Et voilà le deuxième chapitre ! Merci à Lilyjip, marielegolas, Melior Silverdjane, Hinata et Delphlys pour tous vos commentaires.
Pour répondre à marielegolas, je n'en dirais pas plus sur le rôle de Legolas qui apparaîtra un peu plus tard dans l'histoire. Je ne veux pas gâcher la surprise, même si vous vous en doutez, oui il y aura quelque chose entre eux. Amitié ou amour, qui sait ? Quant aux origines familiales d'Elanor, ce sera révélé un peu plus loin dans les chapitres. (haha *sadique)
J'ai ajouté un lexique en fin de page pour pouvoir vous donner une traduction de certains dialogues. :)
Bonne lecture !
gallica.
Chapitre 2 : Captive
Au lendemain, il ne restait presque plus rien des provisions qu'Elanor avait acheté la veille, à Ouestefel. Les orques avaient tout engloutis sans modération. Jusque-là, ils l'avaient laissé tranquille tandis qu'ils festoyaient copieusement leur repas. Mais à présent qu'il n'y avait plus rien, la jeune fille était redevenue leur centre d'attention.
L'orque qui la transportait ne se privait pas de laisser sa main sur ses fesses pendant qu'ils marchaient. Elanor passait d'épaule en épaule, se faisant chaque fois peloter sous les rires gras des orques, et recevant parfois des coups de pieds lorsqu'ils s'arrêtaient.
Les larmes aux yeux, et sa fierté mise à rude épreuve, Elanor ne se laissa néanmoins pas abattre, se disant qu'à un moment ou un autre elle trouverait l'occasion de s'enfuir.
Cependant, ce n'était qu'un rêve, et à moins d'un miracle, cela n'était pas près d'arriver. Les orques n'avaient aucune intention de la détacher, et ils marchaient toujours plus loin vers l'Est, s'enfonçant dans une direction inconnue.
Elanor ne savait pas où ils allaient, ni si Maggi avait lancé quelqu'un à sa recherche. Elle n'avait pas grand espoir qu'ils la retrouve. Les orques avaient passés la lisière de la forêt il y a deux jours, et traversaient à présent une immense plaine déserte, qu'elle n'avait jamais vue. Elle se demanda pendant un instant si ce n'était pas les grandes plaines du Rohan, et cette idée la fit paniquer.
Car si c'était le cas, cela voudrait dire que les orques avaient marchés très vite, et qu'elle n'avait aucune chance d'être aidée aussi loin de chez elle.
Les orques grommelaient par instants des mots incohérents, se disputant entre eux. Elle ne parvint à discerner des bribes de mots comme « Isengard » ou « Saroumane » parmi leur langue étrange. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Elle n'en avait aucune idée. Mais elle était suffisamment terrifiée pour sentir que sa vie était en danger, et qu'il suffirait d'un caprice des orques pour qu'ils la tuent.
Peu importe ce qu'ils disaient, Elanor devina qu'ils parlaient le langage du Mordor. Les clients habituels de l'auberge lui avaient dit qu'il n'y avait pas de langage plus maléfique que celui-là, et que c'était celui des orques.
Elle pouvait bien les croire. Car le son de leur voix était désagréable, et elle ne souhaitait rien d'autre que de les entendre se taire. Elanor sentait à chaque fois la peur et l'horreur s'insinuer en elle, comme si les mots lui murmuraient des promesses macabres.
Au milieu de la matinée, la troupe d'orque ralentit le pas. Le soleil était haut dans le ciel, brulant la plaine dans une fournaise ardente. Les orques détestaient la lumière du jour, et se fatiguaient vite lorsque les nuages n'étaient pas assez nombreux pour le cacher. On disait qu'ils préféraient se déplacer la nuit. Les orques pestèrent dans la langue commune et s'écroulèrent par terre, soufflant bruyamment.
- Faisons une pause ! lança l'orque qui la portait.
Le chef acquiesça, et exténué l'orque fit tomber Elanor sur le sol sans la moindre délicatesse. Elle chuta douloureusement sur le dos et étouffa un cri lorsque son pied heurta une pierre. Elle sentit aussitôt une vive douleur enflammer sa cheville, et des larmes lui montèrent aux yeux.
L'orque se détourna et l'ignora, tandis qu'Elanor se recroquevillait par terre.
- D'accord, mais cinq minutes, pas plus, répondit le chef des orques. On est encore trop près de la cité des elfes. Nous devons rejoindre l'Isengard.
- Saroumane peut bien attendre. Celle-là est trop lourde ! J'ai faim !
- Tu t'es empiffré comme un porc hier soir ! La fille a à peine de la chaire sur les os, ne racontes pas de sottises !
- Tu n'as qu'à la porter !
Le chef des orques grogna, et l'orque belliqueux posa un regard noir sur Elanor.
