A/N: Chapter 2 is here! As always, thanks so much to MeggieCleary who translated this, and also to Hope who was a brilliant help in the translation. Enjoy!
Sœur Jane avait eu beau argumenter que Phil et Melinda ne seraient pas capables de se débrouiller avec la petite Skye, huit ans, et de prendre soin d'elle, elle avait surtout bien prouvé son désir de se voir débarrassée de la petite fille, en témoigne toute la paperasse exécutée à la hâte, soit en moins d'une heure. Phil était certain que l'on verrait d'un mauvais œil ce transfert d'enfant accompli de manière si précipitée, mais son épouse et lui se turent, et se contentèrent de signer ce qu'on leur avait dit de signer et de rassurer Abby : tout se passerait bien.
« Au moindre problème, n'hésitez pas à m'appeler », dit Abby en feuilletant la paperasse. « À n'importe quelle heure du jour et de la nuit, de la nuit ou du jour. N'importe quelle heure. »
« Vous n'avez aucune raison de vous inquiéter », la rassura Phil en signant encore tandis que l'assistante sociale lui pointait de nouveau du doigt une nouvelle ligne en pointillés. Il fit passer le document à Melinda. « Vous savez mieux que quiconque que nous n'en sommes pas à notre premier rodéo, enfin, façon de parler. »
« Je sais, je sais », Abby soupira. « Et je sais que vous avez géré des enfants difficiles dans le passé, Natasha en est l'exemple parfait et elle se porte à merveille, mais… »
« Abby, » Melinda mit une main sur l'épaule de l'autre femme, « Phil et moi serons capables de nous débrouiller. Nous avons lu son dossier d'un bout à l'autre, et plusieurs fois. Cette enfant a tout simplement besoin d'un foyer. »
« C'est ce que je n'arrête pas de dire depuis huit ans, et jusqu'ici, ça ne s'est pas très bien passé. Elle a eu plus de foyers que la plupart des enfants en général et aucun ne lui a convenu. »
Phil sourit. « Oui, eh bien, ça, c'est parce qu'elle n'a encore jamais eu de vraie famille. Et nous, nous pouvons lui en offrir une. »
Abby reprit la paperasse des mains de Phil et tassa les feuilles sur le bureau pour en faire une liasse. « Peut-être que tout ce dont Mary Sue a besoin, c'est d'une famille », dit-elle songeuse.
« Skye », corrigea Melinda. « On dirait qu'elle préfère Skye. »
Pendant que l'on signait les papiers, on avait envoyé Skye rassembler ses affaires et dire au revoir aux autres enfants, mais cela, elle n'allait probablement pas le faire. Skye n'avait pas perdu son temps à se faire des amis à l'orphelinat et elle ne se faisait pas d'illusions : chaque fois qu'elle partait, aucun des autres enfants ne s'en souciait.
La chambre, qu'elle partageait avec neuf autres filles, était vide quand Skye y entra. Il n'était pas permis aux enfants de traîner dans les chambres pendant la journée parce que, selon les propres mots de de Sœur Margaret, cela les « incitait à faire des bêtises. » La dernière fois qu'on avait laissé toutes seules les dix jeunes filles qui occupaient la chambre de Skye, celle-ci avait fini plaquée au sol et on lui avait craché dessus. Les filles qui partageaient la chambre avaient fait de ce jeu l'un de leurs favoris pendant bien quelques semaines durant l'été, et quand elle avait riposté et donné à l'une d'elle un coup de pied au visage sans le faire exprès, tout à coup on lui avait tout mis sur le dos. Ce n'était pas juste.
Skye détestait cette chambre. Les murs qui s'écaillaient, le plancher qui grinçait, les lits superposés. Skye détestait les lits superposés. Mais plus que tout, plus que tout ça, Skye détestait les filles avec lesquelles elle devait partager cette chambre.
