était pas une très bonne idée. Et, une fois n'est pas coutume, il décida de lui répondre. Après tout, ces "étrangers" étaient en tort, non ? Et, puis Yuan n'aimait pas les étrangers. …Pour être honnête, Yuan n'aimait pas grand monde.

« Des gens sont arrivés cette nuit. Je crois qu'ils sont allés s'installer là-bas.

-Dans les villas de la forêt ? Mais qui voudrait aller se perdre là-bas ? » S'étonna Jun. Tout à coup, son visage se crispa en une expression de fureur contenue. « Mais tu te fiche de moi, en plus ! Si quelqu'un était venu cette nuit, nous aurions aussitôt été prévenus ! Des soldats sont placés en permanence aux entrées du village, et personne n'est venu nous réveiller !

-Ah ? Mais… Pourtant… »

Perplexe, Yuan se tourna vers les militaires qui descendaient la rue principale en direction de l'auberge de son père où ils étaient logés. Ces soldats avaient passé la nuit à leur poste, à l'entrée du bourg et venaient d'être relevés. Jun, voyant l'expression sincèrement surprise du demi-Elfe, en appela un et lui fit signe d'approcher.

« Kunsel ! Est-ce que vous avez reçu de la visite cette nuit ?

-Aaah, non, pas que je sache ! Répondit le soldat en étouffant un bâillement. Rien à signaler, comme dirait l'autre… Je peux aller me coucher ?

-Oui, oui… »

Le soldat rejoignit en courant son groupe. Jun se mit sur ses pieds, foudroyant Yuan du regard.

« Quand t'en auras marre de me faire perdre mon temps avec tes bêtises, tu me préviendras. »

Yuan ne répondit rien. Personne n'avait passé le poste ? Mais pourtant… ces deux hommes, ce gosse, cette bestiole bizarre, et la quatrième personne… Ils étaient pourtant bien venus lui demander leur route ! Est-ce que… Est-ce qu'il aurait rêvé ? Il n'y avait qu'un seul moyen d'en être sûr. Le jeune garçon bondit sur ses pieds et courut vers la rue menant à la forêt. Derrière lui, il entendit Jun l'appeler.

« Ka-Fai ! Mais… Où est-ce que tu vas ? On a école !

-Plus tard ! »

Tout en courant, Yuan réfléchissait à plein régime. Il n'était quand même pas victime d'hallucinations, si ? Les drôles de gens étaient bien venus pendant la nuit. Ils avaient juste dû faire un détour pour ne pas passer près du poste… Pourtant, le jeune homme à la peau pâle avait parlé de l'entrée du village… Il avait déploré qu'il n'y ait pas de panneau pour indiquer son nom… Bizarre, ça, d'ailleurs. On ne met pas de panneau aux entrées des villes ! D'où est-ce qu'il sortait, celui-là ? Tout en monologuant mentalement, Yuan était arrivé près de l'ancienne maison Elfe. Rien n'avait changé depuis que les Tanor avaient quitté Nieji. Le petit portail de bois était toujours fermé. Les herbes folles du jardin entourant la demeure n'avaient pas été arrachées depuis des lustres, et les volets étaient encore tous clos. Yuan sauta agilement par dessus la clôture du jardin. Comme quoi, être un demi-Elfe peut aussi servir à quelque chose... Il s'avança silencieusement vers la porte et frappa deux petits coups.

Puis attendit.

Personne ne vint ouvrir. Aucun son ne parvenait de l'intérieur. Ni de l'extérieur, d'ailleurs. Par acquis de conscience, Yuan fit le tour de la maison. A une fenêtre qu'un volet fermait mal, il crut voir un visage pâle d'enfant malade. Mais lorsqu'il s'approcha pour mieux voir, il ne vit plus rien. Sans doute un reflet de lumière qui, aidé par son imagination, avait donné vie à un quelconque fantôme... Le jeune garçon soupira et se résigna. Il tourna les talons et s'éloigna de la maison forestière en traînant les pieds. Génial. Voilà qu'il se mettait à devenir dingue. La vie est toujours pleine de bonnes surprises… Tant pis. Personne n'était venu lui parler la nuit précédente. Et lui, il n'allait pas aller à l'école. Pour subir les sarcasmes de Jun, non merci.

Yuan repartit d'un pas las vers le village et sa solitude.

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La matinée s'était écoulée avec la lenteur des journées passées à ne rien faire. L'après-midi lui avait succédé, puis fait place au soir. Les jours s'étaient enchaînés aux jours, les semaines avaient suivi les semaines, et tout cela était devenu des mois. Yuan les traversait comme on traverse une mer en tempête, sans savoir ce que le lendemain lui réserverait. Un jour, Jun l'accusait de n'importe quoi devant le vieux maître de l'école -lequel n'aurait jamais dû être instituteur puisqu'il n'aimait pas les enfants. Le lendemain, c'était son père qui le rouait de coups pour Martel seule savait quoi.