Après quelques courtes minutes, il ordonna à la troupe de se remettre en route.
- Allez, debout ! Ugruz, fais la marcher si tu ne peux pas la porter ! Personne d'autre ne veut la prendre comme fardeau.
Les orques ricanèrent, et Ugruz s'approcha d'Elanor. Il sortit son épée et coupa les liens qui lui retenaient les jambes, puis la souleva violemment. Elanor hurla, sentant une douleur lancinante lui traverser le pied.
L'orque la poussa dans le dos, et elle chancela sur ses jambes.
- Allez, avance ! lui ordonna t-il.
Elle fit quelques pas, mais ne parvint pas à marcher. Elanor sentait les larmes couler sur ses joues, mais elle était plus en colère que terrifiée. Elle tenta de retrouver son équilibre en boitillant, sans parvenir à rester debout. L'orque poussa un soupir d'exaspération, et la poussa un peu plus brutalement en avant, ce qui eut pour résultat de la faire tomber de nouveau sur le ventre. Elanor s'écroula, avec autant de grâce qu'un paillasson, et geignit.
Agacé, l'orque l'attrapa par les cheveux, et tira sa tête en arrière à hauteur de son visage. Elanor sentit son sang se glaçer.
L'orque haleta, et elle arrêta soudainement de respirer en sentant l'haleine nauséabonde de sa bouche, et ferma les yeux. Elle essaya d'éloigner de son esprit l'image de ce visage gris et tuméfié de l'orque, et la sensation de son corps difforme qui sur elle.
- Arrêtes de faire la comédie, jeune humaine, où je détache tes jolies jambes de ton corps, lui susurra-t-il.
Il n'était pas amical du tout, et lui montra ses crocs acérés. Elanor n'avait encore jamais vu de dentition aussi lamentable que la sienne. Elle esquissa une mine de dégoût, et sursauta lorsqu'elle sentit la main de l'orque lui serrer la hanche, jusqu'à lui faire mal. Prit d'un élan de courage, Elanor affronta son regard et se mit à protester dans le bâillon qui l'empêchait de parler.
- Quoi ? s'exclama l'orque.
L'orque la regarda parler dans son bâillon, goguenard. Mais l'ombre de Shakh, le chef des orques apparut juste derrière eux à ce moment.
- Ugruz ! Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien.
D'autres orques s'approchèrent, et l'un d'eux observa Elanor stupidement.
- Je crois qu'elle essaye de dire quelque chose, lança t-il à Shakh.
Ugruz lança un regard fulminant à l'orque. Shakh, le chef de la troupe, arracha le bâillon de la bouche d'Elanor. Soulagée, elle put enfin respirer librement et cracha toute sa haine au visage de l'orque.
- Votre imbécile d'ami m'a blessé la cheville !
Elle désigna de la tête l'orque ingrat qui l'avait porté et fait tomber sur le sol. Ugruz recula, et feignit l'innocence. Shakh ne répondit rien, mais ses yeux se plissèrent, cherchant visiblement à savoir si elle disait la vérité. Il se détourna d'elle, puis brusquement lui attrapa les pieds.
Elanor hurla, de peur mais aussi de douleur car il avait empoigné sa cheville foulée à pleine main. Il lui enleva violemment ses bottes en cuir, et Elanor crut un instant qu'il allait la violer. Mais l'orque examina ses deux chevilles en serrant si fort qu'Elanor sentit sa tête tourner et elle eut un haut-le-cœur.
- Elle dit la vérité, regardez sa cheville est enflée comme un ballon.
Elanor haleta, et soupira lorsque Shakh relâcha son pied. L'orque tourna la tête vers le coupable.
- Ugruz ! Imbécile !
Shakh se leva et assena un énorme coup de poing dans la tête d'Ugruz. Ce dernier poussa un jappement, et du sang noir gicla de son nez, puis il tomba en arrière soulevant un nuage de poussière.
Les autres orques s'écartèrent, et observèrent leur acolyte se faire passer à tabac.
Elanor se redressa sur ses coudes, et malgré sa vision trouble et son mal de tête, elle parvint à jeter un coup d'œil à sa cheville. Sa blessure n'était pas belle à voir. Sa peau avait bleuit, et son pied avait doublé de volume.
- Qu'allons-nous faire d'elle chef ? demanda un orque à Shakh, alors que celui-ci en avait enfin fini avec Ugruz.
Les orques se tournèrent tous vers elle, et Elanor eut alors un mauvais, très mauvais, pressentiment.
- C'est dommage de gâcher une si jolie pièce de viande, saliva un orque en la regardant des pieds à la tête.
- Elle va nous ralentir, nous aurions déjà dû être en Isengard, répondit Shakh.
- Que devons-nous faire d'elle alors ?