Les enfants à St. Agnès étaient répartis dans les chambres selon leur âge et leur sexe. Les très jeunes enfants partageaient une chambre, de même que les adolescents, mais entre ces deux âges, on triait les enfants selon un certain système, dont Skye imaginait qu'il consistait à se demander « où irait mieux qui ? » Et à l'âge de huit ans, quand elle était revenue de sa dernière famille d'accueil et qu'elle avait trouvé son lit occupé par une nouvelle arrivante, on avait amené Skye dans cette nouvelle chambre qu'occupaient cinq lits superposés, cinq commodes et neuf autres filles, toutes plus âgées qu'elles et toutes mécontentes qu'une gamine de huit ans vienne s'immiscer dans leurs jeux de grandes filles de onze et douze ans. Il ne restait qu'un seul lit de libre, celui du haut, dans le coin de la pièce le plus éloigné de la porte. Le lit du haut, c'était nul.
Skye détestait le lit du haut presque autant qu'elle détestait ses camarades de chambre. C'était trop dur de descendre au milieu de la nuit quand elle avait… quand elle avait besoin de descendre. Et parfois il arrivait que les autres enfants lui enlèvent son l'échelle au milieu de la nuit, elle se retrouvait donc souvent coincée là-haut. Mais plus maintenant. Par nécessité, elle avait dû mettre au point 'le saut du lit du haut'. Et en fait, ce 'saut du lit du haut' était plutôt amusant.
Skye ne mit pas longtemps à réunir ses affaires. La plupart d'entre elles se trouvait déjà dans deux sacs plastiques qui restaient en permanence au pied de son lit. La fille avec qui elle était censée partager la commode était loin d'être aimable et ses affaires vraiment spéciales, elle les gardait dans le sac à dos qu'elle utilisait pour l'école. Sac qui restait sous son oreiller ou sous sa couette, hors de portée des doigts collants.
C'était tout. Sa vie entière tenait dans trois sacs. Cela pouvait paraître triste, mais la vie entière de Skye avait toujours tenu dans trois sacs pour aussi longtemps qu'elle s'en souvienne et vraiment, ça lui allait, justement parce qu'elle avait dû déménager si souvent. Trois sacs, c'était plutôt facile à porter. Il y avait sûrement des enfants qui possédaient moins qu'elle de toute façon, alors elle essayait de ne pas se plaindre.
Debout sur lit du haut, elle en défaisait les draps quand une voix la fit sursauter.
« Hé, bientôt prête ? »
En se retournant, Skye trébucha légèrement sur le matelas plein de bosses et vit Mme Coulson qui se tenait à la porte de la chambre. Elle sourit à Skye avant de s'avancer dans la pièce.
« Tout est réglé », dit Mme Coulson, « Si tu es prête, alors nous aussi. »
« Euh… », déglutit Skye en caressant des doigts les bords usés des draps. « Je suis censée défaire le lit avant de partir. Je suppose que c'est pour que les sœurs puissent laver les draps pour celle qui viendra après moi. » Ou pour quand je reviendrai, pensa Skye sans le dire.
« Je peux t'aider? », demanda Mme Coulson.
« C'est bon, j'peux l'faire», Skye arbora un grand sourire. « Je l'ai déjà fait beaucoup de fois, v'savez », se vanta-t-elle.
« Appelle-moi Melinda. » Mme Coulson sourit, mais acquiesça et regarda avec amusement la petite fille se battre avec les draps et la couette, jusqu'à ce que la pile de linge vienne s'écraser sur le sol avec un bruit sourd, et Skye avec elle. Melinda sentit pendant un bref instant son cœur battre la chamade, avant que l'enfant ne surgisse d'entre les draps, dans un sourire radieux accompagné d'un gloussement, ses cheveux châtains dans tous les sens.
« J'aime bien m'imaginer que je saute en parachute ! », déclara-t-elle. « Surtout quand Sœur Margaret ne peut pas me gronder pour avoir sauté, alors qu'il n'y a plus d'échelle. Comment est-ce qu'elle veut que j'descende ? Elle est méchante », grommela Skye en donnant un coup de pied dans les draps.