L'hiver était arrivé avec son beau manteau de laine blanche. Il en recouvrit Nieji et sa forêt, laissant les gamins de l'unique classe multi-niveau du village jouer avec la neige. Ils en faisaient des bonshommes dans la cour de récréation. Yuan aimait la neige, mais il n'aimait pas l'école sous la neige. Il y avait toujours un abrutit pour lui en mettre une poignée dans le cou ou dans les vêtements, le tout avec la bénédiction du maître. Dommage que la scolarité des garçons de cinq à dix-huit ans fut obligatoire à Sylvarant...

C'est vrai, ça. Pourquoi obliger les gens à aller à l'école ? Et surtout… pourquoi obliger Yuan à aller à l'école ? Depuis tout petit, il avait eu ce bâtiment en horreur. Il n'y faisait rien. Il passait ses matinées assis à son pupitre, soit recopiant des lignes plaisamment offertes par le vieil instituteur, soit baillant aux corneilles en regardant voler les mouches. Quelle occupation passionnante. Les récrés, il les passait seul, à l'écart de tous, assis à l'angle formé par deux murets qui délimitaient la cour. Souvent, il recevait la visite d'une fille aux cheveux blonds, rattachés par des rubans. Jessye Uffel, dite Jessye-la-peste, quinze ans et des brouettes. Une des plus fidèles groupies de ce cher Jun. Elle n'avait de cesse que de lui chercher des noises. Un jour, fatigué de ses incessantes méchancetés, Yuan fit l'erreur de la pousser. Elle tomba dans la neige, s'époumonant à hurler toute sa souffrance. C'était de la pure comédie, bien entendu, mais tout le monde fit semblant d'y croire. Surtout Jun.

« Non mais ça va bien ? Tu frappes les filles, toi, maintenant ? » Se récria le garçon brun en serrant les poings, menaçant.

Yuan n'eut pas le temps de rétorquer qu'il l'avait juste repoussée. Une droite particulièrement bien envoyée lui fit voir des étoiles, aussitôt suivie d'un coup de genou dans le ventre. Le souffle coupé, le demi-Elfe se laissa tomber au sol. Il profita de cette position pour saisir les jambes de Jun dès que sa respiration eut reprit un rythme normal. Les deux garçons roulèrent dans la neige sous les huées et les cris des autres gamins. Ce soir-là, seul dans sa chambre au mobilier quelque peu restreint (un matelas enfoncé en guise de lit, un tabouret pour table de nuit et une commode), le jeune garçon pansa ses plaies comme il pouvait. Il se sentait fatigué. Non, pas fatigué comme quelqu'un qui ne dors pas assez. Fatigué comme… comme… Il ne savait pas trop. En fait, il en avait juste marre de ce quotidien pourri qui lui servait de vie. Si seulement il avait eu quelqu'un pour l'aider à le supporter… Mais il n'avait personne. Et de toute façon, il ne voulait personne. Les gens n'aimaient pas Yuan, alors Yuan n'aimait pas les gens. Et surtout pas les Humains. Ce dont il était exclusivement entouré, soit dit en passant.

Un jour, alors que Yuan somnolait paisiblement sur son pupitre au fond de la salle de classe, le maire entra sans frapper. Cela ne surprit personne, le maire entrait toujours sans frapper. La porte aurait été fermée à clé qu'il serait entré quand même. Sans frapper.

Yuan suivit vaguement de l'œil le maître et le maire parler de quelque chose qui visiblement ne les arrangeait guère. Le maître leva les yeux et les bras au ciel, ou plutôt au plafond, et le maire quitta la salle en claquant la porte. Yuan retomba dans son apathie le temps que le maître cesse de ronchonner à propos de ces parents qui n'avaient pas idée de faire des gosses sans demander leur avis aux pauvres professeurs qui devraient les supporter ensuite. En revanche, le jeune garçon se réveilla tout à fait lorsque le vieil homme annonça d'une voix chargée de colère que la classe allait accueillir un nouvel élève. Ça, pour du nouveau...

« Tu peux entrer ! » Aboya le professeur.

Yuan ne put empêcher un sourire sadique d'étirer ses lèvres. Ce nouveau n'allait pas se faire aimer…

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Voilà, premier chapitre terminé de réécrire ! Toutes mes excuses à celles qui l'avaient déjà lu et qui ont dû se le retaper. La prochaine fois, j'attendrais d'avoir mon scénario complet avant de poster une fic sans réfléchir…

Yuan : Ah, parce qu'en plus tu sais réfléchir ?

Nat : Dis-moi, t'as l'air gentil aujourd'hui...

Yuan : Pas ma faute si tu fais de moi un adolescent aigri et désagréable.

Nat : Euh... pas faux...

Bref. En plus… vous savez déjà qui va entrer, c'est pas drôle…

Yuan : Nan, mais même à la première lecture de la première version, on savait qui allait entrer, en fait.

Nat : Vraiment ?

Yuan : Tu es si prévisible…

Nat : Grmf…

Hum. Pardonnez mes petits dérapages. A la prochaine !