Le chef des orques tira son épée, un peu plus grande et mieux taillée que celles des autres orques. Des traces rouges étaient encore visibles sur la tranche de la lame ébréchée.
Elanor recula instinctivement, alors que l'orque s'avançait vers elle.
- Nous n'avons pas encore pu jouer avec elle, se plaignit un orque.
Le chef des orques parut réfléchir.
- La fille pourrait peut-être intéresser Saroumane. On la prend ! dit Shakh.
- Saroumane ? Ce vieux magicien ? Je ne savais pas que les filles l'intéressaient ! se moqua l'orque.
Le rire gras des autres monstres retentirent dans la plaine. Seul Shakh conserva son sérieux, et il regarda sévèrement ses compagnons d'armes.
- La ferme ! Saroumane n'aime que les objets de grande valeur. Et cette fille en possède un !
Les orques se turent, sachant qu'il parlait de l'épée elfique.
- Bon, allez. En route ! lança t-il.
Cette fois, ce fut Shakh qui la souleva, et Elanor se retrouva de nouveau à voyager sur le dos inconfortable d'un orque, les pieds nus. L'orque ne prit même pas la peine de ramasser ses effets personnels.
Quelques heures plus tard, la troupe établit un camp temporaire pour déjeuner. L'un des orques fouilla dans le sac qui contenait le reste du gain de leur vol, et étala tout son contenu par terre. Les orques se partagèrent plus ou moins ce qu'il y avait, à savoir deux miches de pain et un reste de porc salé. Ils jetèrent les épices dans les fourrés après avoir essayé de les manger.
Elanor regarda ce gâchis avec consternation, mais en profita pour se reposer. Cela faisait deux jours qu'elle n'avait pas mangé, ni bu quelque chose de potable, hormis la gnaule ignoble des orques. C'était un liquide brun et visqueux qui ressemblait à de la liqueur concentrée.
Elle remarqua que son épée avait été délaissée par terre, roulée dans un chiffon à quelques mètres d'elle. Shakh était de profil, et surveillait les environs, gardant un œil sur elle. Il était cependant occupé en à cet instant à se disputer avec ses congénères à propos d'un sujet dont elle n'avait aucune idée, et ne la regardait plus depuis quelques minutes.
Elanor ne bougea pas d'un centimètre, même si elle était tentée de ramper vers son épée, d'entailler les liens qui retenaient ses mains, et de s'éclipser pendant que l'attention des orques était détournée.
Le chef des orques se leva et changea de place, parlant avec virulence à un de ses congénères. Il lui tournait à présent le dos. Elanor avisa de nouveau son épée. Elle savait se battre, même si elle n'avait jamais eu à le faire pour de vrai. Elle avait passé des heures dans la forêt à manier son arme contre des ennemis imaginaires. Elle était en revanche moins sûre de sa technique, qui était quasi inexistante.
Elanor tenta tout de même de se rapprocher, et rampa doucement sur le sol sans faire de bruit. Les orques ne semblèrent pas la remarquer, et elle continua donc sur sa lancée, se rapprochant de l'arme tranchante.
Une vague d'adrénaline lui monta à la tête lorsqu'elle arriva à son but. Avec ses mains liées, elle défit précautionneusement le chiffon en faisant attention à ne pas faire tomber l'épée, et tenta de la sortir de son fourreau discrètement.
Elanor poussa sur la garde avec ses poings liés, et un léger frottement métallique retentit lorsque l'épée glissa. A cet instant Ugruz tourna la tête vers elle et la surprit.
- Elle essaye de s'échapper ! s'écria-t-il.
Shakh fit volte-face, et ce fut à ce moment-là que tout bascula. Les yeux de l'orque tombèrent sur Elanor et son épée. Il gronda et se précipita sur elle.
Elanor se redressa, prête à s'enfuir, mais une flèche vola tout à coup et s'empala dans la tête d'Ugruz.
L'orque tomba, mort.
Les orques sursautèrent, et regardèrent dans toutes les directions. Un bruit de martèlement de sabots retentit soudainement, et un cor sonna.
- GOLUG ! s'écria un des orques, paniqué.
Les orques abandonnèrent le camp, fuyant de tous les côtés. Elanor s'accroupit, ne sachant pas quoi faire ni où aller pour se protéger. La seule idée qui lui vint en tête, fut de finir de couper ses liens. Alors que le bruit des chevaux se rapprochait, elle se dépêcha d'entailler la corde qui la retenait captive sur la lame effilée.
Les orques s'étaient évanouis dans la plaine afin d'échapper à leurs attaquants, l'oubliant totalement. Shakh seul, était resté en arrière, et la regarda en hésitant un moment.
Alors qu'il décida de se précipiter sur Elanor, un cavalier surgit derrière lui et le prit en chasse. Un magnifique cheval blanc sauta par-dessus les fourrés, et la tête de l'orque vola dans les airs avant même qu'il n'ait put s'enfuir.