« Ca, c'est bien vrai », murmura Melinda et les yeux de Skye s'agrandirent. « C'est pour ça que plus tôt nous sortirons d'ici, mieux ça sera. »
« Ouais. » Skye acquiesça d'un petit signe de tête. Elle posa les yeux sur les draps froissés, puis les releva sur Melinda. « Je suis censée les plier », dit-elle d'un air triste.
Melinda jeta un coup d'œil aux draps et d'un coup de pied, les envoya bouler sous le lit. « Oui, et bien moi, je déteste plier. »
Elle se tourna vers les sacs qui étaient restés sur le sol, près de Skye. « Toutes tes affaires sont là ? »
« Ouaip. Enfin, toutes sauf mon manteau. On me l'a volé la semaine dernière. »
« Qui a fait ça ? » Melinda fronça les sourcils.
Skye haussa les épaules. « Ché pas. C'est sûrement un plus grand qui a voulu me faire une méchanceté, mais je ne sais pas où il est, alors… » Sa voix mourut alors qu'elle donnait un coup en l'air de la pointe de sa chaussure.
« Allez. » Melinda sourit à Skye qui la regardait de nouveau. « Ne t'en fais pas pour ça. Allons-y. »
Skye fit oui de la tête ; Melinda s'apprêta à prendre le troisième sac resté sur le sol, le sac à dos de Skye, mais la petite fille bondit pour se mettre devant et fixa la femme d'un regard sévère.
« Non ! C'est à moi, tu n'as pas le droit de le toucher ! » Skye grognait presque. « C't'à moi ! »
Melinda recula, tenant les mains devant elle, aussi loin que le lui permettaient les deux autres sacs de Skye, qu'elle portait sur les poignets. « D'accord, je te promets que je n'y toucherai pas. Ça te va ? »
La petite fille acquiesça tout en maintenant fermement sa prise sur le sac tout usé et miteux.
« Je suis désolée d'avoir voulu toucher tes affaires sans te demander, » dit gentiment Melinda, qui s'accroupit pour se mettre à la hauteur de Skye.
« C'était mal de ma part, j'aurai dû te demander. » Skye la regarda d'un air sceptique. « Je te promets qu'à l'avenir, je te demanderai toujours la permission avant de toucher tes affaires. C'est d'accord ? »
« Mouais, peut-être bien », marmonna-t-elle.
« Je suis désolée, tu veux bien me pardonner ? »
Skye fronça les sourcils. Elle était assez certaine que jamais un adulte ne lui avait demandé de le pardonner. Il lui vint tout à coup à l'esprit qu'elle pouvait dire 'non', elle avait le pouvoir de lui refuser son pardon, mais à la place, elle s'entendit dire : « Oui. Je te pardonne, Melinda. »
Melinda lui adressa un grand sourire, puis se redressa. « Allez viens, Skye. Allons à la maison. »
M. Coulson parlait à Abby quand Melinda et Skye, de retour des chambres, descendirent l'escalier.
« Alors, tout se passe bien pour elle ? », demanda Abby, souriante.
« Très bien. » M. Coulson lui fit un sourire fier. « Ça vaut pour toutes les deux, d'ailleurs. »
« Oh, c'est fantastique, » s'extasia Abby. « Vous saviez, je me suis inquiétée pour Natasha dès le moment où elle est arrivée ici. Je suis aux anges de savoir qu'elle s'en sort si bien. »
Skye marchait discrètement sur les pas de Melinda alors qu'elles se rapprochaient d'Abby et de M. Coulson. « Mais oui, bien sûr, vous en avez une autre qui est en Angleterre à l'heure qu'il est. » Abby secoua la tête avec incrédulité. « Ça lui fait quel âge, maintenant ? »
« Elle a fêté ses vingt-cinq ans le mois dernier », dit Melinda.
« Vingt-cinq ans ? » Abby continua de secouer la tête.