Elanor se plaqua au sol, choquée. D'autres cavaliers la dépassèrent sans la remarquer, et continuèrent leur poursuite des orques un peu plus loin.
Lorsque le bruit des sabots fut suffisamment éloigné, Elanor se redressa et se dépêcha de finir de se débarrasser de la corde. Elle pria les Valar pour qu'aucun des cavaliers ne la prenne pour un orque et ne lui coupe la tête avant qu'elle n'ait pu se libérer.
Finalement elle réussit, et se releva, mais à cet instant elle comprit qu'elle avait choisi le mauvais moment. Un des cavaliers l'aperçu, et galopa en sa direction. Elle entendit à ce moment un martèlement puissant qui fit trembler la terre, et comprit qu'elle aurait dû fuir quand elle en avait eu l'occasion. Elle releva la tête et vit un cavalier chevaucher vers elle, sa longue épée tachée de sang noir au-dessus de sa tête.
Horrifiée, elle prit ses jambes à son cou.
Mais le cavalier montant un cheval noir allait plus vite qu'elle, et avec son entorse à la cheville, elle n'alla pas bien loin. Elanor trébucha et le cheval s'arrêta juste devant elle.
Elanor ferma les yeux, et sentit une épée froide sous sa gorge. Elle tremblait de tous ses membres et attendit le coup de grâce. Mais il ne vint pas.
Elle rouvrit les yeux, et examina le visage de celui qui la tenait en joue.
L'homme ne semblait pas avoir l'intention de la tuer tout de suite. Il la dévisageait.
Elanor ouvrit grand les yeux. L'homme était très beau. Il portait un magnifique heaume doré, et avait de longs cheveux bruns et des yeux gris vigoureux. Son armure était d'un argent scintillant, forgé dans un métal qu'Elanor n'avait encore jamais vu. Son épée ressemblait étrangement à celle qu'elle possédait, et elle était longue et effilée, incrustée d'étranges inscriptions.
- Qui êtes-vous ? lui demanda t-il, avec un regard inquisiteur.
- Je… je suis la prisonnière de ces orques, répondit-elle bêtement.
Effrayée, elle ne savait pas comment l'homme allait réagir.
- Vous voilà libre à présent.
A son grand étonnement, l'homme éloigna son épée de sa gorge et la rangea dans son fourreau. Détendu il retira son heaume, et une cascade de cheveux noirs tomba sur ses épaules. Elanor vit alors ses oreilles pointues.
Elle crut défaillir.
Elle qui aimait toutes les légendes de la Terre du Milieu, n'aurait jamais cru qu'elle puisse rencontrer un des plus grands fantasmes de son enfance.
Un elfe ?
Cet homme était un elfe ?!
Les elfes existaient donc encore. Elle n'aurait jamais pu imaginer en voir un de ses propres yeux.
Elle avait rêvé cette rencontre tant de fois, croyant comme les petites filles qu'ils ne se montraient que dans les bois lorsqu'elle se promènerait. Mais jamais elle n'aurait pensé en rencontrer un dans ces circonstances.
Un autre cavalier, celui-là même qui avait tué Shakh, s'approcha. Elle le reconnut à son cheval blanc, et à sa magnifique chevelure d'or, qui dépassait de son heaume.
- Hîr Elrond, glamhoth min degi le, dit-il en elfique à l'homme qui l'avait libérée.
- Mae. Gawanna si noss le, répondit celui-ci.
Elanor les regarda tous les deux, bouche bée. L'elfe brun se tourna vers Elanor.
- Nous avons décimés les orques. Ils ne seront plus une menace pour vous.
Elanor sentit sa peur et la pression sur ses épaules retomber. Elle était libre. Enfin.
- Où habitez-vous ? lui demanda l'elfe.
- Au village de Lasdren, en Eriador, répondit Elanor. Merci de m'avoir aidé.
L'elfe hocha la tête.
- Vous êtes blessé, nota-t-il en observant son apparence et sa cheville violacée.
Elanor ne s'en rendait pas compte, mais elle offrait une vision pitoyable. Ses vêtements étaient tachés de sang et de terre, et déchirés par endroit. Son visage était barbouillé de sang, et une croute s'était formée sur sa lèvre fendue. Ses cheveux bruns tombaient devant ses yeux, sales et emmêlés, et ses pieds étaient écorchés jusqu'au sang.
Sa cheville gonflée et ecchymosée complétait le tableau, et l'elfe ne pouvait qu'avoir pitié d'elle.
Par ailleurs, elle n'était pas très grosse, et n'ayant pas bu ni mangé depuis plusieurs jours, elle devait avoir l'apparence d'un cadavre.