Skye pensa qu'elle ressemblait à l'un de ces chiens en plastique que l'on met à l'arrière des voitures et qui ne cessent de hocher la tête et cette idée la fit sourire, mais elle se mit la main sur la bouche pour le cacher, juste au cas où Abby le remarquerait et penserait qu'elle se moquait d'elle. Skye essayait de toujours bien se comporter par respect pour Abby ; c'était elle qui s'occupait de trouver des foyers pour Skye.
L'assistante sociale arbora un sourire lumineux. « Mais c'est qu'ils grandissent à la vitesse d'un battement de cils. Je jurerais que Natasha avait quatorze ans hier. Incroyable. Ça me fait me sentir vieille. Ils grandissent tous tellement vite. » Elle se tourna vers Skye. « Tu vois, je parlerai bientôt de toi comme ça, aussi. » Abby posa la main sur l'épaule de Skye.
Melinda et M. Coulson hochèrent tous deux la tête en accord avec Abby. Elle parlait toujours beaucoup. D'aussi loin que Skye s'en souvienne, Abby parlait toujours trop. 'Une bavarde', c'est comme ça que Sœur Jane la décrivait et Sœur Margaret, quant à elle, disait qu'Abby était une horripilante faiseuse de vent. Skye n'était pas certaine de ce que cela voulait dire, mais quand elle le disait, ça n'avait jamais l'air d'être quelque chose de bien.
Skye ne savait pas de qui ou de quoi ils étaient en train de parler à l'instant. Abby n'arrêtait pas de lui tapoter la tête et de lui dire qu'elle aussi aurait vingt-cinq ans en un battement de cils tout comme « l'autre qui est en Angleterre ». Skye n'avait que huit ans, elle était encore loin d'avoir vingt-cinq ans, et n'avait toujours aucune idée de qui au juste avait vingt-cinq ans. Elle aurait aimé poser la question mais les trois adultes menaient une véritable conversation et c'eût été impoli de les interrompre. Et Skye ne voulait vraiment pas qu'ils lui crient dessus dès le premier jour.
« Vous avez des enfants dans le monde entier », dit Abby à Melinda et à M. Coulson.
« Oui, » sourit Melinda. « Nous en avons une à l'université à Washington, une autre qui travaille en Angleterre », elle se tourna vers Skye : « et maintenant, une à la maison avec nous ».
Skye lui sourit en retour et ne broncha même pas quand Melinda repoussa quelques mèches qui lui tombaient devant les yeux. Elle se sentit un peu mal pour lui avoir crié dessus quand elle avait voulu toucher son sac à dos.
« Sans parler de tous les autres éparpillés aux quatre coins du monde que vous avez recueillis en urgence. » Abby rit. « Vous avez dû vous occuper de la moitié des enfants abandonnés. »
« C'est vrai que l'on reçoit beaucoup de cartes de vœux. » M. Coulson sourit. Il se tourna vers Melinda et Skye, avec un sourire toujours aussi éclatant.
« Tout est prêt ? » demanda-t-il en profitant d'un des rares moments de silence d'Abby. « Alors Skye, tu es prête à partir ? »
Skye acquiesça et saisit son sac à dos. « Oui, monsieur. »
« Tu veux dire au revoir à quelqu'un avant de partir ? », demanda-t-il.
Skye fit la grimace. « Non merci, M. Coulson, ça va. »
« Appelle-moi Phil. »
« Non merci, Phil », corrigea-t-elle. Skye se retourna pour s'adresser au reste de l'orphelinat. Il n'y avait personne, les sœurs s'étaient éclipsées et le reste des enfants étaient partis dans la salle de loisirs ou jouer dehors, mais chaque fois qu'elle s'en allait, elle ressentait le besoin de le dire au bâtiment lui-même.
« Bon débarras ! », cria Skye à tue-tête.
Abby secoua la tête. « Chaque fois, c'est la même chose. »
« Je crois qu'elle a hâte de partir d'ici. » Melinda eut un sourire narquois.