L'elfe regarda le sol, et quelque chose d'autre attira son attention. Il descendit de cheval, si brusquement qu'Elanor eut un mouvement de recul. Elle pensa qu'il allait se précipiter sur elle, mais au contraire il s'éloigna, et se stoppa à moins d'un mètre d'elle.
Elle réalisa que c'était à cet endroit même qu'était restée son épée.
L'elfe ramassa l'arme et la regarda comme s'il s'agissait de la plus belle chose qu'il ait vu. Il la souleva et le pesa dans ses mains avec des yeux émerveillés.
- C'est à moi, lui dit Elanor.
L'elfe stoppa son inspection et lui jeta un regard circonspect.
- Puis-je savoir où vous avez eu cette arme, jeune fille ? Car je doute qu'elle ait pu atterrir par hasard en votre possession.
Elanor bégaya. L'elfe la regarda avec un air hostile et méfiant. Elle réussit à balbutier que c'était un héritage laissé par sa mère, et lorsqu'elle lui répondit, ses yeux se radoucis. Il parut même étonné et curieux.
Il se retourna alors vers le guerrier blond qui était descendu de son cheval blanc et lui montra l'arme. Celui-ci poussa un cri d'exclamation.
- Ai ! Mae melon. Niphredil aer megil !
Elanor ne saisit pas un mot de leur conversation, mais au vu du visage à la fois heureux et fasciné de l'elfe brun, elle comprit que son épée était un objet important, et qu'elle allait très vite devoir fournir des explications.
L'homme brun se retourna vers elle, une lueur indéchiffrable dans les yeux.
- Je crois que vous avez beaucoup de choses à nous dire, mademoiselle. Vous allez devoir nous suivre à Fondcombe.
- Fondcombe ?
Elanor haussa les sourcils, ne parvenant pas à masquer sa surprise et son enthousiasme.
La cité des elfes ? Ce n'était plus qu'une légende parmi le peuple des hommes, depuis des générations. Elanor ne pouvait croire qu'on allait l'y emmener.
Ce devait être un rêve. Etait-elle morte ?
Plusieurs cavaliers étaient revenus de leur course-poursuite, et s'étaient regroupés autour des deux elfes. Elanor en compta au moins une dizaine, tous à la chevelure brune.
- Glorfindel, tirio delia le.
L'elfe blond, nommé Glorfindel s'approcha dans sa direction sous les ordres de l'homme brun. Elanor le regarda s'approcher vers elle, magnifique dans son armure dorée et imposant par sa présence. Elle recula instinctivement, sentant le danger que représentait l'elfe. Mais celui-ci ne lui fit aucun mal, et fit un geste d'apaisement.
- Je vais devoir vous bander les yeux, l'informa-t-il d'une voix douce.
Elanor le regarda avec méfiance tirer un morceau de tissu, mais se laissa faire sans protester. Glorfindel lui noua le chiffon noir devant les yeux, puis deux bras l'attrapèrent par les hanches et la soulevèrent dans les airs, la posant sans ménagement sur le dos d'un cheval.
Quelqu'un monta derrière elle, et Elanor sentit un bras fort entourer sa taille. S'assurant qu'elle ne pouvait pas tomber, l'elfe lança alors son cheval au galop et la horde se remit en route.
La chevauchée fut agréable, et Elanor ne compta pas les minutes, ni les heures qui passèrent. Même si elle commençait à avoir mal aux fesses, le galop léger du cheval la berça, et tombant de fatigue elle s'endormit après plusieurs minutes.
Ce fut le bruit d'une rivière qui la réveilla. Elanor dodelina de la tête, et sa tête buta involontairement contre le torse du cavalier. Il regarda Elanor avec inquiétude.
« Nous allons faire une pause », lui souffla-t-il à l'oreille.
- Daro ! s'écria-t-il cette fois en levant le poing en l'air, ordonnant à la cavalerie de s'arrêter.
Elanor ne voyait toujours rien. L'homme qui était derrière elle descendit, et pour la deuxième fois, elle fut soulevée en l'air, et fut posée sur la terre ferme. L'elfe l'aida à marcher, la soutenant par la taille, puis la fit asseoir sur quelque chose de dur et rugueux. Elle en déduisit que cela devait être un rocher.
Lorsqu'on lui retira le bandeau, et qu'elle put enfin voir, Elanor vit qu'elle se trouvait dans une petite cavité, non loin d'un point d'eau. Un sentier s'étirait un peu plus loin et menait jusqu'aux berges de la rivière du Flot Gris, là où ils allaient probablement continuer leur route.
Deux elfes montaient la garde, et elle s'aperçut que le cavalier qui était à ses côtés était en fait l'homme brun.
L'elfe lui conseilla de tremper son pied blessé dans l'eau fraiche du ruisseau. Elanor s'exécuta. Le contact de l'eau contre sa peau lui fit le plus grand bien. Elle en profita pour se désaltérer et nettoyer son visage.
L'homme disparut puis revint quelques minutes plus tard avec des herbes médicinales dans la main.
Une fois qu'elle eut finie de nettoyer sa cheville, en prenant soin de ne pas appuyer sur la chair boursouflée, elle revint vers l'elfe et il lui tendit une bouillie d'herbe mâchée.
- Appliquez ceci sur votre cheville. La douleur devrait partir d'ici quelques minutes.
Elanor en prit une poignée et la posa avec hésitation sur sa blessure. Sa cheville s'enflamma aussitôt, et elle retint une grimace de douleur. Elle maintint malgré tout la pâte contre sa cheville, et peu à peu, la douleur disparut.
Elanor avait entendu parler de la médecine miracle des elfes et de leur grande connaissance des plantes guérisseuses, mais jamais elle n'aurait imaginé que ce soit aussi efficace. Elle posa le pied sur le sol, et ne ressentit aucun élancement dans sa cheville.
- Merci.
Il inclina la tête sur le côté.
Elanor eut une impression de déjà-vu. Elle songea alors qu'il avait la même façon curieuse de la remercier que Grand Pas, lorsqu'il venait à l'auberge.
- Pensez-vous avoir assez de force pour remonter à cheval ?
Elanor acquiesça.
Elle se sentait beaucoup mieux, et elle ne le devait qu'à l'elfe. Elle remarqua qu'il avait gardé l'épée de sa mère avec lui, et l'avait accroché à la garde de sa ceinture, comme deuxième arme. Elanor déglutit, devinant qu'elle aurait certainement beaucoup de mal à le convaincre de lui redonner le seul héritage familial qui lui restait.
- Très bien, alors allons-y. Nous sommes presque arrivés.
Cette fois, l'elfe ne prit pas la peine de lui bander les yeux. Il la fit monter sur son cheval, puis ordonna à la horde de reprendre la route. Elanor comprit à cet instant qu'il était un seigneur, car les autres lui obéirent sans broncher. Un peu intimidée, elle essaya de ne pas penser à sa présence derrière elle, et regarda le paysage avec admiration.
Une grande vallée se dressait devant eux, et au fond brillaient de petites lumières blanches comme des joyaux. La troupe traversa l'embouchure de la rivière, où le lit de l'eau n'arrivait qu'aux genoux des chevaux, puis prirent un chemin sinueux à travers les gorges.
L'elfe lui donna un peu de nourriture sur la route, et Elanor croqua dans un morceau de biscuit friable, sans goût. Elle en sentit cependant aussitôt les effets, et son ventre fut plein en moins de deux bouchées. Elle examina le biscuit avec étonnement, ne comprenant pas comment cela avait pu se passer.
- C'est du lembas, lui expliqua l'elfe en voyant son air interrogatif. C'est le pain de voyage de notre peuple. Une seule bouchée suffit à vous nourrir pour toute la journée.
- Oh.
Elanor resta silencieuse, et continua d'observer le biscuit. Malgré qu'elle n'ait plus très faim, sa gourmandise la poussa à croquer de nouveau dans le lembas, et elle le finit au bout de quelques secondes sous les yeux amusés de l'elfe. Le soulagement et le contentement la transporta dans un état de léthargie.
Elle avait légèrement froid, mais se sentait beaucoup mieux qu'il y a quelques heures. Elle avait l'impression de vivre un rêve éveillé. Sinon, comment aurait-elle put se retrouver juchée sur un cheval avec un seigneur elfe, qui venait juste de la sauver des griffes des orques venant tout droit des terres maudites du Mordor.
Se pouvait-il que les Valar avaient entendu sa demande ? Le miracle qu'elle attendait s'était-il enfin produit ?
Soit c'était ça, soit elle avait pris un sérieux coup sur la tête, et elle allait se réveiller sur le dos d'un orque puant. Ou au mieux dans son lit à l'auberge du cheval blanc.
Si elle tendait l'oreille, peut-être entendrait-elle Maggi lui crier de se dépêcher et de se réveiller, lui disant qu'il ne resterait que du pain moisi au petit déjeuner si elle ne se levait pas.
Mais plus ils approchaient de la cité elfique, moins cela semblait être un rêve.
Des tours blanches s'élevèrent bientôt sur le haut de la vallée. Des maisons tout aussi belles, aux lignés épurées apparurent, et au milieu d'elles, de magnifiques jardins suspendus. Elanor contempla le spectacle de la cité elfique avec fascination.
- Bienvenue à Fondcombe.
- C'est superbe, dit Elanor sans voix.
- Voici ma demeure, Imladris, et vous pourrez vous reposer ici autant que vous le voudrez, lui dit l'elfe.
- Je ne veux pas abuser de l'hospitalité de votre seigneur, messire, répondit Elanor un peu gênée.