« Je crois bien que oui », agréa Phil. « Alors viens, Skye, il est temps d'aller à la maison. »
Skye sourit et fit oui de la tête, tout en mettant son sac sur ses épaules. Aller dans une nouvelle maison, c'était effrayant et d'habitude, elle avait mal au ventre pendant un bon moment quand elle rencontrait pour la première fois les personnes avec qui elle allait vivre. Mais à cet instant, elle avait bien le trac, comme avant la course à l'école pour la Journée du Sport, mais son ventre ne lui faisait pas mal.
Chaque fois qu'elle allait dans une nouvelle maison, c'était excitant et angoissant, mais là, c'était différent.
Melinda et Phil souriaient, d'un vrai sourire, un sourire heureux, ils ne faisaient pas semblant, et ils l'appelaient 'Skye' tout le temps. Ça faisait du bien. Elle n'avait pas à leur rappeler son vrai nom sans arrêt. Peut-être que ce serait bien de rester là-bas un moment.
« Allons-y ! » Skye eut un large sourire et ouvrit la marche jusqu'au parking.
Phil annonça que le trajet durerait plus d'une heure, Melinda s'assit donc à l'arrière de la voiture avec Skye pour qu'elle ne s'ennuie pas. Ils avaient un sac rempli de choses à grignoter durant le voyage et Melinda ajouta même que Skye pouvait boire une brique de jus de fruits dans la voiture. Skye aimait ça. Melinda et Phil étaient gentils.
« Est-ce que j'aurai une chambre pour moi toute seule ? » Skye demanda sur le trajet, tout en grignotant les miettes de chips tombées sur les bretelles de son sac à dos qu'elle gardait sur ses genoux. Elle s'assurait toujours de poser les questions les plus importantes avant qu'ils n'arrivent à la maison.
« Oui, » lui sourit Phil dans le rétroviseur, « nous avons quatre chambres. » Skye fut impressionnée.
« Mel et moi avons une chambre, Natasha, notre fille, en a aussi une, et notre autre fille en avait une autre. »
« Elle en avait une ? » interrogea Skye. « Elle n'en veut plus ? »
« Eh bien, techniquement, c'est toujours la sienne», clarifia Melinda. « Mais elle ne vit plus avec nous, elle a son propre appartement et toutes ses affaires sont là-bas, alors on s'en sert comme chambre d'amis. »
Jusque-là, Skye n'avait jamais eu une chambre pour elle toute seule. Quelques-uns de ses parents d'accueil avaient des maisons assez grandes pour qu'elle n'ait pas besoin de partager une chambre, mais ça n'avait jamais vraiment été la sienne. Elle n'y était jamais restée assez longtemps pour se l'approprier vraiment. Si elle avait vraiment une chambre pour elle toute seule, jamais au grand jamais elle ne voudrait l'abandonner, quel que soit l'endroit où elle devrait emménager.
« Ça ne la dérange pas ? », demanda Skye. « Et si elle veut rentrer à la maison ? »
« Pas vraiment. Cela fait déjà bien longtemps qu'elle ne vit plus avec nous. Et si elle voulait la reprendre, sa chambre l'attendrait bien sagement » dit Phil.
Skye fronça les sourcils. « Ça fait combien de temps qu'elle ne vit plus avec vous ? »
« Oh… à peu près quatre ans ? Mel ? », demanda Phil, les yeux fixés sur la route devant lui.
« Quatre ans, c'est bien ça. »
Cela représentait la moitié de la vie de Skye. « Ça fait longtemps. » Skye regarda les vallons de verdure qui bordaient l'autoroute à travers la vitre. « Si j'avais un papa et une maman, je ne m'en irais jamais. Je resterais avec eux pour toujours, toujours, toujours !
« Elle, elle a bien failli. » Melinda rit et Skye la regarda avec un air interrogateur. « Elle ne voulait pas nous quitter, Phil et moi, quand elle est entrée à l'université : elle pensait qu'on lui manquerait trop, alors elle est restée trois ans à la maison avec nous et elle est allée à l'université qui était en ville. Elle faisait le trajet jusque là-bas tous les jours simplement pour pouvoir rester à la maison. »
Skye fit oui de la tête. Elle comprenait pourquoi leur fille avait voulu faire ça. « C'était Natasha ? » demanda-t-elle. Skye était intriguée par Natasha, ce phénomène dont Abby avait parlé à tort et à travers.