L'elfe rit, et elle se demanda ce qui avait déclenché son hilarité.
- Vous pourrez rester autant de temps que vous le voudrez. Je crains ne pas m'être présenté, je suis le seigneur Elrond, et il s'agit de mon domaine.
Le seigneur Elrond !
Elanor se figea. Elle connaissait parfaitement bien ce nom.
C'était un nom qui avait traversé les âges, et revenait souvent dans les contes qui narraient l'histoire des elfes. Elanor ne pouvait croire qu'elle se trouvait en présence de l'un des plus grands elfes de l'histoire de la Terre du Milieu.
Elrond avait vécu dans les premiers âges. Il descendait d'anciens rois elfes et avait été élevé par deux des fils de Fëanor, Maedhros et Maglor, des elfes illustres qui avaient participés aux premières guerres du monde. Il avait combattu dans la dernière guerre contre le Mordor, dans la dernière alliance des peuples de la Terre du Milieu. Et il avait fondé l'une des plus belles cités elfiques, Fondcombe.
Elanor n'osa dès lors plus prendre la parole, et se fit toute petite.
Elrond mena la troupe à l'entrée de Fondcombe. Ils traversèrent un pont de pierre, puis s'entassèrent devant un parvis pavé. Un pavillon de chasse se dressait devant eux, et la première chose qui attira le regard d'Elanor fut une elfe, qui attendait au pied de son grand escalier.
Elle avait des cheveux aussi noirs que la nuit, une peau pâle et laiteuse et un visage doux. Elle portrait une robe bleue nuit, cintrée à la taille par une ceinture brodée de fils d'argents. Ses yeux étaient du même gris que ceux d'Elrond, où toutes les étoiles semblaient s'y refléter. Elle paraissait très jeune, pourtant Elanor vit dans son regard toute la sagesse et la patience d'une femme qui avait vécue de nombreuses années.
Lorsqu'elle les vit approcher, l'elfe alla à leur rencontre, mettant sur ses lèvres son plus beau sourire. Elanor sentit son cœur se gonfler de bonheur. La jeune elfe semblait susciter autour d'elle l'admiration et la beauté. Elle pure et innocente si bien qu'on ne pouvait rester insensible à son charme.
Elrond tira les rênes du cheval pour s'approcher de la femme elfe.
- Ada. Im gelir ceni ad lin, lui dit-elle pour l'accueillir.
Elrond inclina la tête.
- Elen sila lumenn' omentielvo, Arwen.
Arwen posa son regard sur Elanor et son expression se changea en curiosité.
- Man aer ?
- Hirnim sen firen anglam. Arwen, tulu sen sell. Baur bâd miduin. Nostach be Ych gaer !
Elrond se mit à sourire d'un air moqueur, et Arwen le regarda d'un air choqué.
- Ada !
Les elfes rirent joyeusement, et Elanor se demanda ce qui se passait. Arwen sourit chaleureusement à Elanor, avec un peu de gêne et lui tendit la main. Elanor la regarda un moment, puis la saisit.
Elle fut suprise car la main de l'elfe était tiède et ferme. Arwen l'aida à descendre du cheval d'Elrond, et Elanor se laissa glisser de la selle maladroitement.
- Ma fille Arwen va s'occuper de vous durant votre séjour, dit Elrond en se penchant sur elle. Veuillez-vous reposer et prendre un bain. Par avance je suis désolé de vous le dire, mais je pense que vous en avez besoin. Vous sentez fortement l'orque.
Elanor leva les yeux, ahurie et Elrond sourit avec légèreté. Arwen réprimanda son père, tout en tirant Elanor vers elle.
- N'écoutez pas mon père, il aime taquiner ses invités, dit-elle avec gentillesse.
Elanor les regarda tous les deux, et comprit qu'Elrond venait de se payer sa tête à son insu. Confuse, elle ne s'attarda pas cependant sur la moquerie du seigneur Elrond et répondit à la remarque par un sourire gêné.
- Hannon le, dit Elrond à Arwen.
Il l'embrassa sur le front puis tira sur les rênes de son cheval et s'éloigna en compagnie des autres cavaliers en direction des écuries. Arwen entraina alors Elanor à sa suite, en haut des marches.
- Venez, c'est par ici.
Elanor la suivit, et l'elfe lui fit traverser un long couloir ouvert sur l'extérieur. L'air qu'on respirait ici était très agréable, et Elanor se détendit progressivement. Arwen et elle marchèrent en silence pendant un moment, avant que celle-ci ne parle.
- Comment vous appelez-vous ? lui demanda Arwen.
- Elanor.
- Oh, c'est un joli nom. Dans notre langue, cela veut dire fleur « soleil-étoile ». Elle pousse uniquement sur nos terres en Lorien. C'est là qu'habite ma grand-mère, sourit-elle.