« Non, notre autre fille, Bobbi », répondit Phil.
« Natasha a quelques années de moins, elle va à l'université de Washington. »
« C'est là que vit le président », déclara Skye. Elle avait appris ça à l'école un jour.
« C'est bien vrai », Melinda rit. « Mais Natasha n'a pas encore eu la chance de le rencontrer. »
Skye regarda de nouveau l'herbe qui défilait à toute vitesse. « Vous avez beaucoup d'enfants ? », demanda-t-elle. « Mes derniers parents d'accueil avaient déjà quatre enfants… » La voix de Skye faiblit tandis qu'elle raffermit sa prise sur son sac à dos.
« Et ils n'étaient pas très gentils. »
« Eh bien, nos enfants à nous sont tous grands », dit Melinda.
Skye regarda le reflet de la femme dans la vitre de la voiture. « Mais combien vous en avez ? »
« Que ces deux-là. » Phil rit.
« Et Clint », ajouta Melinda en riant.
« C'est vrai, et Hunter », agréa-t-il.
« Non, il ne compte pas, celui-là, il est à Bobbi, c'est son problème. »
« Comme Clint avec Nat, c'était aussi son problème. »
Melinda se pencha depuis son siège. « Oui, mais nous avons nourri et habillé Clint pendant près d'un an, alors il compte. »
« Bon, d'accord. Dans ce cas, Skye, on peut dire qu'on a deux enfants et Clint. Il compte à moitié. » Phil sourit.
« Qui sont tous ces gens ? » Skye fixa l'espace entre Phil et Melinda. Ils se contentèrent de pouffer.
« Je suis sérieuse, je ne rigole pas. » Skye afficha son air le plus sérieux.
Phil eut un sourire satisfait dans le rétroviseur. « Il y a eu Trip. »
« Oh, il doit bien compter au moins à moitié lui aussi. »
« À moitié ? », demanda Skye.
« Comme Clint, il n'est pas vraiment notre fils, » expliqua Melinda, « mais il est resté longtemps avec nous quand il était plus jeune, alors il a une place dans nos cœurs. »
« Attendez, qui est Clint ? » Skye secoua la tête pour essayer de faire le tri entre tous ces noms qui étaient flous pour elle.
« Disons que c'était le… » La voix de Phil s'estompa et il fit un geste de la main qu'il n'avait pas sur le volant. « Le meilleur ami, le petit copain de Nat', les deux ? »
« Quelque chose comme ça », agréa Melinda.
Skye gigota sur son réhausseur. Il était tout neuf, remarqua-t-elle, ils l'avaient acheté spécialement pour elle. « Alors, qui sont tous les autres ? »
« Qui d'autre ? » demanda Melinda.
« Hunter. » Skye compta sur ses doigts. « Et je ne sais toujours pas qui sont vraiment Clint et Trip. Et Abby a dit que vous vous étiez occupés de la moitié des enfants abandonnés. » Elle tendit ses dix doigts devant Melinda. « Ça fait beaucoup. »
« Ce sont de très longues histoires, voilà ce qu'ils sont », dit Phil. « De longues histoires qu'on va garder pour une autre fois, je pense. »
« D'ac » accepta Skye, sentant que cette conversation touchait à sa fin, et puis de toute façon, les choses commençaient à devenir sensiblement plus intéressantes à travers la vitre. L'étendue de vert commençait à diminuer au profit des reliefs banlieusards de la ville, des parcs, des cafés, des écoles et des maisons, qui se tassaient tous au fur et à mesure que Phil les dépassait.
« C'est encore loin ? » demanda Skye en tendant le cou pour garder dans son champ de vision tandis qu'ils la dépassaient une balançoire particulièrement grande, qui se trouvait à l'avant d'une maison, dans le jardin.
« Plus très loin, maintenant. Cinq minutes, pas plus », confirma Phil d'un coup d'œil dans le rétroviseur.
« Super », marmonna Skye, trop enchantée par la vue d'une aire de jeux qui se rapprochait pour dire autre chose.
Melinda regarda la petite fille coller son nez contre la fenêtre de la voiture tandis qu'ils passaient devant l'aire de jeu du coin. Il y avait là tout un tas d'enfants qui jouaient sur les installations, purent-elles voir alors que Phil ralentissait pour permettre à une famille de traverser la route.
« On pourrait aller au parc demain, si tu veux ? », suggéra Melinda en donnant une petite tape sur l'épaule de Skye.
Skye se tourna pour lui faire face tandis que Phil redémarrait.
« C'est bon. » Skye haussa les épaules.
« Ça a l'air amusant, Skye », commenta Phil.
« Peut-être, mais c'est bon. » Elle ne voulait pas commencer à réclamer de Melinda et de Phil qu'ils l'emmènent ici et là, surtout qu'ils n'avaient aucune autre raison d'aller au parc. Leurs enfants étaient tous grands. Ils en avaient sûrement marre d'emmener des enfants au parc.
« On en reparlera demain », lui sourit Melinda.
« D'ac. »
Sans qu'on le lui dise, Skye sentit qu'ils approchaient de la maison de Phil et Melinda. La voiture commença à ralentir de plus en plus tandis qu'ils entraient dans un lotissement plein de voitures neuves, de garages et de grands jardins qui ressemblaient aux photos des maisons qu'on trouvait dans les livres d'école. Phil s'arrêta dans l'allée d'une maison, plus petite que d'autres devant lesquelles ils étaient passés durant le trajet, mais assez grande tout de même, et qui plus est possédait un jardin entouré d'une barrière, et tout et tout.
« Vous êtes riches », dit Skye en se penchant depuis son siège pour mieux voir le devant de la maison.
« Nous ne sommes pas riches, non », dit Phil en détachant sa ceinture avant de se tourner vers elle. « Disons plutôt que nous vivons à notre aise. »
Skye fit la grimace. « Ça veut juste dire que vous êtes riches, c'est comme ça que les gens riches disent qu'ils sont riches. »
« Ah, vraiment ? »
« Ouais. Vous avez gagné au loto ou un truc comme ça ? »
« Nous avons travaillé très dur pour pouvoir vivre à notre aise », dit Melinda. « Et nous continuons de travailler dur. » Elle détacha sa propre ceinture.
« Aucun de nous deux n'avait beaucoup d'argent, mais c'est à force de travailler dur que nous en sommes arrivés là », dit Phil en sortant de la voiture avant de se contorsionner pour ouvrir la porte du côté de Skye.
Melinda sortit aussi de la voiture, et la contourna pour se placer du côté de Skye, aux côtés de Coulson. Elle aida Skye à descendre de la voiture, laissant la petite fille porter son sac à dos. Skye fixa de nouveau la maison. Dans le jardin, l'herbe était un peu plus haute que celle des autres maisons, et il y avait un panier de basket accroché au-dessus de la porte du garage, avec lequel Skye espérait vraiment qu'ils la laisseraient jouer.
« Il est important de travailler dur, de rester gentil et de faire de son mieux. C'est plus important que l'argent et que d'être riche », dit Melinda.
Skye se tourna vers elle, quittant le panier des yeux. « C'est génial », murmura-t-elle en regardant Melinda bouche bée. « C'est comme ça que je veux être quand je serai grande. »
Melinda fronça légèrement les sourcils. « Ce n'est pas important d'être riche, Skye. Ce n'est pas génial. »
« Non, non », Skye secoua la tête en signe de frustration. « Pas ça. Je veux être gentille er travailler dur, » dit-elle, « comme ça je pourrai être quelqu'un de bien. »
Phil se pencha vers Skye et mit une main sur son épaule. « Tu es quelqu'un de bien, Skye. Quelqu'un de gentil et qui travaille dur, aussi. »
Skye détourna le regard et posa les yeux sur les marques tracées sur la barrière du jardin, qui servaient sans doute à délimiter une cage. « Chuis pas quelqu'un de bien », murmura-t-elle. Elle s'efforçait avec peine d'être quelqu'un de bien, mais elle n'y arrivait tout simplement pas, les familles la ramenaient sans arrêt parce qu'elle ne se comportait pas bien. Elle était difficile.