- Oh, vraiment ?
Arwen acquiesça.
- Je sais que les hommes ont un nom de famille, n'en avez-vous donc pas?
- Je porte le nom de ma mère adoptive, mais je n'ai jamais su quel était le vrai nom de ma mère biologique.
- Je suis désolée, s'excusa sincèrement Arwen.
- Ce n'est rien, dit Elanor.
Elle lui offrit un sourire rassurant, et Arwen déculpabilisa un peu.
- Voulez-vous prendre votre bain maintenant ? lui proposa Arwen. Mon père plaisantait en disant cela, vous n'êtes pas obligé de vous laver tout de suite.
- Non, je crois qu'il a un peu raison. Il est vrai que je ne sens pas très bon, dit Elanor en remuant le nez.
A présent elle pouvait sentir son odeur, et elle se demandait comment les elfes faisaient pour lui tenir compagnie sans se boucher le nez.
- Je vais vous montrer où se trouve vos quartiers.
Arwen prit son bras et la conduisit finalement devant une porte en bois massif superbement ouvragée. Le travail artistique qui avait été réalisé sur la porte était sublime, et représentait les deux lanternes du premier âge de la Terre du Milieu.
Arwen poussa la porte et Elanor entra dans ce qui allait être ses appartements pendant plusieurs jours.
La pièce était très simple. Un lit à baldaquin se trouvait dans la pièce principale, et dans le fond se trouvait de grandes fenêtres s'ouvrant sur un petit balcon donnant sur une vue plongeante de la vallée de Fondcombe. A gauche de la chambre se trouvait une pièce attenante. Arwen la guida jusqu'à la pièce, et Elanor découvrit une petite salle de bain équipée d'un point d'eau et d'un bassin en pierre.
- Je vais faire préparer votre bain, prenez vos aises, lui dit Arwen.
Elle disparut par la porte d'entrée, puis quelques minutes plus tard, deux femmes elfes aux cheveux bruns revinrent avec une bassine d'eau chaude qu'elles versèrent dans le bassin.
Elanor qui n'avait jamais pris de bain de sa vie, hormis dans une petite bassine en fer, et avec de l'eau froide regarda la cuve avec intérêt. Les elfes ajoutèrent quelques herbes qui enfumèrent agréablement le bain, puis quittèrent la pièce avec un sourire resplendissant.
Elle se dit que toutes les elfes étaient belles, et qu'elle était bien loin de leurs critères de beauté. Il lui faudrait beaucoup de travail et de temps pour se rendre acceptable aux yeux des elfes.
Elanor se débarrassa de ses vêtements sales et déchirés, et plongea un pied dans le bassin. L'eau était très chaude. Impatiente, elle entra complétement dans le bain et soupira d'aise.
Elle resta dans le bain jusqu'à ce que l'eau fut glacée. L'eau était noire de crasse, et elle se décida enfin à sortir après plus d'une heure. Elanor ne sut quoi faire pour enlever l'eau du bassin, et comme on ne lui avait donné aucune instruction, elle laissa le bassin tel quel.
Elle s'emmitoufla dans un drap de linge, puis se dirigea vers la chambre et découvrit sur un tabouret plusieurs robes qui avaient été déposées à son attention. Elle en choisit une au hasard, se fiant au tissu confortable qui lui faisait penser à une chemise de nuit. La robe était dans les tons verts, brodée de fleurs dorées.
Elanor l'enfila avant se peloter dans les couvertures du lit. Elle s'endormit presque aussitôt d'un sommeil paisible.
Lexique :
traduction Noir parler :
Golug = (elfes) - Orque
traduction Sindarin :
Hîr Elrond, glamhoth min degi le = (Seigneur Elrond, nous avons tués les orques) - Glorfindel
Mae. Gawanna si noss le = (Bien. Rentrons à la maison) – Elrond
Ai ! Mae melon. Niphredil aer megil ! = (Ah ! Oui l'ami. Il s'agit de l'épée Niphredil !)– Glorfindel
Glorfindel, tirio delia le = (Glorfindel, cachez-lui la vue) - Elrond
Daro ! = (Stop !) - Elrond
Im gelir ceni ad lin = (Je suis heureuse de te revoir.) - Arwen
Elen sila lumenn' omentielvo, Arwen = (Une étoile brille sur l'heure de notre rencontre) - Elrond
Man aer ? = (Qui est-ce ?) - Arwen
Hirnim sen firen anglam. Arwen, tulu sen sell. Baur bâd miduin. Nostach be Ych gaer ! = (Nous avons trouvés cette humaine avec les orques. Arwen, pourrais-tu t'occuper d'elle et lui faire prendre un bain ? Elle empeste comme une dizaine d'orcs !) - Elrond
Hannon le = (Merci.) - Elrond