« Moi, je pense que tu es quelqu'un de bien », lui sourit Phil.
Skye se tourna de nouveau vers lui avec un regard plein d'ennui. « Vous me connaissez depuis quoi, trois heures ? », dit Skye. « Je peux bien faire semblant d'être gentille pendant trois heures pour ne pas que vous me rameniez à l'orphelinat. »
Elle s'attendait à ce que Phil s'attriste quand elle lui dit qu'elle faisait juste semblant et qu'elle faisait de son mieux pour paraître gentille, mais il se contenta de rire et jeta un coup d'œil à Melinda. Elle aussi souriait.
« Skye, » lui dit Phil, « tu n'as pas besoin de prétendre quoi que ce soit avec nous, d'accord ? Sois juste toi-même. »
« Et si 'moi', je n'étais pas gentille, et que vous vouliez me renvoyer à Ste Agnès ? »
Melinda repoussa les cheveux qui tombaient sur le visage de Skye, comme elle l'avait fait à l'orphelinat. C'était plutôt agréable, pensa Skye. Elle avait presque envie de faire un câlin à Melinda, mais finalement elle ne bougea pas et resta silencieuse, gentille en somme.
« Tu sais, tu n'es pas la première petite fille à rester avec nous qui croit qu'elle n'est pas quelqu'un de bien », lui dit Melinda.
« C'est vrai ? »
« Oui. » Melinda caressa la joue de Skye du bout du pouce. « Et je vais te dire ce que je lui ai dit, ce que je lui dis encore quand elle n'a pas le moral, alors écoute bien, petite chérie. »
Skye obéit. Elle fit de grands efforts pour se concentrer et bien écouter Melinda. Quand celle-ci se pencha à sa hauteur, Skye poussa même jusqu'à la regarder dans les yeux, parce que c'est ce qu'il convient de faire quand on veut écouter ce qu'une personne a à dire.
Melinda la fixa. « Il n'y a pas de mauvaises personnes, » dit-elle, « il n'y a que de mauvaises décisions, et ce n'est pas parce qu'il t'arrive de prendre des mauvaises décisions que nous allons cesser de nous occuper de toi, tout le monde fait des erreurs. Phil et moi, nous te pardonnerons quoi que tu fasses, tant que tu comprendras pourquoi tu regrettes ce que tu as fait. »
Skye continua de regarder Melinda bien après qu'elle eut fini de parler, parce qu'elle entendait toujours les mots et la voix de Melinda résonner dans sa tête.
« Oui, mais si je fais beaucoup de bêtises ? »
« Alors il y aura beaucoup de pardons à dire et à donner », dit Melinda. « Tu n'es pas une mauvaise personne, Skye. »
« Tu es quelqu'un de bien », acquiesça Phil. « Je le sais, et je ne te connais que depuis trois heures, alors tu dois vraiment être quelqu'un de bien si je sais déjà ça. »
Ça faisait plaisir à entendre mais ça n'avait aucun sens. Peut-être que Phil ne mentait pas, pensa Skye, peut-être qu'il pensait vraiment qu'elle était quelqu'un de bien, alors qu'elle ne l'était pas.
« Si je suis vraiment quelqu'un de bien, alors comment ça se fait que personne ne veut de moi dans sa famille ? » demanda Skye pour prouver qu'elle avait raison.
L'expression de Phil s'adoucit et Melinda lui refit le coup si plaisant de lui caresser les cheveux,
« Nous, nous voulons de toi dans notre famille », lui dit Melinda, et à cet instant, Skye voulut terriblement lui faire un câlin.
A/N: Please review and let me know what you thought. Once again, thanks to MeggieCleary and Hope!
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